I.KGYTIIUS liLA.NG d’.Vtiiknks
(1) [Voy. le tome I, pl. xxiv-.xxix, xxxii, xxxiv-xxxvii, et les notices.]
(“’) Par cette expression abrégée j’entends toujours ici le lécythus blanc it ligures polychromes.
avaient dans toute la Grèce des caractères communs, mais aussi chaque pays conservait certains détails qui lui étaient propres et que ses voisins n’imitaient pas. On voit bien ces nuances quand on étudie l’archéologie figurée; elles étaient aussi précises que partout ailleurs en Atlique; et c’est la Ibrinc même du culte des morts chez les Athéniens, bien qu’elle soit encore imparfaitement connue, qui doit expliquer pourquoi le lécvthus est resté particulier à ce peuple.
1.CS collections athéniennes permettent d’affirmer que les scènes représentées sur les lécythus n’offraient pas une grande variété. Tous les sujets que j’ai pu étudier se ramènent à la classification suivante (O :
r Offrandes au mort; témoignages de doideur et de pieux souvenir donnés à celui qui n’est plus. Ce motif est de beaucoup le plus fréquent. Tm centre de la composition est occupé par le monument funèbre ; adroite et à gauche sont divers ])ersonnages. A cette division se rattache la rencontre près du tombeau. On y voit le plus souvent un éphèbe en costume de voyage, comme si le jeune homme, au retour d’une absence, venait honorer la sépulture de ses parents.
2'^ Toilette funèbre. Le personnage principal est une femme, d’ordinaire la morte même à qui on rend hommage; elle est assise devant la stèle et entourée de ses parents ou de scs suivantes, qui lui présentent les ornements dont elle doit se parer. On sait que ce sujet est sculpté sur un grand nombre de bas-reliefs, principalement en Attique (2).
3“ L exposition; le mort est placé sur le lit; ses parents font des gestes de douleur. Un des plus beaux exemples de cette scène se voit au Louvi'e sur un vase d’un style admirable.
4° La déposition ; deux génies funèbres soutiennent le mort et semblent le descendre dans le tombeau. Les vases qui représentent ce sujet sont encore inédits.
5“ Cliaron recevant le mort dans la barcpie infernale.
L adieu, scène rare sur les lécythus, plus commune qu’aucune autre sur les stèles et sur les grands vases de marbre qui surmontaient les tombeaux en Attique.
(1) [Sur Ions ces sujets, voy. ci-dessus, pp. (i8-71.]
(2) Sur ces bas-rcliels je signalerai aux amateurs l'excellente monographie de M. Pervanoglou, Die Grntjsfeine der alten Griechen, Leipzig, I8d3.
7” Cavalier combattant , sujet dont je ne eonnais qu’un seul exeni[)Ie conservé au Louvre.
8” Divinités. La seule divinité ([ue j’aie vue sur un lécythus est Déméter, peinte sur un vase inédit.
Tous ces sujets ont un caractère commun : ils sont funéraires. Déméter figure sur ces vases comme protectrice des initiés, auxquels elle assurait le l)onheur de la vie future. Au contraire des monuments de marbre, ces vases représentent la mort sans voile; ils ne recherchent pas les allégories; ils montrent le défunt sur le lit avant les funérailles, emporté par des génies ailés, reçu par le nocher des enfers. Ce n’est pas que la déposition, l’exposition et môme Charon ne se rencontrent jamais sur les stèles; mais les sculpteurs n’ont traité ces motifs que par exception, au lieu (pie les jjeintres céramistes les préféraient, l^es lécythus reproduisent les rites funéraires des Athéniens; ils fournissent les renseignements les plus précis que nous ayons [)our étudier le culte des morts en Attique. Ils commentent les épitaphes de l’Anthologie; ils nous font comprendre les émotions très particulières (|ue les Athéniens éprouvaient en face de la mort.
Les plus anciens lécythus datent de la fin du n'" siècle; cette fabrication paraît avoir duré environ deux cents années. Elle appartient donc à l’époque la plus florissante de la civilisation atticpie. Ces peintures, en général, sont traitées avec une grande facilité; ([uelques coiq:).s de pinceau suffisent pour rendre la pensée. Tel de ces tableaux paraît n’être (pi’une esquisse; beaucoup de ces dessins sont improvisés. On y remarque des fautes, des contresens,, de singulières négligences; cej)endant pi’escpie toujoni's ils témoignent d’une connaissance profonde des piMnei|)e.s. A C(jté d’ei'reurs évidentes, d’autres parties sont traitées avec une |)erfection qui fait de nos jours rétonnement des artistes les plus habiles. Aucune classe de vases ne montre mieux à quel sentiment profond de l’harmonie, de la simplicité, à (juellc science minutieuse du eor[)S humain cette épocjue était arrivée, |)uisquc des œuvres éxidemment secondaires possèdent encore de si rares (pialités. Il y a un grand charme à regarder de près les plus communs de ces lécythus, à chercher dans les détails de ces compositions les traits de génie pai' Ics- ([uels l’aiT hellénicpie révèle à son insu scs plus heureux mérites. Nous
trouvons aussi clans cette étude un sérieux enseignement. Nous y voyons combien étaient impérieuses les préférences de l’art grec, combien elles s’imposaient à cjuiconcpie reproduisait la figure humaine.
Il ne faudrait pas croire toutefois c[ue le lécytiius décoré avec le plus LO'and soin soit très rare. On cite comme des chefs-d’œuvre le vase de la
collection Pourtalès-Gorgier cjui est passé au musée de Berlin, et celui du cabinet Grasset, aujourd’hui au British Muséum. Les musées d’Athènes
possèdent des peintures |)olychromes non moins rcmarcpiablcs ; il est tel amateur en Grèce cpii a pu réunir juscpi’à dix lécythus d’nn art aussi achevé. Les deux gravures c|uc nous donnons ([)p. loo et 102), d’après les dessins de M. Chaj)lain, reproduisent les deux j:)lns beaux vases de cette classe cpie je connaisse. Pour comj^rendre combien ces tableaux sont parlaits, il faut par la pensée leur restituer leurs grandes |)roportions; les |)crsonnages ont en moyenne vingt-cincj centimètres de hauteur; les figures sont au trait rouge.
La première de ces peintures re|jrésente une scène de toilette (i). Une Athénienne i-eçoit l’éventail c[ue lui [)réscntc une femme de sa maison; deux autres lemmes portent, l’une une coi’beilh' dans lacpicllc on
(I) [Le même vase est reproduit dans les pl. xxv-xxvi du tome l.j
VASES PEINTS DE LA GHÈCE PIIOPIIE.
remarque un vase qui fait souvent partie, eu Attique, du moijilier des tombeaux; l’autre, un second exemplaire de ce vase (i) et un alahastrou. La scène a un double caractère; elle rappelle la vie intérieure; elle est en même temps funéraire. Les oiseaux que tient le personnage principal sont les compagnons du gynécée : il ne faut leur prêter aucun sens allégorique. Parfois sous le Ht du mort on voit une oie on un canard qui paraissent être empruntés aux longues bandes d’animaux l’réqnentes sur les poteries d’ancien style. L’artiste s’est inspiré d’antiques traditions orientales dont le sens j)our lui ne devait plus être précis. Le céramiste, en peignant des lécytlius, met aussi, mais par exception, sur la tète du personnage principal, une hirondelle, comme s’il voulait par cette image traduire une pensée philosophique; il est probable que nous avons alors une variante de la figure de l’àine représentée d’ordinaire sons la forme d’un petit idolou nu et voltigeant près du corps qu’elle vient d’abandonner. Mais dans la pln[)art des cas, sur les vases polychromes comme sur les stèles, l’oiseau, qui tenait une si grande place dans les tlistraclions de la vie antique, puisque les jeunes gens et les jeunes femmes le portaient même à la promenade, comme nous le savons ])ar la grave autorité d’Aristote, rappelle seulement les préférences du mort. Il figure ici au même litre que le chien sur les tombeaux.
L’artiste s’est préoccupé de peindre une scène élégante entre tontes, celle qui se prête aux expressions les plus séduisantes, et (pie les céramistes ont traitée à l’envi. L’idée de la mort est exprimée avec une grande discrétion par la stèle jdacée au fond du tableau, peut-être pailes deux vases f|ue tiennent les femmes. Celte Athénienne se pare de ses vêtements préférés, mais pour un voyage, et l’adieu que lui diront ses compagnes est le yxise habituel des marbres et des cérémonies funèbres. Aucun tableau n’est plus conforme à res[nnt grec, n’allie mieux le charme et la gravité, la tristesse et la grâce, comme si cette douleur trouvait dans l’harmonie des lignes et des figures, dans la beauté des formes, dans l’art enfin, la seule consolation à lacjnelle elle voulut se rattacher.
(I) Le vase est représenté ici avec le couvercle; c’est une sorte de coupe placée sur un pied et dont le rebord est replié à l’intérieur, détail que Plutarque signale pour le cothon, •/.t.jfjwv, des Si)artiates.
VASES PEINTS DE LA (ÎIIÈCE PROPRE
Le.s figures sont traitées avee une habileté eonsoininée; mais eette perl'eetion est peut-être plus sensible eneore clans la seeoncle peinture (i). L’attitude des deu\ génies ailés, l’attention avee lacjnelle ils tiennent le eorps et cju’indic|uent non seulement les yeux, mais les bras et tous les mouvements, le traïujuille sommeil de la l'emme (jui ne se réveillera plus, l’abandon si eomplet des membres cjue les porteurs soutiennent avee tant de délieatesse, l’éléganee de la stèle, la disfinetion du jeune homuie
cpii regarde la mise au tombeau, eet ensemble, d’une religieuse tristesse, est un ehef-d’œnvre ; l’imitation idéale de la nature ne peut être ni plus vraie ni plus belle; la scicnee profonde ne saurait se eaeliei* sons une simplieité cpii paraisse plus faeile, cpii saehe mieux dissimuler juseju’aux apparenees de l’effort.
l..es génies funèbres tels (pie nous les voyons sur ee^ lécytlius, bien que nous possédions un grand nombre de représentations d’Hypnos et de Thanatos, sont une nouveauté sur les monuments grees. Ils figurent sur d’autres vases inédits, où ils ont eomme ici des earaetères précis;
(l) [C(i vjise est aussi reproduit dans les pl. xxvii-x.wui du tome 1.]
VASKS PEINTS DE LA GIIÈCE PHOPIIE.
l’iin jeune el imberbe, l’autre au contraire clans la l'orce de l’àge. On sait combien on les trouve fréc|nemment sur les bas-reliefs étrusf[aes, mais traités clans un style tout clilTérent. Sur les urnes de Pérouse et de Florence ce sont avant tout des personnages tristes, les ministres repoussants d’une cruelle nécessité; ils n’ont rien de la gravité douce, de la bonté même ejni nous fraj:)pe ici sur ces ligures.
Les Ktruscpies et les Grecs avaient eu un fonds très riche de croyances communes. De ces sentiments et de ces idées les peuples hellénic[ues firent à leur insu deux parties; ils gardèrent la première, mais en la transformant; ils abandonnèrent la seconde aux habitants les plus obscurs des campagnes ; comme on ne la retrouve pins clans la poésie on clans l’art, on suppose ou c[u’elle avait tout à fait disparu on cjti’elle n’avait jamais existé. Fdle a survécu à une si longue suite de siècles; elle se conserve, elle a repris une vie nouvelle clans les chants de la Grèce moderne. Rapprochez des plus étranges bas-reliefs de l’ancien art des Kasenniens, des peintures [primitives de la (drèce, les tragoialia C[u’on répète encore aujourd’hui et les chansons klejphticjues, bien des mystères c[ui enveloppent les vieilles civilisations seront dissipés.
11 a suffi d’examiner avec c[uelc[ue suite les céramic[ues de la Grèce propre [jour reconnaître la nouveauté et la richesse du sujet. Nous ne sommes encore c[u’au début de cette étude; elle [promet les plus heureuses découvertes. Ce c[ui la rendra surtout féconde, c’est le [progrès c[ni s’accom[plit sons nos yeux clans les méthodes d’exégèse et de crilic[ne. [.l’archéologle decient de [plus en pins une science [positive, beaucou[p plus [préoccupée de recueillir et de grou[per des faits bien constatés — ces faits [pris à [part n’eusscnt-ils [jour le moment ([u’une
importance secondaire — c[ue de s’égarer clans des hy[pothèses où l’abondance même de l’érudition ne sert le pins souvent ([u’à nous éloigner de la vérité. Fn même temps rantic[uaire coni[jrencl ([uc les monuments figurés ne doivent jamais être isolés ni des tem[js c[ui les ont produits, ni de l’Iiistoire générale des idées et des nueurs. Foni' nous borner à la Grèce, ce C[ue nous voulons cléccpuvrir [par ces rcchercin's si diverses en considérant les cliefix (d les fictions c[n’étudie le mvtliologne, les systèmes des [jhiloso[jhes, les constitutions et les laits [j(jli ti([ues, c\‘sl