Troubles de Vacuité auditive
Ce sont les troubles de la fonction auditive même, de la finesse de Touïe.
a. Moyens d*apprécierVacuité auditive.
Il faut, en clinique, étudier séparément, puis comparativement, dans chaque cas, la transmission aérienne du son et la transmission solidienne ou par contact,
a. Examen de la transmission aérienne du son.
Cet examen « consiste dans la détermination de la distance à laquelle un son donné, d'abord lointain, puis de plus en plus rapproché, commence à être perçu. Comme source sonore, on se sert de la voix, de divers acoumètres(2), dont le plus simple est la montre, et du diapason,
« Quelle que soit la source sonore choisie, il est trois règles principales à observer : !• chaque oreille doit être examinée séparément, celle qui n'est pas en cause étant bouchée avec Texlrémité du doigt ; 2" le malade doit avoir
(1) Pierre Bonnier, Ioco cil., p. 38.
(2) Voir les divers acoumèlres in Pierre Bonnier, Ioco cil., p* 23. Voir aussi Toulouse, Vaschide cIPieron. Technique de psychologie expérimenlaley Examen des sujets, 1904, p. 80.
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les yeux bandés ou tout au moins les fermer aHn qu'il ne puisse lire sur les lèvres et aussi afin que, ne pouvant constater de visu la distance à laquelle est placée la source sonore, il ne soit pas victime d'une autosuggestion ; 3^ enfin la source sonore doit être d'abord tenue éloignée de Toreille, puis rapprochée progressivement jusqu'à ce que le son soit nettement perçu. »
lo Examen ax^ec la voix. (« Placez-vous à distance et prononcez un mot que le malade devra répéter. Servez-vous d'abord de la voixchuchotée : celle-ci est entendue normalement à 20 ou 25 mètres ; en cas de surdité, elle ne commencera à être perçue qu'à 2 mètres, à 1 mètre, à quelques centimètres. Si elle n'est pas entendue du tout, recommencez l'expérience en parlant à haute voix, selon le ton de la conversation ordinaire. »
Procédé bien imparfait dont les résultats varient suivant les mots prononcés (voyelles à tonalités différentes), la manière de prononcer...
2® Examen avec la montre. C'est un procédé supérieur et le plus usuel. Seulement il faut que chaque médecin sache la distance à laquelle sa montre est normalement entendue. Les résultats ne sont d'ailleurs pas toujours et nécessairement parallèles à ceux que donne l'examen avec la voix.
« Le résultat de l'expérience s'exprime par une fraction dont le numérateur indique en centimètres la distance à laquelle la montre est entendue par Toreille malade et le dénominateur la distance à laquelle la môme montre est perçue par une oreille saine. Si la môme montre n'est perçue qu'au contact (ad concham, au contact de la conque)
on écrit M = -^-rr (1). » 3» Examen avec les diapasons. Le diapason permettra le
(1) DedovecI Achard, loco ciL, p. 301.
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môme examen dans de meilleures conditions. De plus, il permettra de comparer l'acuité pour des tonalités différentes. <c A Tétat pathologique, Tétendue des sons perceptibles peut diminuer, soit que leur limite inférieure s'élève, soit que leur limite supérieure s'abaisse : en général, une diminution de la perception des sons bas, avec persistance de Tacuité auditive pour les sons élevés, est Tindice d'une lésion de Toreille moyenne ; inversement, une moins bonne perception des sons hauts est ordinairement liée à une lésion de Toreille interne (1) ; les deux ordres de signes, et par conséquent de lésions, peuvent se combiner » (Debove et Aciiard).
Pierre Bonnier ne croit pas nécessaire dans la pratique courante Texamen par la série des diapasons et il se sert d'un diapason de 100 vibrations dont on doit présenter le pied à une certaine distance de Toreille afin que la transmission solidienne (se faisant nécessairement par le pied) puisse ensuite être comparée à la transmission aérienne (2). Comme moyen de mesure et en attendant une « entente entre auristcs et physiologistes sur l'unité tonométrique et acoumétrique >, Pierre Bonnier mesure l'audition du sujet parla sienne propre en unissant leurs oreilles par un tube otoscopique avec le diapason au milieu et en comparant la durée de la sensation chez le sujet et chez Tauriste.
j3. Examen de la transmission osseuse ou par contact. Comme le font remarquer Debove et Achard, cette transmission n'est pas exclusivement osseuse et devrait plutôt être appelée osléotympanique. On peut faire l'examen avec la montre que l'on applique sur l'apophyse mastoïde, le front ou le verlex ; chez des sujets encore jeunes on peut
(1) BoNAi-oNT, 1845; LucaecI Moos.
(2; L'intensité du son (répreuve n'est pas indifférente puisque, d'après André Broca [Sociélé de Biologie, 3 juillet 1897;, quand l'intensité du son diminue, le son monte et réciproquement; mais c'est là un élément dont il n*y a pas lieu de tenir compte en pratique. Grasset. Los Centres nerveux. 30
faire ainsi les épreuves que nous allons décrire avec le diapason (1).
lo Epreuve de Weber (1834). Un diapason placé sur le vertex d'un sujet sain est perçu également des deux côtés; il y a une sensation centrale qui n'est latéralisée ni à droite ni à gauche ; le sujet oriente normalement la position du diapason.
Si on bouche une oreille, le son est perçu principcdement ou uniquement daiis l'oreille bouchée ; de même s'il y a une lésion de l'oreille moyenne ou de l'oreille externe d'un côté. Le sujet oriente mal le son et le latéralisé du seul côté malade. « Cette épreuve, dit Collet, a une valeur diagnostique indiscutable. »
Si au contraire le sujet latéralisait le Weber du côté sain, la lésion devrait être localisée dans l'oreille interne. Le fait peut aussi s'observer dans des cas de lésions superposées de l'oreille moyenne et de l'oreille interne.
Comme théorie du phénomène (2) on peut admettre, d'abord pour les lésions de l'oreille externe, qu'un obstacle à la sortie des ondes sonores par le conduit auditif externe amène leur répercussion dans la cavité de résonnance formée par la caisse et le conduit ; d'où latéralisation du côté malade : pour les lésions de l'oreille moyenne (la théorie est moins démontrée) on peut admettre avec Brenner et Stein- BRiiGGE que le nerf auditif, légèrement irrité par une excitation (électrique) ou une lésion de la caisse, réagit davantage (hyperexcitabilité fonctionnelle).
Pierre Bonnier (3) a insisté sur la paracousie lointaine
(1) Comme pour la transmission aérienne, Pierre Bonnier mesure l'audition solidicnne du sujet par la sienne propre, en unissant leurs crânes par une tige métallique au milieu de laquelle vibre le diapason. On peut ainsi de même comparer les deux oreilles du sujet entre elles en se basant sur des évaluations positives.
(2) Collet, loco cit.^ p. 13.
(3) Pierre Bonnier, VAudilion, p. 153.
comme bon signe de surdité au début (1). Ce signe est basé sur le même principe que le Weber.
Un diapason étant sur le verlex, si, sans toucher Toreille, on approche du méat gauche la main ouverte, le son est plus fortement perçu. « Si j'ai cherché sur mon corps le point le plus éloigné de mes oreilles, par exemple la fourchette sternale, où je percevrais à peine le son du diapason ; je le percevrai nettement maintenant ou je le percevrai encore quand il sera placé encore plus bas, plus loin de mes oreilles; et je le percevrai dansToreille gauche. Si, au lieu de couvrir mon oreille avec la main sans la toucher, j*obstrue le méat avec le doigt, le son augmente encore ou il est perçu de plus loin ». Encore plus, si on bouche le conduit avec du coton enduit de vaseline ; encore plus, si on touche le tympan... et avec des altérations de ces régions. Et alors la clinique montre que, dans ces cas, « tel sujet qui ne pourra plus entendre par l'air le diapason approché du méat, l'entendra quand il sera appliqué sur le tibia, sur la rotule, sur telle saillie osseuse, ou même sur des parties molles, fesse, sein, paroi abdominale (2), etc. Dans certains casoù il y a de plus une forte congestion labyrinthique, la paracousie est telle que le sujet entendra le diapason dès qu'il sera appliqué non pas môme sur telle partie éloignée du corps, mais môme sur le matelas, l'édredon, etc. »
Ce signe de Pierre Bonnier doit bien être rapproché du Weber. Car, dansccs mômes cas, on trouvera souvent mieux le Weber « en appliquant le diapason sur les deux genoux successivement qu'en le posant sur le vertex (3). »
2o Epreuve de Rinne (1855), Lucae et Schwabach. Un diapason vibrant devant le méat est entendu plus long temps
(1) C'est surtout, d'après Pierrk Bonnier, un signe précurseur de surdité, entraînant le pronostic de surdité progressive.
(2) « En général, le sujet normal n'entend plus le diapason quand celui-ci est placé au delà du cou » (Pierre Bonnier;.
(3) Pierre Bonnier, Société cTOtologiet 1899, mars, avril.
que le même diapason placé sur les os du crâne. S*il y a une altération de l'oreille externe ou de Toreille moyenne, ceci ne se produit plus et on peut observer Tinverse.
« Le diapason vibrant est placé sur le vertex ou mieux sur l'apophyse mastoïde correspondante et on le maintient en place jusqu'au moment où le sujet en expérience cesse de l'entendre ; on le porte alors rapidement devant le méat auditif. S'il est entendu de nouveau, le Rinne est dit positif (R -|-) et on note le nombre de secondes pendant lequel le diapason est encore perçu au méat. S'il n'est pas entendu, le Rinne est dit négatif » (R — ). Dans ce dernier cas, on peut refaire l'épreuve inverse, commencer par le méat et voir réapparaître la sensation sur l'apophyse mastoïde.
« Le Rinne négatif est un précieux indice d'affection de l'appareil de transmission » (Golleti. La conclusion pour une lésion de l'oreille interne tirée du Rinne positif est bien moins certaine.
L'épreuve de Schwabach n'est qu'une variété du Rinne, basée sur le même principe : on mesure le temps pendant lequel le sujet entend le diapason sur le vertex (1) et le temps pendant lequel il entend le diapason devant le méat. Mêmes conclusions que pour le Rinne.
3^ Epreuve de Gellé. Quand un diapason est placé sur le vertex, si on exerce une pression sur le tympan, le son perçu est diminué à l'état physiologique. Il n'est au contraire pas modifié s'il y a une maladie de l'oreille moyenne.
On augmente cette pression centripète en introduisant dans le conduit auditif un tube de caoutchouc relié à une poire à insufflation.
(1) « Quand l'oreille normale a cessé de percevoir le son du diapason placé sur la mastoïde ou sur le vertex, si l'on ferme une oreille avec le doigt, le son renaît de ce côté » (épreuve de Bing). D'après Bing, l'oreille lésée dans son appareil de transmission ne retrouve pas cette sensation secondaire, tandis qu'on la retrouverait quand il s'agit d'un trouble de l'appareil de perception. Cette interprétation paraît à Pierre Bonnier « exagérée et trop exclusive. »
PoLiTZER a fait des objections à ce moyen de diagnostic.
Aucun de ces divers procédés d'exploration n'a évidemment une valeur diagnostique absolue. Aussi faut-il les connaître et les appliquer, tous pour les contrôler et les compléter Tun par l'autre.
b. Symptômes de déficit. Surdité. Paralysie du nerf de Vouïe. Diagnostic du siège de la lésion,
La surdité comprend tous les symptômes de déficit auditif, puisque, comme le dit Pierre Bonmer, « dès qu'une oreille est au-dessous de la moyenne physiologique, nous pouvons admettre qu'elle présente un certain degré de surdité. » Le m^me auteur fait remarquer avec raison que c'est un symptôme qu'il faut rechercher pour en dépisterles premiers degrés. Car, tant qu'il est peu accentué, il ne s'impose pas à Tattention du sujet comme le ferait un alTaiblissement de la vue (1).
Naturellement je n'ai à étudier ici que les cas de surdité dus à une altération d'un point quelconque de l'appareil nerveux d'audition depuis la papille cochléaire jusqu'à l'écorce temporale. Je les passerai rapidement en revue en allant de la périphérie vers le centre (2).
lo Les lésions du nerf auditif ei du bulbe entraînent la surdité unilatérale et directe : tumeurs se prolongeant dans le conduit auditif interne et alors comprimant, tiraillant ou distendant les faisceaux nerveux; tumeurs bulbaires volumineuses qui vont jusqu'au plancher du quatrième ventricule, qui compriment ou détruisent les nerfs de la VIII paire ou leurs noyaux.
(1) Anton a in(>nie décrit un cas de surdité absolue d'origine corticale (avec hallucinations intenses de l'ouïe) qui restaitraéconnue du sujet: le malade ne se prétendait nullement souvd {Archio fur Psychiatrie und Xervenkrankheilen, 18W, Revue neurologique^ 1900, p. 231.
(2) Voir pour la documentation de tout ce paragraphe : Collet, loco cil., p. -17 et 171.
Collet en cite 6 observations dues à Verron (1874) , Marot (1875), TiLiNG (1873), Malmsten Blix (1869), Manning (1871) et Warfwinge.
Bernhardt signale les troubles de Touïe dans 5 cas sur 27 et Laoame dans un quart des cas de tumeur bulbaire.
C'est à- ce groupe qu'il faut rattacher les troubles auditifs dans les lésions du cervelet et des pédoncules cérébelleux (1) qui n'agissent sur Touïe que par la compression ou l'altération concomitante du nerf auditif ou de ses origines. Ce sont les tumeurs des hémisphères cérébelleux qui troublent le plus souvent l'audition, étant mieux placées pour comprimer les origines de la VIII paire. Duret (2) place les troubles auditifs dans les éléments du diagnostic cantonal des tumeurs de la circonférence (partie antérieure) du cervelet et du pédoncule cérébelleux moyen et cite spécialement les faits de BABÉet Martin (1878), Raymond (1898). Ba-
BINSKI (1901), GULDENARM, HeRMANIDÈS Ct WlNKLER (1902).
D'après Bernhardt, on trouve des troubles auditifs dans plus du tiers des tumeurs cérébelleuses ; Ladame ne les a trouvés que 7 fois sur 77 cas. La surdité, dans ces cas, est unilatérale ou bilatérale avec prédominance d'un côté. Le plus souvent elle est directe ou, au moins, débute par le côté de la lésion. Winge (1869), Wolf, Erb et Moos (1879) ont observé cependant la surdité croisée.
2- Dans les lésions de la protubérance, les troubles auditifs sont le plus souvent directs ; ils peuvent cependant être croisés (Tiling, Kolisch), souvent aussi bilatéraux.
Les deux statistiques combinées de Bernhardt et de Ladame donnent une moyenne de 27 0/0 de troubles auditifs dans les tumeurs prolubérantielles. Collet cite onze cas
(1) Voir la XXVIi leçon de Brissaud, in Leçons cilées, 1895, 1. 1, p. 564.
(2)DuRET, Rapportau Congrès de chirurgie 1903, Revue neurologique, 1903, p. 955.
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positifs de Vôlkel, Pétrina, Beveridge, Tiung, Soulier, Ross, Oppenheim, Schulz, Bristowe, Diller, Kolisch.
A ce groupe doivent se rattacher les cas de troubles auditifs par lésion du corps trapézoïde (couche interolivaire) et du ruban de Reil (lemniscus) latéral, comme dans Tobservation de Greiwe citée par Collet.
A des lésions protubéranlielles doivent encore être attribués les cas de paralysie alterne de Tacoustique. Gellé(I) a relevé à la Clinique de la Salpêtrière (1876-1895) 9 cas de paralysie alterne avec troubles auditifs: le trouble auditif marchant avec la paralysie du facial ou faisant, à lui seul, Taltemance avec la paralysie des membres.
3* Les troubles, auditifs s'observent dans les lésions directes des tubercules quadrijumeaiix et dans les lésions de voisinage (de la glande pinéale par exemple) comprimant ces tubercules quadrijumeaux.
Collet cite six cas dans lesquels la surdité était bilatérale ou bien n'était pas indiquée avec assez de précision pour qu'on pût en tirer une conclusion certaine au point de vue du croisement des nerfs acoustiques ; ils sont dus à Duffin (1876), GowERs (1879), Fisher (1885), Hope (1888). Noth- NAGEL (1882) et FiscHEL et Klebs (1877). Puis il en cite quatre (Weinland 1894. Ferrier 1882, Ruel 1889-90, Ilberg 1894) dans lesquels là surdité unilatérale était croisée. D*oii cette conclusion que « les tubercules quadrijumeaux postérieurs constituent un relais sur le trajet des voies acoustiques et qu'en ce point la décussation des nerfs de la VIII paire est déjà complètement effectuée n. Il semble de plus que, pour troubler l'audition, la lésion doit être profonde et intéresser le bras postérieur ou le ruban de Reil latéral, les voies acoustiques étant 'c latérales au tubercule postérieur et situées au-dessous de lui (Weint land) ».
(1) Gellê, Société de Biologie, 1901, p. 907 {Revue neurologique, 1903, p. 28).
472 CHAPITRE CINOUIÈME
Collet cite ensuite cinq cas de tumeurs de voisinage comprenant les tubercules quadrijumeaux ou des lésions de ces centres autres que des tumeurs ; ces cas sont dus à FlechsiG, HiRTz (1875), Greîwe (1894), Reinuold (1886), Zen- NER (1) (1892). Ces faits conduisent aux mômes conclusions que les précédents.
Des mêmes documents cliniques Collet conclut aussi qu'il n'y aurait pas de fibres acoustiques longues, indépendantes, évitant les tubercules quadrijumeaux.
49 Au-dessus des tubercules quadrijumeauxpostérieurSydes faits de Henschen et de Zacher (1891) également cités par Collet indiqujent le bras postérieur du tubercule quadrijumeau et le corps genouillé hitenie comme sièges de la lésion (2). Un cas de Lannois (avec autopsie) et un de Vetter (1882) (sans autopsie) correspondent à une lésion du segment postérieur de la capsule interne.
5^ Pour Yécorce^ Collet rapporte d'abord des faits cliniques montrant des lésions des l*^' et 2® circonvolutions temporales, à droite ou à gauche. Ces faits de Huguemn, Alcock, Wernicke et Fuiedl.i£nder, Seppili (il faut y joindre celui, plus récent, de Paul Sérieux et Roger Mignot)(3) prouvent l'existence d'un centre cortical bilatéral de Touïe, mais ne prouvent rien pour Tinfluence directe, croisée ou bilatérale de chacun de ces centres.
A la solution de cette question servent au contraire les faits de Hutin et Ollivier(1877), Renvers (1888) et Kauf- MANN (1886) de surdité unilatérale croisée par lésion corticale. « C'est le seul point, conclut Collet, sur lequel la
(1) Dans ces deux derniers, compression par des néoplasmes de la glande pinéale.
(2) Zen NER (1893) « dans un cas de tumeur de la couche optique gauche, a constaté une diminution de l'acuité auditive à droite » (Collet).
(3) Paul Sérieux et Roger Mignot. Société de Neurologie, 10 janvier 1001. Nouvelle Ironorjraphie de la Salpûlrière, lUOl, p. 30.
APPAREIL CENTRAL DE l'oUIE 473
méthode aDalomocliniqiie n'est pas absolument d'accord avec les autres procédés qui ont permis de déterminer le trajet des voies acoustiques ». Pour atténuer la portée de cette divergence, il faut se rappeler que les anatomistes n'admettent qu'un faisceau direct relativement peu important, tandis que le faisceau croisé est le plus considérable. On comprend qu'en clinique, quand l'innervation croisée, fait brusquement et complètement défaut, le faisceau direct (destiné physiologiquement à assurer l'audition binauriculaire) ne suffit pas à assurer la fonction et ainsi se développe la surdité croisée pour une lésion corticale unilatérale.
c. Symptômes d'excitation.
Les symptômes d'excitation de la fonction auditive peuvent se grouper sous trois chefs : l' les hyperacousies ; 2? les bruits subjectifs ou entotiques ; 3^ les hallucinations audilix'es,
1* Vhyperacousie peut être générale, c'est-à-dire que le sujet entend mieux qu'à l'état normal, sans que les lois de l'audition physiologique soient d'autre part altérées.
Cette hyperacousie peut éloigner les limites des tonalités pendues, accroître la distance où un môme son sera perçu, permettre de distinguer de minimes variations dans la hauteur du son. C'est, dans ce dernier cas, ce que Pierre Bonmer appelle l'exaltation des fonctions d'interprétation.
Il y aune hyperacousie p/*i/sioio^tgue chez certains sujets supérieurs à ce point de vue à la moyenne. Comme dit Pierre Bonmer, a cette particularité n'est sans doute pas sans influence dans le déterminisme des aptitudes ou des vocations artistiques ou oratoires ». Il y a aussi une hyperacousie pathologique, notamment dans Thystérie, l'hypnose...
L'hyperacousie \)euiùive douloureuse. C'est un symptôme analogue à l'éblouissement auditif que nous avons étudié plus haut. Seulement, dans ce dernier cas, c'est par trou-
ble de raccommodation ; tandis que, dans le cas actuel, c'est par hyperexcitabilité des voies acoustiques.
C'est un signe d'irritation du nerf auditif ou d'un autre point quelconque des voies auditives, le plus souvent de la périphérie.
Dans ces cas, la fonction auditive prend une importance maladive dans l'économie sensorielle et psychique générale. « Tel individu sursaute quand on applique le diapason sur son crâne, auprès de son oreille, ou au moindre bruit, un peu fort et inopiné (1). »
Ce symptôme n'a une valeur séméiologique (toujours faible) pour l'état de l'appareil nerveux de royîe que s'il n'est pas sous la dépendance d'un état névrosique d'hyperesthésie générale.
Il y a aussi des hyperacousies partielles et dissociées qui sont d'ailleurs plutôt des paracousies. Ainsi il y a hyperacousie partielle et dissociée (hyperacousie aérienne) dans ce que Pierre Bonnier appelle la paracousie de Willis. C'est l'état des sujets chez lesquels l'audition aérienne est exaltée dans les milieux en trépidation, l'état des sourds qui, dans une voiture, entendent mieux que personne, tant que la voiture roule, et redeviennent sourds au moindre arrêt.
Le même auteur appelle paracousie de Weber l'état inverse dans lequel l'audition solidienne a pris des proportions considérables et anormales par rapport à l'audition aérienne. Cela conduit à la paracousie lointaine dont nous avons déjà parlé plus haut (p. 466).
Dans ce même groupe des paracousies par excitation, il faut placer Véchoacousie. C'est le rappel immédiat de la perception : une syllabe, un mot, une phrase même se font entendre deux fois de suite, en écho. Il faut, avec Pierre Bonnier, distinguer ce symplôme de la diplacousie échotique de Kayser qui est la diplopie auditive, c'est-à-dire le dédoublement de la sensation auditive par ralentisse-
(1) Pierre Bonnier, loco cit, {LOreille, symptomatologie), p. 31.
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ment dans la transmission et la perception sonore d*un côté.