LA LXXXIV“ NOUVELLE
rpANDis que quelqu'un s’advancera de dire quelque bon A compte, j’en feray ung petit qui ne vous tiendra gueres, mais il est véritable et de nouvel advenu. J’avoye ung mareschal, qui bien et longuement m’avoit sem de son mestier; il luy print voulenté de soy marier; aussi, le
* Jésus-Christ, dans l’Évangile.
* Restes.
fut-il à la plus merveilleuse* femme, qui feust eu tout le pays. Et quant il vit que, par beau ne par laid*, il ne la povoit ester de sa mnuvaistié’, il l'abandonna et né se tint plus avec elle, mais la fuyoit comme la tempeste'*. Quant elle vit qu'il la fuyoit ainsi, et qu'elle n'avoit à qui toucher ne monstrer sa derniere maniéré, elle se mist en la queste de luy, et partout le suyvoit, Dieu scait, disant quelz motz; et l'aultre se taisoit et picquoit son diemin. Et elle le suyvoit tousjours et disoit plus de mots ({ue ung dyable ne scauroye faire à une ame damnée^ Ung jour, entre les aultres, voyant que son mary nerespondoit mot à chose qu'elle luy proposas!, en le suyvarit par la rue, cryoit tant qu’elle povoit : « Vien çà, traistre ! Parle à moy? Je suis à toy ! » Et mon marescbal, qui estoit devant, disoit, à cbascun mot qu'elle disait : « J’en donne ma part au dyable.» Et ainsi la mena tbut du long de la ville, tousjoui|S criant: « Je suisà toy! » et l'aultre disoit : t J’en donne ma part au dyable. » Tantost après, comme Dieu le permist, ceste bonne femme mourut, et cbascun demandoit à mon marescbal, s'il estoit courouciéde la mort de sa femme, et il leur disoit que jamais si grant heur ne luy vint; et que, SC Dieu luy eust donné ung souhait à son désir, il eust d^ mandé la mort de sa femme, laquelle il disoit estre a très mauvaise, que : « Se je la scavoye en paradis, je n’y Vouldroye jamais aller tant qu’elle y feust, car impwsiblie seroye que paix feust en nulle assemblée où elle feust. Hais je suis scur qu’elle est en enfer, car oneques chose creée n'approtteba plus à faire la maniéré des dyables, qu’elle faisoit. » Et puis on luy disoit : « Vrayement, il vous fault remarier et en querre^ une bonne et paisible. — Me
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, , * MaUdeuso, niécliante. . ■ i‘
' * Expression proverbiale, signifianl : par prière ni par ineixicek )
- .Méchanceté.
* locution proverbiale qui s'est transformée; on dit luainleiiant, dans le même sens : fuir quelqu'un,' eomnie la petle. tii ’
* Chercher; du latin queerere. •**
marier? disoi(-il :j'aymeroye mieulx me aller pendre au git)L't, que jamais me rebouter au danger de trouver l’en* fer que j’ay, la Dieu mercy, à ceste heure passé. » Ainsi demeura et est eucores; ne scay qu’il fera ce temps advenir.