ES RON EE PEL EE LE
__ A —— mn —
et transforme l’histoire de l’anneau que Rabelais transcrira dans son Pantagruel (l'anneau de Hans Carvel). — La nouvelle 16 rapporte l’histoire du chevalier d’Artois qui alla en Prusse 1 et surprit à son retour sa femme avec un autre : « Alors, la Dieu mercy, le tres puissant duc de Bourgoigne, conte d’Artois et leur seigneur, estoit en paix avec tous les bons princes chrestians ». Ce qui peut s’entendre des années 1453 à 1456. Mais il s’agit sans doute d’une tradition assez commune recueillie entre autres par Boccace. — La nouvelle 17 raconte l’his-
toire du Président de Parlement à Paris qui devint amoureux de sa chambrière. — La nou-
velle 29 rapporte l'aventure du gentilhomme qui « dès la première nuit qu’il se maria, et après qu’il eut heurté ung coup a sa femme, elle lui rendit ung enfant », où l’on peut voir le souvenir d’une farce ?, — La 33° est aussi une histoire originale arrivée à un gentil chevalier des marches de Bourgogne dans la situation d’un ménage à deux. Philippe s’égaie à travestir, peutêtre, le vieux thème chevaleresque de l’amitié 5, — La nouvelle 58 est également originale et rapporte l’histoire de deux compagnons qui pensaient trouver leurs dames courtoises envers eux ; mais elles étaient plus délurées qu’eux-mêmes. Il semble bien que ce soit un souvenir de jeunesse du vieux Philippe : « Je congneuz au temps de ma verte et plus vertueuse jeunesse deux gentilshommes, beaulx compaignons, bien assovis et adressez de tout ce qu’on doit ou peut loer ung gentilhomme vertueux. » — La nouvelle 69 est également originale, et c’est un souvenir. Philippe raconte l’histoire du gentil chevalier bien connu à Gand « ou le cas que j'ai a vous descripre n’a pas longtemps advint ». Il s’agit de l’aventure du bon messire Claeis Utenhove, prisonnier en Turquie pendant de longues années, et qui retrouve à son retour sa femme remariée. Désespérée, l'épouse se laisse mourir, comme une bonne chrétienne. Le conte a un fondement historique certain, car sur la tombe de messire Claeis Utenhove, baïilli de Bruges, une inscription flamande, dans l’église des Dominicains de Gand, rapportait que le prisonnier des Turcs avait été conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, et qu'il n’était revenu de Nicopolis (1396) qu’après sept ans d’absence. Il mourut le 18 février 1458 : quant à sa femme, elle était décédée en 1450 *. — La nouvelle 7o est encore ori-
ginale. C’est l’histoire d’un chevalier d'Allemagne, grand voyageur, preux aux armes, qui
vainquit le diable dans le retrait d'une hôtellerie, se souvenant de la foi de son baptème : histoire morale, digne du chevalier de la Tour Landry, que les prédicateurs ne craignaient pas d’alléguer dans leurs sermons. — L’aventure racontée dans la nouvelle 71, également originale, venait d’arriver à Saint-Omer, à un chevalier de Picardie, logé dans une hôtellerie qui lui avait été désignée par le fourrier du duc Philippe. Le chevalier, qui s’éprend de la femme de son hôte, la conduit dans sa chambre et il oublie de fermer la porte. L’hôte survient et dit doucement : « Or pensez que c’eust esté si ung aultre que moy vous eust trouvez! Et, par Dieu, vous estiez gastés et perduz et eust esté vostre fait decélé, et tantost sceu par toute la ville. Faictes aultrement, une aultre foiz, de par le dyablel »
Que retrouvons-nous, dans ces nouvelles de Philippe le Bon? L’homme « lubrique »
1. Sur ces expéditions « ad partes Prussie », voir N. Jorga, Notes el extraits pour servir à l’histoire des Croisades au XV® siècle, Paris 1899-1902, 3 vol.