VASES A FIGURES ROUGES
i3" Ilégias; — i4'’ liilinos; — i5“ Psiax ; — iG“ Xénophantos (2).
Le nom de Chiron est incertain, la conservation du vase qui le porte
(I) (.e dernier nom d’après la lecture do M. Heydemann. [Voyez la liste plus complète de signatures publiée i)lus haut, pp. 13-15. Sur la correction à faire au nom de Gamédès, cf. p. G2, note 5, et p. 77.]
(2i A cette liste il tant peut-èti‘e ajouter Kittos; cf. de Witte, Noies sur quelques amphores panai hena/ques, 1868, }). 7. [Pour la liste plus complète, cf. ci-dessus, p. 14-.]
n’étant pas siitlisante. IjC nom de Pamédès figure sur un \ase dont rimportance nous est inconnue. Je crois, avec ÎM. Stcpliani, cpii a publié l’arvballc de Xénophantos, (pie ce céramiste a du passer une partie de sa vie dans le Pont-Euxin, où il avait un atelier; enfin l’inscription de Pasias, malgré les efforts de Af. Benndorf, peut encore laisser place à quelque doute. Si nous négligeons ces quatre noms d’artistes, pour n’admettre dans notre raisonnement que des données certaines, il nous reste douze noms. Six d’entre eux se lisent sur des vases découverts en Italie :
1® Ergotimos; — 2" Exékias; — 3° Néarchos; — 4" TIéson; — 5'' Chélis; — (3" Nicosthènes.
Si l’on compare les produits qui sont signés des mêmes noms et qui ont été trouvés à la fois en Grèce et en Italie, on [lourra affirmer avec certitude que ces poteries proviennent des mêmes ateliers. J’ai fait cette comparaison en détail dans un mémoire auquel on me permettra de renvoyer (1 ).
Ce chiffre de seize signatures pourra paraître d’abord peu élevé; il est facile de comprendre qu’il n’a rien de surprenant. iM. Birch, dont les calculs me paraissent préférables à ceux de Charles Lenormant, parce C[u’ils jirennent pour base les inventaires des grandes collections [)ubliques et privées, estime ({uc le nombre des vases peints aujourd’hui connus est d'environ 20,000. Le musée qui possède la plus riche suite de vases grecs, celui d’Athènes, ne donnait, au mois de juin 1872, que 1,828 numéros; encore dans ce total comprenait-on une longue série de poteries sans figures et de j)cu d’importance. En admettant le chiffre de 4,000 |)oui* tous les vases c[ui proviennent certainement de la Grèce, on serait au -dessus de la vérité. 11 me suffira de remaiapier que le Louvre n’en possède pas plus d’une vingtaine. Il y aurait donc, au minimum, cinq fois plus de vases italo-grecs que de vases grecs. Les vases italogrecs ont donné soixante-cpiinzc signatures différentes, les vases grecs en ont donné seize, c’est-à-dire ({uc, toute proportion (jardée, tes siff/udures sont plus fréquentes en (Wèce (pi en Italie (2).
(1) « Les Vases peints de la Grèce propre » dans Xc Journal des Savants, 187“2-1873. On trouvera dans ce mémoire les renvois (ju’il était inutile de multiplier ici. [G’est l’arlicl e reproduit plus haut, pp. 8 etsuiv.J
(“2) [Voy. ci-dessus, p 20 et la note i.]
xAIaiiitcnant si le joue où l’on commence à rechercher avec soin les signatures en Grèce on arrive pour jiremicr résultat à démontrer c|ue sur douze signatures cei’taines six sont communes a la Grèce et à l’Italie, il faut reconnaître que le commerce des vases était continu. Quant au centre de fabrication, il n’est guère possible de le placer dans les colonies plutôt que dans les métropoles, surtout quand il est certain que les origines de la céramique sont en Orient d’abord, en Grèce ensuite, et l’importance de l’exportation grecque devient aussitôt évidente. De nouvelles recherches ne feront que la mettre davantage en lumière.
Nous avons voulu nous en tenir aux données dont la certitude ne laisse place à aucune discussion. Il nous eut été facile d’ajouter à la liste qu’on vient de lire des noms qui selon nous doivent y trouver place : ainsi celui d’Euchéros; ce potier était lils d’Ergotimos ; Ergotimos travaillait en Grèce. Supposer que le lils reprit l’atelier de son père est à peine une hypothèse. Les produits d’Epiktétos, qui sont familiers à tous les archéologues et qu’on peut l'econnaître lors même qu’ils ne sont pas signés, se sont trouvés en Crimée, en Etrurie, dans le royaume de Naples. Plutôt que d’imaginer des relations de commerce entre Vulci et Pantieapé, il est naturel de supposer que la fabrique d’Epiktétos était en Grèce, qu’elle exportait ses produits dans le Pont, dans l’Adriatique et dans la mer Tyi’rhénienne. On peut affirmer (pfon trouvera tôt ou tard en Grèce la signature de ce céramiste.
Les œuvres grecques ou italo-grccques signées des mêmes noms sont surtout des poteries à figures noires et de style ancien. Ce fut en effet aux origines que les exportations furent le plus fréquentes. J’admettrais volontiers (pi’à l’époque de la peinture rouge elles diminuèrent beaucoup; les labriques de la Pouillc, de la Calabre et de toute la Grande- Grèce ont eu alors une importance que reconnaît (Jtto Jahn lui-même. De bonne heure aussi, sans doute, à côté des vases d’importation on trouva dans le commerce les œuvres des céramistes italiotcs; mais ce qui est incontestable, c’est (pi’au nô et au v*^ siècle les Grecs transportèrent dans leurs colonies italiotcs une grande quantité de poteries (jul servii-ent de modèles aux artistes de ce pays. Ce fait, ([uc MM. de Witte et (.Jiarlcs Lenormant soupçonnaient, il y a déjà longtemps, comme ou
le voit clans rintrocluclioii à V Elite des ummments cératnographiqKes , est aiijourd’hui démontré par des preuves positives. C’est là une des nouveautés les plus importantes cpii aient été accpiises dans ces dernières années à la science des vases peints.
On répète souvent cjue tes vases italo-grecs sont en général des œuvres d’art plus parfaites cjue les vases grecs. Il est cependant peu probable c|ue les colonies aient fabricpié des chefs-d’cjeuvre et cjue les métropoles se soient contentées de peintures médiocres. La rareté des vases grecs a seul permis à ce paradoxe de trouver qiielcjue créance. Le nombre des vases remarcjuables est plus grand en Italie cpi’cn Grèce, pour la raison même cjui fait eju’on a trouvé juscju’ici en Italie plus de signatures de céramistes cpi’en Atticjue ou à Corinthe. Toutes les fois cpi’on veut comparer les produits des deux pays on oublie combien peu d’exemplaires représentent les céramicjues greccjues clans nos collections.
Les vases de style corinthien ou oriental cpi’on trouve en Grèce sont de tous points semblables à ceux cju’ont donnés les nécropoles de ^Tllci ou de Cæré. Les belles peintures à figures noires ne se trouvent cpie par exception en Grèce; mais on en rencontre des spécimens cjui ne le cèdent en rien à ceux des plus riches musées de l’Europe. La Société archéologicpie d’Athènes possède une amphore, découverte au cap Kollas; elle a été j)ubliéc par M. Conze (i); on y voit une exposition funèbre. L’Italie n’a rien de plus beau pour la gravité simple et l’élégance sévère. Nous y reconnaissons encore l’ancien style, mais l’artiste a déjà toute la force, toute l’habileté d’une épocpie cpii arrive à la perfection. La scène est composée avec une entente cjui ajoute encore à l’expression de tristesse religieuse empreinte sur les figures. Ce monument marque le plus haut point où l’art de la peinture noire sur fond rouge sc soit élevée. Ainsi c’est en Grèce qn’il faut chercher le chef-d’œuvre de la peinture noire.
(1) Annales de l’insllln/ ai'chéologique, ISIM, pp. 183 et suiv.; Moniunents, tome VIII, pl. i-5.
8G VASES Pl-:iNTS DE LA GRÈCE PIIOFRE.
Quant aux: peintures qui sont belles sans atteindre à ee haut mérite, M. Benndorf vient d’en publier de remarquables s|^ccimens. Je citerai en j)articulier deux fragments représentant des guerriers nus, et surtout un quadrige près duquel est insci*it le nom d’Achille (i).
Bien que l’amphore du cap Kolias reste jusqu’ici un monument auquel on ne saurait rien comparer en Italie, on peut dire (jue les vases à figures noires présentent en Italie et en Gi‘èce les memes caraetèi'es. Pour les |)oteries les plus récentes, qui datent surtout du iv® et du iiP siècle, la Grèce offre des styles particuliers, et ici il est facile de voir que les céramiques des deux pays deviennent de plus en plus indépendantes les unes des autres. Ce qui distingue pour cette époque les belles œuvres athéniennes, c’est une délicatesse, une grâce, que les artistes italiotes n’atteignenl pas. Les sujets sont d’ordinaire ceux qu’on retrouve à Nola, en fJrurie et dans la Pouille; souvent aussi pour un observateur peu attentif les différences d’exécution sont peu sensibles. Qu’on y regarde de près; le vase grec, le vase athénien surtout, suppose une légèreté de main, une distinction et une finesse de goût, parfois même un esprit qui sont des qualités parfaites. Ce sont là vraiment des œuvres attiqiws, dignes de cette ville où l’on sentait, selon le mot d’un ancien, « un souffle toujours vivant déjeuné beauté ».
La gravure ci-jointe (p. 87) représente un de ces vases de style attique, une œ)K)choé; le fond est noir, les figures sont rouges. La scène se passe dans l’intérieur du gynécée. Des vêtements sont rangés sur une j)lanchette munie de pieds et suspendue au plafond par trois attaches; une femme tient une sorte d’aiguière et se baisse pour verser de l’eau. Une autre lemme debout semble parler à la première. A droite est un siège sur lequel on remarque une tunique brodée et une longue tunique trans])arente. Ces vêtements sont tout à fait semblables à ceux que porte le personnage de gauche. Un jeune éphèbe complète la représentation. On remaiajuera la richesse des costumes qui n’empêche pas la scène d être ti-ès simple, le soin avec lequel les détails sont traités sans nuire a 1 ellet de 1 ensemble, qualités qui sont la mar([ue du goût le plus |)ur. (Quelques ornements sont Indiqués par des reliefs et avaient sans
(1) Grieclnschc und Sicilàche Vnsenhilder, P* livraison, pl. xi, I, 'i, pl. xiii.
doute reçu de petites feuilles d’or. Si brillante que fût l’imagination de l’artiste, il s’est borné à trois personnages; les deux ligures principales
T. II
se l’ont l'ace l’iine à l’autre, et pour que la syinétrie soit parlaite, un éphèbe et un motif accessoire se correspondent à droite et à gauche; la scène est exactement divisée en deux parties (i).
Nous donnons, à côté de ce tableau, un fragment emprunté à une scène dionysiaque (p. Sq). Le vase est un aryballe déeouvert en 1872 à Æxoné. Le sujet représenté sur ce monument a été reproduit souvent, mais ici le chœur de Dionysos est plus complet; près de chacune des Bacchantes l’artiste a écrit un nom; enlin et surtout la variété, l’élégance, l’expression des poses, la grâce spirituelle et charmante de toute la composition, font de cette peinture une œuvre exquise. La scène compte treize personnages. Au milieu du tableau, une des femmes du chœur de Dionysos, Phanopé, <havox£, danse en levant les mains; elle est le centre vers lequel regardent à peu près toutes les figures. A gauche, Periclyméné, assise, joue du tympanon ; Makarla,
Max-ap^a, est couclîée sur le gazon; Anthé, '.AvOs, se tient sur un tertre élevé; Silénos, 2'.>.svo;, \ient de se réveiller et se soulève sur les mains; Kisso et Ghrysis, Kictgo, Xpuai;, l’une tenant un thyrse, l’autre deux torches, paraissent ne pas faii'e attention à la danse de Phanopé et s’entretiennent entre elles. A droite, Nymphé, Nup-çs, soutient Naia, Naia, dont les forces sont é[)uisées par cette fête; Dionysos, Aiovu^o:, jeune, assis sur une petite élévation, la poitrine nue, le reste du corps enveloppé dans une vaste draperie, [^réside le chœur des Baechanles. Près de lui est Komos, Kwp.o; ; Clioro, XopoS, repose à terre, les mains [placées derrière la tète ; Kalé, lva>.£, debout, s’appuie sur un tertre et paraît réfléchir. L’artiste a voulu diviser le tableau en deux parties exactement symétriques; l’unité de la scène est évidente, mais la variété y frappe aussi dans les moindres détails; il n’v a pas dans cette composition deux attitudes qui se ressemblent; les sentiments qu’expriment les poses sont aussi tous différents; la dignité du jeune Dionysos, la gravité naïve de Komos, la nonchalance de Choro, la réflexion de Kalé, l’ivresse de Naia, la bonté de Nymphé qui vient au secours de son amie, la curiosité comique de Silénos, le calme et la dignité d’Anthé, le bonheur tranquille
(I) [Le même vase est reproduit dans la pl. viii du tome I ; voy. la notice, p. 364, et ci-dessus, tome II, J). 5!».]
VASES PEINTS DE LA r.RÈCE PROPRE.
(le Miikarifi, l’enllioiisiasnic de Phanopé, les préoccupations religieuses (le Clirysis et de Kisso, ({ui scinhlent représenter ici le caractère sacré des mystères de Dionysos : l’artiste a su rendre toutes ces nuances dans une composition où aucun détail n’est indilTércnt. Les personnages sont couronnés de lierre; on remarque de petits reliefs qui avaient reçu au-
ff I < ^ ^
Fk;. ;t. — Fragment d’une suène diona'siaque.
(Aryl)allo de .style atti(iue découvert ii .Fxoué; collection particulière à Athènes.)
t refois des feuilles d’or. Je ne connais pas de représentation du chœur de Dionysos tpii soit d’un ])lus pur atticisme.
lœ musée de Mtiplcs possède, dans Iti Uaccoha Cimiana, un aryballe (pii ne ressemble à aucun autre des vases de cette riche collection. 11 représente le combat des Athéniens et des Amazones (i). biorelli,
(1) lleydeiiiann, iJie Vasensnminbmçfpn des Mhspm nnzionale zn Aeapel, Collecliun de (nimos, n® 2H9. [Voy. notre loine I, ji. dTi, note i.]
qui l’a décoiiveii lui-même dans les fouilles exéeutées pour le prince de Syracuse, ne pouvant le comparer à aucune autre poterie trouvée en Italie, avait émis l’opinion que ce vase était athénien. Cette conjecture est très juste. Le vase des Amazones est évidemment pour moi de la même fabrique que celui du chœur bachique. Le noir du fond, les détails
du dessin, la nature des reliefs, l’indication du sol par des petites lignes sur lesquelles s’élèvent des fleurs, tous les détails enfin de l’exécution ne me laissent aucun doute sur ce point. L’œnochoé que nous avons décrite plus haut ne sort peut-être pas des mêmes mains, mais elle est du même pays.
La gravure ci-jointe ([). qo) reproduit un tableau peint sur une
œnoclioé inédite de la collection Finlay, à Athènes (i). Ce vase ressemble beancoup, pour l’exécntion, à celui qui représente une scène d’intérieur, bien qu’il soit d’nn travail moins fini, moins élégant. La Minerve est d’un très beau style; on remarquera la disposition du casque, la nouveauté de l’ex-voto dédié par Tisias, 'l\>7lv.ç àvsOvi/.Ev. Cette représentation était jusqu’ici sans exemple; il tant l’expliquer, je crois, parle cidte d’Athéna Héphaistia, dont les monuments commencent à devenir assez fréquents et qui donnait lieu à des jeux publics (2). L’inscription SÜfpA [vv;;]? suivie de l’épithète ordinaire KAAO^C, indiquerait simjjlement dans ce cas, selon l’usage, le nom du possesseui’.
On sait que le premier soin de l’archéologue qui s’occupe des vases peints doit être de préciser les caractères des différentes céramiques pour les classer par pays et par époque, de telle sorte qu’en présence d’un monument nouveau, avant même d’en expliquer les scènes figurées, on puisse dire à quel atelier il se rapporte, dans quel temps florissait la fabrique à laquelle nous le devons.
Pour la période la plus ancienne, nous connaissions depuis quelques années les grands vases des Cyclades, de couleur terreuse, ornés de zones, de méandres, de rosaces et de chevrons. M. de Witte en avait donné dans la Gazette un remarquable exemplaire rapporté de Santorin par M. F. Lenormant (3) ; nous l’avons reproduit ici ([). 92). Nous avions pn aussi étudier d’autres poteries également primitives, mais sur les- (juelles paraît déjà la figure humaine. Elles provenaient surtout de l’île de iMilo. Les monuments de cette classe les plus importants, conservés an ministère des cultes à Athènes, ont été dessinés j)ai‘ àl. Conze, cpii
(Ij M. Benndorf, p. 19, luit nienlioii de ce vase, ([ii'il ii'a pas encore i)nl)lié. Voyez aussi Journal des Savants, 187:2, p. 807. [Voy. ci-dessus, p. -io.]
(2: Sur ce culte, voy. Pervanoglou, Arch. Zeil., 1870, p. 11, et la plaque publiée par Brüusted, Vüijage dans la Grâce, 11, 11° xui.
(3) Août 1800, p. 110.
nous
pç, VASES PEINTS DE LA GRÈCE PROPRE.
en a l'ail robjcl d’iine magnifique publication (i). Ces découvertes repoiTaient jusqu’au x‘= et au siècle avant notre ère. La science remonte aujourd’hui plus haut. M. Gorceix, membre de l’école d’Athènes, reprenant les fouilles commencées par M. Fouqué, a mis au jour une foule de vases qui sont certainement les plus anciens que la Grèce nous ait conservés. Ihs ont etc recueillis a Santorin, 1 ancienne dheia, dans des
Fii;. ij. — Vase d’ancien style, trouvé a Santorin.
constructions antérieures an cataclysme qui a fait disparaître sous la mer la moitié de l’îlc, événement dont l’hisloire ne fait nulle mention.
Nous possédons désormais les types premiers de la céramique dans les pays grecs. Ges vases sont du travail le plus simple, souvent lourds et grossiers, ornés de dessins cpii indiquent une civilisation à peine naissante. Cependant, si peu habile que soit le |iotier, il témoigne, dans ces
(1) Melhche Thongefæ^so, ISOtî, in-folio avec cinq planches; Bulletin de l’Institut archéologique, 18(11 , p. il.
VASES PEINTS DE LA GRËCE PIIOPHE.
dccoralions inalatlroiles et dans l’effort cju’il fait donner souvent anv vases la forme même dn eorps humain, d’une eertaine reeherehe du Ijeau. I^es ol)jets déeoiiverts à Santorin forment à l’éeole d’Athènes nn riehe musée ({ue ÎM. lîurnoLif va faire graver en même temps fjne M. Goreeix publiera le réeit tle son exploration (i). Ces deux ouvrages sont attendus avec intérêt. Ils montreront combien il est nécessaire de reprendre les l'ouilles abandonnées. La ponz/.olane recouvre à Santorin une ville entière, une véritable Pompéi, ensevelie à une époque où la Grèce n’avait pas d’histoire. Au moment où l’étude des plus anciens vestiges de l’industrie humaine occupe en Occident un si grand nombre d’antiquaires, l’attention des savants ne saurait trop se tourner vers les pays classiques. En Suisse, en Gaule, surtout en Scandinavie, les objets qu’on appelle préhistoriques peuvent remonter à une date relativement récente. La Grèce, an conti*aire, don/.c siècles avant .notre erc, était déjà sortie des obscurités de l’enfance et subissait l’inllucnce des grands empires ([ui l’entouraient, en particulier de l’EgyjJte, qui étendit de bonne heure sa domination sur les Cyelades. 11 est diflicile d’admettre (pie les premières inventions ne passèrent pas, comme cela arrive toujours, des peuples civilisés aux [leuples barbares; il est plus diflicile encore de comprendre (jue les éludes relatives à cette épo([ue où l’humanité n’avait ni tradition ni histoire, et surtout à la période des métaux, puissent arriver à des résultats sérieux tant cpi’elles ne prendront pas pour base les faits constatés dans les |)ays classic[ues et en Orient.
Des vases aussi anciens cpie ceux de Milo, mais de shjJe attiqua, sont depuis longtemps nomljreux dans les collections d’Athènes. Ce sont des poterie.^ communes, de formes diverses, à fond jaunâtre, décorées de ligures et d’animaux du dessin le [dus imparfait et de couleur bistre. Ils représentent surtout des [)rocessions et des cérémonies funèbres, àl. de Witte vient d’cx[)lic[uer devant la Société des Anticpiaires de b’ rance (2) le plus rcmarr[uable de ceux (jue j’avais lait dessiner. En même tem|)s M. Hirsehfeld consacrait dans les (/e Home à ees monuments le premier mémoire dont ils aient fait l’objet (3). Ni l’Italie, ni
(1) [Cette publication n’a pas été faite. Yoy. le tome I, pp. 19 et suiv., pl. i-ii.] {'2) Juin 1873.
(3) [Voy. le tome 1, pp. 93 et suiv., 39().i
(t.t VASKS PEINTS ÜE LA GRÈCE PROPRE.
l’Élrurie n’olTrent rien tic semblable. Ces vases nous montrent les premières tentatives laites en Grèce pour reprotluire la figure humaine; ils nous j)crmettent de constater à ces époques reculées (viii® ou ix' siècle) l’inlluence de l’art oriental sur l’art helléniijue; ils prouvent que les cultes funèbres et les idées religieuses, que nous retrouvons chez les Grecs aux origines de toutes choses, eurent aussi la plus grande influence sur les progrès de la céramique.
Aux vases de Santorin et à ceux d’Athènes, pour cette période reculée, il faut ajouter la poterie de style primitif de Phalère, conservée, en général, à la partie inférieure de nécropoles qui ont trois étages et qui, par suite, appartiennent à trois époques distinctes. Cette fabrication est représentée au British Muséum et au musée de la Société archéologique d’Athènes par de curieux exemplaires (i). Elle diffère du type athénien qu’a étudié iM. Ilirsclifeld par des proportions moins grandes, par la couleur qui est plus jaune, par les sujets qui offrent un petit nombre de personnages. Le dessin est grossier; il reproduit en général des animaux, quelquefois et par exception la figure humaine. G’est là évidemment une céramique secondaire; mais elle est bien définie et cette raison suffit pour que nous devions l’étudier avec soin.
1^’époque de la peinture noire sur fond rouge, pour les céramiques de la Grèce propre, n’a pas été éclairée dans les dernières années par d’aussi nombreuses découvertes que la période primitive. M. Conze, en publiant les amphores du cap Kolias, dont nous avons parlé, a fait connaître non une fabrication nouvelle, mais un style d’une perfection qui était jusqu’ici sans exemple, et (|ui maixjuc le plus haut point où soit parvenue la peinture noire en Attique. Le dessin s’est dégagé en grande jjartle des traditions anciennes, il a perdu la rigueur exagérée des vieilles écoles : il arrive à des nuances d’expressions qu’on ne cherche d’ordinaire que sur les vases à figures rouges. Il garde une beauté religieuse, une dignité qui indiquent la plus grande époque de l’instolre de l’art.
AI. Benndorf, en étudiant les plaques de terre cuite (2), décorées d’après le système adopté pour les vases, a fait connaître une classe des monu-
(1) [Voy. le tonie I, pp. 101 et siiiv., 806.] [i) [Voy. ci-dossiis, pp.
VASES PEINTS DK LA GREGE PROPRE
ments votifs qui n’est encore, croyons-nous, représentée en linrope qu’au seul musée de Copenhague. Le chevalier de Brondsted avait déci-it un fragment de plaque de ce genre, mais à ligures rouges. Ce monument était resté unique jusqu’en 1868, épo([ue où iM. de ^Vittc expli.(jua le célèbre tableau de la collection de Photiadès-Bey. M. Benndorf rechércha alors si on n’en trouvait pas d’autres exemplaires en Grèce. 11 découvrit treize plaques semblables; plusieurs d’entre elles sont dn pins beau travail; il est aujourd’hui certain que ces objets sont assez nombreux et assez importants [)Our mériter de former une subdivision à part dans l’ensemble des produits céramiques.
La classe de vases à figures noires la plus importante que l’examen des musées de la Grèce ait permis de définir depuis quatre ou cinq ans est celle des poteries béotiennes. Les formes rappellent les fabrications d’Athènes et de Corinthe, mais sont plus lourdes; la couleur du fond est jaune cru; les traits à la pointe n’indiquent pas une étude savante; en général peu nombreux, ils accusent mal l’anatomie des personnages; ils ne corrigent pas la peinture, cpii est naturellement négligée. Les vases béotiens à figures rouges f 1), beaucoup moins imparfaits, n’ont pas des caractères moins originaux; il est impossible de les confondre avec les œuvres attic[ucs. Les couleurs du fond et des figures sont rarement pures; le dessin indique beaucoup plus de liberté et de caprice; les artistes n’ont pas le sentiment profond de l’harmonie, de la proportion, de la simplicité; par contre, les expressions présentent une riche variété; les vêtements sont ornés à profusion, le peintre re[)rodnit les excès d’enthousiasme, les emportements du chœur bachique avec une vérité souvent heureuse, il se fait de la beauté une idée moins sévère que ses contemporains d’Athènes, il n’évite pas certains détails d’nne réalité un peu commune; il nous permet de comprendre ce que devait être toute une partie de cet art béotien, entrevu justpi’ici à tiaivers les textes si laircs des auteurs et dont on a dit qu’il devait avoir (|uehpics rapports avec les écoles 11amandes. li’observatlon est juste; les monuments donnent raison aux conjectures de la critifpu'
(1) [Voy. le tome I, p. ;i7o et suiv.]
{i) Le plus récent travail et aussi le plus sùr et le plus exact sur les artistes béotiens est ( elui de M. D. Decharme, />e t/teljanis (wti ficihus.
T. II
Dti
l^es musées d’Athènes possèdent une suite de vases de forme demisphérlc|ue, reeouverts d’un vernis noir brillant, ornés de sujets marcpiés en relief. On donne en Grèee, à ces poteries, le nom de Mégare (i), parce qu’on les a surtout trouvées jusqu’ici sur le territoire de cette ville. Elles n’ont guère été mentionnées et très brièvement que dans les communications que M. P. Pervanoglou adressait au journal d’e Gerhard. Par leur nombre, par le style souvent très pur des bas-reliefs, par la variété des sujets empruntés d’ordinaire aux rites dionysiaques, elles méritent ([u’on leur réserve un chapitre à part dans l’histoire des céramiques de la Grèce (2).
Si bref que soit ce résumé, on voit que les fabrications nouvelles et d’un cai'actère parfaitement original que les recherches récentes ont fait connaître sont importantes. Ce catalogue recevra de nombreuses additions; nous y ajouterions les types de Rhodes, de Guide et Thasos pour les amphores commerciales, si nous ne devions nous borner ici aux seuls vases peints. Ces trois genres d’amphores présentent des caractères qui permettent toujours de dire à quel pavs elles appartiennent. Quant aux nuances de style qu’il a été possible de préciser, en particulier pour les élégantes })oterles à figures rouges, pour les vases ornés d’appliques et pour ceux qui sont relevés d’or et de couleurs vives, on n’examine pas les collections de la Grèce sans reconnaître ce qui manque encore sur tous ces points à la science. 11 y a là un ensemble de laits incontestables qu’il est facile d’observer, de coordonner, et qui constitueront pour l’étude des vases un des plus sérieux progrès qu’elle ait laits depuis trente années.
Le lécytlius blanc d’Athènes à figures polychromes est familier depuis longtemps à tous les archéologues. Cette classe de vases cependant n’avait
(1) [Voy. le tome I, i>p. 392 et suiv.J
II ne laut pas confondre ces poteries avec la vaisselle dite samienne, qui est du reste très rare en Grèce. Cf. Dumont, Inscriptions ccramupies de Grèce^ p. 389, et surtout les remarques de M. Koumanoudis, Inscriptions latines sur fragments de poteries trouvés à Athènes (en grec moderne).
lail robjcl d’aucun mémoire d’ensemble avant l’ouvi'age de M. Benndorf. Ce savant leur a consacré quatorze planclies et un fasciçnle entier de ses Griechische imd Sicilische TV/6W?/;//r/cr (i 869). La rareté de ces monumenls dans les musées d’Europe en avait rendu juscju’ici l’élude difficile. iM. de ^\itte disait récemment, iei même, qu’un anliquaire doit s’estimer heureux quand il possède trois ou quatre de ces vases. On en compte plus de cinq cents dans les collections privées et publiques d’Athènes. Ces collections ont fourni à M. Benndorf les dessins qu’il publie; M. Chaplain v a trouvé aussi un grand nombi’e de belles œuvres inédites (i).
Les observations faites en Grèee sur les vases de ce type permettent aujourd’hui d’en préciser les caractères.
Les nouvelles recherches n’ont rien ajouté à ce que nous savions des procédés techniques de la fabrication. Le lécythus de terre très fine est recouvert d’un enduit blanc sur lequel les figures sont tracées au pinceau. Toutefois cette eouverte doit être distinguée de celle des poteries dites de Lucres, plus dense, plus solide, quelquefois brillante et d’un blane moins pur. L’enduit et les dessins sur les vases de Locres s’altèrent beaucoiq) moins cpie sur le lécythus polychrome.
Le lécythus (2) est propre à l’Atlique. En dehors des limites étroites de cette province on ne le rencontre j)resque jamais. Par contre, il est bien peu de tombeaux du iv'" et du Jif siècle, dans la plaine d’Athènes, qui n’en conserve un ou deux exemplaires. Pour fjuelle raison le lécythus n’a-t-il pas été exporté? Pourcpioi les ateliers des colonies n’onl-ils jamais itnité celte fabrication? Ce vase faisait |)artie des cultes funèbres; on le volt représenté sur les scènes d’expositions; les poètes disent e.x|)ressémeut cpi’on le jjlacait près des morts. I^es rites des tombeaux
Fig. (’).