‹ Les centres nerveuxChapitre 58 sur 208 · Ecriture d'après un texte lu ...... v\Ee · texte numérisé non relu

Ecriture d'après un texte lu ...... v\Ee

ques (1) ou des syllabes sans significalion ; on parle nègre, le polyglotte ne conserve qu'une langue (2) ; le chant ou la musique en général peuvent être intéressés (amusie : Knoblauch 1888 ; Blocq 1894) ou épargnés i3) ; on conserve ou non la faculté de moduler Tintonation (Brissaud) et de garder ainsi le langage des animaux.

Les voies qui relient le polygone à 0 étant dans les deux sens, le sujet peut s'apercevoir de l'incorrection de

{1) Une de mes malades {Monlpellier médical, 1884) se mit à ne parler que latin, avec des mots de son paroissien.

(2) Voir Pitres, Revue de Médecine^ 1815, p. 873.

(3» Un de mes malades {Mon pellier médical, 1878) chantait les deux premiers vers de la Marseillaise et ne pouvait dire volontairement que « pardi et bougre ». Voir, sur les amusies et leurs localisalions : Probst, Archiv fur Psychialrie und Servenkrankheilen, 189i) ^Revae neurologique^ l^JOO, p. 322).

son langage et s'en impatienter (1) ; ou bien la lésion peut Tempêcherde s'en rendre compte.

p. Agraphie : lésion du pied de la 2® frontale gauche (ExNER, Charcot) : E (fig. 17).

Ceci est encore discuté. Wernicke soutient que l'écriture se réduit à la copie des images optiques des lettres et des mots : et Dejerine n*admet pas un centre moteur du langage écrit ; pour lui, quand il y a agraphie, il y a toujours lésion du centre visuel des mots ou des fibres, qui mettent en relation le centre visuel des mots V avec le centre de Broca M (2). Récemment encore il a conclu ainsi une nouvelle étude de la question (3) : « en résumé, l'observation clinique, Tanatomie pathologique et la psychologie montrent qu'il n'existe pas un centre graphique spécialisé et autonome, qui jouerait pour l'écriture le rôle que joue la circonvolution de Broca pour le langage articulé ».

Il semble cependant qu'on doive admettre Texistence de faits d'agraphie pure sans cécité verbale et sans aphasie motrice et de faits de cécité verbale et d'aphasie motrice sans agraphie.

Ainsi le sourd-muet dont j'ai publié l'histoire (4) présentait de l'agraphie sans cécité verbale. Pitres a pu-

(1) Voir mon cas de 1873 {Montpellier médical) el ma malade de 1896 (Leçons citées, p. 94).

(2; Voir aussi : Pierre Marie, Presse médicale, 1897, p. 397 el Mi, RALLIÉ, L'Aphasie sensorielle, thèse de Paris, 1896.

(3) OÉJERiNE, loco cil,, p. 432 el455. Voiraussi Déjerine et André Thomas, Société de Neurologie, 2 juin 1904, Revue neurologique, 1904, p. 655.

(4) Leçons de Clinique médicale^ 3« série, p. 118. Ce malade est d'ailleurs de ceux qui donnent raison à Brissaud quand il a écrit {Presse médicale, 1898, p. %) que les sourds-muets ne parlent pas par signes, mais écrivent par signes. Je concluais en effet mon observation {Progrès médical, 1^96^ p. 281) en disant : « le centre du langage par la main se rapproche beaucoup au point de vue physiologique du centre de l'écriture «.

blié plusieurs fails prouvant celte indépendance (1). Bris- SAUD (2) admet aussi Texistencc d'un centre graphique moteur autonome qui, une fois constitué, n'est plus régi par celui delà mémoire visuelle, opère pour son compte, obéit uniquement et immédiatement à Tincitation de la pensée ; il cite un fait remarquable à Tappui (3). Magal- HAEs Lemos (4) a publié un cas d'aphasie motrice pure sans agraphie, avec lésion circonscrite du centre de Broca et, dans son Rapport déjà cité, Ladame conclut aussi à l'existence de Taphasie motrice sans agraphie.

Donc, quoique l'union soit très intime entre le centre de l'écriture d'une part et les centres de la vision verbale et de la parole de l'autre, on doit admettre l'indépendance de ce centre et la possibilité de sa lésion isolée en clinique.

Dans ce type d'aphasie, le sujet comprend les mots parlés (a AO) et lus (vVO), parle volontairement (OM m), n'écrit pas volontairement (OEe), répète les mots entendus (a A M m) ou lus (v V M m), n'écrit ni sous la dictée {a AE e) ni en copiant (oY E e).

Si la lésion est partielle, il y a des variétés analogues à celles de l'aphasie motrice. Le tableau graphique (fîg. 29 à 40) de mon aphasique de 1873 montre des mots sautés, des lettres qui manquent, dessubstitutions de motset de lettres, traduit l'intoxication par certains mots ou certaines lettres et montre la marche de la reconstitution dans la guérison. Les sujets peuvent aussi apprendre à écrire avec leur main gauche (cerveau droit) : dans ce cas, l'écriture instinctive est en miroir. L'écriture spéculaire (de droite à gauche)

(1) Pitres, Rapport au Congrès de Lyon, 1894 .

(2) Brissaud, Leçons sur les Maladies nerveuses, 1895, t. I, p. 532.

(3) Dejerine récuse les faits sans autopsie J'admettrais l'objection s'il s'agissait de déterminer le centre anatomique de l'écriture. Mais, pour prouver l'indépendance du centre graphique, les faits cliniques bien observés ont une valeur, môme sans autopsie.

(4) Magalhaes Lemos, Congrès de Paris, 1900, Revue neurologique , 1900, p. 744.

serait l'écriture normale de la main gauche dans les races, comme la nôtre, dont récriture est centrifuge (Buchwald 1878, Carl Vogt) (1).

Du reste, comme la parole, Técriture est multiple : le pouvoir de dessiner, de copier une figure de géométrie, de copier même des lettres d'imprimerie... peut se trouver dissocié et plus ou moins conservé dans Tagraphie partielle.

y. Cécité verbale (2) (Kussmaul 1877) : lésion (Gharcot 1883) dans le lobule pariétal supérieur, avec ou sans participation du pli courbe. Dejerine (1881) et Vialet (3)ont publié divers faits plaçant la lésion de la cécité verbale dans le pli courbe gauche. Brissaud(4) en a publié un aveclésion de la région calcarinienne sans lésion de Técorce pariétale (5).

Dans le cas complet et pur, le sujet comprend les mots parlés (aAO), mais non les mots lus (uVO) ; il parle (OMm) et écrit (OEe) volontairement (6), comme s'il avait les yeux fermés, sans se relire et se contrôler. Certains (par rééducation) lisent ce qu'ils écrivent, par évocation des images

(1) Voir, sur récriture en miroir, les communications de Gilbert Ballet et de Sollier au Congrès de Paris, 1900, Revue neurologique, 1900, p 717 et 718.

(2) Dejerine, comme Wernicke, n'admet qu'une aphasie sensorielle par lésion des centres polygonaux et il ne sépare la cécité verbale delà surdité verbale que dans les aphasies souspolygonales. A mon sens cependant, alors môme que, comme le veut Dejerine, {loco cit., p. 405) ce ne seraient là que des » reliquats » d'aphasie sensorielle complète, la cécité verbale et la surdité verbale doivent être maintenues comme types cliniques d'aphasie polygonale dans une classiflcalion générale, analytique et schématique, qui, comme celle-ci, veut être un cadre clinique complet.

(3) Vialet, Les Centres cérébraux de la vision y 1893.

(4) fiRissAUD, Congrès de Paris, 1900. Revue neurologique, 1900, p. 757.

(5) Nous verrons plus loin que ce cas appartient plus vraisemblablement aux aphasies sensorielles souspolygonales (cécité verbale pure de Dejerine).

6) Dans les aphasies sensorielles, la parole volontaire est souvent troublée (paraphasie, jargonaphasie) à cause de l'influence que A et V exercent sur M dans le fonclionnemenl normal du lani^age (Dejerine, loco cit., p. 107).

Fig. 29.

Fig. 32.

8iâ

Fig. 33.

O^ C^efd

0ij Fig. 36.

J^fV

- , - Fig. 37.

JT c^

Fig. 38.

Fig.39.

EXPLICATION DES FIGURES 29 à 40.

Fig. 29. — Deuxième jour de la maladie.

17 novembre soir. - Le malade fait des efforts impuissants pour écrire son nom : Desforges, A peine reconnaJt-H)n quelques linéaments du D et peut-être de Vf,

Fig. 30. — Troisième jour.

18 novembre matin. — Le Z) est mieux esquissé qu'hier; l'equi est & la suite est assez bien formée et on reconnaît plus loin un essai presque réussi de IV.

Fig. 31. — Troisième jour.

18' novembre soir. — Efforts & peu près infructueux n'exprimant aucun progrès sur le malin.

Fig. 32. — Quatrième jour.

19 novembre matin. — Lq D est parfaitement dessiné et conforme à ceux qu'il fait habituellement. L'/* est également bien reconnaissable.

Fi^. 33. — Quatrième jour.

19 novembre soir. — Toutes les lettres sont esquissées : il y a une série de traits assez incomplets^ mais appartenant tous aux lettres qu'il voulait exprimer.

Fig. 34. — Cinquième jour.

20 novembre matin. — A la suite de trois épistaxis survenues dans la nuit, progrès incontestables : toutes les lettres sont parfaitement fomiées. Seulement il n'écrit pas toujours la lettre qu'il faudrait ; il substitue notamment un o à une r ou à. un e, etc.

Fig. 35. — Cinquième jour.

20 novembre soir. — Le dessin des lettres est à peu près complètement revenu, mais il est loin d'exprimer, en écrivant, Vidée qu'il voudrait énoncer. Il a eu la prétention d'écrire, « il y a trois joui*s » en écrivant : L tors g os os os.

Fig. 36. — Sixième jour.

21 novembre matin. — Il essaie d'écrire qu'il va mieux et écrit vieux mouis is. Il écrit ensuite qu'il a mal à. la tète. Les lettres sont couramment écrites.

Fig. 37. — Sixième jour.

21 novembre soir. — Onlui demande quelle ville il habitait avant Montpellier: il veut écrire Nimes, Il commence TiV, mais retombe involontairement dans son nom, qu'il réécrit è. tout bout do champ. A la troisième et à la quatrième fois, il s'apervoit de son erreur, efface lui-même et y renonce pour ce jour-là.

Fig. 38. — Septième jour.

22 novembre matin. — M(!^me phénomène qu'hier. Il commence :VimM et achève Des forges. Mais il s'aperçoit qu'il se trompe, efface lui-même, et, concentrant mieux tous ses efforts, il parvient enfin à écrire Nimes.

Fig. 39. — Dixième jour.

Le rétablissement est complet ; il écrit ce qu'il veut, et comme il veut, d'une écriture courante. (Si les lettres sont espacées, c'est que le malade est atteint de presbytie assez accusée et n'a pas de lunettes à sa disposition).

Fig. 40. — Vingt-septif»mc jour, 12 décembre matin. — Le malade sort entièrement guéri.

APPAUEIL NERVEUX CENTRAL DU LANGAGE 3l5

graphiques en E. Déplus, le sujet répète les paroles entendues (aAMm), ne répond pas à une question écrite (vVMm), écrit sous la dictée (aAEe), mais ne copie pas (vVEe).

Souvent il y a en même temps de Thémianopsie latérale droite homonyme (1).

Si la cécité verbale est partielle, le trouble est dissocié plus ou moins bizarrement : chiffres, heure à la montre, caries à jouer, monnaie à compter, lettres écrites ou lettres imprimées, syllabes, mots, dessin... donnent lieu à des réactions diverses suivant les cas. Un de mes malades de 1884 lisait les caractères imprimés et pas récriture. Mon malade de 1878 trouvait la date sur un almanach, en comptant les pages (pour les mois) et puis les lignes jusqu'au jour qu'il voulait désigner.

Au même groupe appartient la dyslexie de Bruns (1887): la lecture, facile d*abord, devient impossible après quelques mots ; après un repos, le sujet peut recommencer à lire. C'est une claudication intermittente du pli courbe (Pick) par ischémie fonctionnelle du centre visuel (Sommer) (2).

^. Surdité verbale (Wernicke, 1874 ; Kussmaul, 1876) : lésion des l*"' et 2* temporales gauches (Seppilli) ou plus spécialement de la P« temporale (Gilbert Ballet), soit dans sa partie moyenne (Brissaud), soit dans sa partie postérieure (d'HEiLLY et Chantemesse, Chauffard), soit dans sa partie antérieure (Pietrina et Claus). Dejerine accepte le centre de Wernicke : partie postérieure des l'« et 2^ temporales gauches.

Chez un de mes malades de 1884, il y avait aphasie motrice et surdité verbale; mon collègue Dubreuil trépana au niveau des temporales : la surdité verbale disparut et

(1) Je reprendrai plus loin (chapitre IV, § 1, B. II, 3) cette qucîslion des rapports de l'hémianopsie et de la cécité verbale.

(2) Dejeiunk, loco cil , p. 107.

Taphasie motrice persista. Le centre auditif verbal est très rapproché du centre auditif général (1). Seulement le premier n'est qu'à gauche, tandis que le second est bilatéral.

Dans ces cas, le sujet ne comprend pas les mots parlés (aAO), il comprend les mots lus(vVO), parle (OMm) et écrit (OEe) volontairement, ne répète pas ce qu'on dit (aAMm), lit tout haut (vVMm), n'écrit pas sous la dictée (aAEe), copie un texte écrit (vVEe).

La surdité verbale incomplète peut se limiter à certains mots, certaines voyelles ou consonnes, certaines syllabes, à une seule langue chez un polyglotte, la musique [amusie (2) Knoblauch, 1888 ; Blocq, 1894). Si le sujet est un auditif; la lecture et l'écriture pourront être influencées (3).

Brissaud admet trois degrés au symptôme : 1^ le sujet entend le bruit, sans savoir qu'on lui parle ; 2^ il sait qu'on lui parle, mais ne sait pas la langue qu'on lui parle ; 3<> il reconnaît la langue, mais ne la comprend pas.

Le réveil du centre auditif se fait(BASTiAN) : 1*» par l'excitation sensorielle droite ; 2® par l'excitation (associée) venant d'un autre centre ; 3** par la volonté.

Dans le fonctionnement polygonal du langage, les centres peuvent avoir des actions frénalricesmutuelles(HuGH- LiNGS Jackson) ; le centre auditif A a une action directrice sur le centre moteur du langage M (Wernicke, Broadbent) et spécialement une action frénatrice (Pick) (4). Aussi, quand la surdité verbale survient brusquement, certains malades présentent-ils de la « logorrhée ». Pick écarte la théorie de l'excitation et fait de cette logorrhée

(1) Voir Dejerine et Sérieux, Société de biologie^ 18 décembre

(2) Il y a autant de types d'amusie que de types d'aphasie (Dejerine, loco cit., p. 415).

(3) Voir encore : Sérieux, Revue de Médecine, 1893; Sérieux et Dejerine, Société de Biologie, décembre 1897; Sérieux et Farnarier, Société de Neurologie, 1900, Revue neurologique, 1900, p. 152 et 270 ; Touche, Archives générales de Médecine, 1899, t. II, p. 641.

(4) PiCK, Rapport au Congrès de Paris, 1900.

une « conséquence de la perte d'une fonction d'arrêt directrice dévolue au centre auditif ».

• Cette idée est clinique, mais ne doit pas être prise dans un sens trop étroit. Il faut dire, avec Dejerine (1), que Tensemble des centres sensoriels a une action frénatrice sur le langage : dans son type d'aphasie sensorielle avec lésion du gyrus supramarginalis, du pli courbe et de la 1'^ temporale, les images du langage sont conservées, mais privées du contrôle sensoriel; le malade est un verbeux et peut avoir de la jargonaphasie (création de mots de toutes pièces, syllabes sans suite) (2).

h. Aphasies souspolygonaleSy souscorticales ou pures de Dejerine : lésion des faisceaux du centre ovale, immédiatement sousjacents aux centres polygonaux (Pitres 1877).

Il faut avoir soin de les distinguer des lésions capsulaires qui entraînent de la dysarlhrie et du bredouillement (3). Beaucoup plus difficile est la distinction clinique entre chacune de ces aphasies souspolygonales et l'aphasie polygonale correspondante.

LiCHTHEiM et Dejerine ont cherché à les caractériser cliniquemenl par l'expérience suivante (déjà faite par Proust) : le sujet atteint, par exemple, d'aphasie souscorticale motrice pour la parole (en Mm) ne peut pas exprimer les mots comme l'aphasique moteur proprement dit (en M) ; mais il a conservé les images motrices et il peut, dès lors, indiquer d'une. façon quelconque, par un certain nombre de serrements de mains MK/c (Lichtiieim) ou par un cer-

(1) MiRALLiÉ, loco cil.y p. 102.

(2;Merken9 [Deusche Zeitschrifi fur Chirurgie, 1901, Revue neurologique^ IU02, p. 455) a vu dans 25 cas d'abcès otogène du lobe temporal gauche une aphasie motrice plus ou moins complète, parfois pure, parfois associée à de la cécité ou à de la surdité verbale ; sept eurent de Tagraphie.

(3) L'aphasie souscorticale de Pitres est en réalité une dysarthrie capsulaire et non une aphasie. \ oir aussi Fraenkel et Onuf, Deulsches Zeilschrift fur Xervenheilkunde, ISW, t. X\', p. 312.

3i8 CHAPITRE TROISIÈME

tain nombre d'efforts d'expiration (Dejerine), combien de syllabes, c'est-à-dire combien de parties articulées renferme un mot donné.

A cette manière de voir on a objecté que, pour réussir Texpérience, le sujet n'a besoin que de ses images auditives, visuelles ou graphiques, à défaut des images motrices. Il n'y a donc pas de signe distinctif absolu entre les lésions des centres polygonaux et celles de leurs prolongements : cela se comprend, puisqu'il s'agit toujours des mêmes neurones.

Seulement les lésions souspolygonales étant plus éloignées des centres corticaux supérieui's que les lésions polygonales laissent en général l'intelligence et le langage intérieur beaucoup plus intacts.

Dans la cécité verbale souspolygonale (pure de Dejerine 1892 ; Wyllie et Redlicii), la lésion porte sur les fibres qui unissent le centre des images visuelles du langage (pli courbe) au centre de la vision générale (Dejerine). C'est probablement à ce type qu'appartient le cas de Bris- SAUD (1900) cité plus haut.

Pour la surdité verbale souspolygonale (souscorticale de LiCHTHËiM 1884), Dejerine (1) cite et discute six observations dues à LicHTHEiM, PicK (1892), Sérieux et Dejerine (1893), ZiEHL (1896), PicK (1898) et Liepmann (1898) : lésion du centre auditif commun (circonvolutions temporales des deux côtés) et des fibres qui l'unissent au centre temporal de l'audition des mots à gauche.

c. Aphasies suspolt/gonales, caractérisées par l'intégrité du polygone et par suite la persistance de l'entier langage automatique avec disparition d'une des fonctions idéomotrices ou idéosensorielles ; psychonucléaires de Pitres, transcorticales de Pick(2).

(1) Dejkhink, /oco (•//., p. 414. Surdité verbale pure. ^2) PiCK, Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrankheiterij 1899 (/îevue neurologique, 1900, p, 323).

La célèbre auloobservalion de Lordat (1) (1843) appartient à ce groupe.

Brissaud (2) parle de ces aphasies quand il dit que, dans cette variété, « le déficit intéresse non pas les fibres de projection de la 3* frontale, mais certaines fibres qui réunissent le champ de Broca à des régions de Técorco où Ton place provisoirement et hypothétiquement le centre de Tidéation ».

Dans Taphasie idéomotrice, la parole volontaire (OM) est seule supprimée ; tout le reste est conservé, même la parole automatique. Ces malades ne pouvant pas parler volontairement, peuvent chanter, réciter des prières, proférer des jurons, répondre jpar écrit aux questions écrites ou orales (aAMm, vVMm). Brown Sequard a cité un aphasique à l'état de veille qui parlait dans le sommeil chloroformique : il parlait quand son polygone émancipé de 0, présidait seul à la fonction du langage.

De même dans l'aphasie idéographique ^ tout est conservé (môme récriture automatique), sauf l'écriture OEe.

L'aphasie idéovisuelle est la cécité psychique et Talexie souscorlicale de Wernicke : le malade lit à haute voix V V M m, mais sans comprendre ce qu'il lit V 0, à la façon du distrait (Brissaud).

De même pour l'audition dans l'aphasie idéoaudilive (3).

Le siège du centre 0 étant inconnu, le siège des altérations de ce groupe d'aphasie est également inconnu encore.

d. Aphasies transpolygonales ^ internucléaires de Pitres : lésion sur les fibres d'association qui unissent entre eux les divers centres polygonaux.

(1) J'ai réédité, presque en entier, ce curieux Mémoire de Lordat (1843) dans le MonlpeiUer médical (1884).

(2) Brissaud, Leçons sur les Maladies nerveuses, 1895, 1. 1, p. 535.

(3) Comme exemple d'aphasie idéoauditive, voir Touche, loco cil,, observation IH, p. <^7.

Dans ce groupe qui eslTopposé (ou plutôt le complémentaire) du précédent, le langage volontaire 0 M m est conservé et le langage automatique plus ou moins compromis : toutes les aphasies de ce type sont sensoriomolHces.

Dansles visuelles, tout est possible, sauf la lecture àhaute voix u V M m ou la copie d'un texte lu v V E c.

A ce groupe optomoteur appartient Yaphasie vpliqne de Freund (1889) : le sujet ne peut pas prononcer le nom d'un objet qu'il voit, mais bien d'un objet qu'il touche ou flaire : € l'image visuelle de l'objet est incapable de réveiller l'image motrice d'articulation correspondante; au contraire, les mémoires tactile, olfactive, gustative, réveillent facilement cette image (1). » C'est la lésion sur V M.

Dans les aphasies auditives, auditivomotrices, la seule chose impossible est ou la parole en écho (a A M m), répétition des mots dits, ou l'écriture sous la dictée (a A E e).

Dans ces types, plus que dans tout autre, le tempérament du sujet influera sur la gravité du trouble symptomatique. Suivant que le sujet est un auditif, un visuel, un moteur ou un graphique, la perte des connexions d'un centre donné avec les autres entraînera des conséquences plus ou moins importantes.

On conçoit aussi dans ce même groupe la possibilité de l'interruption des connexions entre les divers centres moteurs K M E {apkasies motomoirices) ou entre les divers centres sensitifs A V T [aphasies sensoriosensorielles) .

Ainsi, dans l'audition colorée, il y a des relations spéciales entre A et V ; chez un sujet de cet ordre, une lésion entre A et V entraînerait des symptômes spéciaux. De même, un graphique (sujet qui pense mieux la plume à la main) éprouverait de vrais désastres fonctionnels d'une lésion entre Eet M.

Le siège de l'altération dans ces cas est difficile à indiquer.

On doit cependant rappeler que pour Flechsig Finsula

(1) Dejerine, loco r//., p. 407.

de Reil 'centre d'association moyen) serait « le centre qui réunit en un seul tout, toutes les régions corticales, sensitives et motrices, dont l'intégrité est indispensable à la conservation du langage articulé et principalement les impressions auditives avec les images motrices des lèvres, de la langue, du voile du palais, du larynx (1) ». C'est aussi dans Tinsula qu'OTuszEWSKi (2) localise l'automatisme du langage- Cliniquement la question est controversée (3). Les anciens

faitsdeMEYNERT (1868),Lepine (1875), ClozeldeBoyer (1879) Ferdrier (1882) n'avaient pas convaincu Bernard (1885) et CiiARCOT, qui, avec Pitres, maintenait le lobule de Tinsula dans la zone latente. Lichtheim (1884), Marie (1883), Deje- RiNE (1885), Pascal (1890) ont publié ou réuni des faits plus démonstratifs (4).

Il va sans dire que les divers types d'aphasie décrits cidessus sont schématisés et artificiellement simples. Habituellement, en clinique, les cas sont plus complexes. Il y a des associations diverses de ces différents types. Il y a môme des aphasies totales par lésion de la zone entière du langage. Mais Tétudeque nous venons de faire permettra d'analyser chaque cas, de déterminer les éléments qu'il présente et par suite de diagnostiquer le siège de la lésion génératrice.

(Vest ainsi que, dans son travail déjà cité, Crocq montre qu'un de ses malades ne répond à aucun des types décrits parDEJERiNEetMiRALLiK, tandis « que les schémas de l'écorcc de Charcot expliquent bien ce cas d'aphasie complexe » ; et les schémas de Fécole de Charcot sont ceux de Bris-

|1) Van Geiiuchten, loco ciL^ 2- édilion, p. 61)9 et 3« édition, t. II, p. 313.

(2) Otus^zewski, Neurologisches Cenlralblall, 1898, p. 103.

(3) Voir notre Traité (avec RAUziER),t. I, p. 174.

(4) Voir aussi Dlfocii, Thèse de Nancy, 1884 et Paul Raymond, Gazette des hôpitaux y juin 18 JO.

Grasset. Les Centres nerveux 21

SAUD et les miens, qu'il déclare « beaucoup plus compréhensibles et beaucoup plus simples ».

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