‹ Les Cent nouvelles nouvelles; pub. d'après le seul manuscrit connu, avec introd. et notes (volume 2)Chapitre 24 sur 34 · PAR MONSEIGNEUR LE MARQUIS DE ROTHELIN · texte numérisé non relu

PAR MONSEIGNEUR LE MARQUIS DE ROTHELIN

'^Ç'^Ç^ andiz que quelqu'ung s'avancera de l^s dire quelque bon compte, j'enferay M ung petit qui ne vous tiendra guè- È^»» res , mais il est véritable et de nouvel advenu. J'avoie ung mareschal qui bien et longuement m'avoit servy de son mestier; il luy print volunté de soy marier; si le fut, et à la plus devoiée femme qui fust, comme on disoit, en tout le pais. Et quand il cogneut que par beau ne par lait il ne la povoit oster de sa mauvaistié, il l'abandonna, et ne se tint plus avec elle, mais la fuyoit comme tempeste; car, s'il l'eust sceue en une place , jamais n'y eusttiré, mais tousjours au contraire. Quand elle vit qu'il la fuyoit ainsi, et qu'elle n'avoit à qui lencer ne monstrer sa devoiée manière, elle se mist en la queste de luy et partout le suyvoit, Dieu scet disant quelx motz; et l'aultre se taisoit et picquoit son chemin. Et elle tant plus montoit sur son chevalet , et disoit de maulx et de malédictions à son pouvre mary, plus que ung deable ne saroit faire à une ame idamnée. Un jour entre les aultres, voyant que isonmary ne respondoit mot à chose qu'elle proiposast , le suyvant par la rue, devant tout le monde cryoit tant qu'elle povoit : « Vien-çà^ Cent Nouv. — II. ii

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traistre! parle à moy; je suis à toy, je suis à toy.» Et mon mareschal, qui estoit devant, disoit à chacun mot qu'elle disoit : « J'en donne ma part au deable , j'en donne ma part au deable. » Et ainsi la mena tout du long de la ville de Lille toujours cryant : « Je suis à toy» ; et l'autre respondoit : « J'en donne ma part au deable. » Tantost après , comme Dieu voulut , ceste bonne femme mourut, et l'on demandoit à mon mareschal s'il estoit fort courroucié de la mort de sa femme^ et il disoit que jamais si grand eur ne luy vint, et que si Dieu luy eust donné ung souhait à choisir, il eust demandé la mort de sa femme, « laquelle, disoit il, estoit tant maie et obstinée en malice que, si je la savoye en paradis , je n'y vouldroye jamais aller tant qu'elle y fust, car impossible seroit que paix fust en nulle assemblée où elle fust. Mais je suis seur qu'elle est en enfer, car oncques choses créée n'approucha plus à faire la manière des deables qu'elle faisoit. » Et puis on luy disoit : « Et vrayement il vous fault remarier et en querre une bonne, paisible et preude femme. — Maryer! disoit il ; j'aymeroye mieulx me aller pendre au gibet que jamais me rebouter ou dangier de trouver enfer, que j'ay, la Dieu mercy, à ceste heure passé. » Ainsi demoura et est encores; ne sçay je qu'il fera.

Nouvelle IIIFW. 165

LA IlII-^xve NOUVELLE.

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