Arch. du Nord, B. 2040, fol. 144 r
faicte 1». Le 16 novembre 14617, il est qualifié d’écuyer et donne quittance au trésorier du Boulonnais de 100 1. de provision?. Le 15 juillet 1463, de Boulogne, on le voit écrire au comte de Porcien et de Guines, c’est-à-dire à Monseigneur de Croy dont il est le très humble serviteur *. Philippe de Loan fait un petit récit, plein de vie, de l’arrivée d’un pêcheur anglais en la halle de cette ville. Dans son navire il y avait un Anglais, Colin Herenc, clerc de Wetell, lieutenant de Guisnes : « Et est ledit Herenc bien gracieulx compaignon et veritable. Si m'a dit pour vray que lundy sans faille son maistre Wetell, sire Wactier Blont et Ourselay seront a Calais pour preparer tout au devant de l’ambassade qui vient, car elle part pour vray comme il dit, lundy de Londres, pour venir a Sandwih ». Philippe donne des nouvelles de la reine d’Ecosse, de l’ambassade d'Angleterre : « Ce sont toutes les nouvelles que ledit Colin m'a dictes. Se aultre chose sourvient de nouvel, je le vous feray sçavoir a toute diligence. Dieu qui vous doinst ce que vostre noble ceur desire. Vostre tres humble serviteur, LOAN. »
Le 23 septembre 1463, Philippe de Loan est dit lieutenant de Monseigneur le Sénéchal du Boulonnais et certifie qu’un moulin à vent de Boulogne, appartenant à Monseigneur le duc de Bourgogne, a été loué pour trois ans à Jean de Crepieul4. Le 9 octobre de la même année, il est qualifié d’«escuier d’escurie de Monseigneur le duc de Bourgogne», et il confesse avoir reçu de J acques de Lebonnoie, trésorier du Boulonnais, par les mains de Tassart Emmenant, son commis, la somme de 100 livres «pour la provision que Mgr lui a ordonné à prendre chaque année sur cette recette 5 ». Le 14 octobre, qualifié de châtelain de Hardelot*, Philippe de Loan certifie qu’il y a environ un an « sont venus a Lagans a la coste de le mer en la conté de Boullongne les parties qui s’ensuivent; esquelz Lagan les mareniers qui les troeuvent flotant a le mer en appartient le moictié et a l’église de Notre Dame de Boullongne, le dixime denier… 7. »
Lieutenant du Sénéchal du Boulonnais, le 20 octobre 1464, Philippe de Loan donne un certificat au sujet de la dime de Maningehen ?,
Comme châtelain d’Hardelot, au mois de novembre 1464, on voit qu’il certifie les déclarations de vaches et de pourceaux mis à « pennage » dans la forêt d'Hardelot?. Le 18 octobre 1464, en qualité de lieutenant de Monseigneur le Sénéchal du Boulonnais, il atteste que Pierre Poissant, portier du château de Boulogne, a reçu 20 livres pour ses gages 10.
La nouvelle 20 raconte l’aventure du mari médecin dont l’idée est déjà dans les Facéties de Pogge (Priapi vis). Mais l’aventure est transportée en Champagne, qui passait pour le pays des gens lourds : « Assez et largement d’ystoires a ce propos pourroit on mettre avant confermant la bestise des Champenoïs. » — La 21€ vient également des Facéties de Pogge (histoire CXIT). Cette fois, la scène se passe « sur les mètes de Normandie dans une grosse abbaye
. Arch. du Nord, B. 2040, fol. 156 r° et vo.
. Bibl. Nat., ms. fr. 26088, pièce 24.
. Copie contemporaine, Bib]. Nat., fr. 4054, pièce 182.
. Bibl. Nat., P. orig. 1731, de Loan, 2. Crepieul, Pas-de-Calais, commune de Crépy.
. Bibl. Nat., P. orig., 1731, n° 3. Sceau et signature autographe. PH. LOAN. . Hardelot, Pas-de-Calais, canton de Condette.
. Bibl. Nat., P. orig. 1731, n° 4.
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Bibl. Nat., fr. 26080, pièce 346. [Cette pièce me paraît autographe]. Maninghem-Wimille est dans le Pas-de-Calais, ar. Boulogne-sur-Mer,
9. Arch. du Nord, B. 2055, n°% 64019 à 64027. 10. Bibl. Nat., P. orig. 1731, n° 5.
de dames, ou une nonne est malade par faulte de faire cela que vous savez ». — La nouvelle 38 rapporte l’aventure d’un marchand de Tours qui acheta une lamproïe pour festoyer son curé ; sa femme l’envoya à un Cordelier, son ami. — La nouvelle 66 met en scène l’auteur : « N'a guères que j’estois a Saint Omer, avec un grand tas de gentils compaignons, tant de céens comme de Boulogne et d’ailleurs, et après le jeu de paulme nous allasmes soupper en l’ostel d’un tavernier !, qui est homme de bien et beaucoup joyeux ; et a une tres belle femme’, et en grand point, dont il a un tres beau filz, environ de l’eage de six a sept ans. Comme nous estions tous assis au soupper, le tavernier, sa femme et leur fils d’emprès elle, avecques nous, les aucuns commencèrent a deviser, les aultres a chanter, et faisions la plus grand chère de jamais ; et nostre hoste, pour l’amour de nous, ne s’i faindoit pas...» Mais c’est bien la plus étonnante question qu’un père puisse poser à son fils qui met en joie l’assistance. — La nouvelle 74 est l’histoire du prêtre de Boulogne trop respectueux envers Monseigneur le Sénéchal du Boulonnais.— La 76€ nouvelle rapporte l’histoire d’un prêtre, chapelain d’un chevalier de Bourgogne, amoureux de la «gouge » dudit chevalier. Mais c’ést une histoire recueillie de gens dignes de foi, analogue à l’aventure rapportée par le Pogge {Priapus in laqueo).— L'idée de la nouvelle 95, l’histoire du moine qui feint d’être en danger de mort pour parvenir à l’amour d’une sienne voisine, peut bien venir également de Pogge (Dipiti tumor) ; mais elle est située dans un couvent de Paris et le détail est transformé. — La nouvelle 100 est tirée aussi de Pogge ( Sacerdotit virtus). C’est l’histoire de l’évêque d’Espagne qui mangea deux perdrix un vendredi par défaut de poisson. Un détail, au début du récit, montre que les Cent Nouvelles ont dû être être contées le soir : « S’il vous plaist, vous orrez, avant qu’il soit plus tard, tout 2 ceste heure ma petite ratelée et compte abrégé. »
Que nous apprennent les documents que nous avons réunis sur Philippe de Loan? Qu'il s’agit d’un lettré, amateur de beaux livres, qui voyagea et exerça l'office de lieutenant du sénéchal du Boulonnais. Toutes ces données, nous pouvons les retrouver dans les nouvelles que Philippe tira surtout de Pogge, et qu’il situa en Champagne, en Normandie, à Tours. La lettre que nous possédons de lui, adressée à Croy, montre qu’il était un homme d’esprit et un écrivain. Mais surtout nous retiendrons la manière si vive dont Philippe de Loan met en scène ses compagnons de voyage du Boulonnais, et l'aventure du prêtre de Boulogne, trop respectueux envers son maître. Une fois encore nous constatons la vérité des détails donnés par les conteurs, et que les nouvelles ne sont pas mises au hasard dans leur bouche, comme
on J’a dit.
Micnaurr DE CHAUGY (et non pas de CHANGY, comme on l'écrit le plus souvent) a conté cinq nouvelles (28, 40, 64, 79, 80).
C'est un personnage bien connu que Georges Chastellain nomme « Messire Micquiel de Chaugy ». Un document de 1461 donne ses titres et son emploi : « chevalier, maître de l'hôtel de mon dit seigneur * ». Nous pouvons esquisser sa biographie, qui est fort inté-
1. Il est plusieurs fois question des tavernes de Saint-Omer dans les registres de l’Audience
conservés aux Archives du Nord.
2. Sur les taverniers et les hôtesses, voir les extraits des registres de l’Audience.
3. Monsieur le Sénéchal du Boulonnais était à cette époque le patron de Philippe de Loan. 4. Arch. du Nord, B. 2045, fol. 288.
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ressante, Michel est l’un des conteurs que nous connaissons vraiment et dont nous pouvons voir les traits !,
Michel de Chaugy était un Bourguignon d’occasion. Ses origines le rattachaient au Bourbonnais et à sa terre. Il était fils de Jean de Chaugy, conseiller du duc de Bourbon. Le château de Chaugy ? est situé non loin d’Ambierle . Michel de Chaugy, né en Forez, quitta sa terre natale pour servir les ducs de Bourgogne, comme d’autres Bourbonnais le firent à la suite du mariage de Charles de Bourbon et d’Agnès de Bourgogne : ainsi Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, avait été élevé auprès de Philippe le Bon. En 1444, Michel de Chaugy est mentionné dans un compte avec la qualité encore modeste d’écuyer tranchant 4. Dès 1450, on le voit présenter à Charles VIT divers articles pour régler certaines questions entre lui et son maître. Il fait déjà figure d’ambassadeur. En 1452, on le retrouve comme conseiller, chambellan et premier maître d’hôtel. C’est donc un homme assez considérable, réglant les cérémonies, servant à l’occasion, faisant les essais de viandes et marchant devant elles. Michel était plus qu’un domestique reluisant ; il était brave et se signala en 1452 à Termonde, à Rupelmonde où il fut fait chevalier 5. En 1455, il reçoit du duc Philippe 1.000 1. en considération « des services qu’il lui a fais » et en faveur de son mariage f.
Michel de Chaugy était tout comme son bon maître, à qui il adressait une humble supplication relative à ses deux enfants naturels, Blaise et Pignon, qu’il procréa, « lui étant non marié, a savoir Blaise, de Guillemette de Saint Didier, femme non mariée, et Pignon, de Marguerite Chabaut, femme mariée ». Ses enfants naturels étaient « bien morigénés » et « tres bien disposés pour parvenir a honneur ». Et le duc, qui avait tant de raisons d’être indulgent aux bâtards d’autrui, abolissait par lettres données à Bruxelles, le 8 janvier 1463, « la tache de natalité des dits enfants illégitimes ». Alors Michel de Chaugy était marié à Laurette de Jaucourt, veuve de Geoffroy de Clugny, seigneur de Menesserre.
Michel de Chaugy paraît alors un personnage important qui figure au banquet donné à Paris par Philippe le Bon, après le sacre de Louis XI à Reims ; il y rencontre un autre de nos conteurs, Jean de Kastergate, l’amman de Bruxelles ?. Il reçoit à Hesdin Pierre de Brezé, avec Philippe Pot et Jean Martin $. On le voit assister au conseil du duc avec le seigneur de la Roche (Philippe Pot) et le seigneur de Quiévrain, qui sont d’autres conteurs, quand le Bâtard de Bourgogne se disposait à passer en Turquie °. Michel est depuis longtemps en faveur auprès de Monseigneur qui lui achetait un cheval en 1458 1°. Il est dit chevalier, conseiller et maître d’hôtel 1, Car Michel fut comblé d’offices. En 1459, Philippe le Bon lui donne la capitainerie de Châteauneuf, au lieu de feu Bertrand de la Broquière, son premier écuyer tranchant. Il avait déjà reçu celles de Marcigny, de Vieux-Château en Auxoïis. Michel n’y
1. Grâce surtout à une bonne étude de M. l’abbé Reure : Michel de Chaugy et les autres person-
nages peints sur les volets du triptyque d’ Ambierle, 1807 (Extr. du Bulletin de la Diana). 2. Allier, com. de Bessey-sur-Allier.
. Loire, arr. de Roanne.
. Arch. du Nord, B. 1983 n° 59.080, 1985 n° 59.361.
. Chastellain, IL, 264.
. Arch. du Nord, B. 2020, fol. 346 r°.
. Chastellain, IV, 140.
. Chastellain, IV, 351.
. Chastellain, V, 53.
. Arch. du Nord, B. 2030, fol. 342.
. Arch. du Nord, B. 2034, fol. 202 r°.
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réside pas ; car, en 1461, le duc l’a autorisé à commettre trois capitaines pour administrer en son nom. Mais il touche toujours une part de ces offices 1, Michel de Chaugy, chevalier, conseiller, chambellan, maître d’hôtel, par lettres patentes données à Bruxelles, le 31 juillet 1462, est retenu comme gruier de Bourgogne ès bailliages de Dijon, Auxois, la Montagne au lieu de feu Jean Coustain, dernier possesseur de l’office ?. Il reçoit 150 I. pour ses gages de gruier *, Et Louis de Chantemerle, bailli de Mâcon et du Mâconnais, étant mort en 1465, Philippe lui donne son office : mais c’est son neveu, Jean de Damas, qui gère pour lui et paie la rente. Le duc lui cède encore la mouvance, les fiefs et hommages de la seigneurie de Marrey. Ainsi Michel de Chaugy est devenu un opulent seigneur de Bourgogne, administrant ses domaines qui s'étendent aussi en Morvan.
Michel était auprès du duc Philippe quand son maître mourut à Bruges en 1467, pleuré par les siens. Il le servait depuis vingt ans, lui rendant encore de bons offices « a l'heure du trespas ». On le voit, l’année suivante, faire exécuter à Bruges, en compagnie d'Olivier de la Marche, des travaux d’art pour les obsèques de son maître 4. Sous le fils de Philippe, Charolais, Michel fait toujours partie de la maison, mais sans doute d’une manière honorifique. Il a la charge très importante de commis aux finances de Bourgogne et sert d’intermédiaire entre le duc et ses pays. Michel est alors tout bourguignon, défendant les intérêts de son maître. Tandis que va sombrer le Téméraire dans les aventures, que d’argent il doit trouver en Bourgogne et en Franche-Comté! Mais c’est bientôt la fin de la maison de Bourgogne.
Michel, qui n’a pas eu d’enfants de Laurette de Jaucourt, songe à sa propre fin et rédige son testament. À l’église d’Ambierle, en 1476, il lègue la magnifique table d’autel qui était à Beaune chez Laurent Jacquelin, avec l’image de ses parents 5. En 1478, on le voit, à la chapelle de Saint-Michel du palais de Dijon, fonder messes de requiem et de profundis pour le duc Philippe, son maître bien-aimé. Il déclare vouloir être enterré à la Sainte-Chapelle. Après la mort du Téméraire devant Nancy, Chaugy a bien reçu de Marie de Bourgogne les lettres alléguant ses droits à l’héritage. Mais il a eu une entrevue avec Louis XI à T'hérouanne. Le roi Louis, qui lui aussi a la passion de la terre, connaît le faible de ce gentilhomme terrien : il lui accorde la jouissance viagère de tous les revenus de la châtellenie de Roussillon, et le retient pour son conseiller, son chambellan ordinaire et domestique. Il le nomme un des deux chevaliers assistant au Parlement du Grand Conseil de Bourgogne, lui accorde le retrait
féodal des terres de Roussillon $.
1. Don de 1.000 francs en 1461 (Arch. du Nord, B. 2040, fol. 215 v°).