‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 46 sur 49 · IS · texte numérisé non relu

IS

JOSÊ-MARIA DE HEREDIA

ç^. Antoine et CUopâtre.

TOUS deux ils regardaient, de la haute terrasse, L'Egypte s'endormir sôus un ciel étouffant Et le FleuTC, à trayers le Delta noir qu'il fend, Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.

Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse, Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant, Ployer et défaillir sur son cœur triomphant Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.

Tournant sa tête pâle entre les cheveux bruns Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums. Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ;

Et sur elle courbé, l'ardent Imperator Vit dans ses larges yeux étoiles de points d'or Toute une mer immense où fuyaient des galères.

ç6. Le Rkàf de Corail.

LE soleil sous la mer, mystérieuse aurore. Éclaire la forêt des coraux abyssins Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassias, La bête épanouie et la vivante flore.

Et tout ce que le sel ou l'iode colore, Mousse, algue chevelue, anémones, oursins, Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins, Le fond vermiculé du pâle madrépore.

De sa splendide écaille éteignant les émaux, Un grand poisson navigue à travers les rameaux ; Dans l'ombre transparente indolemment il rôde ;

Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu, Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu. Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude.

ISS

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