ETES
De l'étude et de la comparaison de ces observations
Une conclusion ressort clairement : la nature .essentiellement différente de l’'empoisonnement par les cèpes et par les ammanites. La différence existe sur tous les points ; période d'apparition des prodromes, symptomatologie et surtout pronostic. Reprenons avec quelques détails cette comparaison :
Les premiers symptômes d’empoisonnement sont précoces chez les cèpes, tardifs chez les ammanites. Dans le premier cas c’est de 1 à 2 heures après le repas qu’apparaît la première manifestation douloureuse qui met le malade en éveil. Dès que l’estomac est un pleine digestion, avant que les aliments ne soient arrivés en totalité dans l'intestin, l'organisme se révolte et cette protestation est d’abord locale et fort bruyante. C'est l'œsophage, c’est l'estomac qui se contractent, expulsant d'emblée les produits dangereux, et à ce moment paraît tout le cortège symptomatique. Chaleur ét picotement à l’œsophage, sensation horriblement pénible de sécheresse du pharynx, douleur et brülure au creux épigastrique. Les vomissementsse répètent, fréquents, copieux, et la violence de l’irritation est attestée parfois par des filets sanglants sur les matières vomies. L'organisme est en garde, sa défense est énergique.
Tout autre est l’empoisonnement par les ammanites ;
à début silencieux, il n’en est que plus terrible. Eclatant 10 heures et plus après le repas funeste, il ne s'annonce que par des malaises vagues, généraux, insuffisants le plus souvent pour inquiéter d'emblée le sujet, lui laissant dans une trève traîtresse une fausse sécurité. Et quand le malade s'épouvante, quand il se sent vraiment empoisonné, quand il demande au médecin un traitement, il est trop tard et le mal est irrémédiable. L’estomac inconscient a laissé passer le poison; l'intestin inconscient l’a absorbé, et si tous deux protestent enfin, c'est que déjà l'influence du poison se fait sentir à distance, et, par l'influence du système nerveux atteint, excite les contractions du tube digestif. La porte est ouverte au poison en ce cas, fortement gardée dans l’autre.
La même différence existe encore plus tard. Après l'estomac, l'intestin entre en contraction pour éliminer les fragments de bolets qui déjà ont franchi le pylore; aux vomissements succède la diarrhée qui complète leur œuvre; puis les autres organes entrent en jeu, et la lutte se poursuit avec des symptômes plus graves en apparence que dans la réalité. C’est le cœur dont les mouvements se précipitent; l’appareil de la respiration dont les muscles se contractent mal à propos et dont la fonction s’accomplit mal; le rein, dont les sécrétions se suspendent, les liquides à éliminer passänt momentanément-par l'intestin, ie système nerveux, enfin, qui excité cause les vertiges, sueurs froides, nausées, et secondairement la stupeur et le coma, mais rarement le tableau clinique est si complet.
Vertiges, nausées... annoncent aussi l'envahissement
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du système nerveux par les alcaloïdes toxiques des ammanites, et ces symptômes, effacés dans le cas précédent, passent ici au premier plan ; l’adynamie, puis le collapsus s'installent presque fatalement, momentanément remplacés par des convulsions, des spasmes. L'intelligence, longtemps lucide, sombre à son tour, et l’on voit survenir les hallucinations, le délire. Toutes les fonctions semblent se suspendre, l'influx nerveux paraît manquer partout : le pouls devient petit et filiforme, le tube digestif se paralyse, et l’on voit l'abdomen se distendre, tandis que cessent vomissements et diarrhée; les urines se suppriment, le refroidissement débutant par les extrémités, gagne peu à peu, la respiration se ralentit, la vie s'éteint.
Bien différent est le pronostic de l’empoisonnement par les bolets. Eh quoi ! objecterez-vous, sur 9 observations vous trouverez 2 morts ! Voici la réponse : Ces 9 observations, d’abord, sont pour la plupart multiples : en 7, 15 personnes sont nommées, et les 2 autres, tout en ne citant point le chiffre des victimes, parlent expressément de plusieurs ; la mortalité réelle de ces cas est donc beaucoup plus faible qu'elle ne le paraît d’abord. Et ne peut-on, d’ailleurs, trouver l’explication de ces 2 morts ? L'observation #4, de Paulet, relatant la mort de la petite de Launé, en accuse B. subtomentosus, espèce universellement reconnue comme comestible, Quel est donc le coupable ? Appartient-il seulement à la famille des cèpes ? En second lieu, la victime est une enfant donc l'estomac est particulièrement sensible, tandis qu'elle meurt, ses camarades, placées dans les mêmes conditions, survivent. Enfin, ces champignons,
elle les mange crus, Condition excellente, ainsi que nous l'avons dit plus haut, pour s'empoisonner avec une espèce toxique. L'observation 8 du professeur Delle Chiaje a une réponse analogue : un des 2 convives meurt, l’autre est fort peu malade ; et, dans ce cas encore, la salade de champignons était un met de choix pour qui voulait s'empoisonner, le vinaigre dissolvant et rendant assimilables plus facilement les principes nuisibles, et joignant une nouvelle chance d’empoisonnement au fait déjà mal avisé de les manger crus.
Si nous faisons abstraction de ces deux cas très particulier ; si nous examinons le cas, de beaucoup le plus général de ceux quimangentles champignons cuitsetconvenablementaccommodés, nous en sommes à rechercher un cas d'empoisonnement mortel par les cèpes. Dira-t-on que ces cas existent, mais qu'ils n'ont point été enregistrés ? Ce n’est assurément pas impossible; cependant. tous les jours de nouveaux empoisonnement!s par les ammanites sont publiés. Il est une expérience que nous avons faite maintes fois.Ouvrez une revue quiannonceun casd’empoisonnement parles champignonset cherchez le coupable. Huit fois sur dix vous verrez citer une ammanite, quant aux deux autres fois, le mode de début, l’évolution, l'issue fatale vous l’indiqueront sans erreur possible, toujours une ammanite, exceptionnellement une russule, un lactaire. Si les observations d’empoisonnement mortel par des Cèpes manquent,siles cas d'empoisonnement par bolets avec issue favorable sont si rares, ce n'est point parce que ces cas restent dans l'ombre, c'est, parce qu'ils ne se présentent pas; c'est que l'usage modéré des cèpes bien préparés n'expose, vraisemblablement à