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Lésions corticales

Le centre M du polygone (fig. 14) est en réalité composé de deux centres : le centre des images motrices des mots (M delà figure 16) et le centre d^articulation, centre cortical de la langue, des lèvres et du larynx (M' de la figure 16). Ces deux centres sont très rapprochés, mais non identiques.

En 1884, Raymond et Artaud (3) ont cité six faits « nous ne dirons pas de glossoplégie corticale, mais de troubles divers de motilité de la langue par lésion des circonvolutions » (faits de Hitzig, Charcot et Ball, Verneuil, Di'GONT, Bally, RosENTHALetpERRiER). Dc CCS obscrvatious (de valeur très inégale), Raymond et Artaud concluent que, dans le pied de la frontale ascendante, seraient le centre cortical de l'hypoglosse (bilatéral) et aussi le centre du facial inférieur et du masticateur.

En 1893, Galavielle (4) ajoute des cas de lésions exclusivement corticales (ou avec les faisceaux blancs souscorticaux) dus à Garei, et Dor, Magnus et Becker. Et alors aux centres delà langue et des lèvres se joint le centre cortical du larynx, dont j'ai déjà parlé (5).

Comme l'a montré Brissaud (6), la région de ces centres est, dans chaque hémisphère, celle de l'opercule d'ARNOLD c'est-à-dire de la lèvre supérieure de la scissure de Sylvius.

(1) Voir Raymond et Artaud, loco cil.^ p. 300.

(2) Voir sur ce môinc point la leçon de Brissaud sur Taphasic d'articulation et l'aphasie d'intonation. Leçons sur les Maladies nerveuses, 181^5, t. I, p.521.

(3) Raymond et Artaud, loco cit., p. 147.

(4) Galavielle, loco r/7., tableau de la p. 77.

(5) Voir plus haut, p. 2%.

(6) Brissaud, Leynn sur les Maladies nervcuies^ 1809, t. Il, p. 31G.

Chaque hémisphère exerçant son action sur les deux moitiés de la langue, du pharynx et du larynx, quand la lésion de Topercule est unilatérale, le trouble symptomatique sera léger ou s'atténuera rapidement (même si la lésion est profonde). Mais si la lésion est bilatérale, nous aurons une paralysie glossolabiée corticale de symptomatologie analogue à celle de la glossolabiée capsulaire (1) (pseudobulbaire).

Il y a cependant aussi des paralysies du larynx dans l'hémiplégie cérébrale (2) (lésion unilatérale). Les deux faits les plus importants, historiquement, sont celui de Lewin(3) et celui de Garel (4). Lubet Barbon cite encore ceux de GiBB, Bryson Delavan (1885) et conclut (p. 38) : « Quel que soit Tendroit où on localise le centre cortical de la phonation, il n'en est pas moins vrai qu'il existe des paralysies vocales avec des hémiplégies d'origine cérébrale... Dans ces cas, la paralysie étant limitée d'un seul côté, les troublesphonétiquessontpeuconsidérables,ils se traduisent par de la raucité des sons et de la dysphonie, tous phénomènes qui passent souvent inaperçus à côté des symptômes plus alarmants et surtout de Taphasie qui peut les accompagner. Mais ils peuvent persister pendant longtemps, survivre même à l'hémiplégie, comme le montre Tobservation de Bryson Delavan. »

J ai publié (5) un cas de paralysie centrale du laryngé supérieur dans une hémiplégie, paralysie laryngée contemporaine de rictus et se traduisant par la voix eunucoïde.

(1) James Stewart {American Medicine, 21 décembre 1901, Revue neurologique^ 1902, p. 455) a extrait un gliome souscortical du bas de la frontale gauche ascendante : le symptôme principal fut, non l'aphasie, mais la dysarthrie avec ataxie graphique.

(2| Voir, pour ce paragraphe : Lubet Bardon, Etude sur les paralysies des muscles du larynx, thèse de Paris, 1887, n« 294.

(3) Lewin, Berliner klinisches Wochenschrifi^ 1875.

(4) Garel, Annales des Maladies du larynx, juin 18SG.

(5) Un cas de voix eunucoïde datant de Tictus dans Thémiplégie cérébrale : paralysie centrale du cricothyroïdien, Congrès de Bruxelles ^ 1903, Revue neurologiquCy 1903, p. 873.

Gbassst. Les Contres nerveux, ii

Dans ce groupe des dysarthries d'origine corticale il faut placer un certain nombre des troubles de la parole, si caractéristiques, de la paralysie générale. Je ne parle pas des troubles intellectuels de la parole, mais des troubles vraiment d'articulation Tels le tremolement de la parole, le bégaiement, le bredouillement. C'est le balbutiement de rhomme ivre ou de Thomme en colère : les syllabes empiètent les unes sur les autres et se fondent en un bredouillement d*autant plus incompréhensible que la phrase à prononcer renferme des l et des r en plus grande abondance. On observe alors (Charcot) la multiplication des l et la redondance des r ou l'impossibilité de dire plusieurs fois de suite et un peu vile : ministre plénipolentiaire ou trente-troisième régiment d'artillerie. C'est là un symptôme indépendant de l'état intellectuel : on peut Tobserver au début avec une intelligence à peu près normale.

Enfin Oppenheim (1) a insisté, à propos des tumeurs du lobe frontal, sur la hradyphasie : trouble de dissociation entre le langage et la phonation, dans lequel le malade remue les lèvres et chuchote au début de la conversation et n'arrive à émettre un son vocal qu'au bout d'un certain temps ; le synchronisme fonctionnel qui existe entre l'articulation et la phonation semble troublé ; il s'agirait là* pour l'auteur, d'une variété d'aphasie laryngée. Il faut y voir une dysarthrie ou une paraarthrie par dissociation.

(1) Oppenheim, Die Geschwhùlste des Gehirns, 1902 (Revue neurologique, 1903, p. 909).

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