Partie centrale
Si nous nous basons sur les connexions centrales ascendantes que nous avons étudiées dans la moelle épinière, nous pouvons supposer à priori qu'à chacun de ces trois nerfs ceatripètes, en connexion avec une masse grise du bulbe, correspondront une ou plusieurs voies ascendantes destinées à conduire, jusque dans l'écorce grise de l'hémisphère cérébral, les impressions de sensibilité recueillies par leurs terminaisons nerveuses périphériques. Guidé par cette idée, nous avons, sur un grand nombre de lapins, détruit la substance grise du plancher du quatrième ventricule dans le voisinage immédiat du faisceau solitaire.' Dans aucune de nos expériences nous ne sommes parvenu à mettre en évidence, par la méthode de Marchi, l'existence d'une voie ascendante bulbo-thalamique ou bulbo-corticale.
En présence de ces résultats négatifs constants, nous pouvons nous demander si une connexion corticale doit exister pour chacun de ces trois nerfs et, dans l'affirmative, si cette connexion doit s'établir de la même façon que les connexions ascendantes qui relient les racines postérieures des nerfs spinaux
au cerveau terminal.
Un fait indiscutable, c'est que les trois nerfs bulbaires, VH, IX et X, ne sont pas comparables entre eux, ni comparables aux racines postérieures des nerfs médullaires.
Ce qui prouve qu'ils ne sont pas comparables entre eux, c'est que, au point de vue de la sensibilité, ils n'ont pas la même valeur physiologique. Les fibres centripètes du nerf de Wrisberg et du nerf glosso-phaiyngien servent exclusivement à la transmission de la sensibilité gustativc, tandis que celles du nerf pneumo-gastrique amènent vers les centres nerveux les impressions
vagues de sensibilité recueillies dans les muqueuses de certains organes respiratoires et digestifs.
Ce qui prouve que ces nerfs bulbaires ne sont pas comparables aux nerfs centripètes en connexion avec la moelle épinière, c'est que chacun des nerfs médullaires renferme des fibres de sensibilité profonde ou musculaire et des fibres de sensibilité superficielle ou cutanée (tactile, douloureuse et thermique), ce qui n'est le cas pour aucun des trois nerfs bulbaires.
La chose est évidente pour le nerf de Wrisberg et le nerf glosso-pharyngien, puisque leurs fibres centripètes ne recueillent que les impressions de sensibilité gustative. Quant au nerf pneumo-gastrique, ses fibres motrices sont surtout destinées à des muscles lisses, innervation qui se fait indirectement par l'intermédiaire du sympathique. Il innerve également les muscles striés du pharynx, du larynx et du cœur, mais rien ne prouve que ces muscles sont pourvus de fibres centripètes, ou fibres de sensibilité musculaire, d'autant plus que nous n'avons aucune conscience de la position respective des cartilages et des ligaments du larynx, pas plus que nous ne sommes renseignés sur l'état de contraction des muscles du pharynx et du cœur. Quant aux impressions de sensibilité qui se produisent sur les muqueuses des organes innervés par le pneumo-gastrique, elles se réduisent, pour autant qu'elles deviennent conscientes, à des sensations vagues de contact, de douleur et de température.
Nous basant sur ces considérations, nous pouvons admettre que, si des connnexions corticales existent, elles ne doivent pas être les mêmes pour les trois nerfs VII, IX et X, ni être construites d'après le même plan que les voies ascendantes d'origine médullaire.
Nous savons que les impressions de sensibilité gustative arrivent jusqu'à la conscience. Une voie ascendante bulbo-corticale, en connexion avec le nerf de Wrisberg et le nerf glosso-pharyngien, doit donc exister. Cette voie commence incontestablement dans la colonne grise qui représente le noyau terminal pour les fibres centripètes de ces deux nerfs, c'est-à-dire la partie supérieure du noyau du faisceau solitaire, que nous ne sommes pas parvenu à léser dans nos recherches expérimentales. Dans l'état actuel de la science nous ignorons cependant complètement le trajet suivi par ces fibres bulbothalamo (?)- corticales, de même que la région spéciale de l'écorce où elles doivent aboutir.
Le nerf pneumo-gastrique ne renferme probablement pas de fibres centripètes musculaires. Une connexion bulbo-thalamique, comparable à la connexion médullo-thalamique, n'existe donc probablement pas. C'est ce qui explique sans doute les résultats négatifs de nos recherches expérimentales. Mais ce nerf renferme des fibres de sensibilité cutanée amenant, vers l'écorce cérébrale, des impressions vagues de contact, de douleur et de température. Si, dans le système nerveux central, les voies homologues sont construites d'après un
plan uniforme, nous devons admettre pour le bulbe une voie ascendante analogue à la voie médullo-cérébello-thalamo-corticale, voie qui serait formée successivement d'un chaînon bulbo-cérébelleux, cérébello olivaire, olivothalamique et thalamo-cortical.
L'existence de cette voie n'a pas encore été signalée jusqu'ici.
Voies ascendantes d'origine hulho-protuhérantielle.
Trois nerfs périphériques envoient leurs fibres centripètes à la fois dans la protubérance annulaire et dans la moelle allongée. Ce sont le nerf vestibulaire et le nerf cochUaire, constituant ensemble le nerf acoustique, et la racine sensitive du nerf trijumeau.
Chacun de ces nerfs mérite une étude spéciale, parce que chacun d'eux possède des connexions centrales qui lui appartiennent en propre et qui sont complètement différentes de celles des deux autres. Ces trois nerfs ont d'ailleurs, au point de vue de la sensibilité, une valeur physiologique différente.
Le nerf vestibulaire recueille, dans la profondeur des canaux demi-circulaires du labyrinthe membraneux, des impressions vagues qui échappent complètement à la conscience, mais qui interviennent hautement dans le maintien de l'équilibre de notre corps dans l'espace- C'est le nerf de l'équilibre, comme les canaux demi-circulaires dont il provient sont les organes de l'équilibre.
Le nerf cochléaire transmet vers les centres nerveux les impressions auditives recueillies dans la profondeur de l'organe de Corti du limaçon.
Quant au nerf trijumeau, il tient sous sa dépendance la sensibilité cutanée de la face et de la partie antérieure de la tête, de la muqueuse des fosses nasales et de la cavité buccale, de même que la sensibilité profonde des muscles, des tendons, des capsules et surfaces articulaires correspondantes.
A. Voies vestibulaires.
Elles sont formées, comme toute voie centripète, d'une partie périphérique et d'une partie centrale.