Le neurone, ainsi constitué par son corps cellulaire et
(1) Van Gehuchten, loco cit., p. 212.
(2) Morat, Revue générale dex Sriencex^ 15 juin 1900.
(3) Marinesco, Presse médicale, 1903, p. 608 . Voir aussi : Bophenek, Le NévraxCf 1902, t. III, p 85.
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ses prolongements, forme un tout, une unité dont les diverses parties sontélroilement solidaires (1).
Depuis Wallèr (1852) on sait que quand on sectionne une fibre nerveuse, le houi périphérique {sépoLté du corps cellulaire) dégénère. Ranvier a étudié cette dégénérescence et montré qu'elle s'accompagne d'une prolifération du tissu conjonctif parallèle à la disparition du tissu actif.
Aujourd'hui on sait de plus que le bout central de la fibre nerveuse ainsi sectionnée ne reste pas intact : il dégénère aussi ou, au moins, s'atrophie, quoique resté en relation avec le corps cellulaire ; mais cette altération^ au lieu de se faire de proche en proche (proximale) comme dans le bout périphérique, n'est pas ascendante, mais est dislale (2). Van Gehuchten a récemment (3) montré que celte dégénérescence du bout central est, elle aussi, descendante; elle part de la cellule, lésée à distance, et va vers le bout sectionné.
Car la solidarité du neurone est telle que, après la section d'un prolongement, le corps cellulaire lui-môme s'altère : la substance chromatique se désagrège et se dissout.
Je ne parle pas (4) des observations (qui ne paraissent pas définitives) sur les modifications soit du protoplasma cellulaire soit du noyau sous Tinfluence de l'activité normaie ou de la fatigue du neurone.
Mais MARiNESco(5)et van BiERVLiET(6)ontétudié l'évolution et rinvolution(à travers les Ages), la sénilité et la mort
(1) Voir, pour ce paragraphe, mes leçons sur les iieuronllos motrices inférieures. Leçons de Clinique médicale^ 4* série, p 258 et plus spécialement p. 2^8. Voiraussi la thèse de M™» Tattelbaim, Montpellier, 1900.
(2) Van Gehichten, Rapport au Congrès de Madrid. Le Névraxe, t. V, iy03, p. 3.
(3) Mon AT, hco cil.f p. 38.
(4} Voir, pour ce qui suit: van Gkiiichten, loco cil., p. 290. (5) Marinesco, Jievue neurologique^ 1899, p. 714. Académie des Scienre^j 23 avril 1900 et Presse médicale, 1900, p. 175. (G) Van Biervliet, Le Sèvraxe, t. 1, 1900, p. 37.
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des cellules nerveuses et ils ont montré qiie l'état embiyonnaire de la substance chromophile est Tétat de dissolution, Tétai de blocs et de grains constituant un stade ultérieur de développement. Or, cette chromolyse, ou dissolution de la substance chromophile, est la manifestation de Taltération de la cellule, consécutive à la lésion de ses prolon* gemcnts : ce qui a fait dire à van Geiiuchten (chez qui a été fait le travail de van Biervliet) que Taltération en question ramène la cellule nerveuse à son état embryonnaire.
L'existence de ces altérations centrales par lésion périphérique a été établie (1) expérimentalement et cliniquement.
Les diverses altérations cellulaires ne s'observent pas seulement après la section (2) de l'axone, mais aussi après la ligature (van Gehuchten), la compression entre les mors d'une pince (Nelis), Tirritalion du nerf par des courants électriques (Vas, Mann, Lambert, Lugaro), l'application périphérique de cristaux de chlorure de sodium (Nissl), etc. et aussi après les lésions pathologiques les plus variées (compression, inflammation) des nerfs (Marinesco, Ballet et Dl'til, Sano, Soukhand)..., la durée et l'importance de la chromolyse variant avec le degré de la lésion périphérique.
Cette chromolyse intracellulaire, consécutive à la lésion périphérique, a d'ailleurs été regardée comme « en quelque sorte la fièvre de la cellule nerveuse privée de ses rapports de continuité avec la périphérie » (Marinesco) (3) ou <« comme une réaction utile du neurone, réaction qui survient chaque fois que ce neurone se trouve lésé dans son
(t) Voir les Rapports de van Geiicchten et de Maiunesco au Congrès de Moscou (1897) et la XXI* leron de Gilbert Ballet (leçons de Clinique médicale. Psychoses el Affections nerveuses ^ 1897, p. 370). ^
(2) Voir: Pier Francesco Arullani, Annali di Frenialria e Scienze afpni, 1902, t.XII, p. 70 {Revue neurologique, 1903, p. 415).
(3) Marinesco, Revue neurologique, 1896, p. 129.
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intégrité anatomique et qui lui permet de résister plus avantageusement à la lésion subie. »
Comme documentation clinique, je citerai une série de travaux établissant Texistencedes lésions médullaires dans les polynévrites, sans continuité des lésions : OppENHEiM(l)y
KORSAKOFF, SCHAFFER (2), ErLITSKY (3), AcHARD et SOU-
PAULT (4), Rakhmaninoff(5)» Ballet et Dutil(6), Marines- GO (7), Soukiianoff (8), Philippe et Gothard (9), Cestan (10), Larkin et Zelliffe (11).
Dejerine, que ^Fon peut considérer comme un des plus éminents t périphéristes » de la première heure, a proclamé, comme « une chose définitivement établie » « qu'une lésion du cylindraxe retentit toujours sur la cellule d'origine (12).
C'est en m'appuyant sur ces faits (13) et en montrant les difficultés extrêmes qu'il y a à distinguer la polynévrite motrice et la poliomyélite antérieure dans la plupart des cas cliniques, que J'ai conclu ailleurs (14) : « le diagnostic est impossible pour cette bonne raison que Tancienne distinction entre les deux maladies n'existe plus : il n'y a plus
(1) Oppeniielm, Archlv fur Psychiatrie, 1885, t. XVI, p. 476.
(2) SciiAFFER, Neurologisches Ceniralblatty 1889, p. 150.
(3) Erlitsky, Ibidem (analyse), 1889, p. 210.
(4) AciiARD et SouPAULT, Archives de médecine expérimentale, l^^^
(5) l^AKiiMANiNOFF, Revuc de Médecine, 1892, p. 321.
(6) Gilbert Ballet, loco cil., p. 359.
(7) MarinescOi Revue neurologique, 1896, p. 129 (Cite plusieurs observations^ soit personnelles, soit d'autres auteurs).
(8) SouKHANOFF, Nouvclle Iconographie de la Salpélrière, 1897, p. 347.
(9j Philippe et Gothard, Société de Biologie, 23 juillet 1898.
(10) Cestan, Société analomique, 24 juin 1898.
(11) Larkin et Zelliffe, Médical Record, 1899. Anal, in /irc/i/w« rfc Neurologie j 1900, p. 332.
(12) Dejerine, Médecine moderne, p. 787.
(13) Voir aussi Nac.eotte, Revue neurologique, 1903, p. 1. Mo- NiER ViNARD, Société de Neurologie, 5 mars 1903. Revue neurologique, 1903, p. 320.
(14) leçons de Clinique médicale, 4* série, p. 314.
GÉNÉRALITJSS ANATOMOPHYSIOLOGIQUES 15
des poliomyélites antérieures d'un côté et des polynévrites motrices de Fautre ; il n'y a plus que des neuronites motrices inférieures » développant ainsi et concrétant une pensée déjà exprimée par Strumpell (1) en 1883 et 1884, par Marinesco (2) et par Raymond (3).
En tous cas, et c'est la conclusion qui nous importe ici, de toutes ces observations expérimentales et cliniques ressort très nettement la notion de Tunité du neurone et de la solidarité de ses diverses parties.
. Ces mêmes faits font bien apparaître, dès à présent, Fidée que ce qui constitue Tunité et rindividualitéd'un nerf, c'est le neurone.
Comme Vulpian (4) Tavait déjà proclamé, en 1864, après les expériences de Paul Bert et ses propres expériences avec Philipeaux, les fibres nerveuses n'ont rien de caractéristique par elles-mêmes ; elles n'ont de caractéristiques que les corps cellulaires avec lesquels elles sont en relations. Ce sont donc les corps cellulaires qui font l'unité nerveuse, les nerfs périphériques n'étant que les prolongements banaux, les conducteurs de neurilité dans un sens ou dans un autre.
Uélémetit nerveux, unet individuel, est le neurone.
Sur cette notion et sur ces faits de dégénérescence on a basé toute une méthode d'étude de la texture des centres nerveux, en suivant histologiquement les altérations consécutives à la lésion d'une partie du neurone (lésion expérimentale ou clinique).
Il) Strumpell, Archiv fur Psychiatrie, L XIV, 1883, p. 339 et Xeurologisches Cenlralblait, 1884, t. III, p. 241.
(2) Makinësco, loco cil. y 1896, p. 130.
(3| Raymond, Clinique des Maladies du Système nerveux, l. II, p. 43 et i. IV, p. 402 (il emploie le mot de cellulonévrite).
U) VixPiAN, Leçons sur la Physiologie générale et comparée du Système nerveux, XIII" leçon (5 juillet 1864, p. 274).
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La régénération du tube nerveux seclionné se fait du centre cellulaire vers la périphérie.
Vers le 30® jour (1), le bout cenlral « commence à bourgeonner; on voit les cylindraxes des tubes nerveux pousser, au niveau de Tétranglement situé immédiatement au-dessus de la section, une, deux, trois ou quatre fines branches qui traversent le tissu cicatriciel interposé aux deux surfaces de section et atteignent le bout périphérique dégénéré. Là, ces fines branches qui deviendront les cylindraxcs d'autant de tubes nerveux de nouvelle formation, s'engagent entre les vieilles gaines de Scuwann ou pénètrent directement à leur intérieur et se prolongent progressivement jusqu'à la terminaison du nerf... Puis, autour de chaque cylindraxe, viendront se disposer des cellules de Vignal qui élaboreront une couche de myéline et s'envelopperont d'une gaine de