‹ Les centres nerveuxChapitre 7 sur 208 · Depuis les travaux de Ramon y Cajal (3) sur les con · texte numérisé non relu

Depuis les travaux de Ramon y Cajal (3) sur les con

(1) l^n maladie de LUlîe est un élat parelospasmodique, chez les enfants nés avant terme, dû à l'absence ou à l'arrôt de développement de la portion spinale du faisceau pyramidal. — Voir : mes Lerons sur les Contractures et la portion spinale du faisceau pyramidal in Leçons de Clinique médicale, 4" série» p. 1 et 73 ; et aussi : BnissAiD, Leçons surles Maladies nfrt'fuse«, 181)5, p. 119; Le Meignen, Du Syndrome de Liltle, thèse de Paris, 1897, n» 495; vanGehi'ciiten, Journal de Seurologie, 18%, t. 1, p. 256, 330 et 355; et Revue neurologique^ 1897, p. 05.

(V/ Seulement il y a des centres partout où il y a des corps cellulaires de neurones. Ainsi les ganglions ont leur développement propre; ils reslent, à l'origine, simplement accolés au tube neural, sans lui être unis par des libres nerveuses. La communication s'établit ensuite entre les prolongements de ces divers neurones à déveloj)pement indépendant.

(3) Le fait avait été entrevu par Ilis (1883) et Forel (1887).

G£N£RALIT£S ANATOMOPIIYSIOLOGIQUES 21

iiexions des neurones entre eux, on admet que dans le réseau des fibrilles entrecroisées (Gerlacii, Golgi), neuropile de His, il y a simple contiguUé entre les fibrilles terminales d'un neurone et celles d'un neurone voisin.

Toujours d'après Ramon y Cajal, le contact utile, Varticulation de deux neurones superposés se ferait ou bien entre les ramifications terminales du cvlindraxe et celles des dendrites (comme dans le glomérule olfactif où les axones parties des cellules olfactives s'articulent avec les ramifications dendritiques des cellules milrales) ou bien entre les ramifications cylindraxiles et le corps même de la cellule (comme cela se voit pour le corps des cellules de Pt'KKiNJE du cervelet, embrassé par les terminaisons des cellules en corbeilles ou bien pour certaines cellules des ganglions spinaux).

De plus, M"* Stefanowska (1) a montré que, dans la majorité des cas, le contact se ferait par des appendices piriformes (appareils terminaux spéciaux) et Renaut admet des appuis adhésifs.

2. Mouvements arnihoïdes et déformations dendritiques. On a décrit à ces unités neuroniques, ainsi indépendantes, une sorte de vie propre, comme aux spermatozoïdes et aux leucocytes.

WiEDERsiiEiM a décrit des mouvements araiboïdcs dans les cellules nerveuses d'un animal transparent. D'autre part, le prolongement des cellules nerveuses de la muqueuse olfactive présente des cils animés de mouvements ondulatoires.

Se basant là-dessus, Matuias Dcval (?) (1895) a lancé

(1' M"« Stefanowska, Congrès de Bruxelles, août 11H)3.

1*2) Matuias Di'val, Société de Biologie, 2 février 1805 ; licuiie scientifique^ mars 1898; Iteviie neurologique^ 1891), p. 55. Matiiias Drv.vL adinel mt>nic Tliypothèse de nervi «eruon/m, lil)rescenlriruges commandant l'aclivité amiboïde des élt'mcnls nerveux et agissant sur

2â CH4PITHB PRÉLIMINAIRE

une théorie histologique du sommeil (1) sur une idée émise par Lepine (2) (1894) pour Thystérie et (d'après Kôlliker) par Rabl-Ruckhard (1890), ces mouvements amiboVdes et le défaut de contact des nsurones à certains moments étant le point de départ de ce que nous appelons la désagrégation suspolygonale (sommeil naturel, hypnose, hystérie),

BiNET Sanglé (3) el Lagriffe (4) ont développé récemment de nouveaux arguments en faveur de cet amiboïsme qui, suivant l'expression de Dastre, donnerait une certaine adoenticU-é aux connexions entre neurones.

Plusieurs auteurs ont admis, sinon des mouvements amiboïdes, du moins une plasticité différente des neurones (Uemjoor) suivant leur état d'activité ou de repos.

Ainsi (5) d'après Vas et Mann, l'activité des cellules nerveuses s'accompagne d'un agrandissement de la masse proloplasmique. D'après Llgaro (1895), il y a turgescence du protoplasme cellulaire quand le ganglion a été soumis pendant plusieurs heures à un faible courant faradique. Celte turgescence accrue pourrait rendre plus intime le contact entre les divers neurones au moment de leur activité (Tanzi 1893).

RENArT(1895) décrit aux prolongements protoplasmiques une apparence perlée ; chaque grain perlé serait un renflement vacuolaire du filament proloplasmique \ c'est par là que se feraient les contacts adhésifs et ces varicosités ne se produiraient que sous l'influence de l'activité directrice de la cellule.

Ces études ont été reprises par Demoor, Stefanowska,

rai'licuîalionde deux neurones sensilifs selon rélai d'allcnlion commande^ par le cerveau.

(1) Voir aussi la Ihèse de Plimn, 1896, n* 222.

(2; Lepine, Revue de Médecine, 1894, p. 713.

(3) Bixet-Sanglé, Progrès médical, 1901, p. 241 {Revue neurologique, 1902, p. 4%).

(4) Lagriffe, Pathologie générale de la cellule nerveuse y 1902 {Revue neurologique, 1902, p. ^M),

(5; Voir van Geiuchten, loco cil., p. 271.

GÉNÉRALITÉS ANATOMOPHYSIOLOGIQUES 23

Manouelian et d'autres ; on décrit deux états, en quelque sorte opposés, dans les dendrites : !« quand la cellule est en activité (souris surmenées, excitations douloureuses prolongées), les dendrites portent à leurs extrémités ou sur leurs côtés des épines (Cajal), gemmules ou appendices piriformes (Stefanowska) ; 2» quand la cellule est au repos (empoisonnement parla morphine, sommeil anesthésique ou succédant à la fatigue prolongée), ces prolongement disparaissent dans la tige qui les supportait et cette lige prend, après les avoir absorbés, un aspect variqueux, état moniliforme de Demoor, état perlé de Renaut.

Demoor ne veut pas voir, comme Mathias Duval, dans cet état moniliforme une conséquence de Tamiboîsme des cellules nerveuses. Il en fait un mode de réaction du protoplasme des cellules nerveuses vis-à-vis des excitants. Mais il admet que cet état moniliforme provoque des modifications considérables dans les contacts entre neurones et qu'on pourrait trouver dans ces faits une explication de la fatigue, du surmenage et du sommeil.

Stefanowska (1) pense que « c'est par l'intermédiaire des appendices piriformes que s'effectuent les contacts entre les prolongements des neurones cérébraux » et que, suivant l'activité plus ou moins grande des cellules, il y aurait des appendices piriformes ou état moniliforme et par conséquent contacts plus ou moins intimes.

Voilà Tenscmblc de la conception du neurone.

Objections à la conception du neurone. Les réseaux intra et extracellolaires. La continuité de l'entier système nerveux. Développement in situ. Conception caténaire du système ner- Teoz.

Dans ces derniers temps, le neurone a été l'objet d'at-

(1) Stefanowska, Congrès de Bruxelles, août 1903, Revue neiirohyique, 1903, p. 843.

laques, d'aborJ discrètes et de détail, puis bruyantes et d'ensemble, certains arrivant à dire que cette conception du neurone est, non plus seulement une erreur, mais un danger.

Ainsi Durante (1) proclame les impossibilités du neurone. Il cite Topinion de Ruffini : « il ne reste plus pierre sur pierre du neurone » ; de Giesen intitulant son mémoire « la mort du neurone » et de Nissl regardant « le neurone comme définitivement renversé et désormais insoutenable » ; c'est « môme un danger » ; « il n'est que temps de rompre avec une compréhension à laquelle tant d'inconvénients et d'erreurs sont attachés » ; comme lui-même (Durante) avait proclamé au Congrès de Bruxelles que celte conception du neurone « ne saurait plus, actuellement, qu'apporter des entraves au progrès de la neurologie ».

1. Le premier point le plus discuté et le plus facile à abandonner dans la conception du neurone est la notion des mouvements amihoïdes,

Jules Soury (2) qui a soumis la question à une critique très serrée traite cette doctrine de doctrine d*erreur,

KôLLiKER (3) objecte qlielecjlindraxe n'est pas contractile, pas formé de protoplasma non différencié, mais à structure fibrillaire ; les ramifications terminales des fibres nerveuses, observées dans les parties transparentes d'animaux vivants ne présentent pas de mouvements.

D'après Cajal, les ramifications cylindraxiles montrent le même aspect, en elles-mêmes et dans leurs rapports avec les voisines, quel qu'ait été le genre de mort de l'animal

(l^ Durante, Congrès de Bruxelles, août 1903 el Sociélé de neurologie, 5 novembre 1903. Revue neurologique, 1903, p. 843 el 1089 à 1104.

(2) Jules Soury, Archives de Neurologie, 1897, 2« série, l. Ill, p 301 et Presse médicale, 1901, p. 273. -— Voir aussi Marinesco, Presse médicale, 1903, p. 605.

(3j Voir VAN Gehuciiten, loco cil., p. 270.

GÉNÉRALITÉS ANATOMOPHYSIOLOGIQUES 25

(chloroforme, hémorragie, empoisonnement), que Tanimal ailélé tué après un long temps de repos (séjour prolongé dans l'obscurité pour la rétine et le lobe optique) ou en pleine activité (longue exposition au soleil).

Pergens a bien trouvé des modifications suivant Tétat d'activité ou de repos, mais en sens inverse de ce que voudrait la théorie de Lepine et Mathias Duval.

Aux observations sur Télat perlé et Tétat moniliformedes dendrites on peut opposer d'autres observations négatives d'AzouLAY, de Lugaro, Soukanoff... De plus, on a observé cet état perlé spontané dans des cas très divers : ligature des deux carotides, empoisonnement par le trional et Tarsenic, rage, tuberculine, enlèvement du corps thyroïde, et même à Tétat normal.

SouKHANOFF uc voitdaus Tétat moniliforme des dendrites qu'une lésion particulière des cellules corticales, une espèce de dégénérescence spéciale ou d'atrophie due à un

trouble de la nutrition (1). Il admet que ces appendices ne servent pas seulement pour les contacts, mais qu'ils multiplient l'élaboration active de l'énergie spécifique (2).

D'après Klippel (3), l'abondance et la multiplicité des appendices et des connexions seraient parallèles au développement progressif des facultés supérieures ; la destruction de ces appendices correspondrait à la désorganisation psychique dans la paralysie générale et l'arrêt de développement de ces mômes parties correspondrait à l'idiotie. Au fond la diminution de volume des appendices et des dendrites est une diminution des cellules.

Avec VAN Gehuchten, on peut considérer comme acquis les divers états observés (appendices filiformes, piriformes, disparus ; état variqueux ou moniliforme des dendrites),

(1) Voir aussi: SwxyorF, Neiirologhchef; Ccnlr(ilblall,VJO\, p. 701 cl Geier, Le Séuraxe, 1901, p. 217.

(2} Voir SouKHANOFPet Czarniek, Nouvelle Iconographie de la Salpétriire, 1902, p. 530.

(3^ Klippel, Congrès de Bruxelles, Revue neurologique, 1903, p 819.

26 CHAPITRE PHÉUMINAIRE

mais on ne peut pas décider actuellement quelle est la cause et par suite quelle est la signification de ces diverses formes. Il faut donc abandonner, comme non démontrée, cette notion des mouvements amiboïdes des prolongements nerveux, même sousrla forme récente qu'on lui avait donnée (1).

2. Un deuxième point très rapidement entamé dans la conception du neurone est la contiguïté des neurones entre eux.

De nombreux auteurs (2), avec les mômes méthodes de GoLGi et d'EuRLiGii ont observé, au lieu de contiguïté, de vraies anastomoses, entre les diverses espèces de prolongements.

D'abord Dogiel (S.-Pétersbourg, 1883-1895) les signale dans la rétine ; Kallius, Bouin, Renaut les admettent moins fréquemment, mais en quelques endroits; de même, Masius (1891-1892), Sala, Ballow^itz (1893), Ogneff(1897), HeymXns et Demoor (1894)...

3. Apathy(1897) étudie de très près, avec de nouvelles méthodes de coloration, chez les hirudinéeset les lombrics, les fibrilles du cylindraxe des fibres nerveuses (neurofibrilles).

Ces neurofibrilles se comportent de deux manières, vis-àvis des cellules ganglminaires (cellules qui produisent le tonus nerveux, tandis que les cellules nerveuses produisent la substance conduclrice, les neurofibrilles) : 1® Certaines pénètrent dans la cellule ganglionnaire, s'y résolvent en fibrilles e/^mentaires, s'anastomosent entre elles et forment un réseau nerveux vUracellulaire ; puis se réunissent de nouveau à une fibrille primitive (cellules motrices) ; 2^ d'autres, en entrant dans le ganglion, ne pénètrent pas dans les

(1) Mômes conclusions de Lugaro et Querton. Voir encore : Richard Weil el Robert Frank, Revue neurologique y 1902, p. 329; ManiNESCO, loco cit , et Raymond, Revue neurologique , 1903, p. 1004.

(2) Voir VAN Gehuchten, loco cil.y p. 217, 222, 252.

GÉNÉRALITÉS ANATOMOPHYSIOLOGIQUES 27

cellules ganglionnaires, se résolvent directement en fibrilles élémentaires et forment des réseaux nerveux extracellulaires (ancien réseau de Gerlach) ; puis se réunissent de nouveau en fibrilles primitives, puis en fibrilles plus grosses, qui pénètrent dans les cellules ganglionnaires suivant le type l^.

Les fibrilles motrices ne commencent pas dans les cellules ganglionnaires ; elles ne sont que la continuation des fibrilles sensitives après interposition du réseau nerveux ; les cellules ganglionnaires étant intercalées sur le trajet des fibres conductrices comme les piles dans un réseau de fils télégraphiques.

Pour mieux dire, les fibrilles ne se terminent et ne commencent nulle part(pas plus les sensitives que les motrices), pas plus à la périphérie qu'au centre ; elles forment un grand système de voies conductrices continues c absolument comme les voies sanguines artérielles se continuent avec les voies veineuses par l'intermédiaire d'un réseau capillaire (1) ».

4. Bethe (1895-1898) admet, comme Apathy, une chaîne continue entre toutes les fibrilles avec des réseaux interposés. Seulement il fait jouer un rôle beaucoup plus important au réseau extracellulaire (neuropile). Le plus grand nombre de fibrilles vad'un neurone i\ Taulre; de sensitives elles deviennent motrices, sans passer par des cellules. « Par là, dit Bethe, tombe la conception du neurone comme une unité nerveuse existant pour son compte, indépendamment des autres éléments nerveux. »

(^e rôle prépondérant du neuropile(réseau extracellulaire) se marquerait surtout chez les animaux supérieurs; deviendrait de plus en plus important au fur et à mesure qu'on

(1) Durante fait remarquer combien celte conception des anastomoses ultratcrminales cI'Apathy facilite la compréhension de la sensibilité récurrente d'ARLoiNo et Tiupieu.

s'élève dans Téchelle des êtres : les réseaux s'émancipent de plus en plus des cellules. EIBethe arrive ainsi, dit van GEiircHTEN « à cette conclusion étrange, qu'il n y a plus de centres nerveux. Tout le système nerveux central se réduit à un réseau élémentaire dans lequel pénètrent de tous côtés des fibrilles centripètes et d'où sortent des fibrilles centrifuges, toutes les fibrilles étant en contiiiuité directe les unes avec les autres (1) ».

Et Bethe n'appuie pas ces conclusions uniquement sur des considérations morphologiques ; il fait aussi l'ingénieuse expérience suivante.

Dans le système nerveux central d'un crustacé (Carcinns mœnas), chaque ganglion comprend une partie centrale, formée par un entrelacement compact de fibrilles nerveuses ou neuropile et une partie périphérique où s'amassent les cellules ganglionnaires motrices. A cette partie du cerveau correspond un nerf mixte qui va à la deuxième antenne (la section de ce nerf entraîne la paralysie immédiate de l'antenne correspondante). Laissant le nerf intact, on enlève le paquet de cellules motrices réunies à la surface, ne laissant intacts que les réseaux extracellulaires : l'antenne reste normale. Donc, sans cellule^ le tonus est conservé, les réflexes exiiBtent avec tous leurs caractères ordinaires (l'irritabilité réflexe est simplement quelque peu exagérée).

C'est la démonstration de l'idée de Cajal que « le corps de la cellule nerveuse n'intervient pas nécessairement dans la fonction de conduction, mais que l'ébranlement nerveux amené par les fibres centripètes peut se transmettre aux prolongements protoplasma tiques d'un neurone moteur et de là directement au prolongement cylindraxile ».

5. On a repris aussi toute l'histoire du déveleiypement des éléments nerveux (2).

(1) Voir aussi dans van Gehuciiten, loco c/7., p 227 cl 234, l'exposé des idées analogues de IIeld et de Nissl. (2} Voir Durante, loco cit., p. Vm, V.m.

oéNÉRALITÉS ANATOMOPHYSIOLOGIQUES 29

Les observateurs qui, comme BmDEu et Kupffer. Rouget, IIis, GoLGi, ont admis le développement par seul bourgeonnement central ont étudié des embryons trop âgés et n'ont pas pu surprendre les premières dispositions cellulaires.

D'après les auteurs récents (Hoffmann, Balfour, Henne- GiY, WiGHE, Beard, Platt, Dohrn, Apathy, Bethr, Raffaele), il se produit, dans les premiers jours du développement, une migration des neuroblastes dans le mésoderme. « Ces neuroblastes deviennent fusi formes, poussent un prolongement à chaque extrémité et s'unissent ainsi les uns aux autres pour constituer une chaîne continue. Chacun d'eux, dans la suite, se différencie individuellement, donnant naissance dans son protoplasma à un faisceau de fibrilles cylindraxilcs et à un segment de myéline. Une fois constituées, les fibrilles fusionnent avec celles formées dans les neuroblastes voisins pour former un conducteur continu, quoique d'origine multicellulaire. Cette indépendance originelle des tubes nerveux est du reste confirmée par l'élude des monstres privés de moelle et de cerveau qui, cependant, possèdent des nerfs normalement constitués (Hertwig, g. Durante, Brissaud et Briandet).

6. La loi de Waller qui était un si grand appui pour le neurone n'est « confirmée dans la majorité des cas » que c lorsqu'on se contente d'une étude grossière des faits ». La dégénérescence wallérienne est irrégulière dans les divers tubes nerveux d'un même tronc, môme dans les différents segments d'un même tube nerveux qui ne subissent pas tous simultanément et également les mêmes modifications. La dégénérescence ^vaIlérienne est inconstante ». Elle peut n'être pas continue, les cellules et les nerfs étant atteints, alors que les racines ne le sont pas (Babinski, Pitres, Kronthal, Durante).

Pour tous ces auteurs, la chaîne des neuroblastes qui représente le tube nerveux est normalement en rapport fibrillaire avec les réseaux intra et extracelluUaires et la

diiTérencialion des neuroblastes périphériques est indissolublement liée à leur fonctionnement. Dès lors, quand on sectionne un tronc nerveux, on interrompt tout apport nerveux dans le bout périphérique. Celui-ci, devenu inactif, subit, non unedégénérescence, mais Isivégression cellulaire. L'altération d'un nombre variable d'éléments centraux entraînera cette régression plus ou moins complète.

C'est Tapplicalion d'une loi générale : « dans tout organe, la différenciation est fonction de l'activité physiologique. La suppression de cette activité, à la condition qu'elle soit complète, paraît entraîner plus ou moins rapidement la disparition de la didérenciation protoplasmique et le retour des éléments à un état indifîérent plus rapproché de l'état embn'onnaire, caractérisant ce que nous avons appelé la régression cellulaire ». Dès lors, dans le bout périphérique du nerf coupé, le fonctionnement étant interrompu, « le neuroblaste fusiforme qui, au cours du développement, s'était différencié en fibrilles et couche myélogène, perd cette différenciation devenue inutile et repasse à l'état de cellule indifférente >.

La loi de Wàller comportait aussi l'intégrité du bout central. Or, on a constaté bien souvent Vatrophic rétrO" grade de ce bout central.

Enfin Durante réunit un grand nombre de faits montrant que les dégénérescences ne restent pas limitées à un neurone et passent d'un neurone à l'autre. C'est ainsi que t NissL, en présence de l'ensemble de ces faits montrant combien peu les dégénérescences se limitent au territoire du neurone, en arrive à douter des conclusions tirées jusqu'ici de l'étude des dégénérescences secondaires des voies motrices. Les dégénérescences ne se localisant pas au territoire anatomique de ces neurones, nous ne pouvons plus placer avec sûreté dans les cellules corticales le point de départ du faisceau pyramidal, pas plus que nous ne connaissons avec certitude la terminaison de ses fibres ».

GÉNÉRALITÉS ANATOHOPHYSIOLOGIQUES 31

7. Le dernier coup a été porté à la conception du neurone par la constatation et l'étude de la régénération autogène du bout périphérique dans un nerf sectionné.

Le fait, déjà constaté par Vulpian et Philipeaux, a pu être réalisé expérimentalement chez Tanimal par divers auteurs.

Bethe (1) sectionne un nerf chez un chien ou chez un lapin adulte et empêche la réunion des deux bouts. Dans le bout périphérique, après la dégénération complète, la gaine de Schwann prolifère ; puis, en six à neuf mois, de ce ruban protoplasmiqne continu se différencient un cordon axial et une gaine périphérique; les fonctions de conductibilité ne se rétablissent pas ; mais il y a régénération partielle. Chez les jeunes animaux, il y a régénération complète, anatomique et fonctionnelle (gaine de Schwann, myéline, cylindraxe avec fibrilles primitives).

Dans une seconde expérience, ce tronçon de nerf est luimémè sectionné ; là encore, le bout périphérique dégénère ; le bout central (tronçon noyé dans les muscles) reste intact. Donc, des éléments cellulaires, autres que ce qu'on considère comme le corps de la cellule nerveuse, doivent intervenir.

Ballance et PuRVES Stevvart (2) arrivent à cette môme théorie périphérique de la régénération : les jeunes cylindraxes et les jeunes gaines sont tout d'abord indépendants dans le segment distal ; plus tard seulement, ils se rattachent à ceux du segment central, rétablissant alors la conduclil^ilitédunerf. Ce sont toujours les cellules névrilématiques qui deviennent des neuroblastes. Les cellules araignées longitudinales sont dé jeunes cylindraxes en chapelet (3).

(1) Betue, 26* congrès des neurologues et aliénisles de l'Allemagne du Sud, Baden-Baden, 9 juin 1901. Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrankheiten, 1901, t. XXXIV, p. 1006.

(2) Ballance et Purves Stewart, Travaux de neurologie chirurgicale, 1901, t. VI, p. 145. Bévue neurologique, 1902, p. 860.

(3) Voir encore sur celte action trophique des éléments non ner-

Mêmes conclusions de Fleming (1) : secUon expérimentale chez le lapin ; quatre malades atteints de névrite périphérique.

Durante a fail Tautopsie d'un malade dont le médian avait, cinq ans auparavant, été réséqué sur une longueur de vingt centimètres (c'est le premier examen histologique complet chez Thomme) : dans le bout périphérique non •réuni, il y avait des tubes nerveux complets, provenant d'une néoformation sur place, en dehors de toute réunion avec le bout central. De plus, « la cellule segmentaire, encore imparfaite, représenlée par un cylindre protoplasmatique sans diiTérenciation cylindraxile et non excitable, peut cependant déjà servir à transmettre Tinflux nerveux. Le neuroblaste périphérique est déjà conducteur, au moins pour certaines espèces d'ondes nerveuses, alors qu'il ne paratt pas encore différencié ».

A l'état physiologique, les neuroblastes segmentaires paraissent intervenir dans la conduction ; chacun d'eux remforce l'impulsion qu'il transmet au suivant; d'où le phénomène de l'avalanche de Pfluger, de la boule de neige de CiiAuvEAU : « Une môme excitation étant portée sur des points différents d'un même tronc nerveux, ses effets (contraction des muscles) sont d'autant plus intenses que le point excité e^t plus éloigné du muscle. »

Celte action des neuroblastes segmentaires dans la fonction et dans la régénération du nerf explique que, dans les névrites périphériques, « non seulement les tubes nerveux d'un même faisceau, mais môme les divers segments d'un même tube sont très inégalement altérés et paraissent, dans la suite, susceptibles de se régénérer individuellement. » De même danf certaines tumeurs (neurofibromes, li-

veux : Andeiiso-N, Journal of Phytiiology^ 1902. Revue neurologique,

(1) Flkmint., Scotifih médirai and surgical Journal^ 1902 {Revue

(2) DiiiANTE, loco cil., p. 843, 1099 cl 1100.

GÉNÉRALITÉS ANATOMOP^IYSIOLOGIQUES 33

pomes), « il n'est pas rare de voir les tubes nerveux faire en grande partie défaut au niveau de la tumeur et se retrouver en nombre presque normal plus bas ».

8. Ces auteui's arrivent ainsi à formuler une doctrine de constitution du système nerveux, toute autre que celle du neurone :

1'^ Le système nerveux n'est pas formé d'unités anatomiques distinctes ; il est constitué par des conducteurs continus, sans commencement ni terminaison, formant un Cercle complet, comme celui delà circulation, avec des réseaux de fibrilles élémentaires disséminés sur le parcours, réseaux intraou extracellulaires.

2« Ce vaste conducteur, le tube nerveux, est lui-môme formé d'une chaîne de neuroblastes segmentaires : c'est la conception caténaire du conducteur nerveux (Bethe, Ballance et PuvES Stewart, Durante) (1).

Ce qui reste du neurone ; idée qu'il lauten garder. Le neurone est une unité physiologique, anatomiquement et embryologiquement poly cellulaire.

Faut-il donc abandonner complètement le neurone ? Entre l'école qui veut que le neurone soit tout et celle qui veut fpi'il ne soit rien, il y a une doctrine qui veut qu'il reste quelque chose d'utile au physiologiste et au clinicien, sinon à ranatomiste et à Thistologiste (2).

(1) Voir Durante, loco cU„ p. 1103. — Voir aussi, plus récemment; Uebray, Société belge de Neurologie, 27 février 1904, Journal de Neurologie, 1904, p. 101.

(2) Voir: Grandeur et décadence du neurone, Année psychologique, 1904. p. -260.

GiubSEr. Les Gculrcii nerveux. U

1. D'abord il faut débarrasser le neurone de toul ce qui concerne les mouvements amiboïdes et les déformations dendritiques, notions non essentielles pour sa conception.

2. La contiguïté des neurones doit également être abandonnée, du moins comme caractère constant et essentiel.

Van GEJiucHTEN(l)a discuté les faits nouveaux et soutenu que s'ils établissent Texistence d'anastomoses, ce n'est que dans un certain nombre de cas (le plus petit d'après lui). En tous cas, il ne faut plus faire figurer cette contiguifté dans la caractéristique fondamentale de l'élément nerveux*

Cela est de nature à modifier la définition anatomique de cet élément nerveux, mais ne porte en rien atteinte à sa définition physiologique et par suite dmi^ue. Cela ne détruit en rien les arguments anciens qui établissent l'indépendance de certains neurones et de certains groupes de neurones, les uns par rapport aux autres.

3. Les idées de Betiie, d'ApATHv et de leurs Ecoles suppriment en quelque sorte les centres nerveux, en supprimant les cellules ou en ne leur donnant plus qu'un rôle entièrement accessoire.

Je n'insiste pas sur les objections faites aux observations de ces auteurs. On les trouvera dans le livre de van GehuciiTEN, qui considère ces faits comme « étranges » et comme de pures hypothèses ne reposantsur aucun fait d'observation bien précis... Je n'ai pas qualité pour intervenir dans ce débat qui reste purement his tologique (2).

Quelles que soient les conclusions qui triompheront, il n'en faut pas moins pour le physiologiste et pour le clinicien

(1) Van Geiiuciitex, loco cit., 1. 1, p. 217 et suiv.

(2) Voir encore contre les idées de Betiie les récents travaux de : Cajal (décembre 1903 et février 1904) ; Dejerine^ Société de Neurologie, 3 mars 1904, Revae neurologique, 1904, p. 207 et van Gehuciiten, Académie royale de médecine de Belgique, 30 janvier 1904, Le Sévraxe, 1904, t. VI, p. 81.

GENëHALITëS akatomophysiologiques 35

des éléments centratAX et des éléments conducteurs. Que ces centres soient les réseaux intracellulaires ou les réseaux extracellulaires, ils n'en doivent pas moins exister. Si les réseaux extracellulaires deviennent les vrais centres, cela voudra dire que Tancienne conception histologique du protoplasma autour des réseaux n'est plus nécessaire pour constituer un centre. Ce ne sont toujours là que des questions d'histologie dont la solution, quelle qu'elle soit, laisse intacte la conceptionphysiologique et clinique de l'élément nerveux.

Donc, si les idées d'ApATHY et de Bethe triomphent, Tan* cienne caractéristique histologique des centres disparaîtra et se transformera ; mais lexistence môme de ces centres n'en sera en rien ébranlée et nous garderons le droit d'appeler neurone cet élément nerveux, dont la caractéristique anatomique n'existe plus, mais dont la caractéristique physiologique et clinique reste la même.

Page 1