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Centres supérieurs corticaux {membres et facial

a. Siège des centres moteurs.

La zone périrolandique que nous avons indiquée plus haut comme contenant les centres moteurs n'est pas une et homogène. Elle doit être subdivisée en un certain nombre de centres spéciaux (2).

A la partie supérieure de la zone, sont réunis les centres du membre inférieur (lobule paracentral et quart supérieur des frontale et pariétale ascendantes) ; à la partie moyenne,

(1) Tbstl'T en décrit (p. 3Ki) six systèmes.

(2) Voir: Charcot et Pitrew, Les Centres corticaux chez r homme ^ Bibliothèque Charcot-Dobovo.

les centres du membre supérieur (deux quarts moyens des frontale et pariétale ascendantes) ; à la partie in férieure,lcs centres de la langue et delà face (quart inférieur des frontale et pariétale ascendantes et opercule rolandique (1).

Dans lecentre ovale, les fibresdu membre inférieur occupent le faisceau frontal supérieursurla troisième coupe (2) de Pitres et le faisceau pariétal supérieur sur la quatrième (3). Les fibres du membre supérieur occupent, sur les mêmes coupes, les faisceaux frontal et pariétal moyens. Le tout forme ensuite le faisceau pyramidal dans les deux tiers antérieurs du bras postérieur de la capsule interne.

Quant aux fibres des centres inférieurs, elles occupent, sur les troisième et quatrième coupes de Pitres, les faisceaux frontal et pariétal inférieurs et forment le faisceau génie ulé dont nous connaissons déjà le trajet ultérieur.

Un mot de plus est nécessaire pour le centre du facial.

Le facial supérieur (front et orbiculaire des paupières) est à certains points de vue un nerf différent du facial inférieur : il appartient d'une part (comme le facial inférieur) à l'appareil moteur commun de la face et d'autre part il fait partie de Tappareil moteur de divers sens et surtout de la vision, où nous le retrouverons.

En fait, les cliniciens ont constaté depuis longtemps que ces deux branches du facial se comportent d'une manière différente dans les lésions du neurone cortical. On avait cru même que le facial supérieur est intact dans-Thémiplégie organique ; c'est une erreur. Mais il est, dans ces cas,

(1) On voit, par la position respective de ces centres, qu'il y a un entrecroisement vertical ou en hauteur, comme il y a un entrecroisement latéral d'un côté à l'autre.

(2) Coupe fronlale, faite au niveau de la frontale ascendante, parallMemenl au sillon de Rolando.

(3) Coupe pariétale^ au niveau de la pariétale ascendante (toujours parallèlement au sillon de Holando).

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beaucoup moins atteint que le facial inférieur. Pourquoi (1)?

VuLPLXN : toutes les fibres du facial ne s'entrecroisent pas et les fibres de Torbiculaire sont directes. Mais il faudrait alors, dans rhémiplégie cérébrale, avoir une paralysie directe de l'orbiculaire.

Larguer : le facial ne serait pas la seule source d'innervation de Torbiculaire ; le grand sympathique interviendrait aussi (Claude Bernard) et, par son action persistante, expliquerait l'intégrité relative du muscle. Mais alors cetle même intégrité relative devrait s'observer dans la paralysie périphérique du tronc du facial.

Broadbent, Cuarcot, Mu^allié : l'intégrité de Torbiculaire dans les lésions unilatérales rentre dans l'intégrité de tous les muscles qui agissent habituellement des deux côtés à la fois. Il y a, pour assurer cetle synergie bilatérale^ des commissures physiologiques qui assurent un certain mouvement, quand la lésion est unilatérale. Mais les mouvements du facial inférieur sont tout aussi bilatéraux et symétriques et par suite on ne comprend pas pourquoi le facial inférieur et le facial supérieur ne se comportent pas de la môme manière vis-à-vis de la lésion hémisphérique.

Après Landouzy (1876), j'ai admis un centre cortical distinct pour le facial supérieur etpour le facial inférieur ; Tun dans la région pariétale rétrorolandique, vers le pli courbe, l'autre au bas de la région rolandique. On comprend alors très bien que le facial supérieur puisse être épargné dans une lésion hémisphérique atteignant les nerfs des membres et le facial inférieur.

Mais on ne comprend pas que le facial supérieur soit lé-

(1) Voir: Delign!^., Confribuiion à V élude de Pétat du facial supérieur dans le» hémiplégies cérébrales de Padulle, Thbse de Paris, 1891).

— J. Calmette, Le facial supérieur dans rhémiplégie cérébrale. I^ double centre corticaldu facial supérieur, Thèse de Montpellier, 1900.

— JiLES SoL'RV, loco cH., p. 1707.

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gèrement atteint dans ces cas. On ne comprend pas les faits réunis par Mirallié (1) dans lesquels le facial supérieur était atteint avec une lésion de la région rolandique.

Tout s'explique assez bien en admettant, avec Joanny Roux (2),que le facial supérieur a un double centre d'innervation : un centre postérieur avec les autres nerfs de l'œil (le facial supérieur étant un nerf protecteur de Fœil) et un centre rolandique avec les autres nerfs du corps, spécialement avec le facial inférieur ; le facial supérieur aurait un centre aensoriomoteur rétrorolandique et un centre se^isi" tivomoteur périrolandique, tandis que le facial inférieur n'aurait qu'un centre sensitivomoteur.

Pour le premier (sensorionioteur) (3), Mendel le rapproche des origines de Toculomoteur commun (ablation chez les animaux des muscles frontal et orbiculaire ; recherche des dégénérescences consécutives). Exner et Paneth le placent dans la zone du pli courbe, au voisinage du centre des mouvements des yeux (contractions isolées de Torbiculaire opposé, chez le chien, par excitation modérée de la circonvolution latérale du gyrus sigmoïde : pli courbe).

Chargot et Pitres trouvent cette localisation encore douteuse ou insuffisamment démontrée, bien que vraisemblable ; et tendraient à placer le centre de Torbiculaire avec le centre des mouvements oculaires dans le lobe pariétal inférieur.

Pour le second centre (4) (sensitivomoteur), expérimentalement Ferrier d'abord, Hitzig, Luciani et Tamburini ensuite ont indiqué le siège rolandique chez le lapin, le chien, le chat et le singe. Sur le cerveau humain, on connaît dans le même sens « un certain nombre d'expériences directes

(1) MiRALLiE, Archives de Neurologie, 1899, t. VII, n«37, p. 1.

(2) Joanny Roux, Archives de Neurologie, 1899, 2* série, l. VIII, p. 177 et Diagnostic el Traitement des maladies nerveuses, 1901.

(3) Voir Picot, Leçons de Clinique médicale, p. 341. (1) Voir Jules Sounv, loco cit., p. 1710.

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(Bartholovv, Sciamanna) et d'observations cliniques suivies de nécropsies (Werner, Hitzig, Maragliano et SeppiLLi, Marfan, etc.), rapportées par Pugliese et Milla » qui font conclure à Jules Soury : « tout porte à croire que le centre des mouvements volontaires des muscles orbiculairesdes paupières est situé dans le tiers inférieur des circonvolutions centrales, au-dessus des centres de la langue et de la bouche, probablement en avant du sillon de Rolando, à proximité du pied du F^. »

AspissoFF (1) a déterminé chez le chien quatre centres de la fermeture des yeux : dans la partie moyenne de la 2« et de la 3"" circonvolutions.

MiRALLiÉ (2) a réuni des faits cliniques établissant aussi le centre prérolandique : faits avec autopsie de Hervey (1874), MiLLA (1896-1898), Brissaud, Mirallié, Silva (3).

De ces centres corticaux les fibres du facial descendent, passent à la partie externe de la couche optique, contribuentà former là le « champ triangulaire de Wernicke » qui représente comme une corne d'abondance, se moule sur la couche optique et embrasse en bas le corps genouillé externe dans son embouchure.

D'après les faits de Huguenin, Chvostek et Hallopeau (4), dans la région optostriée, les fibres du facial supérieur sont séparées des fibres du facial inférieur et traversent le noyau lenticulaire du corps strié ou du moins une région avoisinante (couche profonde de Tanse pédonculaire de Gratiolet). — On a également démontré expérimentalement cette indépendance dans la couronne rayon-

(1) AsPissoFF, Revue neuroloyiguc^ lUOl, p. 10 el yî<7.

(*^) MiHALLiE, Archives de Neurologie^ 1899, t. VII, p. I.

{3; Silva (Société médico -chirurgicale de Pavie, juin 1898. Revue neurologique, 1896 p. 786 et 889) a vu une épilepsie jacksonienne avec aura par le facial supérieur, causée par un kysle apoplectique allant du pied de la 2* frontale gauche à la pariétale ascendante.

(4) Hallopeau^ /fei^ue mensuelle de Médecine el de Chirurgie, 1879, U IH, p. 937.

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nanle. On sépare par des coupes profondes et on rompt la continuité des fibres d'association transcorticales ou bien on enlève le lobe frontal ou le lobe temporal ; après quoi, on excite les deux aires ou Taire persistante et dans tous les cas on a des effets moteurs (Morat).

Pour le noyau mésocéphalique du facial (1) (noyau du facial inférieur de quelques auteurs) certains anatomistes (DuvAL, Testit) admettaient un noyau commun pour le facial et pour Toculomoteur externe. A cette opinion combattue par d'autres anatomistes (Gidden, Cajal, van Gehuchten) Mendel a substitué Topinion d'un noyau commun au facial supérieur et à Toculoraoteur commun, tandis que Gowers et Bruce rapprochaient ce noyau du facial supérieur de celui de l'hypoglosse. Marinesco (2) fait aboutir les fibres du facial supérieur dans le noyau commun du facial, qui contiendrait des neurones d'émission pour tout le facial (3).

b. Siège des centres sensitifs.

On a d'abord cru que les centres corticaux étaient uniquement moteurs, parce qu'on n'avait vu que la paralysie motrice succéder à leur destruction. Plus tard on a constaté et analysé les troubles sensitifs dans les lésions corticales (4). Et tout le monde s'accorde aujourd'hui pour placer les centres moteurs et les centres sensitifs, sinon

(1) " Profon(l<^menl situé h la partie anléroexlerne de la caloUo protubérantielle, un peu en arrière de l'olive supérieure » (Testut).

(2) MAïuNESco, Société médicale des hôpitaux, 1898. Bévue neu' rologique, 1898, p. 30 et Presse médicale, 1899, p. 85.

(3) Voir encore, pour ces noyaux du facial : Wvruboff, Neurologisches Cenlralblatf, 1901, p. 434 (Revue neurologique, 1901, p. 981) et AspissoFF, Moniteur russe neurologique, 1901, p. 114 {Ibidem, 1901, p. 981).

^4) Raymond Tripier, Revue mensuelle de Médecine el de Chirurgie^ 1880, t. IV, n*» 1 ot 2. Voir aussi la Sole que j'ai ajoutée à ce mémoire, Ibidem, p. 161, et Localisations dans les maladies cérébrales, 3* édit., 1880, p. 129 et 228.

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dans les mêmes neurones, du moins dans des neurones très voisins de la même région corticale (1).

Ainsi le quart supérieur de la zone rolandique préside à lamotilité et à la sensibilité du membre inférieur du côté opposé, les deux quarts moyens président à la motilité et à la sensibilité du membre supérieur du côté opposé et le quart inTérieur préside à la motilité et à la sensibilité de la moitié opposée de la tête et de la langue (2).

c. Distribution segmentaire de ces centres : nerfs segmentosmsitifs et nerfs articulomoteurs.

Au double point de vue sensitif et moteur, l'action périphérique de ces centres corticaux se distribue, non suivant les nerfs ou les racines, mais suivant des segments de membres (3).

En 1880, j'observais (4) des anesthésies corticales segmentaires et les rapprochais des observations de Munk et d'autres qui veulent qu'il y ait, dans Técorce cérébrale, des zones répondant précisément aux grands segments sensitifs que nous avions établis.

En 1884, Allen Starr (5) cite des monoanesthésies brachiales ou crurales (avec superposition de paralysies motrices) par lésion corticale du cerveau.

(1) Voir: Brissai'd, Leçons sur les Maladies nerveuses^ t. I, 1895, p. 539.

(2) On trouvera dans la thèse de Long tous les faits physiologiques et cliniques qui établissent cette superposition, dans l'écorco, des centres moteurs et des centres sensitifs (p. 107 à 121). Voir, plus loin, à la Séméiologie, ce que nous dirons des anesthésies corUcales.

(3) Voir mes leçons sur la distribution segmentaire des symptômes en séméiologie médullaire, Leçons de Clinique médicale, 4« série,

{4) Gazette hebdomadaire de médecine el de chirurgie, 1S£0, p. 3 ; Journal de thérapeutique, t. VII, p. 1 et 521 et Montpellier médical, l. XXV, p. 39.

(5; Allen STAnn, American Journal of the med. Se, 1884, p. 114 et 366 (Revue des Sciences médicales, t. XXV, p. 524 cl 525;.

90 CHAPITRE PUMH1£R

Charcot (1) dit (1885) : « Cette disposition par segments géométriques que délimitent des lignes circulaires déterminant un plan perpendiculaire au grand axe du membre représente vraisemblablement, du moins pour les membres, le type des anesthésies de cause corticale, quelle que soit la lésion qui les produit. »

En 1893, Dejehine (2) publie une observation remarquable dans laquelle il y a, pour ainsi dire, une monoplégie d'un membre au double point de Vue moteur et sensitif, par lésion corticale constatée à Tautopsie.

Dans un important travail sur les anesthésies d*origine cérébrale, Verger (3) cite trois autres observations dans lesquelles les troubles sensitifs étaient exactement limités à un membre (4) et conclut que « les zones dont la destruction produit les troubles sensitifs sont séparées pour chaque membre... et que ces zones correspondent lopographiquement à la zone excitable qui préside aux mouvements des membres (5) ».

Il semble donc que les nerfs sensitifs définis par leurs centres corticaux ont une distribution périphérique segmentaire : nerfs segmenlosensilifs.

J'ai récemment repris la question et essayé de démontrer qu'il en est de même pour la motilité : les centres corticaux moteurs sont aussi à distribution périphérique segmenlaire : à côté des nerfs segmentosensitifs centripètes il faut admettre des nerfs articulomoteurs (6) centrifuges.

II est facile de prévoir (contrairement a ce qu'on a cru

(1) Charcot, Œuvres complètes^ t. II, p. 326. Note.

(2) DEJURiyEj Revue neurologique, 1893, p 50.

(3) H K.vRi Verger, Archives générales de Médecine, l. IV, 1900, p. WO.

(4) Observation XXXIIÏ de Knapp, observation XXXV de Frank Madden et observation XXX VI de Darkschewitsch.

(5) Voir aussi: Walton et Paul, Brain, 1901 (Revue neurologique, KKy2, p. 183).

(6) Voir: Les Nerfs articulomoteurs des membres. Revue de Médecine^ février 1903, p. 81.

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(1 abord) qu'il n'y a pas, dans l'écorce cérébrale, de centre spécial pour lescialique, pour le radial, le médian...

Car il est impossible de contracter volontairement le groupe d'un nerf périphérique, comme il est impossible de contracter volontairement le groupe de Toculomoteur commun ou Toculomoteur externe d'un côté ou des deux côtés. Il est au contraire facile, par ordre cortical, de fléchir l'avant-bras sur le bras, comme il est facile, par ordre cortical, de tournerles deuxyeuxà droite ou à gauche. Or, pour fléchir l'avant bras, il faut faire agir le musculocutané sur le biceps brachial et un rameau du radial sur le long supinateur (qui est bien un fléchisseur de l'avant-bras) et laisser inactifs d'autres rameaux du même radial (triceps brachial qui est extenseur de l'avant-bras).

On voit immédiatement le paradoxe physiologique que soulèverait invinciblement ce mouvement très simple si on adoptait les unités des anatomistes pour les nerfs moteurs.

De même, les auteurs ont montré que l'unité fonctionnelle ne réside pas dans le muscle.

R. DU Bois Reymond (1) a bien développé récemment cette pensée et exprimé cette loi : les muscles isolés sont des unités anatomiques, mais non des unités mécanicophysiologiques. La physiologie des mouvements disjoint des portions d'un même muscle ou réunit des muscles séparés par les anatomistes. Les anatomistes indiquent une action pour chaque muscle, alors que les diverses fibres d'un môme muscle peuvent avoir des actions différentes, voire même .antagonistes. Ainsi le bord supérieur du trapèze soulève l'omoplate, tandis que le bord inférieur l'abaisse. De même, la division des fessiers pour le physiologiste est entièrement différente de celle qu'établit l'anatomiste pour les mêmes muscles. R. du Bois Reymond montre combien ces

(1) H. DU Bois Reymond, Specielle Muskdphysiologie oder Bcwegungs- /cArc, 1903, p. 215.

propositions ont été déjà établies par Duciienne « der grœsste Kenner der speciellen Muskelphysiologie ».

Donc, Tanatomophysiologie fait prévoir Texactitude de la conception des nerfs articulomoteurs. Mais c'est la clinique qui, seule, peut en établir et en démontrer vérilablement Texistence. Seule, la maladie peut disséquer expérimentalement dans le cerveau de Thomme, des centres ou leurs prolongements immédiats ; et alors, par la comparaison des symptômes observés et des lésions trouvées à Tautopsie, on . peut reconstituer les unités corticales des nerfs physiologiques.

Un premier groupe de faits cliniques très important pour cette démonstration est formé par les cas de paralysie limitée par lésion cérébrale. Ils sont d'ailleurs très rares.

Lepine (1) en a observé un: les mouvements de flexion et d'extension de la main étaient abolis, ainsi que les mouvements des doigts, sauf les mouvements du pouce restés libres, comme ceux de Favantbras sur le bras et du bras sur l'épaule. Lésion limitée corticale de la pariétale ascendante, à la hauteur de la deuxième frontale.

Lepine rapproche de ce fait une observation de Gnos(2) : paralysie localisée au pouce et à l'index; lésion au fond du sillon de Rolando ; puis des faits sans autopsie do Clément (3) et de lui de paralysie dissociée par lésion corticale. Et il dégage de ces faits la notion « de la dissociation des centres du pouce d'une part et des autres doigts d'autre part : ce qui est extrêmement rationnel, • le pouce, grâce à son mouvement d'opposition chez l'homme, constituant en quelque sorte, au point de vue fonctionnel, la moitié de la nwin ».

(1) Lepine, Revue de Médecine, 1883, p. 569.

{2} Gros, Revue mensuelle de Médecine et de Chirurgie, 1880, p. 769.

(3) Cli^:ment, Lyon médical, 1881. . i

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Stimï?on (1) a publié un fait analogue de dissociation : paralysie des extenseurs du poignet gauche et des doigls de la main gauche ; lésion au tiers moyen de la pariétale ascendante. Et moi-même (2) j'en ai observé un autre: lésion traumatique de la partie tout à fait supérieure de la région périrolandique quia déterminé une paralysie limitée de la flexion et de Textension des orteils et de la flexion du cou de pied.

Dès l'apparition de mon Mémoire, Bernhardt a bien voulu me signaler un cas analogue publié par lui en 1888 (3) : après un traumatisme sur la tête, paralysie de la jambe gauche avec prédominance de la paralysie sur les mouvements du pied et des orteils.

Un second groupe, beaucoup plus fourni, de documents cliniques est constitué par les cas d'hémiplégie cérébrale partielle, en voie d'aggravation ou en voie de rétrocession et d'amélioration. J'ai pu analyser ainsi (4) un cas curieux d'hémiplégie progressive qui a guéri. Déterminant avec soin les groupes musculaires successivement atteints et successivement libérés, nous avons vu que ces groupes correspondaient toujours, non aux nerfs des anatomistes ou h leurs branches, mais à des unités fonctionnelles, à des mouvements simples de telle ou telle articulation.

Plusieurs travaux ont d'ailleurs paru sur cette question.

Dans un premier travail (1889), Wernicke (5) montre que dans l'hémiplégie partielle, la paralysie se limite le plus souvent, au membre inférieur, aux fléchisseurs de la

;l) Stimson, Arch. of Med,, avril 1881. Cil. Ciiarcot cIPurks, loco cii., p. 113.

(2) Article cité de la Revue de Médecine, p. 92.

(3) Berniiakdt, Cenlralblatt fur Servenheilkunde, 1888, l. XI n» 24 {Revue des Sciences médicales, 1889, t. XXXIV, p. 121 et Neurologîsches Cenlralblall, 1888, p. 642)

{4} Arlicle cité de la Revue de Médecine, p. 83. (5) Wermcke, Bertiner Idinische Wochenschrifi, 1889, t. XXVI, p. 969.

jambcet aux fléchisseurs du pied. Ce type de paralysie permet, dit l'auteur, de diagnostiquer une « lésion corticomusculaire du faisceau pyramidal )>.

En 1895, Mann (1) conQrme les observations de Wer- NiCKE et les complète par d*autxes analogues pour le membre supérieur. Ici les mouvements les plus atteints sont : Topposition du pouce, la supination de la main et la rotation en dehors du bras. On rapprochera cette observation pour le pouce des cas de Gros et de Lepine prouvant aussi la dissociation cérébrale des articulomoteursdu pouce et des articulomoteurs des autres doigts.

Mann fait très bien remarquer que Thémiplégie ne frappe pas des muscles isolés, mais des complexus de muscles associés par leur fonction (des unités physiologiques).

A Tappui de cette idée, l'auteur montre que jamais dans une hémiplégie on ne voit le biceps brachial paralysé et le long supinateur intact ou réciproquement. Ils sont pris ou épargnés ensemble par une lésion cérébrale limitée. Or, l'un est innervé par le musculocutané, l'autre par le radial. Les divers muscles innervés par le radial sont pris ou épargnés isolément, séparément, tandis qu'on ne voit pas cette indépendance pour ces deux muscles qui n'ont d'unité que dans leur fonction : la flexion de l'avant-bras sur le bras. Car le long supinateur n'est pas un supinateur, mais un fléchisseur de l'avantbras comme le biceps.

Encore en 1895, Wermcke (2), dans un second travail, étend ses conclusions à certaines lésions de la portion spinale du faisceau pyramidal. Peu après, Flechsig (3) publie des constatations analogues et Mann (4) confirme et complète ses premières conclusions.

(1) Mann, Ueber d. Lâhmungslypus bci der cerehralen Hcmiplcgie. Volkmann'fi Sammhing klinischer Vorlrdr/e^ 1895, n« 132 (n* 1? de la V* série).

(2) Wernicke, Deiilfiche medicinische Woehenschrifl, 1895, t. XXI, p. 47 (Vcreinsbeilâge).

(3) Flechsig, Gehirn iind Seele, 2" édit. Leipzig, 1896 (cil. Mann).

(4) Mann, Deutsche Zeitarhrift fiir Xervenheilkunde,\^)7 , t. X, p. 1.

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En France, Clavey (1) dans sa thèse faite chez Pierre Marie el Pierre Marie (2) lui-même confirment ce fait : la distribution musculaire des paralysies cérébrales incom" piétés se fait, non par muscle isolé ni par territoire de nerf anatomique, mais par groupe musculaire périarticulaire, individualisé et unifié par le but physiologique de son fonctionnement (3).

Dejerine (4) combat cette manière de voir. Pour lui, les muscles sont d'autant plus paralysés^ qu'ils sont plus spécialisés dans leurs fonctions et il admet avec Hering que les muscles sont paralysés proportionnellement à leur force normale. — Cette théorie n'explique pas les faits que nous venons de signaler de Wernicke, Mann, Flechsig, Pierre Marie et Clavey. La question de force relative ne peut pas intervenir quand on compare, non pas les fléchisseurs aux extenseurs du môme avantbras, mais les fléchisseurs ou les extenseurs d'un avantbras à leurs semblables du côté sain. Si l'explication de Dejerine était la vraie, Tattitude des membres paralysés resterait normale et surtout tous les mouvements seraient également affaiblis. Enfin il faut souligner que, s'il y a un type de prédilection pour les hémiplégies, ce type n'est pas nécessaire et constant : on voit aussi l'inverse. Nous avons notamment cité le cas de Le-

lll Eugène Clavey, Recherches cliniques sur les groupes musculaires paralysés dans rhémiplégie (Vorigine cérébrale^ thèse de Paris,

(2) Pierre Marie, arlicle Hémiplégie, Traité de Médecine et de Thérapeutique de Brouardel et Gilbert, 1901, t. VIII, p. 457.

(3,î Voir aussi : Weldman, Beiirâge zur Kenntniss der cerebralen Hémiplégie Heidelberg, 1899. Marinesco {Semaine médicale, 1903, p. 325), étudiant un épileptique, chez lequel Jonesco avait enlevé une partie de l'écorce cérébrale au niveau du centre du membre supérieur, constate que « le patient pouvait très bien mouvoir ses articulations de Tépaule et du coude, mais il était incapable d'exécuter le moindre mouvement de la main ». C'est la démonstration expérimentale, chez l'homme, de la distribution segmentaire arliculomotrice des centres corticaux moteurs.

(4) Dejerine, Séméiologie du Système nerveux. Traité de Pathologie générale de Bouchard, 1901, t. V, p. 795 et 483.

piNE qui est opposé à celui de Gros et à ceux des classiques. L'explication de Dejerine est inapplicable à ces cas et par conséquent ne peut pas être généralisée.

Je me crois donc en droit de continuer à conclure que les aires périphériques musculaires correspondant aux aires corticales motrices sont les régions articulaires : les nerfs corticaux des membres sont des nerfs articulomoteurs (1).

Ceci n'est d'ailleurs pas en contradiction avec les dernières conclusions des physiologistes sur la question ; au contraire.

Dès 1870 (2), dans leurs expériences historiques (point de départ de toute l'étude des localisations corticales), Fritsch et HiTziG, chez le chien, reconnaissent des centres pour les extenseurs et pour les adducteurs du membre antérieur, des centres de flexion et de rotation...

Si actuellement on prend les dernières figures représentant la zone corticale motrice, on verra que toutes dissocient la zone motrice par articulations.

Ainsi, à la page 549 du dernier livre de Morat, la ligure 218 représente la zone corticale motrice de l'homme (imitée de Dejerine) d'après les recherches des chirurgiens américains et anglais Keen, Mills, Nancrède, Horsley, etc. On y voit de bas en haut, indiqués successivement sur la zone périrolandique, les centres du pouce, de l'index, des doigts, du poignet, du coude, de l'épaule ; et, en haut, d'arrière en avant, des orteils, du cou de pied (3), du genou, delà han-* che. Mômes désignalions sur les trois ligures (221 à 223, p. 557 à 559) qui représentent ces divers centres sur le cerveau

,1) Nous Irouverons une nouvelle preuve clinique de celle dislribulion ai'liculomolrice des hémiplégies parlielles dans Télude «lUC nous ferons, à la séinéiologie,de la marche de /Za/ir (Schùller).

(2} Voir, pour loul ce paragraphe : Morat, loco cit., p 484.

(3) Mon observation, que je rappelle ci-dessus, de suite tardive d'un coup de feu sur le sommet du crAne, est tout h fait conforme ii cette localisation.

APPAREIL SENSITIVOMOTEUR GENERAL

de certains singes, d'après Horsley et Schaffek (1887), BEEvoRet Horsley (1890) : flexion (biceps), flexion de la cuisse et de la jambe, mouvement en avant ou en arrière, pouce, index, doigts, poignet, coude, épaule... Beevor et Horsley (l)ont même, chez le Macacus sinicus, poursuivi

Tableau Ilï. — Principaux nerfs artigulomoteurs du membre

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