Les paraphasies
Créé par Armand de Fleury (1865), ce mot a été bien déPmi pas Kussmaul (1884) : « ce trouble de la parole dans lequel les idées ne répondent plus à leurs images vocales, si bien qu'au lieu de mots conformes au sens surgissent des mots d'un sens contraire, complètement étrangers ou incompréhensibles ». Pitres <1899) a légitimement étendu le mot aux diverses formes du langage. C'est la paralalie de Lordat, IsL jargonaphasie (2) de certains auteurs. Au fond c'est Vataxie du langage comme l'aphasie en est la paralysie.
Signalé depuis longtemps (3), ce trouble a été bien analysé par Pitres qui étudie séparément la paraphémie^ la paralexiey la paragraphie et leurs rapports mutuels.
Comme théorie, je laisse celle de Lordat et de Charl- TON B asti AN qui ne voit là qu'un trouble de la mémoire des mots (nous étudierons plus loin le rôle de Tamnésie dans les aphasies) et celle de Kussmaul qui admet un défaut d'attention (il y a une analogie vraie entre le paraphasique et le distrait qui faitdes lapsus ; mais ce n'est qu'une analogie).
Wernicke a surtout montré le trouble des communications transpolygonales, mais en insistant trop sur le rôle du centre A (4). Lichtheim a bien vu, avec le trouble trans-
(1) Voir Pitres, Revue de Médecine^ 1899, p. 337.
(2) II vaut mieux réserver le mot de jargonaphasie à ces cas particuliers de paraphasies dans lesquels le sujet dit des syllabes sans suite et des mots qu'il forge ou môme une sorte de grognemont inintelligible.
(3) PiTiiEs fait remonter son historique (très complet) à Crichton (1798).
(4) On trouvera, notamment dans le travail cité de Toiche, des faits de paraphasie sans surdité verbale.
APPAREIL NERVEUX CENTRAL DU LANGAGE 3â3
polygonal (qu'il rapporte à Tinsula) le trouble suspolygonal idéoauditif.
Pitres, qui discute ces théories, a 1res bien montré que, dans les paraphasies, il y a deux éléments : l*' surtout un trouble suspolygonal idéomoteur (idéophonétique et idéographique); 2"* d'une manière moins constante, un trouble des associations intrapolygonales. La paraphasie devient ainsi (c'est une conclusion clinique importante) un symptôme des aphasies du 3^ et du 4^ groupes, aphasies suspolygonales (psychonucléaires de Pitres) et aphasies Iranspolygonales (1) (internucléaires de Pitres). «Elle ne fait pas partie, dit Pitres (p. 550), des aphasies nucléaires (2j » (aphasies polygonales du premier groupe) et des aphasies souscorticales (souspolygonales du deuxième groupe) qui ressemblent beaucoup aux premières.
Les deux groupes de paraphasie se distingueront Tun de l'autre par les signes habituels du groupe. Dans les paraphasies suspolygonales, il y aura intégrité du langage automatique et dans les paraphasies transpolygonales il pourra y avoir de la logorrhée (jargonaphasie, verbosité) par la suspension de Faction frénatrice (dont j'ai parlé plus haut) des centres sensoriels sur les centres moteurs du langage.