W. Küchier, p
4. Je rappelle que Gaston Paris a fortement combattu cette influence de Boccace sur les
conteurs français (La Nouvelle française au XV® siècle et au XVI® siècle, dans le Fournal des Savants, 1895. Compte rendu de Pietro Toldo, Contributo allo Studio della novella francese).
succedé a la couronne, et est le roy Loys unsième, car il estoit lors es pays du duc de Bourgoingne. »
Mais cette note du premier éditeur est manifestement une erreur, ou plutôt une supercherie. La rubrique Monseigneur désigne non pas le Dauphin, mais bien Monseigneur le duc, comme il est nommé aïlleurs. Dans la nouvelle 22, dont le sujet se passe à Bruges, il est rapporté que Monseigneur fait une assemblée de gens d’armes, ce qui ne peut s'entendre du dauphin Louis qui vivait pacifiquement à Genappe. Philippe le Bon n’a pas été qu’un chevalier ravi par ses banquets, ses tournois, et les solennités splendides des chapitres de Ia Toison d'Or. C'était un homme qui aimait précisément à oublier les importuns qui le sollicitaient dans de longues audiences, et qui se plaisait à se réjouir en secret avec ses: nobles, et surtout ses domestiques. Faut-il rappeler qu’il portait en lui, comme l’a dit Chastellain, « le vice de la chair » et qu’il était « durement lubrique ! », que nous lui connaissons trente maîtresses et une foule de bâtards ? ? Si sa librairie est riche surtout en romans de la Table ronde, s’il aima beaucoup les héros Alexandre et Jason, on peut croire aussi qu’il prenait un vrai plaisir à la lecture des fabliaux dont il possédait un important recueil sous le titre de Livre du Cabaz®. Il avait également en sa possession le Décameron de Boccace, livre assez peu répandu ; car on lisait surtout Le Cas des nobles Hommes. Bien qu’on n'ait pas retrouvé dans Ia librairie du duc de Bourgogne les Facetiae de Poggio, il est certain que ces histoires joyeuses, rapportées dans un excellent latin, les bons mots qui divertirent dans le Bugiale, au temps de Martin V, les secrétaires du pape, étaient connues également à la cour de Bourgogne. Les Cent Nouvelles nouvelles, rédigées sur l’ordre de Philippe le Bon, sur le type du Décameron, ne sont pas autre chose que des plaisantes histoires secrètes, racontées par le duc et par ses serviteurs, à la suite des longs repas où Philippe le Bon, sur la soixantaine, trouvait un plaisir particulier.
Philippe « Monseigneur » a donné 1 Rene et il est l’un des principaux collaborateurs de ce joyeux recueil.
La nouvelle 1 se passe à Valenciennes et rapporte l’histoire de celui qui trouva la façon d’avoir la femme de son voisin. Le héros est un notable bourgeois, receveur du Hainaut 4. Les dernières lignes de la nouvelle indiquent tout un programme de la part du rédacteur. — La nouvelle 2 se passe en la maîtresse ville d'Angleterre, Londres 5, « assez hantée et congneue de pluseurs gens ». C’est l’histoire grossière d’une jeune fille « qui avoit le mal de broches (les hémorroïdes), la quelle creva a ung cordelier qui la vouloit mediciner ung seul bon œil qu'il avoit». Le contc reproduit une tradition dont nous ne possédons pas la source. — Nous ne connaissons pas non plus l’origine de la nouvelle 4, qui est l’aventure d’un archer écossais. Une histoire réelle, sans doute, arrivée pendant la guerre de Cent ans. — La nouvelle 7 est dans le même cas, et rapporte l’aventure d’un orfèvre de Paris qui fréquentait les foires du Lendit et d'Anvers. — La nouvelle 9 nous montre un gentil chevalier de Bourgogne, amoureux d’une chambrière de sa femme. — La nouvelle 11 vient de Pogge fannulus)
1. Voir l’admirable portrait de Chastellain, VII, p. 213-226, l'effigie du Musée des Beaux-Arts
de Bruxelles et le buste, si vivant, de la collection du roi de Wurtemberg. 2. Reiffenberg, Enfants naturels de Philippe le Bon (Bull. de l’Académie royale de Bruxelles, 1846,
3. G. Doutrepont, La littérature française à la cour des ducs de Bourgogne, p. 266, 332.
4. « En son temps » montre que ce receveur était mort. 5. On allait fréquemment alors à Londres. La hanse de Londres était représentée à Lille.
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