‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 13 sur 48 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

LÉCYTIIL'S BLAXeS DE E\BU1(.)UE ATIlÉXIEXXE.

J’ai réservé pour cette dernière étude les lécythus blancs d’Athènes. Ces vases méritent, à tous égards, l’attention des archéologues. Paris, Berlin, (ioettingen, Carlsruhe, en possèdent à peine (pielques-uns. Seuls le Ih'itisJi Muséum et le musée de Copenhague ont pu, depuis cpiclques années, en réunir des séries intéressantes. Les collections privées et publiques d’Athènes, le Varvakeion, le ministère des cultes, le musée l’ermé de l’Acropoh*, le cabinet Rhousopoulos, comptent plus de ciiuj cents de ces lécythus (3).

Les vases de cette classe n’ont été signalés que par exception dans les ouvrages relatifs à la céramique ancienne. Le baron de Staekelberg est le seul antiquaire qui les ait étudiés spécialement; encore n’en a-t-il reproduit par la gravure qu’un très petit nombre. Après lui, le duc de Luynes, Baoul-Bochette, Gerhard, M. de Witte et d’autres érudits, ont décrit quelques monuments isolés. Un travail d’ensemble sur cette classe de peintures céramifpies ne ])ouvaltètre entrepris que par un antiquaire

1 [Voy. le toinel, pp. .'liV’-iPli.]

(i' [Ihid., pp. ;i7

Gy Renndorf, j). i3; AVieseler, GoUiiiyhche Anlil%en, p. 3tj; Levezow, Vrrzoirhnias d. (ntt. Diuikniüler hn Anliquariimi d. KonifjL Mus. n® 711 ; Arch. Anz. 1S5;2, pp. 31^ 203, '^04; 1830, p. -iiO; 1801, pp. '201, 232, etc. t Voy. le travail d’eiisernhle que j’ai consacré à ces vases, J'Jtude sur les lécythes hlnurs uUiyues à reju'ésentutiuns funéraires, 1883, cl la ('érami<[ne yrcajiie de Raye! et Collif;non, pp. 223-238.]

PEINTURES CERAMIQUES

(jul lit un assez long séjour on Grèce. C’est ee qui a été bien compris parM. Bennclorf. Il leur a réservé toute la seconde partie de son recueil et quatorze planches in-folio. Venu après ee savant, j’ai pu facilement, en 1871 et 187a, tant le sujet est encore nouveau, former une collection non moins riche, non moins intéressante. Parmi les vases inédits de cette classe, que M. Chaplain a dessinés, plusieurs non seulement surpassent en beauté les plus célèbres lécythus connus, mais peuvent rivaliser avec les œuvres les plus parfaites cpie nous ait laissées l’art attique de la grande époque (i). Les travaux de M. Benndorf et mes propres recherches permettent, je crois, de présenter aujourd’hui, sur cette classe de vases, un certain nombre de considérations précises.

11 importe tout d’abord de ne pas confondre (2) la poterie de Locres et les lécythus d’Athènes. Par cette dernière expression, employée ici pour plus de brièveté, j’entends les lécythus à fond blanc et à figures de couleur provenant de l’Attique; par les mots vases de Locres, toute la classe de poterie à laquelle on est convenu de donner ce nom. La poterie de Locres est recouverte d’un enduit blanc qui tire sur le gris et qui offre rarement une teinte Iranche; cet enduit est à grains serrés, le plus souvent lisse, quelquefois brillant. Les figures sont au trait noir; le vase admet des formes variées. La forme des lécvthus est toujours la même; les figures, relevées de couleurs vives, sont d’ordinaire polychromes; la couverte, du blanc le plus pur, est plut(M poudreuse que lisse; la pâte n’en est pas dure et s’altère facilement. Mais la plus grande diffé rcnce (jue présentent entre eux les monuments de ces deux classes, c’est que le lécythus ne se trouve qu’en Attique, que le vase de Locres se trouve partout.

Qu’on n’ait pas trouvé le lécythus blanc du type d’Athènes en Étrurie, le lait est admis par tous les antiquaires; ce qui est plus surprenant, c’est qu’en dehors des frontières de l’Attique, en dehors d’un espace aussi

il) [Voy. le tome I, pl. xxiv-xxix, xxxii, xxxiv-xxxvii.]

i^2) Celle conliision crée une véritable difficulté pour l’étude de ces vases, quand on ne peut examiner les monuments originaux : voy. Gerhard, Rapporio volcente, p. U28; Stepbani, luseus. d. Kais. ErrnU. II, n“’^ 16i4, 1648; Conze, Arch. Avz. 1864, p. 163; Ross, Arch. Aiifs. I, p. 59; 0. Jahn, laseus. n'-SOS; duc de Luynes, Unses pemts, p. 16-18; vases trouvés à Rhodes, Arc/t. A71Z. 1864, p. 301; dans l’Italie méridionale. Bull. d. Inst. 1829, p. 19; 1867, p. 237.

DE LA r.DÈCE ‘PROPIIE.

Üo

Iiinilé, on ne rencontre pas en Grèce celte classe de vases (i). J’ai été tort attentif à rechercher dans mes voyages, en Corinthlc, dans le I^éloj)onèsc, en Béotic, des exceptions à cette règle. Je n’en peux citer qn’iine seule, d’nne importance secondaire : un petit lécythns d’un décimètre de hauteur, d’un travail médiocre, a été trouvé près de rAcro-Corlnthe et fait aujourd’hui partie de la collection Trlpos; il représente une femme qui s’avance vers un tumulus; elle tient une corbeille. On m’a signalé qnehjues autres découvertes de même nature, toutes exceptionnelles et sans valeur pour l’histoire de l’art, .le n’ai pu en véiafier l’au¬

thenticité.

Ainsi les limites géographi(}ues du lécythns blanc sont marquées avec une précision qu’on ne retrouve pour aucun autre type céramique. On peut proposer plusieurs explications de ce fait. Il est certain que ce vase est d’un travail délicat et que l’exportation l’eùt souvent altéré. On sait avec quelle discrétion il faut le toucher. Cependant, si les Grecs avaient voulu faire passer la mer à ces |)oteries, ils auraient trouvé le moyen d’en assurer la parfaite conservation. Du reste, il était facile aux ateliers locaux, en dehors de l’Atticjue, d’imiter les procédés de fabrication athénienne; c’est pourtant ce qui n’a pas été essayé.

Nous devons chercher une autre raison de la persistance avec lacpielle ce vase est resté particulier à une seule des provinces du monde hellénique. Il faisait partie des eultes funèbres; comme tel, il ré[jondait à des idées qui n’étaient pas de tous points communes aux Athéniens et aux autres Grecs. Les praticpies relatives au culte des morts, si l’on en considère simplement les parties principales, devaieid, il est vrai, se ressembler beaucoiq) dans le monde hellénique tout entier. On voit eependant, (juand on étudie les stèles funèbres, ([ue dillérentes classes de sujets ligurés sont propres à des pays dillérents, et que plusieurs d’entre elles ne IVanchisseid pas des limites (pi on peut maripier avee

(1) [On en connaît aclnellenicnl qni proviennent de Sicile, de Eampanie, de llhodes, de Crimée, d’Asie, et, en Grèce, d’Egine, de Salamine, de Snnium, de Corinthe et dErétrie; cf. mon Etude sur les lécj/l/tes blancs, p. I-Î ; 0. Jahn, Vasensamml. zu München, p. xxvii ; llenzey, Catnlucjue des fiçjurines du Louvre, I, p. 93; MiUlieilunc/en in Athcn, 188(), p. iO; hphéinens arcli., 1883, pl. i ; Gaz. des Ileaux-Arls, 1880, i, p. lit; Fnrtwaengler, .\nlu/uariuni, n"* "2113. ■2î{(i, "2137,2138. .Mais ce sont des exceptions encore rares et (jni n’inlirment pas la thèse générale (pie soutient l’aulenr.]

PEINTURÉS CÉRAMIQUES

exacLiUide. Dans la Grèce continentale \ecacaUer esi propre àlaBéotie, le baiKjuet se trouve surtout en Attique. Je ne connais |)as un seul ban- (juct qui provienne certainement du Péloponèse ou de la Grèce du nord (i). Des représentations dilTérentes supposaient dans le cuKe des morts des variétés, des nuances, qui e.\ptic[uaient les préférences de chaque pays pour un ordre particulier de scènes figurées. Sans essayer d’analyser ces nuances, sur lesquelles nous avons si peu de témoignages et qui n’ont jamais encore été étudiées, sans vouloir exagérer le rapport qui paraît exister entre la symbolique funèbre des Athéniens et le lécythus, il est possible de faire (juelques remarques qui n’ont rien de téméraire.

Le lécythus figurait dans les cérémonies iV exposition. Les poètes comiques le disent expressément (2); ils parlent de ce fait comme d’un détail connu de tous. Un vase, publié par jM. Heydemann (3), porte, j)rès du mort comdié sur le Ht liinèbre, deux lécythus cpii dépassent le lit en hauteur, et qui sont une des parties principales de la décoration. Les dimensions exagérées données à ces vases, aux dépens meme de la vérité, car il est peu probable qu’on ait fabriqué des lécythus aussi grands (4), montrent la place (pi’ils devaient tenir dans les rites funèbres. Le lécythus blanc à goulot étroit ne pouvait servir pour un llcpiide que l’on transvase; on y mettait les parfums, les huiles aromatisées qui étaient d’un usage si fréquent dans les funérailles (3). Les scènes d’exposition, dont le lécythus faisait souvent partie, sont si rarement reproduites sur les monuments figurés (pi’on a pu croire longtemps que le génie de l’antiquité était contraire à ces représentations, et cpi’elles ne prirent quelque faveur qu’à l’époque de la décadence de l’art. De nou-

(1) Cf. Sur un bas-relief inédit du cabinet de M. Brunet de Bresk, Paris, Didier, 1 809. üa trouvera clans la Grèce propre des baiK/ueis en dehors de r.\tti(ine, mais ce seront toujours là de très rares exceptions.

(2) Aristophane, hJcclesiaz., v. 995; voy. tous les textes réunis par ülto Jahn, dans l’introduction du Catalogue des vases du roi Louis, |)p. 80, Sti.

(3) PI. XII, fig. 11, vase dessiné à nouveau i)ar M. Chaplain ; [voy. tome I, pl. xxxii.]

(1) Le pins grand lécythus ([ue j’aie vu mesurait 90 centimètres de hauteur; il avait été peint, mais on n’y reconnaissait pins ciue des couleurs et des traits dont le sens était impossible à retrouver. [Voy. mon Etude sur les lécijthes, p. !25, note 1 et j). 107.]

(0) Cf. Renndorf, p. 28 et suivantes.

voiles découvertes ont montré la fausseté de cette opinion fi). Nous possédons aujourd’liui plus de vingt monuments sur lescpiels on reconnaît la TTÇùGect;; la plupart d’entre eux sont athéniens; la liste de ceux qui appartiennent à l’Attique serait plus longue encore, si nous v comprenions une riche série de vases du plus ancien style, découverts dans la jîlaine d’Athènes, et de vases blancs inédits. 11 est permis de croire que l’exposition avait, chez les Athéniens, une importance exceptionnelle, et, comme le lécythiis y figurait toujours, on comprend que l’At- ^tique ait eu pour ce vase une préférence.

l>e hanc[uet liinèbre, si souvent sculpté sur les tombeaux, était une image des offrandes faites aux morts, offrandes qui comportaient des mets et une soide de repas. Le pays de la Grèce propre où le banquet est le plus fréquent est l’Attiquc (2). Or il se trouve que les vases blancs (jui représentent souvent les offrandes aux tombeaux sont aussi particuliers à l’Attique. On ne trouve ni en Sicile ni en Italie de stèles représentant l’offrande funèbre. On n’y trouve pas non plus le lécythus blanc. Les pays, en dehors de l’Attique, où la scène du repas est fréquente, sont la Thrace et la côte de l’Asie lAlineure. Ces régions n’avaient pas de eéramiques, ou, du moins, ces céramiques sont inconnues. Quant aux Cvclades, qui, comme Théra, ont admis la représentation du banquet, elles ont cessé, semble-t-il, de bonne heure, de fabriquer des vases peints. I^a coïncidence que nous remarquons en Attique entre les représentations du lécythus blanc et la scène du banquet sur les stèles funèlires n’est pas fortuite. Il est certain que l’Attiqiie avait pour le culte des morts des usages particuliers, fie sont ces habitudes locales, encore imparfaitement connues, qui expliquent, à mon sens, le caractère essentiellement local aussi du lécythus blanc.

Les beaux lécythus appartiennent à l’éjjoque la plus florissante de l’art; au contraire de ce cjui se remaixpie |>our les poteries de Locres, on n’y trouve aucune trace d’ai’chaïsme ; le génie athénien a dépouillé toute rudesse; il n’est pas encore atteint par les défauts qui amèneront la décadence. Ces peintures ont une date certaine. Il faut les rapporter

(1) Gif. Mélan(ji‘s archéologiques, l'ascicule II, Didii'r, 1S73, p. 1.

Cf. Sur un bas-relief inédit du cabinot de M. Urunet de l*resles.

tiS

au iv“ siècle, quelquefois à la fin du v' siècle. On fabriquait des lécythus dès l’année 892 avant notre ère. C’est ce dont témoigne Aristophane dans la pièce de V Assemblée des femmes, représentée à cette époque (1). Il est facile, du reste, de voir que le procédé emj)loyé pour ces vases dut être découvert tout naturellement. Les statuettes d’ancien style présentent déjà une couverte blanche sur laquelle sont fixées des couleurs. Les lécythus ne sont (pie l’application de ce procédé, avec quelques variantes, à la décoration des vases (2). Quant à la date de celles de ees peintures qui doivent être considérées comme les jilus réeentes, nos incertitudes sont plus grandes. Beaueoup d’entre elles n’ont aueun style, elles peuvent être de toutes les époques. Aucun tombeau des temps l'omains cependant, comme l’ont remar([ué ÎMiM. Pervanoglou et tvoumaiioudis, n’a jamais, jusqu’ici, donné de lécythus blanc; de plus, sur ces jîoteries, aucun attribut, aucun détail, n’indicpic le lê’ siècle avant notre ère. Il faut donc admettre, dans l’état actuel de nos connaissances, que cette fabrication s’arrête à ta fin du ni® siècle; elle aurait duré de deux à trois cents années (3).

Les scènes représentées sur environ cinq cents lécythus blancs, cpii sont aujourd’hui connus, peuvent être classées ainsi qu’il suit :

1" L' Exposition . Le mort est couché sur un lit entouré de parents et de pleureuses (Heydemann, pl. XII, fig. 11; Benndorf, pl. XVII, lig. 1). Les plus beaux exemplaires connus de cette scène se voient sur deux vases inédits, eonservés, le premier au Louvre, le second dans la collection Khousopoulos (4).

2° La Déposition an tombeau. Aucun des vases publiés ne représente eetteseène; elle n’était pas rare, elle se voit en particulier sur deux lécythus inédits conservés à Athènes ; sur le premier, une femme est

(1) Y. !)95; cf. Droysen, Aristophancs, II, p. 347; Benndorf, p. 28.

i2) [Sur la technique des lécylhes blancs et sur leur parenté avec les lécythes au trait noir qui forment la transition avec les plus anciens vases à fond blanc du vi“ siècle, voy. le tome I, pp. 370, 37 1 .]

3) [Dans 1 état actuel de nos connaissances, on peut reculer un peu la date la plus ancienne des lécythes blancs atliques et en restreindre la durée : elle doit être contenue dans les limites du milieu du y° siècle jusqu’au temps d’Alexandre. |

(‘^) oy- lo tome I, ]d. xxxii; Élude sur les lécylhes, p. 12 et pl. i.]

GH

portée par deux génies ailés, l’un vieux, l’autre jeune; une stèle occupe le fond du tableau; sur le second, d’un travail beaucoup moins soigné, deux génies soutiennent le cadavre d’un homme (i).

S*" La Barrjue infernale. Le Louvre en possède un remarquable exemple, qui a été publié [)ar Stackclberg (a). iM. Bcnndorf en donne un second; j’en ai fait dessiner trois autres, qui permettent d’étudier les variantes de cette représentation.

4" IL Offrande et la Lamentation. Cette scène est de beaucoup le motif le plus fréquent sur les vases l)lancs d’Athènes. La disposition du sujet ne varie que par les détails. Une stèle ou un tumulus surmonté du marbre funèbre occupe le milieu du tableau. Adroite et à gauche, deux ou trois personnages, quelquefois rpiatre, rendent hommage au mort : ce sont les |)arents du défunt, jeunes lilles et jeunes hommes, femmes, vieillards. Les uns font des gestes de douleur; les autres apportent des corbeilles, des libations, des bandelettes et divers attributs. C’est à cette classe qu’appartiennent les scènes que l’on considère quelquefois comme l’arrivée d’un voyageur à un tombeau, ou la rencontre des enfants |)rès de la stèle de leurs parents morts (3).

5" La Toilette. Sur plusieurs lécythus, un personnage, qui est presque toujours une femme, est assis au pied de la stèle et occupe le centre de la composition. Cette femme est-elle la morte qu’on veut honorer? 1.,’usage, sur CCS sortes de vases, admettait qu’on représentât le mort. L’exposition, la déposition, le passage de labarcpie infernale, le prouvent suflisamment. On sait, du reste, que telle était aussi la coutume des stèles funéraires.

q) L^’oy- Ig tome I, pl. xxvii-xxix; Etude sur les lérythes, p. !2i.J

(2) Graeber der Hell., pl. xLViii; [voy. le tome I, pl. xxxiv; Etude sur les léci/tlæs, |». 3i, pl. iii.]

(3) Benndorf, pl. XIV, femme apportant une corbeille; une antre faisant des {,mstes de douleur; deux petites ;\mes voltigeant. — XVI, 1, jeune fille tenant la corbeille et un cofl'rot ; jeune guerrier, la chlamyde sur l’épaule, deux lances à la main. — XVIII, I, variante du même sujet ; la jeune fille tient une bandelette; le jeune homme un long biton. — .XVIII, 2, la jeune tille parle au mort. — .X.X, 2, libation sur un tumulus. — .XXI, I, deux jeunes gens; l’un tient une bandelette. — XXI, 2, femme parlant au mort et un vieillard. — XXII, 1, jeune homme, femme tenant rurne et une corbeille. — .XXII, 2, [lersonnage assis, un autre debout. — .XVI, 2, enfant et jeune tille; l’enfant porte la main gauche à la tête et tient un oiseau de la main droite; la jeune fille avance les mains et parle au tombeau. — XVII, 2, femme à genoux parlant au mort; homme appuyé sur un bâton. [Voy. le tome I, pl. xxxv-xxxvi; Etude sur les lêeijthes, p. 31, pl. iv.i

PEINTUHKS CÉRAMIQUES

Oii pourrait lioiiver une objection dans ce l'ait que, sur le beau vase d’Ko ine publié par liaouI-Rochette (i), la l'einme assise, (pii donne des signes évidents de profonde douleur, jjaraît être une parente et non le personnage même auquel est dédié le lécythus. Il est, en elTet, possible que la ligure placée au centre du tableau ne soit [)as toujours celle du mort. Je crois cependant qu’en général cette femme assise est la morte. Un léeyihus de travail grossier publié par M. Benndorf me paraît ne laisser aucun doute sur ce point (2). Ce vase représente une stèle qui porte une scène tigurée. Sur la stèle est une femme assise et tenant une couronne; au-dessous d’elle on voit son miroir; cette femme est évidemment la morte, et la coui'onne l appelle les offrandes qu’on lui consacre. Sur un autre lécythus (3), nous remarquons également une stèle décoi’éc de peintures; une femme est placée entre un miroir et une bandelette; une de scs parentes s’approche du tombeau et apporte une couronne. L’image de la morte sculptée ou peinte sur le marbre en a parfois été détachée, et la défunte a été représentée alors près du tombeau au milieu des vivants qui l’entourent. Il arrive aussi que la femme indique par un geste précis qu’elle reçoit et qu’elle n’offre [)as. C’est ce (jue montre bien une peinture où la morte tient un alabastron à parfums (Bcuudorf, pl. XX, i).

C’est à cet ordre de représentations que se rattachent quelques scènes d’un caractère calme et recueilli, auxquelles convient le nom de Toilette finièt>re. J’en ai fait dessiner un exemple qui est, à tous les égards, un chel-d’œin rc, et qui n’exprime aucune idée triste. La morte, assise sim un siège élégant, tient des oiseaux; une femme lui présente un éventail, deux autres apportent des offrandes (4).

6’’ Le Cavalier. Sujet rare, dont je ne connais qu’un seul exemple conservé sur un lécythus du Louvre : un cavalier et un soldat à pied combattent l’un contre l’autre (5).

(1) Peintui'es antiques inédites, pl. YIII et IX.

(2) IMaiiclie XIX, lig. 5.

(3) Ihid., lig. 2.

(i) [Voy. le tonie I, pl. xxiv-xxvi; Étude sw les lécijthes, pp. 63, 1 12.]

(0) [J’ai signalé quatre exemplaires de ce sujet; Maniments publiés par la Soc. des études grecques, 1882-8 i, p. 13, pl. ni.]

DE LA GRÈCE IMIOPRE

7" L'Adieu. Je n’ai pas mi celte ecpeéscntatlon ; mais M. Bcnndoef (i) en signale un exemple, (pi’il n’a pu l'eprotluire pae le dessin; AI. Ste[)hani, dans le Catalogue du Aluséc de l’Ermitage, décrit, sous le n'' iG44i ii'î lécythus ((ui parait représenter l’adieu si fréquent sur les stèles funèbres (2). Cette scène convenait à la décoration des lécythus; on en trouvera cei'tainement tl’autres exemples.

8" Divnuté-s. Le plus bel exemple que je connaisse représente Déméter et Triptolèmc debout; il est inédit (3).

9” EpitapJiia. Scènes commémoratives des cérémonies publiques funèbres. Nous n’avons qu’un exem|)le de cette représentation. Un éphèbe, nu et la tète ceinte d’une bandelette, couronne une stèle ; un de ses camarades paraît lui parler, il est envelopj)é du large manteau fréquemment reproduit dans les scènes agonistiques. Ces deux jeunes gens paraissent as oii* pris part à une lutte gymnastitpie ; AI. Benndorf conjecture que c’est aux epitaphia (4).

Nous n’avons pas réservé une classe particulière poui* les sujets héroïques. Il est vrai cpie Baoid-Kochette, en [oubliant le célèbre lécvthus de la collection du comte Bourtalès-Gorgler, a cru y reconnaître Creste, Pylade et Chrysothémis (5). Le personnage assis au milieu du tableau est certainement une femme; on ne peut donc lui donner le nom d’Orestc ; quant aux autres ligures, aucun attribut n’indique qu’elles soient celles tle Pylade et de Chrysothémis. Ce tableau, comme beaucoup de ceux qui sont conservés sur les vases blancs, représente une scène privée : une jeune tille (d un jeune homnu' \i(uinent à un tom-

(1) P. 31, note 15"2; M. Renndorf toutefois fait quelques réserves.

(2) Pour ce sujet et i)our tous ceux ((iii sont représentés sur les stèles funèbres de l’Atti- (}ue, le travail le plus complet est celui de M. Peter Pervanoglou ; Die Grahsleine fier allen (îrieclien naeh rien in Ailirn erhnhencn Resten derselhen, Leipzig, 1863. [Cf. l'élude de M. F. Ravaisson sur le vase de Myrrhiue, Gaz. arcli., 187,3, j)!. 7, pp. 21 el suiv.]

3 [Voy. le loine 1, pL xxxvii; Élude sur les léojthes, i). 5, noie l.j

(i) PL XXIV, fig. 1. Cf. Sauppe, Gotting. Nacltr., 1861, n® 10 : Die Gpitaplna in der spàlern Zeit Alhens. M. Benndorf ne connaît que cet exemple d’hommes nus sur lécythus blanc i ligure polychrome; cet exemple n’est pas unique, comme j’ai pu le constater sur plusieurs vases inédits. [Voy. Klude sur les lfk\i/lhes, pp. 60, 61. J

(o) .Aujourd’hui au musée de Berlin; Benndorf, pi. XXVI; [Furlwaengler, Antiquarium , n“ 2151; cf. Etude sur les léri/lhes, p. 1 12.

PEINTURES CÉRAMIQUES

beau, et probablement la femme assise est la morte elle-même (i).

Je ne pense pas non |)liis cpi'il faille reconnaître des personnages mythologiques, des nymphes fileuses, par exemple, dans les lemmes qui se \’oient souvent sur les léeylhus; ce sont sinq^lcment des Athéniennes, des jnircntes du mort, qui rendent hommage à celui qui n’est jdus. Ces essais d’interprétation étaient naturels quand les antiquaires n’étudiaient que quelques rares lécythus; elles doivent, je crois, être abandonnées depuis que nous connaissons les riches collections d’Athènes (2).

Du catalogue qui précède, il résulte que la décoration du lécythus est essentiellement funéraire. Toutes les scènes que nous avons rappelées se rapportent au cidtc des morts, f^c tableau (|ul représente Déméter, divinité qui assurait à l’initié le bonheur de la vie future, ne contredit pas à cette règle. Le nombre de ces vases est aujourd’hui assez considérable pour qu’on puisse alTu-mer que les sujets tout à fait différents de ceux que nous avons pu étudier ici ne se rencontreront, dans cette classe de ])eiutures, que |)ar exception. Il laut toutefois remai'quer (pic la symbolique des tombeaux comporte toute une série de variantes que nous n’avons pas encore constatées sur les vases blancs d’Athènes. Ainsi l’on trouvera, selon toute vraisemblance, des vases représentant le sphinx,

(1) Cf. Benndorf, p. 43, examen de l'opinion de Raoul-Rochette.

Ci) Dans chacun de ces ^Toupes, de nombreux détails accessoires permettent d’établir des subdivisions. Sur plusieurs lécythus, on voit l’àme ejui voltige autour du tombeau sous la ligure d’un petit corps nu et ailé, comme on le constate aussi sur des vases athéniens à peinture noire, par exemple sur les amphores de Phalère au Varvakeion. C'est là une des premières formes de la représentation de l’âme; elle a traversé toute l’antiquité et le moyen âge ; elle se conserve encore dans la peinture byzantine [voy. Etude sur les, léajlkes, pp. 7o-79. i Sur d’autres vases les jeunes gens tiennent un oiseau, attribut fréquent sur les stèles de marbre, et dont il est diflicile de préciser le sens, car ici, comme dans bien des cas, renfermer ri<iée que les Grecs attachaient à un détail dans une formule étroite, c’est presque sûrement s’exposer à méconnaître la pensée qui les inspirait. L’oiseau est-il le compagnon, l’ami du jeune homme qui le portait à la promenade, ainsi que le disent les anciens? Figure-t-il sur les monuments au même titre que le chien, ce témoin de la vie domestique? Faut-il y voir un symbole de l’ame, un souvenir des antiques représentations funéraires où l’on remarque comme ici des oiseaux? Sur un vase du plus ancien style nn oiseau, ])eut-être un canard, est placé à terre près du char funèbre; sur un lécythus nous retrouvons le même oiseau à la même place, féoiseau avait sans doute tous ces sens divers, et nous devons compter encore avec le libre caprice de l’artiste, qui bien souvent n’a pas songé à la signilication précise de tous ces détails. Voy. dans la Goll. Gampana, n“ 6350, bas-relief funèbre, oiseau (canard?) et chien près du mort [cf. Elude sur les Iccijthes, pp. iO-"?"?.]

la sirène, le mort sur un rocher ])rès d’une barque. Il est aussi certain que les labricants de ces vases polychromes ont dii peindre des personnages, qui ne sont pas rares sur les petits lécythus communs à dessins de couleur bistre (i), surtout les génies psychopompes (2).

11 est intéressant de comparer les lécythus et les stèles funèbres athéniennes (3). En règle générale, on peut dire que ces deux classes de monuments ont admis les memes scènes. Ainsi, Charon et sa barque se voient sur un marbre du Céramique, la Déposition sur une plaque de marbre conservée au Varvakeio?i, l’Exposition sur une stèle du temple de Thésée (4), le Cavalier combattant sur plusieurs tombeaux; la Toilette se retrouve fréquemment. Cependant il est facile de remarquer que le céramiste et le sculpteur n’avaient pas les mêmes préférences. Le sculpteur athénien, qui faisait des œuvres de grandes j)roportions, destinées à frapper les regards sur les voles publiques, recherchait les images qui ne précisaient pas nettement l’idée de la mort. La Barque de Charon, l’Exposition et la Déposition, furent toujours pour lui des sujets tout exceptionnels; nous ne pouvons en citer que trois exemples. La Toilette et surtout l’Adieu étalent les motifs qu’il traitait le plus souvent. La Toilette, au contraire, est évidemment rare sur les lécythus et l’Adieu l’est bien davantage. Ce qui domine dans cette classe de peintures, c’est l’Offrande, sujet qui n’est à peu près jamais traité par la sculpture sous la forme consacrée pour le lécythus. Les compositions choisies pour ces vases expriment des sujets tristes; elles montrent la mort sans voile; elles sont l’hommage immédiat de la douleur de ceux (pii restent au souvenir de ceu\ ([ul ne sont plus ; elles reproduisent plus nettement que la sculpture les détails des rites et des croyances

(I l Ces vases ont de grands rapports avec les lécythus polychromes; ils portent parfois des scènes funèbres; il est souvent diflicile de savoir s’il faut les rattacher au style de Locres ou aux lécythus du type d’Athènes. Ils représentent aussi des sujets historiques et mythologiques, comme on le voit au Cabinet des Antiques sur un monument où .M. Lenormant a reconnu uu roi de Perse, n“ itt03 \Gaz. arch., 1883, pl. 3i2, n“ 1, p. i28“2j, et au Musée Campana sur un petit lécythus, du reste retouché, qui conserve l’image de deux Amazones (n« 88 G.)

(2) Renndorf, pl. X.Wll, tig. ;2.

(3) Cf. P. Pervanoglou, oiwr. cité.

(i) Cf. Mt'‘tan;/es afcluiolo(ji<jues, fascicule n; //(is-relief du cabinet de M. Krunet de Presle.

T. II

PEINTURES CÉRAMIQUES

funèbres; elles traduisent tout un côté des sentiments antiques que l’archéologie figurée n’a pu étudier tant qu’elle s’est bornée aux seuls basreliefs; elles corrigent ainsi des opinions trop absolues, admises depuis longtemps, et que l’école de Winckelmann et de Gœthe avait exagérées; ell es ont surtout le grand mérite de nous faire voir de près, et dans une vérité plus intime, les émotions qu’éprouvaient les anciens en face de la mort. C’est là certainement un des principaux intérêts qu’offre cette partie de la céramique ancienne, comme j’essayerai de le montrer dans un travail spécial, en considérant successivement tous les détails de ces représentations, l’image de l’àme figurée sous les traits d’une petite jiersonne ailée, la nature des offrandes souvent très particulières, la variété des costumes, la suite des attributs et des accessoires (i).

Le plus grand nombre de ces vases ont été peints avec une extrême rapidité. Il a suffi à l’artiste de quelques coups de pinceau. Les détails sont peu arrêtés, on y chercherait en vain le scrupule qui distingue les œuvres faites lentement et à loisir. Les erreurs, les contre-sens, les fautes évidentes, s’y remarquent souvent. Telle est même, parfois, la nature du ilessin, qu’on serait tenté de le prendre pour une simple esquisse. Si négligées cependant que soient les œuvres de celte classe, on y reconnaît la grande époque et le génie athénien s’y montre partout, d’autant plus digne d’attention qu’il est sans apprêt, qu’il a toute la liberté de l’improvisation la plus facile. La vérité des poses, la proportion des figures, la grâce de l’expression, le mérite de certains morceaux, indiquent, sinon des maîtres, du moins le siècle et le jœuple qui se firent l’idée la plus haute de la beauté.

A ce point de vue, on ne saurait regarder de trop près les détails de ces peintures; on y est frappé de l’exactitude savante à laquelle les artistes étaient arrivés, de la longue et scrupuleuse pratique par laquelle ils avaient du se toianer, puisque ces tableaux, où il n’y a nulle trace d étude, témoignent des qualités que les plus heureux de nos contemporains n atteignent pas sans de pénibles efforts. Ces lécythus nous apprennent en même temj>s combien la simplicité élégante, la recherche

(l) [Le travail n’a jamais été écrit par M. Dumont, mais il avait bien voulu m’en fournir les éléments pour mon fjtude sur les lécythes.]

DE LA GFiÈCE PROPRE.

de l’harmonie, le .sentiment des proportions, s’imposaient à quiconque traçait une figure. Aussi, malgré des imperfections qu’il est trop facile de remarquer, je ne crois pas qu’il y ait dans l’antiquité une autre classe de monuments qui, mieux que ces vases, puisse nous faire comprendre ce qu’était l’atticisme dans l’art, dans quel sens il est vrai de dire cpi’il est resté depuis lors presque toujours inimitable.

Ces remarques s’appliquent aux lécythus ordinaires; mais, à côté de ceux-là, il faut classer toute une suite de poteries qui sont des œuvres de très médiocres apprentis, vases communs entre tous, que les archéologues négligent d’ordinaire. La maladresse de l’ouvrier y exagère les traits du type athénien; le menton devient démesuré, le nez est trop long et trop droit; les attitudes ont même une vulgarité à laquelle les œuvres antiques ne nous ont pas habitués. Ce sont les femmes et les hommes du peuple, toute la société commune et pauvre, que représentaient des artistes également pauvres, également populaires.

Cette imagerie, si dédaignée, en exagérant les traits du type athénien, permet de les mieux étudier; elle a une véritable valeur pour l’ethnographie; elle reproduit de plus ce petit peuple que le grand art et la littérature ont oublié, que nous sommes heureux d’entrevoir sous ces peintures imparfaites. Le lécythus blanc prend ses modèles dans la société pour laquelle il est fabriqué; il est beaucoup plus près de la réalité que les vases à figures noires et que la plupart des vases à figures rouges, surtout que les bas-reliefs. Cette remarque s’applique à tous les vases blancs, qu’ils soient ou non décorés avec soin. On voit que te lécythus nous conserve les images lés plus fidèles qui nous soient parvenues de la vie réelle du iv*^ siècle avant notre ère. La variété des teintes contribue encore à rendre la ressemblance plus parfaite, en nous montrant tes couleurs préférées par les Athéniens de ce temps.

(^)uant aux œuvres tout à fait achevées, qui eommencent à être assez nombreuses dans cette classe de vases, sans revenir sui* ce que nous avons dit au début de cette étude, elles restent les monuments les plus parfaits (jLie nous ayons pour nous figurer ce (prêtaient les tableaux des peintres athéniens. Ce titre seul suffirait poui* assurer au lécythus une place d’hontieur dans l’histoire de l’art.

PEINTURES CERAMIQUES

L’ouvrage de M. Hcvdcmann et celui de iM. Benndorf marquent mieux qu’aucun autre l’état actuel de l’étude des vases de la Grèce j)ropre. Ces livres sont remarquables; on ne peut cependant les lire sans comprendre bientôt que cette partie de la science n’a été que très imparfaitement étudiée; les antiquaires l’ont surtout abordée par le détail, souvent au hasard, au risque de négliger le principal pour l’accessoire. On attend encore un travail d’ensemble qui divise les céramiques en groupes précis, qui indique l’époque et les caractères de chacune d’elles, qui établisse la liste des sujets particuliers à chaque temps et à chaque pays, qui marque la succession des styles, qui définisse les rapports de la Grèce et de l’Italie, l’influence des métropoles sur les colonies, qui recherche quelle action ont eue les grandes écoles de peinture et le développement général de l’art sur la décoration des vasos, enfin, qui découvre les idées religieuses et morales, les sentiments propres à la Grèce, sous ces expressions figurées qui en traduisent les détails les plus délicats. Ce que personne n’a fait jusqu’ici était resté longtemps impossible; les progrès de la science permettent aujourd’hui de l’entreprendre. Nous l’essaverons; nous voudrions donner sur cette grande partie de l’archéologie antique un corps de doctrine, qui, parla nouveauté et la précision, constituât un véritable accroissement de nos connaissances, qui, tout au moins, rendît plus faciles les travaux ultérieurs, assurât la marche régulière et méthodique de ces belles études (i).

(1) Je dois, en terminant, faire quelques additions aux éludes précédentes. — L’origine du vase qui porte le nom de Charès, comme me l’apprend M. de Witte, n’a pu encore être établie avec une complète certitude. — A la liste des céramistes grecs il faut ajouter Iutto;; on lit la signature sur une amphore panathénaïque récemment découverte à

Ilengazi, l’ancienne Bérénice, et acquise par le British Muséum. La date du vase peut être li.\ée. Pallas armée, dans l’attitude du combat, y est représentée tournée à gauche; la plus ancienne représentation de Pallas tournée à droite sur les amphores panathénaïques est de l’archontat d’Eiithykritos, EùOûxpuo; (première année de la cxni® olympiade, 328 av. J. -G.). Il est donc probable que le vase de KCtto? est antérieur cette date. Sur cette peinture les deux colonnes qui encadrent Pallas portent Triptolème dans un char traîné par des dragons. Ce détail très rare se retrouve sur une amphore de l'archontat de Polyzélos, llolû^rp.oî, (quatrième année de la ciiU olympiade, 367 av. J. -G.). Sur le vase de Polyzélos, Pallas est tournée à gauche. G’est donc entre les années 367 et 328 que Kiltos paraît avoir fabriqué la poterie qui porte son nom. Le style des figures indique également cette époque (cf. de Witte, i\ote sur quelques amphores panathénaïques, Paris, 1868). — J'ai cité, d’après M. Heydemann, le nom du potier !laaaT,or,î, lu sur un vase que j’ai en vain cherché durant mon dernier

séjour à Athènes. M. Ravaisson veut bien me faire connaître une bouteille à long col et à anse, d’origine grecque, aujourd'hui au Louvre, sur laquelle se lit le même nom deux fois répété. Cette poterie est d’ancien style corinthien, à fond rouge pâle, à figures rougeâtres et brunes. Sur la panse on voit un mouton, un bélier et d’autres animaux domestiques, conduits par un berger; à l’intérieur du col l’artiste a écrit : FAMEDE^EPOESE, sur la panse TAMEDE^EPOE^E [voy. tome I, p. "287, fig. 52]. On peut hésiter entre Axas^:; et raaïôïi;, mais je ne crois pas qu'on puisse lire tlaasos;. La neuvième lettre de la seconde inscription paraît être un P dont les deux petites barres s’arrondissent de manière à former une courbe irrégulière.

(Extrait de la Gazette des Beaux-Arts, 1873, II, |). 111 et suiv.)

La Gazette des Beaux- A.rts a donne il y a quelques années (i), an moment où fut apportée en France la collection Campana , une suite d’études sur les vases peints due à un des savants (pii font autorité en ces matières. Collaborateur de Panofka et de Charles Lenormant, ami de Gerhard et d’Otto Jahn, assez heureux pour avoir mi pièce par pièce la plupart des musées de l’Europe et nombre de collections inqiortantes qui sont souvent passées par ses mains pour qu’il en fît le catalogue,

ÏM. le baron de Witte est arrivé depuis longtenqis à cette sûreté de connaissances qui fait qu’on ne saurait être en désaccord avec lui sans éprouver de vifs scrupules. L’exjiosé qu’il a donné dans ce l’ceueil même de la science des vases maripiait donc aussi exactement qu’il était possible de le faire l’état de ces éludes à la date où il écrivait.

Les vases qu’on trouve en Italie sont bien connus; ceux (pil ont été conservés par les nécropoles de la Grèce le sont à peine. Les céramiques

des colonies ont fait l’objet de nombreux travaux; celles des métropoles, si l’on excepte les ouvrages de Stackelberg , 'de AI. Gonze et

‘Il 186“2-l8iio, articles réunis en un volume sous ce litre ; h'ludes sur les vases peints, l’ai'is, LSlio.

VASES PEINTS DE LA r.UÈCE PROPRE.

quelques mémoires, n’ont été que rarement étudiées. Pour comprendre combien *elles sont peu représentées dans nos collections, il suffira de dire que tel musée célèbre de l’Europe ne possède pas dix vases qui aient été découverts en Grèce. 11 est cependant certain que négliger les céramiques de la Grèce c’est s’exposeï* à bien mal comprendre celles de l’Italie; les premières ont servi de modèles aux autres; entre ces deux grandes classes d’œuvres d’art les rajiports sont étroits : c’est vers la Grèce d’abord, vers l’tdrient ensuite qu’il faut remonter pour éclairer une foule de problèmes, et j)arml ces |>roblèmes beaucoup sont de premier ordre.

Cette nécessité commence à être bien comprise. Les céramiques de la Grèce propre viennent de faire l’objet de deux ouvrages dus à des savants qui ont encore l’àge des voyages, M. lleydemann et M. Benndorf. Je me suis proposé aussi depuis longtemps de répondre, autant qu’il me serait possible, au vœu que forment tous les archéologues de voir enfin un livre spécial consacré aux vases grecs. J’ai été aidé dans cette tache par un artiste qui sait respecter la beauté aniiquc et la reproduire sans l’altérer, iM. Ghaplain, ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome. Quelle que doive être la valeur de la collection de dessins inédits que nous avons formée d’après les vases attiques, béotiens et corinthiens, le mouvement qui porte l’attention des savants vers les céramiques grecques est évident; on ])eut déjà en reconnaître les effets. Plusieurs des résultats que ces études encore nouvelles ont produits n’intéressent pas seulement les archéologues de profession, ils méritent d’ètre connus de tous les amateurs éclairés.

La Gazelte a pensé qu’ils devaient être résumés sommairement pour ses lecteurs, qui pourraient ensuite recourir aux ouvrages destinés surtout aux érudits.

Lnc des questions les plus importantes que compoidc l’étude des vases peints est celle de savoir dans quelle mesure les céramistes d’Italie ont imité les œu\ résidé la Grèce propre; dans quelle mesure aussi ce |)ays a importé en Italie et en hitruric ses propres |)roduils. Sur ce sujet.

SI

le.s opinions les pins contraclicLoires ont été émises et ont trouvé de savants défenseurs. Otto Jalin, dans le Catalogue de la Collection du roi Louis, n’hésite pas à dire cpie tons les vases c{u’on trouve en Italie proviennent de la Grèce et même de l’Attiqne. Il excepte seulement qnelques fabrications relativement récentes de la Poiiille et de la Calabre. Une assertion aussi étrange étonne d’un des hommes qui ont le mieux connu l’antiquité.

Le problème est difficile. Il est évident que les types des vases italogrecs et ceux des vases grecs (i) sont souvent identiques; que les sujets représentés sont les mêmes, que les procédés d’exécution n’offrent que peu de différences. On remarquera que ces observations s’appliquent aussi aux médailles qui cependant n’étaient pas frappées dans un atelier unique, mais sans doute aucun dans un grand nombre de villes. L’uniformité des sujets peut s’expliquer par l’identité de croyances communes aux villes grecques. Un procédé une fois découvert dut se répandre rapidement; les artistes, du reste, passaient sans cesse des métropoles dans les colonies; les relations étaient continuelles entre tous les États helléniques. On n’a qu’à voir aujourd’hui, dans le Levant, avec quelle facilité les calques, en apparence si imparfaits, entreprennent des voyages de longs cours. Le bateau grec fut de bonne heure suffisant pour les traversées qui nous paraîtraient imprudentes. L’archéologie démontre chaque jour da\antage combien les échanges furent Irécpients entre les cités helléniques de l’Italie, du Pont-Euxln, de la eêite asiatique et de toute la mer intérieure. Si la similitude des procédés et l’identité des sujets ne peuvent être un argument, on pensera que l’analyse des terres doit donner des renseignements pi-écis. Cette analyse est délicate; les résultats auxquels on arrive, lors même qu’on s’applicpie avec soin, ne sauraient toujours nous satisfaire. Dans un même pays, la diftérence des terres est souvent sensible; le degré de cuisson, les moindres changements dans le détail de la labrication j.'euvcnt induire en erreur. Il est probable qu’avec le temps cette étude chimi([uc (lermetlra d’arriver à des conclusions précises; mais cct examen, malgré les efforts de àl. le duc de Luynes, n’a encore été tenté (jne d une laçon

(1) Par vases italo-grecs j’entends les vases découverts en Italie, y«e suU le pai/s où ils aient été fabriqués; par vases <jrecs, les vases trouves dans la Grèce propre.

VASES PEINTS UE LA GREGE PROPRE

très imparfaite. Dans ces conditions, il ne reste h l’archéologie qn’nn parti à prendre : recneillir en Grèce et en Italie les signatures d’artistes, constater celles qui sont coinninnes aux deux pays.

Jusqu’à ces dernières années, nous possédions une riche série de signatures lues sur des vases qui avaient été découverts en Italie; nous n’avions que quelques noms conservés par des poteries d’origine grecque. Plusieurs archéologues émirent l’opinion que les fabricants d’Italie multipliaient les signatures pour tromper les acheteurs et donner à leurs produits ta valeur qu’on attachait aux ouvrages de provenance hellénique. La vérité était plus simple. Nous connaissions très peu de vases trouvés en Grèce, et par suite très peu de signatures lues sur ces vases. Ouand l’attention des savants s’est appliquée à décrire les poteries que renferment en Grèce les collections privées et publiques, on a été surpris de voir avec quelle rapidité se multipliaient les signatures d’artistes.

Si l’on consnlte les catalogues de noms d’artistes publiés en i848 par M. de Witte, en 1859 par M. Brunn, on n’y trouve que six noms lus sur des vases de provenance grecque. Aujourd’hui, grâce surtout aux tra- ^aux de MÎM. Ilcydemann et Benndorf, ce nombre est porté à seize. J’en donnerai la liste, qui n’a pas, que je sache, été encore publiée d’une manière complète :

VASES A FIGUHES NOIRES.

1“ Gharès, — 2" Chiron; — 3'" Ergotimos; — 4“ Exékias; — 5“ Néarchos; — 6" Skythès; — 7° Timonidas; — 8° Tléson, fds de Néarchos; — 9" Pasias; — 10“ Chélis; — 11“ Nicosthènes; — 12" Pamédès (i).

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