Plaq lies de terre cuite
10. — La belle amphore du cap Ivolias, conservée au Varvakeiou [Collignon, Catalogue, n“ 200 est un monument auquel on ne saurait rien comparer ni en Grèce ni en Italie. Elle marque la perfection de la |ieinture noire dans la Grèce propre.
11. — Une deimière division serait réservée aux céramiques de Béotie dont les caractères sont nettement marqués. Ces vases \x\\ jaune y//'ont des formes lourdes ; les ligures y sont presque toujours non seulement très incorrectes, mais maladroites et grossières. Le manque de goût et d’élégance frappe, à première vue, sur ces produits céramiques. Les mythes dionysiaques décorent le jdus souvent ces jioterics et en font l’intérêt.
Ces divisions sont sans doute très imparfaites; le progrès de la science permettra île les modifier; mais, dans l’état de nos connaissances, elles rendraient peut-être des services. Une étude qui en est encore à ses débuts demande avant tout des cadres, si provisoires qu’ils soient, où elle classe les faits nouveaux qu’elle recueille. Quand nos connaissances seront plus complètes, cetic classification, devenue insuffisante, sera facilement remplacée par une autre mieux raisonnée, mieux justifiée pai‘ un plus grand nombre de découvertes.
VASIiS A l'IGLUES ROUGKS.
iNL Ileydemann a reproduit un grand nombre de vases à figures rouges. Il s’est attaché à plusieurs cpiestions de détail sui- lesquelles il a
(1) Voyez plus haut, p. i9, vases dive>'s, fragineuts représentant des guerriers.
gt; PEINTURI<:S CÉIIAMIOUES
réuni des obscrvalions précises. Parmi ces études, les savants reniar- (jueront ia description des vases inédits relevés d’ornements dorés et un cliapitre sur les variantes, en Grèce, de la formule KAAOSI.
On sait que iM. de Witte a publié, en i863, la liste des vases alors connus, qui portaient des ornements d’or (i). Otto Jahn, en i865, a donné un travail du même genre (2). Aux onze vases de la Grèee propre, décorés d’or, qu’Otto Jahn avait décrits, M. Ileydemann en ajoute huit, .l’en ai fait dessiner sept autres, tant à Athènes qu’à Corinthe. On voit que ces vases deviennent nombreux; on peut admettre qu’à partir du iv" siècle ce genre d’ornementation a été d’un usage général. Souvent l’or était appliqué avec une grande discrétion, ne recouvrant que les petits reliefs qui représentaient des bracelets ou des perles, comme cela se remarque sur les belles œnoelioés attiques; ces feuilles légères ont disparu avec une grande facilité, et c’est ce qui a fait considérer longtemps ce mode de décoration comme exceptionnel.
Les vases dorés sont, en général, des lécythus et des aryballes de petites dimensions. On connaît cependant de beaux exemples de vases plus grands décorés d’or. Je citerai la jjéliké découverte à Camiros par M. Salzmann, aujourd’hui au Britlsh iMuseum, et qui représente l’enlèvement de Thétis par Pélée, l’hydrie de Garlsruhe, sur laquelle on voit Aphrodite, Athéna, Iléra, et un grand nombre de figures, le célèbre vase de Gumes de la collection Campana acquis pour le musée de l’Ermitage, et enfin l’aryballe de Darius, fils d’Artaxerxès Mnémon, signé par \.éno()hantos au même musée (3). Ce sont surtout les vases de ce genre, remarquables par le sujet et par l’exécution, qu’il faut rechercher aujourd’hui quand on s’occupe de l’ornementation d’or dans les céramiques anciennes. A ce point de vue, je rappellerai à M. Heydemann un grand vase inédit, qu’il a certainement étudié, durant son séjour à Athènes, dans la collection privée où il est conservé. Il représente une scène de toilelte : les larges ceintures, les bandelettes, les colliers de femmes, sont recouverts d or; 1 or y est vraiment prodigué ; les draperies élaieni
q) Paris p.t /'Sros, vases peints à onieinenls dorés.
(2) beljcr hemalte 1 asen mit Goldscitmuck. [Voy. la bibliographie que j'ai donnée, tome I, p. 383, note .3.]
(3) De Witte, ouv. cité.
relevées de couleurs brillantes dont les traces sont facilemenl reconnaissables (i). Ainsi l’art attique, tout en gardant les qualités qui lui sont propres et le sentiment profond du beau, n’avait pas craint d’orner ccs figures des couleurs les plus vives. Pour les proportions, pour le luxe des étoffes et des bijoux, pour l’ordonnance de la composition, ce vase est comparable à ceux qu’OUo Jahn cl iM. de Wittc signalent comme les plus remarquables. Il prouve, par un magnifique exemple, que l’usage des grandes décorations polychromes relevées d’or jusqu’à la profusion a été connu des Athéniens.
Comme les vases à ornements d’or sont, en général, d’un travail délicat, on est porté à les attribuer tous à l’Attique. L’usage de dorer certaines parties du costume s’est produit à une époque où les ateliers céramiques étaient nombreux dans le monde hellénique tout entier. La dorure ne peut être un signe de provenance, (gluant à la finesse du style et à l’esprit de la composition, si ces caractères indiquent la Grèce, ils n’indiquent pas forcément l’Attiquc. En publiant l’aryballe de Paris et d’f’ros (pil a été découvert à Corinthe, M. de A\itte le regardait comme l’œnvrc incontestable d’un artiste athénien; celte opinion, au moment où il écrivait, était naturelle. La collection Rendis, à Corinthe, possède aujourd’hui uu certain nombre de vases inédits qui sont tout à fait semblables, pour le style et pour l’exécution, à l’aryballe de Paris et qui proviennent de l’isthme. Corinthe a fabriqué, à cette époque, des vases qui diffèrent de ceux de la Grande Grèce, mais qui se rapprochent beaucoup de ceux cpi’on est habitué à considérer comme d’origine athénienne : vases à bas-reliefs, vases polychromes, vases dorés. Ses ateliers sont arrivés, dans ce genre, à la perfection. La publication des monuments inédits auxquels nous faisons allusion mettra ce fait hors de floule (2).
M. Mevd cmann (p. i à j) donne le catalogue le plus complet qui ait été publié jusqu’ici des vases grecs portant ou le mot KAAOSI seul, ou ce mot accompagné d’nn nom propre. Les variantes de cette formule
(1) [Voy. tome I, pi. xxxviii-xxxix.]
(!2) [On a tioiivé une riclic sôrie fie ces lécythes polychromes et dorés .Apollonia de 'l’hrace; mu! partie a passé dans la collection van Brante^hemde Londres; l’autre s’est vendue à Raris en mars LSHS, Catnloçjue Hoffmann^ n®" lt)7-171.]
T. II
:i8 PEINTURES CÉRAMIQUES
doivent être étudiées ; on peut espérer qu’elles deviendront, parla suite, un indiee de provenance ou d’époque. ÎMais les exemples constatés en Grèce sont encore trop peu nombreux pour qu’il soit possible d’en rien conclure. Ainsi M. Heydemann remarque qu’il n’a pas trouvé en Grèce la forme si fréquente en Italie HO PAIS! KAAOSI ; un alabastron découvert en Attique et acquis en 1872 par le Varvakeion porte cette inscription [Collignon, Catalofjue, 11“ 879]. AI. Heydemann signale sur un vase athénien l’inscription KAAOES (i) et la regarde comme une faute de l’artiste pour y.a);o; et xaVA Cette faute est répétée quatre fois; ne faut-il pas V voir une variante encore inexpliquée ])lutôt qu’une ei'reur (2)?
Ces questions sont intéressantes (3). Nous profiterons des résultats auxquels est arrivé M. Heydemann; mais nous regretterons que son livre |)ermette peu de déterminer les caractères des céramiques grecques pour cette époque, qu’il laisse de coté des œuvres remarquables par la perfection du style. 11 est juste de noter que l’auteur n’a pas pu toujours étudier à loisir, et comme il l’aurait voulu, les monuments conservés dans des collections privées.
Les vases à figures rouges d’un style sévère sont encore fort rares en Grèce. C’est là une classe de peintures pour laquelle il faut beaucoup attendre des nouvelles découvertes, l^a (ài-èce, en ce geni*e, n’a pas dù être moins riche cpie l’Italie. Les compositions qui, sans avoir la gravité de la première époque, sont remaixjuables par la grâce, par la simplicité, et qui témoignent d’une parfaite connaissance de l’art du dessin, commencent à devenir nombreuses. La découverte récente de quelquesuns de ces chels-d’œuvre a été, pour les études de céramographie, une
(1) PI. I, tig. 1; [Collignon, 11° iU2; cl'. 11'’" liST, o(l9.i Comparez Heydemann, Vasensammlungen des Mitseo nazionale zït ISeapel, jd. Ylll, n“ 313o.
(2) Même catalogue, n'’ .3091; /iaccolta ctnnanxu 11° I IS.
(3) Voici quelques autres remarques de détail. — M. Benndorf, pl. XXIX, fig. 10, p. oO, cherche à prouver que le document ])uhlié sous ce numéro est un astrahon. Sa démonstration convaincra peu de lecteurs, bien qu’il y ait l'ait preuve de beaucoup d’habileté. 11 a parlaitement lu le texte si difficile; jusqu’à ce que de nouveaux documents viennent éclairer ce fragment, nous nous contenterons d’y reconnaître tout simplement un morceau de poterie portant deux noms propres et un démotique. Le musée de la Société archéologiqiK! d .\thènes possède une tessère (pi’il eût été naturel do rappeler ici ; cf. Hevue arrhéolcujiqne, 1870, tessère militaire et tessère nautique. — Heydemann, pl. XI, fig. 3. Les trois torches et le petit porc n’indiqueut-ils pas nn sacrifice à la triple Hécate
DE LA GREGE PROPRE
lieureuse tioiiveauté; elle jjerniet de l)ien connaître nn style très différent de celui des vases d’Italie et vraiment propre à T \ttique. J’en citerai d’abord nn d’nn usage familier à tous les antiquaires ; l’aryballe du musée de Naples que M . Fiorelli a pidjlié (i). Ce vase, bien que trouvé à Cumes, n’est pas italiote; M. Fiorelli l’avait constaté depuis longtemj)s en l'emarquant que, parmi plus de quatre mille vases conservés au Museo ^'aziouale, on n’en rencontrait pas un seul qui présentât les memes caractères de fabrication. Nous pouvons affirmer aujourd’hui que ce vase est athénien. On vient de découvrir à /Exoné un aryballe qui paraît sortir du même atelier que le vase de Cumes; ressemblance dans les moindres détails de l’exécntion, même nuance de fond, même procédé de dessin : la similitude est complète. Le vase de Cumes représente le combat des Amazones contre les Athéniens; on y remarque les noms 4>AAHP02I, OH5IEY21, M0N1X02I, TEIOPA2I, qui désignent des héros de l’Attlque et même les éponymes de plusieurs dèmes. C’était déjà là uu Ind ice de provenance. L’aryballe d’.Lxoné porte treize personnages; le centre de la composition est occupé par la bacchante Phanopé, «l'avd-e, fjui danse en levant les mains; six figures placées à droite, six antres placées à gauche regardent la danseuse (2). L’unité de la composition est marquée avec art; la symétrie est parfaite; mais le peintre a varié toutes les attitudes, toutes les expressions. Periklyméné, ncpi/.L’jp.£v6, joue du tvmj)anon; Makaria, Ma/.aota, repose à demi couchée; Choro, Xopco, est étendue sur un tertre; Kalé, KaXé, debout, paraît réfléchir; Nymphé, Ndgos, soutient Naia, Nata, qui a perdu le sentiment an milieu des joies de l’ivresse; Anthé, "AvOeia, est assise et porte un thyrse ; Silénos, ^devdç, vient de se réveiller et se soulève sur tes mains; Dionysos jeune, A'.dvuco;, préside la fête; Komos, Kofxo;, placé près de lui, observe une gravite
il) Fiorelli, .\otizia dei vasi dipôiti rinvenuii a Cinna nnl IS56 e possedii/i del/a S. A. /{. U conte di, Syracusa, Napoli, 1856, pl. VIII; Jahii, Annali dcW Instit., 186i, p. 2i6; Stephani, Comptes rendus de Saint- Pôters bourg, 1866, p. 170; Minervini, Bull. Na/joL, nouv. série, IV, p. 75; Panofka, .Arch. Anz., 1856, p. 181; Corpus insrr. griec., IV, pra'f., p. xviii et pl. wi, 259; Heydeinaiin , Arrh. Zeit., 1869, p. 81; Die Vasensammlungen des Museo nazionale zu .\eapel, p. 881, et Museo Borbonico, wi, pl. 18: The principal monuments of the mit. .\lus. of A'aples, pl. 60, etc.
r2) I Voy. le lome I, p. 572, pl. xii-xiii.J
PEINTURES CÉRAMIOUES
(iO
naïve. A l’extrémité cln tableau, Kisso, Ktcao, et Clirysis, Xpucï;, semblent seules ne pas suivre des yeux la danse de Idianopé; Clirysis tient deux torehes qu’elle présente à Risso: ces dernières ligures expriment le caractère sacré de la danse mystique. Ce vase marque la perfection, en Attique, de la peinture rouge au moment où l’Attique sait rendre toute la grâce, toute l’élégance des scènes les jilus délicates, sans abandonner encore les traditions de simplicité et d’harmonie que lui a léguées le grand art de la période précédente. La figure de Nymphé est vue de lace, détail qui nous permettrait d’attribuer l’aryballe d’Æxoné au temps d’Alexandre, tyran de Pheray et même du satrape Pharnabaze (4i 3-374). S’il paraît téméraire de remonter aussi haut, je ne crois pas que l’on puisse descendre plus bas que la fin du jv“ siècle.
Les œnochoés de eette époque ne sont pas moins remarquables que les aryballes. Le plus beau spécimen inédit que je puisse signaler représente une femme deboid, devant un siège sur lequel reposent une tunique d’étoffe légère et un autre vêtement (i). Cette femme porte une longue tunique, sur laquelle est jetée une ample draperie. Une de ses compagnes, placée en face d’elle, fait une libation (2). Le dessin seul peut rendre tout le charme de ce tableau. Je n’affirmerai pas que celte œnochoé sortît du même atelier que l’aryballe d’/Exoné ; une observation attentive permet de remarquer de légères différences d’exécution, Mais ces deux œuvres sont du même temps, du même pays, et je les cite comme les types d’une fabrication à laquelle on ne saurait comparer aucune peinture à figure rouge de travail italo-grcc. A ces pièces, qui sont des merveilles, il laut ajouter des pyxis décorées avec un esprit charmant, bien qu aucune des règles de l’art ne soit oubliée, par exemple un jugement de Paris, où le caprice de l’artiste a trouvé, pour l’attelage de Vénus et pour les attitudes des personnages, les plus gracieuses nouveautés sans cesser d’être attique (3), et nombre d’œuvres moins
(1) A gauche, enfant couronné de lierre, enveloppé d’une vaste draperie. La femme qui fait la libation porte la tunique ionienne, sur laquelle on voit un vêtement h manches couvert de riches broderies; la tunique est translucide. Entre les deux figures principales, planchette munie de pieds et suspendue par trois attaches, au plafond ou au mur. Ce meuble est chargé d’étoffes. [Voy. le tome I, p. 304, pl. vm.J
(2) [Voy. la rectification au tome I, p. 361.]
(3) [Voy. le tome I, pl. x.]
DE LA (illÈCE PUÜPIIE.
(il
remarquables dont nous pouvions déjà prévoir les principaux caractères, grâce aux pulîlications de Stackelberg et de la commission de Saint-Pétersbourg. Plus on étudiera cette classe de vases, plus les archéologues qui ont attribué à rimportalion athénienne beaucoup des poteries découvertes en Crimée constateront qu’ils étaient dans
le vrai.
Il faut encore rattacher à ce groupe de vases les aryballes ornés de bas-reliefs; les plus remarquables se voient à Corinthe. M. Benndorf, qui a visité cette ville, doit connaître celui de la collection Rendis, qui représente une femme assise et une suivante (i). Ce basrelief était peint; la couleur recouvrait un modelé qui, par la délicatesse et le fini, rappelle les plus beaux camées. La sculpture du iv" siècle n’a rien de plus pai’fait. L’applifjue en relief sur les vases a été d’un usage fréquent en Grèce, et ici encore les })ièces cpie conserve ce pays peuvent être comparées sans désavantage aux plus beaux spécimens italo-grccs (2).
Nous avons choisi ces (pielques exem|)les, entre beaucoup d’autres, parce que les études céramographirpies sont une partie de l’histoire dc' l’art, et que la j)erfection dc la forme, la beauté des types, les transformations de l’idée du beau, ne doivent pas moins nous préoccuper dans ces sortes de recherches que les détails curieux de scènes imparfaitement représentées. C’est un grand tort que de négliger une pièce offrant un sujet connu, si, comme œuvre d’art, elle l’emporte sur les exemplaires dc cette scène déjà publiés. Certes l’intérêt qu’offre le sens des peintures sera toujours de premier ordre; mais cet intérêt n’est pas tout, et il peut SC faire que la beauté d’une œuvre la recommande à notre attention beaucoup plus que ne le ferait la scène la pins nouvelle et la plus originale. N’est-ce j)as, du reste, en étudiant les détails dc l’exécution, l’esprit (pii a Inspiré les artistes, que nous arriverons à définir les céramiques, à les classer jiar pays?
fl) [Il a été reproduit, mais d’une façon insuffisante, par M. Denndorf dans sa IV“ livraison, pl. Lx, n“* '■la et 26.]
(2) ün se rappelle dans ce genre, outre le vase de Xénophantos et le vase de Giimes, tous les deux conservés à l’Ermitage, l’aryballe de Itacchus et d’.Ariadne, Musée Klneas, pl. lit; celui d’.Andromacjue, Cat. Durand, n® 1379.
PEINTURES CÉRAMIQUES
Nous proposerons pour celte période la classification suivante :
I Vases d’ancien style, encore très rares dans les musées d’Athènes.
3. Imitations d’archaïsme ; cpielques collections en possèdent de précieux spécimens, où l’artiste a fait preuve de trop d’esprit pour qu’il soit possible de croire qu’il ait tracé naïvement ces jolies figures.