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Autres dermatoses

a. Généralités.

L'étude de l'action du système nerveux sur les dermatoses comprend plusieurs phases.

■ D'abord on constata des altérations cutanées après diverses maladies du système nerveux (lés névrites notamment) ; épaississement et induration de la peau, étatichlyosique, troubles de pigmentation, lésions pilaires et unguéales, éry thème, glossyskin (1), eczéma, éruptions pemphigo'fdes, ectbyma...

Dès lors, on chercha et on trouva des lésions nerveuses, périphériques ou centrales, dans les maladies de la peau : zonas, vitiligo (Leloir), pellagre (Dejerine), pemphigus (Dejerine et Leloir, Schwimmer), dermatite exfoliatrice (Quinquaud), mal perforant, sclérodermie...

De tout cela on rapprocha les antécédents nerveux des malades atteints de dermatoses, le début de ces maladies après un ébranlement du système nerveux, certains symptômes nerveux (prurit, troubles de sensibilité) dans leur évolution, la répartition topographique des éruptions... Et on arriva ainsi à des œuvres comme celle de Leloir, dans laquelle le rôle du système nerveux devient capital en dermopathologie.

Dès 1882, il classe (2) dans les maladies cutanées d'ori-

(1) Glossyskin (Weir Mitchell) : doigt aminci^ lisse, sans poils ni plis...

(2} Leloir, article Trophonévroscs cutanées Nouveau DicVion-

ginc nerveuse : les érythèmes, le purpura, les ér\ Ihème^ chroniques et les deriniles superficielles, les alTeclions vésiculaires (herpès, certains eczémas), les affections huileuses (certains ecthymas), les ulcérations (mal perforant), la gangrène, la sclérodermie, la lèpre, certains états ichtyo* siques, les troubles de pigmentation (vitiligo), les lésions des annexes de la peau (ongles, poils, pelades). A cette liste ScHvvLMMER ajoutait les lichens, Téléphantiasis des Arabes, le myxœdème, Tacné rosacée. Puis on a admis (Jacquet) que les dermatoses prurigineuses peuvent être secondaires au prurit, lequel reconnaîtrait une cause nerveuse centrale : urticaire, lichen plan, lichen simplex, divers prurigos. Pour Brocq et Jacquet, le prurit isolé caractérise les névrodermies : associé à une lésion, il constitue les névrodermites, parmi lesquelles la dermatite herpétiforme.

Et alors on arrive à attribuer au système nerveux même la production de certaines dermatoses ayant une évolution propre : eczéma, lichen plan, tous les érythèmes...

Leredde (1) a réagi contre ces exagérations : « à notre avis, dit-il, dans les affections limitées au tégument, au moins en apparence, toute lésion originale, différenciée, spécifique, ne peutêtre considérée comme de cause nerveuse sans preuves décisives et presque toutes celles qui ont été fournies à Tappui de la doctrine générale des trophonévroses, des dermatoneuroses, sont insuffisantes. Le rôle pathogène du système nerveux en dermatologie doit être compris autrement qu'on ne Ta fait jusqu'ici; le tégument externe est soumis à des causes morbides multiples, dans le détail desquelles nous pénétrons de plus en plus, à condition de n'admettre aucune théorie exclusive et de ne pas

naire de Médecine el Chirurgie pratiques, 1882, et Recherches cliniques ei analomopaihologiques sur les affections cutanées d'origine nerveuse, thèse de Paris 1882.

(1) Leredde, Archives générales de Médecine, 1899, mars el avril. Grasset, Les Centres nerveux. 42

attribuer au système nerveux en particulier la prérogative de déterminer les dermatoses. »

La môme année, Georges Tuibierge (1) admet raction directe (troplîique) du système nerveux sur la peau, laction par les vasomoteurs, Faction indirecte par la diminution de la défense de la peau vis-à-vis des causes pathogènes. Le plus souvent, le rôle du système nerveux dans la production des dermatoses est un rôle d'intermédiaire... Gaucher et Barbe (2) avaient fait une analyse analogue, ajoutant les érythèmes réflexes et repoussant le terme névrodermites de Brocq et Jacquet.

Enfln on trouvera Tétat actuel complet de la question dans Tarticlc de Lenglet (3) : « le système nerveux, primitivement lésé, entraîne des troubles dans la nutrition, dans la vie des parties qui cessent de recevoir son influx normal. Le terme trophonévrose semble donc très justifié s'il doit s'appliquer exclusivement aux actions qui sont les elTets directs de la variation dans l'innervation. » Dans sa classification générale des trophonévroses je retiens les termes suivants :

... 3» Grands syndromes trophoneurotiques regardés par quelques auteurs comme des entités morbides... y. Syndromes trophiques proprement dits : scléroderraie, sclérodactylie, gangrènes trophiques, hémiatrophie ethémihypertrophie faciales, hémiatrophie croisée, atrophies cutanées, main succulente, glossyskin, rétraction de l'aponévrose palmaire, maladie de Morvan.

4^ Eruptions monomorphes à distribution systématisée. Eruptions linéafres ou en bandes. Herpès, zona, lichen, eczéma, psoriasis, scJérodermie, vitiligo...

(1) Georges Thibierge, Trailé de Médecine, 1899, t. IH, 2* édition, p. 4.

(2) Gaucher et Barbe, Traité de Médecine el de thérapeutique de Brouardel et Gilbert, 1897, t. lil, p. 682.

(3) Lenglet, arlicle Trophonévroses, La Pratique dermatologique, Vm, t. IV, p. 517.

APPAREIL CENTRAL DE LA TROPHIGITÉ 6o9

Il me reste à indiquer quelques documents récents sur un certain nombre de types principaux. Je les grouperai, pour cette énumération, suivant la classification morphologique (1).

b. Ery thèmes.

Dans les érylhèmes nerveux il faut citer : Térythème fllgice (roséole pudique) « sur la poitrine et sur le cou des persoiiMS» des femmes surtout, que Ton découvre pour les examiner », lis éry thèmes réflexes « signalés par quelques auteurs comme symiitomatiques de lésions urétrales ou utérines », les érythèmes Itophiques « observés à la suite des plaies des nerfs, des névrites ^t aussi dans les affections du système postérieur de la moelle éj^nière, dans le labes dorsalis, dans la syringomyélie (panaris de Morvan). )>

L'érythème pellagreux (2) mérite une place à part dans ce groupe, puisque dans la pellagre il y a des lésions médullaires (sclérose combinée postérolatérale) signalées par Bouchard etbien étudiées par TuczEK (1888), ToNNiNi (1883), Belmondo (3) (1889). Parhon et Goldstein (4) ont étudié, dans la pellagre, la rétraction de Taponévrose palmaire a trouble trophique dû à une altération du système nerveux ».

r. Urticaire (5).

L'urticaire, aiguë et chronique, est parfois exactement limitée à un département segmentaire. Ceci est surtout vrai de Turticaire pigmentée, dermatose rare de la première enfance, et qui constitue une éruption d'urticaire vulgaire

(1) Voir : Gaucher et Barbe, Georges Thibierge^ Lenglet, locis cit.

{2) Sur les érylhèmes pellagreux et les érylhèmes pellagroldes, voir la thèse de Cecconi, Paris, 1903, n* 249.

(3) Voir DéjERiNE et Thomas, Traité de Médecine et de Thérapeutique de Brouardet et Gilbert, 1902, t. IX, p. 884.

(4) Parhon et Goldstein, Revue neurologique, 1902, p. 555.

(5) Voir Brissaud, loco <•// , p. 141.

à laquelle succèdent des macules saillantes de teinte brunâtre. Hallopeau a insisté sur le rapprochement de cette dermatose avec les zpnas, au point de vuedela distribution.

Il faut rapprocher des urticaires les cas de dermographisme ou d'autographisme (urticaire autographique ou factice, étudiée par Du jardin Beaumetz, Chouel, Mesnet et Barthélémy).

Il y a des urticaires développées après une émotion vive ou une colère et des urticaires réflexes, d'origine utérine (ScANzoNi) par exemple. Certains auteurs admettent des urticaires d'origine oculaire, nasale, buccale. Lasserre(I) el Kaposi admettent une origine gastrique ou digestive à Turticaire réflexe.

<(.., Charcot a observé un ataxique chez lequel d'énormes efflorescences ortiées occupaient les régions où se produisaient les douleurs fulgurantes. Parmi les névroses qui facilement secompliquent d'urticaire, il faut citer Tasthmc, la maladie de Basedow, Tépilepsie (2), mais surtout Thyslérie (3). )>

d. Pemphigus,

On a décrit un pemphigus hystérique (4) (d'ailleui^ discuté) (5) et Mermet a étudié en 1877 le pemphigus dans les névroses.

DuHRiNG fait figurer dans sa définition du pemphigus la coexistence, dans la plupart des cas, de symptômes généraux divers, surtout du côté du système nerveux. Et, dans les affections huileuses, Neisser comprend : ... 6** le pemphigus neuroticus qu'il décrit à part et dans lequel il range

(1) Lasserre, Des conditions éiiologiques et de la pathogénie de, lurlicaire^ thèse de Paris, 1876,

(2) Fi^:nÉ, article Epilepsie Traité de Médecine ei Revue neurologique, 15 août 1902.

(3) Merklen, Urticaire, La Pratique dermatologique, t. IV, p. 752. (4j Voir AcHARDelL,Évi, loco cit., p. 064 ; Déjkbine, /ococ<7.,p. 1119. (5) Voir Bnocg, Pemphigus, Pratique Dermatologique^ t. Ill, p. 815.

APPAREIL CENTKAL DE LA TROPHICITE 661

les éruptions huileuses Irophoneurotiques et le pemphigus hystérique.

Gaucher et Chiray (1) ont puhlié « trois cas de pemphigus chronique prurigineux chez des malades qui ont des .tares nerveuses manifestes. Ils s'inscrivent à Tactif de Téliologie nerveuse, que les auteurs préfèrent à Tétiologie sanguine ou toxique ».

• D'autre part, Gaucher et Barde séparent du pemphigus les éruptions pemphigoïdes d'origine nerveuse qui comprennent : « 1® les bulles symplomatîques des névrites et des plaies des nerfs, siégeant sur le trajet des nerfs malades ; 2' les éruptions huileuses observées quelquefois dans le cours de certaines affections du système nerveux ; 3* le pemphigus hystérique... »

e. Eczéma,

PourGAUCHERct Barbe (2), les lésions nerveuses peuvent produire des éruptions eczématiformes, qui doivent être distinguées de Teczéma vrai.

Le rôle du système nerveux n'est cependant pas nul dans la production de Teczéma.

« L'appareil nerveux de l'épidermodermc, actionné physiologiquement par le système nerveux central et intermédiaire en état d'intégrité, dans un degré que règlent son idiosyncrasieplasmiqneet sa prédisposition héréditaire ou acquise, et par les excitations normales du dehors ou du dedans, peut ôtra actionné pathologiquemoit par les altérations propres de ce système et par des excitations anormales du dedans ou du dehors ; dans les deux conditions, il est le récepteur des actions exercées et le foyer des réactions pathologiques vitales premières » (Besnier) (3).

(1) Gaucher et Chiray, Société de Dermatologie et de Syphiligraphie, 11)03 (Revue neurologique ^ 1903, p. 979).

(2) Gaucher et Barbe, loco cil. y p. 750.

(3) Bes^iier, Eczéma, Pratique dermaJologique, 1901, l. II, p. 88.

Stoukovenkoff et Nikolski, cités par Brissaud (1) ont signalé l'existence d'aneslhésies segmentaires, en général symétriques, dans Teczéma chronique, chez des malades non hystériques. Comme eczéma segmentaire, Brissaud cite ensuite les eczémas chroniques des ongles, consécutifs, dans la plupart des cas, à Teczéma des phalanges, un cas d'eczéma rubrum, dont les limites sont exactement celles « de la tranche métamérique antibrachiale »>.

f. Lichen. Névrodermites.

La première des deux grandes catégories de lichen que distingue Brocq (2) comprend les u faits décrits autrefois sous le nom de lichen et qu'en ce moment on a plus de tendance à décrire sous les noms de névrodermites.,. »

Dans ce groupe il étudie d'abord la né\)rodermite chronique circonscrite (prurit circonscrit avec lichénification, lichen simplex chronique de Vidal). « Le prurit en est le symptôme premier et capital. C'est lui qui constitue Tessencc même de la maladie ; les phénomènes cutanés n'en sont que la conséquence directe. » Cette antériorité du prurit à l'éruption est, avec le nervosisme des sujets qui en sont atteints, les premiers éléments du diagnostic. Puis il étudie les névrodermites diffuses (prurits diffus avec lichénification), dont le nom indique les différences avec le premier type.

Brocq conclut: « ce qui domine Tétiologie et la pathogénie de ces affections, c'est, d'une part, comme cause prédisposante, comme terrain, le nervosisme ou l'arthritisme nerveux ; d'autre part, comme cause déterminantej les violentes émotions, les ébranlements subis par le système nerveux, les intoxications diverses ».

Brissaud dit (3) que dans certains cas Téruption du

(1) Brissaud, loco cit., t. II, p. 83 et 141.

(2) Brocq, Les lichens, Pratique dermatologique, 1902, t. III, p.

(3) Brissaud, loco cit., t. II, p. 139.

lichen est distribuée suivant le trajet d'un nerf (Bal^er : petit sciatique ; 2 cas) ; dans d'autres cas probablement, l'éruption a une distribution radiculaire. Enfin dans d'autres cas, elle a une distribution segmentaire (Qciquaud : lichen chronique corné : bras, du coude au poignet).

g. Psoriasis (1).

Dans les accidents subjectifs du psoriasis on signale les troubles de la sensibilité (Hebra), des accidents rhumatoïdes (algies articulaires et musculaires, Besnier), dés accidents nerveux (Willan, Bazin, Hillairet, surtout Polotebnoff) tels que neurasthénie, hystérie, inappétence, insomnie.

Comme étiologie, dans certains cas le choc nerveux paraît avoir joué un rôle (Heulz, Leloir, Kutznicky).

A la pathogénie, Audry étudie la théorie d'après laquelle le psoriasis est une maladie nerveuse (Bourdillon, Polotebnoff, Kutznicky) et qui s'appuie : 1° sur les accidents névropathiques survenus chez les psoriasiques (indiqués plus haut); 2<> sur le caractère névropathique de l'éruption psoriasique elle-même (psorisis unilatéral, psoriasis en traînée suivant les nerfs de distribution, psoriasis zoniforme, métaraérique...)

Cela prouve « simplement que, dans certaines circonstances, rares d'ailleurs, le système nerveux joue un rôle précis dans la localisation des efflorescences cutanées. En un mot, le système nerveux apparaît comme assurément capable de provoquer une explosion ou une localisation psoriasique. Mais il n'est pas vraisemblable qu'à lui seul il crée la maladie ».

/i. Altérations des poils et des ongles. J'ai déjà parlé de l'eczéma unguéal et du lichen ; et je réserve la canitie pour le paragraphe suivant.

(1) Audry, Psoriasis, Pratique dermatologique ^ t. IV, p. 106 à 135.

Uliypertrlchose {polytrichie, développement exagéré du système pileux) localisée peut affecter des distributions curieuses au point de vue de Taciion possible du système nerveux. Ainsi Gangolphe et Pinatelle (1) ont décrit une hypertrichose lombaire à distribution segmentaire dans un cas de spina bifida occulta.

La trichotillomanie (Hallopeau) est un état morbide « constitué par de vives sensations prurigineuses, s'exagérant par accès, dans toutes les parties velues du corps el simultanément par une vésanie qui porte les malades à y chercher un soulagement en arrachant les poils des régions où elles se produisent ». L'affection se rattache vraisemblablement (Fourmer) à un état névropathique (2).

Le monilelhrix (Crocker) est une affection noueuse non parasitaire des poils, décrite par Luge (1879) et par Smith (1879). « L'opinion la plus généralement admise aujourd'hui, dit Bodin (3), est qu'il doit y avoir dans le monilelhrix une lésion nerveuse centrale de nature héréditaire et qui commande les altérations pilaires... L'observation de tous les auteurs démontre que les lésions des cheveux proviennent d'une succession régulière de périodes pendant lesquelles la nutrition des poils est normale, puis anormale ». De plus (Wallage Beatty et A. Sgott) tous les follicules pileux forment en môme temps un renflement nodulaire et, deux jours après environ, toujours tous ensemble, un étranglement. « Ceci suppose bien évidemment que la lésion initiale se trouve ailleurs et plus haut que dans le follicule pileux et qu'elle doit vraisemblablement consister en une altération des centres nerveux ».

Très controversée encore est la question du rôle du système nerveux dans la pathogénie de la pelade. Je vais ré-

(1) Gangolphe et Pinatelle, Gazette hebdomadaire, \90\, p. 1193 (Revue neurologique^ 1902, p. 612).

(2) Bodin, Pratique dermatologique^ l. IV, p. 21. (3} Bodin, Ibidem, p. 20.

APPAHEIL CENTRAL DE LA TROPHICITE 665

sumer les arguments en faveur de la théorie trophonévrotique d'après Tarlicle de Dehu (1).

Dans les symptômes de cette maladie on note : névralgies, paresthésies, fourmillements, engourdissement, troubles vasomoteurs, anesthésie ou hypereslhésie, diminution de l'excitabilité électrique et de la réaction sudorale à la pilocarpine, symétrie et systématisation des localisations.

Expérimentalement on a déterminé des pelades par section nerveuse : Max Joseph (1886), résection du ganglion de la deuxième paire cervicale, chez le chat; Mibelli (1887), Samuel, MosKOLENKoet Fer Gregoriantz(1899) obtiennent des résultats confirmatifs.

Les chirurgiens ont involontairement reproduit la même expérience chez Thomme : Pontoppidan (1899), ablation de ganglions carotidiens ; Bender (1898); Jacquet (1900), lenotomie du sternomastoïdien ; Schweninger et Buzzi, opération d'un abcès rétroauriculaire.

De même, on a vu des plaques de pelade après une fracture du pariétal (Stowers 1897), à la suite de coups ou de chute sur la tête, ou de blessures à la face (duels à la rapière) (Crocker, Tyson 1886, Schultz 1889, Ollivier 1887)...

L'alopécie en aires se montre parfois associée à diverses affections nerveuses centrales ou périphériques : paralysie facialedumême côté(BAERENSPRUNG 1890, Romberg), hémiatrophie faciale (Schweninger et Buzzi, Rosenthal 1899, Lewin 1884), tabès, zona (Cutler 1896), sclérodermie (RiLLE, Eddowes, Rosenthal, Schweninger et Buzzi), vitiligo (2) (Mathieu, Crocker, DuBREUiLH),épilepsie (Féré 1893), chorée (Ollivier, Pye Smith 1890), maladie deBASEOow (Basedow 1896, Kohn, Unna, Rille, Besnier 1888).

(1) Dehu, Pelade, La Pratique dermatologique^ t. III, p. 688. Voir aussi BeTTMANN, Archiv fur Dermaîologie und Syphiligraphie, t. LXX, 1904, Irad. Hene Martial. Revue pratique des maladies cutanées, syphilitiques et vénériennes, 1904, n*" 8 et 9 ; el Leredde, Ibidem, 1904, p. 295.

(2) Voir DU Castel, Société de Dermatologie et de Syphiligraphie, IWS {Revue neurologique, 1903, p. 979).

On a vu aussi la pelade résulter de chocs psychiques (pelades émotives) : frayeur vive (Leloir1888, Fredet 1897), chagrin violent (Morton 1895, Gebert 1897), soucis, émotions (Archambault 1890, Déhu).

Dans les causes prédisposantes, on note l'exagération de Texcitabilité réflexe, la nervosité (LAiLLER),lanévropathie, la neurasthénie (Fournier), une souche épileptique (Kohn, Unna).

Reste une dernière question : ces alopécies trophonévrotiques sont-elles de vraies ou de fausses pelades? En réalité, dit Déhu, aucun signe ne permet de distinguer ces pelades trophonévrotiques des autres et par suite de les qualiGer de fausses.

Les travaux de Jacquet prouvent d'ailleurs que les symptômes nerveux sont pour ainsi dire constants dans la pelade et que, s'ils passent souvent inaperçus, c'est qu'ils sont trop atténués ou éphémères. Pour ce dernier auteur, la pelade « préparée par des causes lointaines et profondes, est déterminée et fixée par des irritations locales partant d'un point quelconque des neurones centripètes (pelades réflexes) et sans doute aussi des centres (pelades centrales) ». Le point de départ des pelades réflexes peut être viscéral (gastrique, intestinal, bronchopulmonaire, génital, etc.) ou périphérique, auriculaire et surtout dentaire. La localisation du trouble trophique peladique n'est pas fortuite. Elle se fait sur des territoires d'innervation minima physiologique et u la pelade se systématise sur les points qui sont plus directement en connexion nerveuse avec la région où siège l'épine peladogène (1). »

On trouve des altérations des ongles (2) dans : les lésions traumatiqucs des nerls (Heller : 19 cas : chute des ongles, ralentissement de croissance, déformations variées, ongles

(1) Dehu, loco cit., p. 700.

(2) DuBREUiLH, Pratique dermatologique, l. Ifl, p. 610.

APPAHEIL GENTHAL DE LA TROPIIICITÉ 667

en griffes), tes névrites (ongles épais, irrégûiiers et friables), Tataxie locomotrice (chute des ongles : Pouget, Pitres, Joffroy), la syringomyélie (Schlesinger : ongles déformés, atrophiés, ou complètement détruits)^ Thémiplégie (ongliE^s amincis, striés en long, croissance ralentie), la paralysie générale (Haza : ongles épaissis, hyperkératosés, fragiles), Thystérie (Falcone : ongles ternes, s'éliminant après suppuration fétide sousunguéale), Tépilepsie (de Sanctis, Klotz), la neurasthénie (Dubreuilh).

i. DermcUoses dyschromateuses [troubles de la pigmentcUion).

a, Mélanodermies.

Le syndrome d'AonisoN peut ôlre pris comme prototype de mélanodermie.

« Addison a eu le mérite de rattacher la maladie bronzée à une lésion des capsules surrénales ; les travaux modernes ont permis de reconnattre que, dans le syndrome dit ma* ladie d'AnoisoN, il y a lieu de faire deux parts : Tune qui revient à Tinsuffisancc capsulaire ou cachexie surrénale, l'autre qui dépend de la lésion ou de Tirritalîon des plexus nerveux péricapsulaires ou plus vaguement du grand sympathique abdominal. Or la mélanodermie addisonienne ap« partient certainement à ce second -groupe .... Dans 21 autopsies Jurgens a trouvé constamment les nerfs altérés et quelquefois les capsules intactes ; cette intégrité absolue des capsules, mais avec lésion ganglionnaire et nerveuse, est expressément notée dans les trois observations de Semmola, Raymond, Brault (1). »

D'une étude critique très serrée et d'une élude personnelle importante, Laignel Lavastine (2) retient très peu d'observations (10 environ) dans lesquelles les lésions

(1) Darier, Mélanodermies, La Pratique dermalologique, t. III, p. 461.

(2) Laignel Lwastine, Re:herche$ sur le plexus solaire, 1903, p. 297 à 3(fô.

solaires paraissaient évidentes et conclut : la pigmentation dans le syndrome d'AonisoN « serait à la fois fonction : 1® de destruction globulaire excessive; 2** d'insufGsance pigmentaire surrénale, par trouble d'un point quelconque de son mécanisme fonctionnel, glande, ganglions solaires, filets eiTérents, splanchniques ; 3° d'évolution subaigué ou chronique de la maladie causale, le plus souvent la tuberculose ».

Plusieurs auteurs rattachent aussi à une irritation des rameaux capsulaires du sympathique le masque de grossesse et en général le chloasma utérin (1).

De même, Yacanthosis nigricans (dystrophiepapillaire et pigmentaire], » dans au moins 26 sur 30 des observations connues, paraît avoir été en relation avec le développement primitif ou secondaire d'une tumeur maligne intra-abdominale, qui a pu irriter les plexus du grand sympathique (2) ».

Dans un cas déjà cité (3) d'ostéite déformante de Paget, Hldelo et Heitz ont constaté aussi de la mélanodermie.

J'ai publié une observation (4) desyphilides pigmentaireSy très symétriques et plusieurs nettement segmentaires, insistant sur ce fait que dans ces cas Tinteryention du système nerveux peut être admise, alors que le rôle de l'infection est d'autre part indiscutable.

Parlant plus spécialement du type aréolaire de ces pigmentations syphilitiques, J. Darier dit : « Bien des analogies le rapprochent du chloasma utérin et de la maladie d'ADDisoN. On est donc conduit à envisager une hypothèse surprenante à première vue et à se demander si cette pigmentation ne serait pas sous la dépendance d'une lésion

(1) J. Darier, ioco cit., p. 472.

(2) J. Darier, Acânthosis nigricans, La Pratique dermatologique^ t. I, p. 183.

(3) Voir plus haut, p. 631.

(4) Leçons de Clinique médicale^ 4' série, p. 172.

évenluelleou d*un trouble fonctionaol deTappareil nerveux péricapsulaire, lésion ou trouble provoqués par le virus syphilitique (1) ».

« Nous croyons fermement, disent Brissaud et Souques {^), que la disposition de la syphilide pigmentaire primitive aifecte des rapports étroits avec le système nerveux centrai, spinal ou radiculaire et que la topographie cervicale ou ultracervicale de l'éruption est superposable à la distribution cutanée soit des myélomères(segmentaire), soit destliizomères(radiculaire). C'est là un argument majeur à fairo valoir en faveur de la nature trophonévrotique de celle syphilide pigmentaire. »

j3. Achromies,

Le viUligo (3) t est une dyschromîe cutanée caractérisée par le développement de taches blanches nettement limitées et entourées d'une zone plus ou moins étendue d'hyperpigmentation ». Il semble établi par la clinique que « les perturbations nerveuses, qu'elles soient organiques ou dynamiques, centrales ou périphériques, jouent un rôle prépondérant dans la palbogénie du vitiligo (4) ».

On a signalé le vitiligo dans diverses maladies nerveuses : dans le syndrome de Basedow notamment, on a vu la diarrhée associée à du vitiligo (Rolland, Ball, Yeo) ou à des taches pigmentaires (Bartiiolow, Rossner) (5).

On a insisté dans ces derniers temps sur le vitiligo dans le tabès (Bulkley 1878, LELom 1882, Charrier 1880, Lerrun 1885-86, Gilbert Ballet et Bauer (6). Souques (7) a

(1) J. Darier, loco cil , p. 475.

(2) Brissaud et Souques, Semaine médicale, 1901, p. 249.

(3) J. Darier, Viliiigo, Pratique dermalologique, t. IV, p. 846.

(4) M II parait probabiB ([ue te vitiligo est une lésion d'origine nerveuse». Gaucher et Barbe, loco cit. ^ p. 833.

(5) Laignel Lavastine, loco ci7., p. 282.

(6) Gilbert Ballet et Bauer, Société de Neurologie, 6 février 1902, Bévue neurologique, 1902, p. 154 : 2 observations.

(7) Souques, Société de Neurologie, 13 mars 1902, Revue neurologique, 1902, p. 247.

tf& GMAPITRE SIXIÈME

rapproché de ee»fttlswBeaMl»¥tliligo el de signe d'ÂRCYLL RoBERTsoN d'origine syphililiqde. PïrwwrMàBiF et Georges GuiLLAiN (1) ont observé des cas de vitiligo avec qfmAAmes iabétiformes.

RouDNEW (2) a décrit le vitiligo chez une mentale.

En définitive» on peut, avec Gaucher (3), classer ainsi les dystrophies pigmentaires de la peau : « 1^ les vitili^os symptomatiques ou trophiques, à étiologie et à pathogènîe nerveuses : ce sont les altérations pigmentaires cutanées des maladies ou des lésions du système nerveux ; 2o les dystrophies pigmentaires à étiologie toxique et à pathogénie nerveuse comprenant : a) les hyperchromies d^origine toxique proprement dite, dont le type est la mélanodermie arsenicale ; b) les achromies et les dyschromies cutanées d'origine toximicrobienne telles que les leucomélanodermies delà syphilis et les taches blanches de la lèpre ; c) le vitiligo vrai, d'origine autotoxique, en rapport avec un trouble préalable de la nutrition. »

La caniiie (4) est la décoloration totale ou partielle du système pileux. On appelle aussi poliose la décoloration du système pileux en entier.

On trouvera dans Tarticle de Bodin des exemples de canitie rapide (5) (dans l'espace de quelques jours et même de quelques heures) : dans ces cas Tinfluence du système nerveux paraît évidente.

La canitie prématurée a été observée dans diverses maladies du systènie nerveux : Taliénation mentale et Tépilepsie (Beigel, Morselli, Leloir), Tataxie (Duncan, Bulkley,

(1) Pierre Marie et Georges Guillain, Société de Neurologie, 13 mars 1902, Revue neurologique, 1902, p. 273.

(2) RouDNEw, ibidem, 1902, p. 599.

(3) Gaucher, Revue de Médecine^ 1900, p. 949.

(4) Bodin, Poils (Maladies des), La Pratique dermatologique y t. IV,

(5) Voir aussi Féré, Progrès médical, 1897, p. 49.

APPAREIL CENTRAL DE LA TftOPUlCJfB 67t

Debove, Barthelswt), tumeur cérébrale (Bourneville et Poirier)...

Brissaud (1) montre que chez certains animaux (lapins) si la fourrure a des caractères tératologiques, « la ligne de démarcation des deux couleurs est une circonférence dont le plan est exactement perpendiculaire à Taxe du tronc » (distribution segtnentaire). Le même auteur a vu une curieuse hémicanitie (barbe en dehors) chez un hémiplégique.

L'af6tnisn}epartielpeutôtre considéré comme unstigmale ou un équivalent névropathique : un jeune homme, observé par Bombarda (2) , fils d'épileptique alcoolique et neveu d'un tafoétique suicidé, interné déjà deux fois, porte au-dessus du front, sur le tronc et sur les membres, de larges plaques de peau blanche à poils blancs, disposés suivant une certaine symétrie ; une sœur hystérique et deux frères présentent également de larges placards leucodermiques.

Dans certaines trophonévroses de poils, on peut voir des cheveux blancs remplacer des cheveux rapidement tombés (Savary Pearce) (3).

Enfîn on a observé des cas dans lesquels une émotion produit en même temps du mélanisme et une poliose partiels (de Busschere) (4).

y. Acixon du système nerveux sur la pigmentation.

Les (roubles de pigmentation par altération du système nerveux sont donc indubitables. Le mécanisme pathogénique de ces dyschromies nerveuses est plus difficile à pénétrer (b).

|1) Brissaud, loeo cit.^ t. II, p. 157 et 394.

(2) Bombarda, A medicina conlemporanea, 1901, p. 303 {Revue

(3) Savary Pearce, American medicine, 1901 {Revue neurologique^ 1902, p. 741).

(4) De Busschehe, Annales et Bullelin de la Société de Médecine de Gand, 1900 (76 idem, 1904, p. 77).

(5) Voir, pour tout ce paragraphe, Laignel Lavastine, loco cil., p. 280.

672 GHÀPJTRE SIXIEME

La plupart des auteurs qui ont étudié la question chez les animaux admettent : les uns à* que Texcitation des centres nerveux produit la rétraction des chromatophores, les autres qu'elle produit leur dilatation ». Paul Carnot montre que, chez la grenouille, « il y a des nerfs chromaloconstricteurs et des nerfs chromatodilatateurs... Leur influence peut être dissociée par certains réactifs physiologiques » tels que le chlorhydrate d'aniline à5p.l00, riodure de potassium, la nicotine à 1/2 p. 100 qui sont chromaloconstricteurs ; le nitrite d*amyle^ Téther, le chloral qui sont chromatodilatateurs. Les nerfs, la moelle et le sympathique paraissentcontenirdesfibreschromatomotrices(excitatrices et frénatrices) et des fibres centripètes. « Les réflexes cutanés et optiques sont une des grandes causes des changements de coloration. »

On peut admettre (sans que ce soit démontré) que chez rhomme, comme chez les animaux, il y a une fonction nerveuse de régulation chromatique (Raymond) (1) ; les dyschromies sont la conséquence du fonctionnement anormal de cet appareil.

;. Dermatoses hypertrophiques épidermiqiies : iehtyose,

Brissaud (2) cite un cas de Biefel (1889) d'ichlyose

sébacée en zones symétriques, ne correspondant pas aux

nerfs, mais répondant plutôt à une distribution segmen-

taire.

« Pendant l'évolution de certaines paraplégies, dans le tabès, dans quelques névrites, on voit apparaître un état ichtyosique de la peau. En 1873, Erlenmeyer décrivit dans deux cas de mononévrites cet aspect d/e la surface cutanée. EuLENBURG cu pubHa deux autres cas, dont l'un était consécutif à une luxation de l'épaule avec paralysie du plexus

(1) Raymond, Archives de Physiologie^ 1892, cil. Laignel Lavap-

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