VASES EN FORME DE TÈTES
41" Proclès, Béotie; Klein, p. 215.
42" Calliadès?, Béotie; Klein, p. 216. Ce nom n’est pas du tout certain.
On remarquera que les provenances attiques sont en très grande majorité (30 sur 42), ce qui justifie pleinement l’opinion actuellement admise qu’à partir de la fin du vi" siècle jusiju’au iv", la fabrique attiijue avait supplanté les autres et était devenue le centre principal de l’exportation des vases. |
Tou-s ce.s noms ne sauraient avoir pour nous la iiièine valeur. Celui de Gliiron est incertain; Pamédès figure sur un vase dont l’importance nous est inconnue. Xénopliantos est Athénien; mais, comme le dit AI. Stephani, il paraît s’ètre établi dans le Pont. C’est même pour cette raison cpi’il ajoute à son nom, contrairement à l’nsage des céramistes, l’ethnique ’AO'/îvaïo; (i ). Il sulTit, du reste, de voir le vase qu’il a signé pour y reconnaître une œiiNre faite par un habile artiste de l’Attique en pays
(I) [Cette conclusion est aujourd’hui un iieu affaiblie par ta découverte des vases de Teisias, trouvés tous en Grèce et portant rethnique ’.\.0Y)Vïto;. Je croirais que dans certains cas le potier veut indiquer par là sa condition d’honune libre, de citoyen jouissant de tous ses
PEINTURES CÉRAMIQUES
barbare. Ce qui est tout à fait grec clans ce vase, c’est la forme, qui est exquise; le procédé qui consiste à appliquer des reliefs de terre cuite, dorés et peints sur un fond noir, se retrouve sur plusieurs spécimens de grand prix conservés à Athènes et trouvés soit dans les environs de la ville soit à Corinthe. Mais le choix du sujet emprunté à une légende barbare et tous les détails de la composition indiquent le désir de complaire aux habitants du Pont. Ce sont là des remarques sur lesquelles insistent les Comptes rendus de la Commission impériale, et dont la valeur est incontestable. Nous ne considérons donc pas Xénophantos comme un artiste cpii ait travaillé en Grèce, C{ui ait pu exporter ses produits de ce pays en Italie. Si l’inscription de Paséas ne paraît pas encore explicjuée de manière à répondre à toutes les exigences de la erltlcpie, nous pouvons, pour le moment et j)rovlsoirement, par excès de scrupule, la ranger à côté de celle de Chiron, et n’en pas tenir compte. Restent douze noms d’artistes.
De ces douze noms, six se trouvent à la fois sur les vases d’Italie et sur ceux de Grèce; ce sont : i" Ergotlmos; 2” Exékias; 3'' Néarchos; 4” Tlésoii; 5" Chélls; G" Nicostliènes.
Les produits signés des mêmes noms sortent-ils des memes fabriques? Sur ce point il ne saurait y avoir aucun doute; la démonstration peut être concluante f i ).
Ergotimos. Ce nom est bien connu en archéologie; il se Ht sur le vase François, cette merveille de la céramique antique. Ergotlmos était un fabricant, et sans doute, comme on le verra plus bas, un des plus importants de son époque; il signait iT.wnm. Sur le vase François, à côté de la marque de fabrique, nous lisons le nom du dessinateur , RxitiN; p êypatl^e. C’est Clltias qui a couvert l’amphore du musée de Florence de cette suite célèbre de figures.
La coupe Fontana, trouvée à Éginc, n’est pas comparable pour la beauté au vase François; mais elle est du même temps, à figures noires et de style ancien; elle peut donc sortir du même atelier que le vase
droits politiques, pour se distinguer de ses confrères, affranchis ou métèques. Il est cependant possible que pour Xénophantos, s'il s'était établi à l’étranger, l’ethnique indi(ine simplement la nationalité.]
(I) [Je renvoie pour toute la série de noms qui suit au tome I", pp. 339 et suiv.]
DE LA GDÈCE PRÜI>RE.
François. Sur la coupe nous ne lisons pas la signature du dessinateur, mais le mot èiroiviffsv, qui nous jjermet seulement d’affirmer la communauté de fabrique.
Exèkias. Ce nom se lit sur plusieurs amphores découvertes en Italie et sur trois coupes. Tous ces vases proviennent de Vulci et sont d’ancien style. Deux des coupes portent des sujets; la troisième l’inscription deux fois répétée ’E;£y.La; sTrotyîcsv; elle ressemble tout à fait à celle qui est conservée au ministère des cultes à Athènes. Ici encore une parfaite identité de style et d’époque.
Néarchos. Ce nom, à ma connaissance, ne se rencontre sur aucun des vases trouvés jusqu’ici en Italie. On peut cependant démontrer que la fabrique de Néarchos portait ses produits dans ce pays. Bien que iMM. Benndorf et Heydemann n’aient pas insisté sur ce point, leurs publications nous permettent de retrouver plusieurs familles de céramistes grecques, et ce n’est pas là un des moindres résultats de leurs recherches. Le vase de Cléones cité plus haut nous apprend que le céramiste Tléson était fils de Néarchos. Le vase de Néarchos est une œuvre très ancienne ; la coupe de Tléson, moins importante, appartient encore à une époque reculée, au beau temps de l’art. Ou’il y ait entre ces deux œuvres une trentaine d’années, l’hypothèse n’a rien que de naturel, el nous reconnaissons dans les deux fabricants le père et le fils. Néarchos, le père, semble avoir été à la fois potier et peintre, ddéson, dont les œuvres sont si nombreuses dans nos musées, ne fit jamais, semble-t-il, de grands vases à beaux dessins; il accompagne toujours son nom de la lormule eTroiviaev.
Néarchos avait un autre fils, Lrgotélès, dont les œuvres sont très rares. ’EpyoTalviç £t:o'//ig£v ô Nsapyou. Lrgotélès fabriquait des coupes qui se rap[)rochent beaucoup de celtes de Tléson.
Les [iroduits de l’atelier de Tléson découverts en Italie sont au nombre de vingt-six; ils proviennent des fouilles de Tarquinii et de \ ulci (i). Nous avons un vase d’Lrgotélès découvert à ^ ulci (2). Nous pouvons
i l) Brunn, t. 11, p. 73S. [M. Klein en décrit trente-six; une trente-septième a été trouvée récemment à ürvicto; Notlzie deçiü scavi, 1887, p. 381.]
{-2) Brunn, t. Il, j). 875; [Klein, p. 73.]
donc dire que les vases de la famille de Néarclios sont communs à l’Italie et à la Grèce.
Tléfion. Les remarques qui précèdent dispensent d’insister sur les œuvres de ce céramiste; ses œuvres présentent toutes les mêmes caractères; les unes n’ont d’autre ornement qu’une palmette, les autres quel - ((ues animaux très simples. Celle de Cléones ressemble tout à fait aux vingt-six exemplaires découverts en l'^trurie.
Chélis. Ce céramiste, comme Tléson et Ergotélès, fabriquait des coupes, mais plus riches et plus ornées (i). Nous en connaissons quatre. Le fragment que possède M. Uliousopoulos provient évidemment d’une coupe; il n’y a aucune raison pour ne |)as le rap[)orter à la fabrique du potier Chélis, connu depuis 1828 par les découvertes de Yidci.
Nicosthènes. Brunn cite cincpiante et une pièces signées par cet artiste. Sur le fragment de l’Acropole, l’inscripllon occupe le pourtoui* du pied d’un vase. Brunn et M. de Witte décrivent un canthare qui porte sur le ])ied l’inscription Nix.ocôsvs; (2). Les produits de la fabrique de Nicosthènes paraissent avoir été aussi répandus que nombreux. On les a trouvés, jusqu’ici, sur quatre points différents, à Vulci, à Cæré, à Agrigentc et en Attique ; \i\ faut ajouter Naucratis, en Egypte. |
A ces noms, on jjcut joindre, je crois, sans hésitation :
7" Euchéros; 8" Epiktétos.
Enchéros (3) était lils d’fh'gotinios ; il fabriquait des cou])es qui se sont retrouvées en Italie. Supposer que le (ils habitait la Grèce comnie l’avait fait son père, dont il fut le successeur, est à peine une hypothèse.
Epiktétos (4) peut être considéré avec Nlcosthèiies comme un des céramistes dont les produits étaient les plus répandus. Nous lisons sa signature sur des vases de ^hllci, de Cæré, de Capoue, fd’Orvieto], et, ce qui est plus important, sur un vase de Panticapée. Les œuvres cérami([ues du
(l) Brunn, t. II, p. tUi7 ; [Klein, p. 116. On en connait cinq, sans comptercelle s qui porlenl le nom de l’éphèbe .Memnon et qu’on lui attribue; ibid., p. 1 19. |
(“i) Brunn, t. II, p. 719; de Witte, fat. Durand, n” 66^; [Klein, p. 70, n" 75. On connait actuellement 8.1 vases de Nicostbènes.]
(3) Brunn, t. II, p. 681 ; [Klein, p. 7*2.]
(-1) [Klein, pp. 101-108, vin;;t-sept vases connus.]
DE l.A GRECE PROPRE.
lit
Ponl-Eu\in, comme l’a très bien établi AL Stephani, se divisent en deux classes : les unes proviennent de fabriques locales et sont gréco-barbares; les autres sont des importations évidentes de la Grèce propre, et, selon toute vraisemblance, de l’Attique. Un artiste dont nous retrouvons les ouvrages en Crimée, en Ivtrurie, et dans le royaume de Naples, devait appartenir à la Grèce, à moins qu’on ne veuille imaginer des relations de commerce entre la ville de Abdci et celle de Panticapée.
Il serait facile de multiplier les remarques de ce genre en étudiant les œuvres des artistes dont le nom se Ht sur des vases découverts dans des nécropoles séparées les unes des autres par de longues distances ; mais nous devons nous borner ici aux faits précis qui s’expliquent d’euxmèmes et sans hypothèse.
Nous sommes maintenant à même de reprendre plusieurs questions relatives aux signatures d’artistes. Les archéologues, étonnés du petit nombre de signatures trouvées dans la Grèce propre, ont émis l’opinion que les céramistes italiotes imitaient des signatures grecques célèbres pour donner plus de valeur à leurs œuvres. Il semble difficile aujourd’hui d’admettre cette théorie. Charles Lenormant (i) estimait, il y a quelques années, à 5o,ooo le nombre des vases peints connus. Al.Birch, reprenant ce calcul, s’est servi surtout des catalogues des musées; il ne croit pas qu’on puisse dépasser le chiffre de i(3 à 20,000(2). Dans ce total de 20 à 21,000, })Our combien devons-nous conq)ter les vases de la Grèce propre? Le catalogue, resté jusqu’à ce jour manuscrit, des ^ases du musée de la Société archéologique d’Athènes donne en ce moment 1,328 numéros; encore comprend-il une très longue suite de vases eommuns sans peinture (3j. Je ne porterai pas à plus de 1,000 les vases peints conservés dans les différentes eollections de l’Attique et du reste du pays, et je crois qu’en admettant le chiffre j,DOO j)our tous les vases connus qui pi'o\lcnnent certainement de la Grèce jn’Ojire, on ne serait
(1) En ISii, Elite ries monianenls ci}ramog?'apliif/ttes, Introduction, p. vu.
['i) I/istori/ of ancient potterg, t. I, p. 209, ;210.
(3) [Le catalogue do ce Musée a été publié en 1877 par .M. Gollignon; il comprend 8“21 numéros. Il s’est beaucoup enriebi depuis.]
guère au-dessous de la vérité (i). Tl y aurait donc au ininimuin cinq fois plus de vases italo-grecs dans les musées que de vases grecs (2). I^es vases italo-grecs ont fait connaître 76 signatures d’artistes (3), les vases grecs iG; c’est-à-dire que, toute proportion gardée, les signatures sont plus fréquentes sur les produits céramiques de ta Grèce que sur ceux de ï Italie et de t' Etrurie (4). J’ajouterai que les vases de grande dimension qui pouvaient être conservés dans les chambres sépulcrales sont nombreux en Ivtrurie et d’une grande rareté en Grèce; et l’on conviendra que les vases de j)rlx devaient plus souvent porter des signatures que les petits lécythus ou les aIahastro)ts vulgaires.
Une considération très simple rendra plus sensible encore la thèse que nous soutenons. Des 70 signatures que nous devons aux vases italogrecs, i5 ou 20 tout au plus ont été lues sur des œuvres découvertes en dehors de l’Iitrurie. C’est que les vases de l’I^truric sont de beaucoup les ]>lus nombreux, et que la moyenne de ces vases se distingue aussi j)ar les grandes proportions, la beauté et l’ancienneté des pièces. Ainsi Agrigente, Dæstum, Adria, Capoue, Bari, la leucanie, l’Italie méridionale, ont à peine fait connaître quelques signatures. 11 faut, de plus, remarcpier c[ue des fabriques toutes locales dans ces villes, surtout à l’époque de la décadence de l’art, ne paraissent pas avoir adopté l’usage des marques de fabrique.
(1) 11 est évident qu’on ne peut l'aire entrer dans ces calculs toutes les poteries communes sans ligure qui sont très nombreuses, ni tous les vases qui n’ont aucune valeur.
("2) Uu’on admette l’opinion de M. Birch ou celle de Charles Lenormant, le rapport d’un à cinq est certainement au-dessous de la vérité; c’est un à six ou sept qu’il faudraitdire ; mais, en acceptant la proportion à laquelle nous nous arrêtons, la démonslration n’en est que plus complète. [11 faut dire qu’actuellement les séries de la Grèce propre, des lies et des pays grecs en dehors de l’Italie, se sont considérablement enrichies. La différence de proportion devient i)lus faible. Par exemple, sur les t!200 vases du Musée de Berlin, on en compte plus de 1 iOO qui proviennent dos pays grecs. Mais, en même temps, le nombre des signatures s accroît énormément en faveur de la Grèce. Le Musée de Berlin est d’ailleurs une exception à cet égard. Au Louvre, j’estime à 6500 le nombre des vases, sur lesquels il n’y a guère que 800 à 900 exemplaires trouvés en dehors de l’Italie et de la Sicile.]
(5) Je prends le chiffre de Brunn; [il est peu augmenté actuellement]. Voir aussi de Witte, ttevue (le philologie, t. II, n. 5 et 6.
(1) [Ce raisonnement est singulièrement fortifié aujourd’hui que l’on connaît une (/uarantnine de signatures d’artistes sur les vases trouvés en Grèce.]
DU COMMERCE DES VASES ENTRE I.A GRÈCE ET u’ ITALIE.
Que le commerce des vases ait été continuel entre la Grèce etritalle et dans tout le bassin de la Méditerranée, c’est ce qui ne peut laisser jdace à aucun doute en présence des faits que MM. Bcnndorf et Ileydemann nous ont permis d’étudier. Sur 12 signatures certaines lues en Grèce, en retrouver 6 en Italie est la plus forte démonstration qui se puisse donner. Le temps et les nouvelles découvertes ne feront que rend re ce fait pins sensible G). Nous ne voyons en Italie ni Charès, ni Timonldas, mais ils appartiennent à une époque très ancienne, où l’art ne faisait que de naître. Hégias, Hilinos et Psiax, qui manquent aussi aux catalogues italiens, n’ont attaché leurs noms qu’à des œuvres secondaires relativement récentes. Skythès était un habile artiste; c’est au hasard seul qu’il faut attribuer l’absence de sa signature sur les vases italo-grecs. Par contre les noms que nous retrouvons ont une grande importance; ce sont ceux ou de fabricants de premier ordre comme IG'gotlmos, ou de potiers dont les œuvres ont été nombreuses, comme Tléson, Nlcosthènes, Chélis. Enfin, ce qui mérite d’ètre rappelé, nous constatons que des familles de céramistes faisaient de père en fils le commerce entre la Grèce et l’Italie.
Otto J afin, reprenant l’opinion de Gustave Ivramer, a soutenu que, si l’on excepte quelques céramiques locales de la Pouille et de la Calabre, tous les vases italiens proviennent de la Grèce et même de l’Atti- (pie (2). On s’étonne qu’un savant dont l’autoiaté est de premier ordre ail admis une thèse aussi paradoxale. Qu’au vi'etau v“ siècle les importations venues de la Grèce aient été considérables, c’est ce que sulfiraient à prouver les vases de style oriental (3) découverts à la fois en
(1) [.V ces six noms il faut ajouter maintenant ceux d’.Vtulokidès, Euergidès, Epilykos, Chaclirylion, Euphronios, Douris et Iliéron.]
(2) Il laisse aussi aux Doriens et à la fabrique de Corinthe les vases de style primitif.
(3) Uu corinthien ; [voy. dans le tome I les chapitres xi, xvi et xvii.j
02 PEINTURES CERAMIQUES
Ktriirie et à Corinlhe, et surtout la riche série des œuvres céramiques ornées d’inscriptions écrites en Ictti'es évidemment corinthiennes, trouvée surtout en Ktrurie et représentée par de nombreux exemplaires au
usée du Louvre, dans la collection Campana. La Grèce exporta beaucoup aux origines; mais pourquoi admettre que l’Italie et la Sicile, (pii eurent d’excellents graveurs pour les médailles, des architectes et des statuaires, ne surent pas fabriquer de vases (i)? L’identité des sujets est souvent complète; souvent les formes sont les mômes, et cela pour des œuvres de j)eu de valeur, comme les petits lécythus à forte panse, de couleur jaune rougeâtre, ornés de ligures noires, et les lécythus à fond rouge du type athénien. Mais la faïence commune se fabrique aujourd’hui dans toute l’Europe, et les ateliers de Faënza sont inconnus dans le commerce. Les séries de vases grecs qu’on ne retrouve pas en Italie sont nombreuses. Si l’on v a signalé des coupes de iMégarc, ce n’est que })ar exception; les vases communs de Phalère ne se rencontrent ni à Naples ni à Florence; le lécythus blanc d’Athènes est toujours resté en Attique. Je ne connais pas un seul vase italien qui, pour le style, rappelle l’admirable amphore du Musée du Yarvakeion que M. Conze a publiée. D’autre part, beaucoup des types de Nola sont inconnus à la Grèce j)roprc, et rien n’indique que les grands vases à mascarons de l’Italie méridionale aient été fabriqués ailleurs que dans l’Italie méridionale.
Importations fréquentes au vU et au siècle, communauté d’inspiration, imitation en Italie des types de la Grèce propre, relations commei‘cialcs en tous temps, etcejjendant importance des fabriques locales d’autant jdus grande que nous nous éloignons de la belle éj)oqne de l’art : telle semble ètie la vérité sur cette question des l’apports des céramiques grecques et des céramiques italiennes (3).
(1) Ce sont des arguments qu'expose avec force M. de Wilte dans l’ouvrage intitulé ; Élude sur les vases peints, p. “25 et 121. [L’école archéologique allemande reprend, au contraire, de nos jours la thèse de Kramcr et de Jahn.]
(2) Trouvée à Phalère; Monuments del'hist. urch., t. VIII, pl. v.
(5) Chaque jour, nous voyons mieux comhien ces relations commerciales étaient suivies. M. Camuirini, directeur du Musée étrusque de Florence, vient de découvrir à Arezzo, au centre même de la Contédération étrusque, des timbres d’amphore rhodiens du iv*' siècle. On les trouvera dans la Revue archéohujique , septembre 1872 : Timbres amphoriques rhodùms
ÏII
lîEVPTÈ COMI'AHKE DES VASES GRECS ET DES VASES ITALO-GRECS.
Il est un autre problème également d’un intérêt général que les livres de AliM. Benndort' et Heydemann peuvent éclairer, bien qu’ici ces savants ne répondent pas de tout point à notre attente. C’est une opinion assez ré[)andue que les vases d’Italie l’cnq^ortent en beauté sur ceux de Grèce. Pour tout archéologue il est évident « qu’une
(l-couverts à Arezzo et à Chùisl, timbres portant les légendes ’AavvTa:, T7r7ro'/.pat£’j:, £:rl 'Api-îToffivs’jç 'ïax’.vOio'j, èîtl Hsooôxo'j 'Vax'.vOCo’j ; cf. Duinont, hiscript. cératn. de Grèce, p. 80, 97, etc. M. ( iamurrini me signale un autre cachet également rhodien, trouvé à Cliiusi, qui présente une particularité d’orthographe e.xceptionnelIe : K A AAIOYS dans un rectangle, étoile à chaque coin. Un cachet identique trouvé en Attique, et qui sans doute provenait du môme moule, a été décrit, il y a quelques années, par MM. Koumanoudis, Pape et Benseler ; Worlerbuch der (friechhchen Eigennamen, au mot Ka>j.£x;. L’aryballe des Amazones et de Pbaléros au Musée de Naples, découvert dans les fouilles exécutées à Eûmes pour le prince de Syracuse par M. Fiorelli, est de toute évidence athénien. C’est une œuvre du iv® .siècle. J’ai vu découvrir cette année, près d’.Athènes, un aryballe qui provient certainement de la môme fabrique. L’identité du style et des procédés d’exécution est complète. Cette (Luivred’un travail achevé, qui représente Dionysos et les bacchantes, sera prochainement publiée [voy. tome I, pl. xii-xiiij. M. de Longpérier a donné, dans le Musée iXapoléon IIl, pl. xxvi, n” 2, une statuette phénicienne trouvée dans le voisinage de Tortose par M. Péretié en 1860, statuette qu'il considère comme le prototyi)e de la Vénus des Grecs. « Femme debout, vêtue d’une « tunique à manches courtes, longue et traînante par derrière. De la main droite elle sou- « tient cette robe, qui est en partie recouverte par un pépins très soigneusement drapé. Les (I pieds sont nus. De la main gauche elle.tient, appliquée contre son sein, une colombe. Ses <( cheveux, séparés sur le front, tombent sur la poitrine en quatre nattes et sur le dos en une « large masse de onze tresses. Au sommet de la tête s’élève un calathus en forme de vase. « I.ia ligurine est creuse et estampée, ainsi que sa base, dans un moule à deux pièces. » lœs exemplaires de cette statuette commencent à devenir nombreux; ils se sont rencontrés sur plusieurs points du bassin de la Méditerranée; pour citer seulement ceux que j'ai pu voir, le Musée de Naples possède un de ces exemplaires, qui est dans un excellent état de conservation, et, par exception, l’origine en est connue. Cette pièce intéressante a été trouvée par .M. Fiorelli lui-rnème à Eûmes. Deux autres statuettes semblables, découvertes en Béolie, ont été acquises récemment par M. Koumanoudis pour le Musée du Vuruakeiiui, où elles ont été dessinées par M. Chaplain ; [voy. J. Martha, Catalogue des figurines du Musée de la Soc. arc/i.,
(33, (3(; cf. comme types analogues la pl. lu de notre tome 11. j Ces preuves incontestables de relation commerciale, à des époques très diflérentes, sont de celles qu’il faut recueillir avec soin ; elles ont pour les progrès de la science le plus grand prix.
PEINTURES CÉRAMIQUES
pareille thèse ne peut être qu’un paradoxe. Ce qui a contribué à la faire accepter, c’est que la moyenne des œuvres de valeur est plus grande en Italie que dans la Grèce propre. Mais les œuvres grecques, surtout les œuvres attiques, ont une perfection, une grâce, souvent même un esprit, que les fabriques italiennes n’ont pas connus, et rien, je crois, ne marque mieux, pour le iv® siècle, la distinction des artistes italiens et des artistes grecs. On connaît déjà quelques-uns des chefs-d’œuvre des céramistes attiques, le vase blanc du British I\h(seMn que Haoul Rochette a publié (i), le lécythus Pourtalès du musée de Berlin (aj, les amphores du cap Kolias au Varvakeion (3). 11 n’existe pas dans la céramique d’œuvres plus parfaites, plus simples, plus dignes d’être étudiées par ceux qui veulent comprendre ce qu’était l’art du dessin dans la patrie même de l’art. Ce qui domine dans ces représentations, c’est la gravité, l’harmonie discrète, la sérénité suprême. Ni luxe, ni abondance, ni l'ichesse; quelques figures d’un naturel achevé, l’artiste n’a rien cherché de plus; sans efforts et d’instinct il a composé des tableaux qui sont pour le peintre ce qu’est pour le sculpteur un bas-relief du Parthénon. 11 importait, dans un ouvi’age sur les vases de la Grèce propre, de multiplier les exemples de ce genre. Ils ne sont pas rares. Le Varvakeio/) possède un grand lécythus qui surpasse en beauté celui du British Muséum; c’est la déposition au tombeau par deux génies funèbres ailés, l’un vieux, l’autre jeune, d’une femme qui paraît plutôt endormie que mourante, recueillie et tranquille comme si elle reposait du plus doux sommeil ; image charmante et grave de la mort telle que la comprenait l’idéal attique (4)- Une autre scène funèbre, qui produit une impression moins lorte, est peut-être d’un dessin plus soigné encore. Une femme assise devant une stèle, que surmonte la feuille d’acanthe, reçoit les présents de ses serviteurs (5). Ce vase est bien supérieur à celui du
(1) Peintures antiques inédites, précédées de recherches sur la peinture dans la décoration des édifices sacrés et publics chez les Greeset chez les Itoniains, p. Ito, pl. vin, ix, x etxi.
(i>) Benndorf, pl. xxvi; [Fiirtwaengler, Antiquarium, n» “iliol.]
(3) Monumenti dell Inst., t. VIII, pl. v, üg. 2; Annali, 1864', p. 183; [voy. tome I, p. 335.] Toutefois la planclie est loin de rendre la beauté de l’original.
(4) Ce vase a été dessiné et sera publié. [Voy. tome 1, p. 388, pl. xxvii-xxviii.]
(5) Athènes, collection particulière; vase dessiné par M. Chaplain. [Voy. tome I, p. 388, pl. xxv-xxYi. Ce vase appartient actuellement au Musée du Louvre.]
DK LA GRÈGE PR(3PRE
imisce de Berlin ([iie M. Benndorf a cru devoir reproduire à nouveau, pour donner du moins un exemple des vases l)Iancs qui sont des œuvres d’art. M. Ileydcmann, plus préoccupé, ce semble, de la Ijeauté des |)eintures céramiques que M. Benndorf, donne dans son recueil un fragment d’amphore et nn lécytluis entier qui sont des pièces d’un mérite exquis. Le lécythus représente une femme vers laquelle s’approchent une servante et une canéphore (i). Malheureusement la planche de M. Heydemann est au trait, sans couleur; ce savant a raison de dire qu’il n’a rien vu de plus délicat et de plus beau ; on comprendrait mieux son admiration, s’il avait reproduit la draperie rose du personnage principal, la tunique sombre de la jeune fdle : c’est, en partie, dans l’harmonie des teintes qu’est le mérite de ce vase; il doit être publié à nouveau. 11 n’en est pas de même du fragment d’amphore à figures rouges : une femme donne la main à son fiancé; Kros voltige entre les deux personnages, à gauche est un jeune homme, à droite une jeune fille (2). L’expression recueillie de la scène est d’un grand effet.
On trouvera, chez ÎM. Heydemann quelques jolis spécimens de ces aryballes où les couleurs les plus vives sont relevées par des feuilles d’or (3); mais il ne reproduit pas la richesse de la décoration, et il choisit rarement les plus beaux. 11 est à regretter que ce savant n’ait dessiné aucun des vases ornés de figures en relief que possèdent les collections d’Athènes et de Corinthe; tels d’entre eux peuvent être comparés à cc que la sculpture a de plus achevé. Je citerai en particulier un aiyballe de la collection Bendis, qui représente une femme assise et une suivante qui porte un éventail (4). Mais ce qui manque surtout à ces deux recueils, si l’on veut y chercher les ty|)es de la belle céramique athénienne, ce sont des spécimens d’œnochoés et de t^y'^'-'’ fond noir où les artistes ont mis tout leur talent (5). Le dessin est d’une finesse qu’on ne retrouve
(1) PI. xii, fig. I“2; [Collignon, Cntnlofiue des vases peints de la Soc. arch., n" (>37.]
(2) PI. X, fig. 1; [Collignon, op. n® 50ü.]
(3) fVoy. t. I, p. 383, pl. XXI, xxii. .M. Benndorf en a publié nn en couleurs dans sa 3® livraison, pl. 38.]
(il [11 a été publié, mais d’une façon imparfaite, dans la 3® livraison de M. Benndorf, pl. 60, n® 2.]
(.3) [Voy. tome I, pl. vin, ix, x. M. Benndorf a publié dans sa 3® livraison, pl. 31, n® I, une fort belle œnochoé de style attique, actuellement au I.ouvre.]
T. II
.2,^ PEINTUHES CÉRAMIQUES
iMi Italie que sur des œuvres très rares, évideinuieut importées de Grèee. Il eût aussi été utile de faire eounaître, au moins par quelques exemples, ees 'O’ands vases où l’attieisme, sans perdre encore sa distinction, pi‘odigue l’or et les riches couleurs ( i). Benndorf et surtout M. Heydemann nous font entrevoir le genre de beauté propre aux vases athéniens du IV® siècle; ils laissent de côté les exemples les plus remarquables, les véritables chefs-d’œuvre. lœs vases d’ancien style sont presque toujours semblables en Italie et en Grèce; ceux du nouveau style, au contraire, qui furent fabrlcpiés alors que la civilisation athénienne, arrivée au plus liant point, sentait déjà les atteintes de la décadence, mais alliait encore aux grandes qualités d’autrefois innniment de goût, de grâce et d’esprit, se trouvent surtout en Grèce. Ils forment une riche série, que l’histoire de l’art ne saurait négliger.
Il serait injuste d’insister sur ces critiques. On ne peut, du reste, lire ces deux ouvrages sans voir à chaque page combien sont encore difficiles et nombreuses toutes les questions relatives aux vases grecs; mais on voit aussi que peu de sujets, promettant à l’archéologue plus d’heureuses découvertes, sont mieux faits pour le passionner.
Ce qui importe lout d’abord, c’est de classer lescéramiques. d’attribuer à chaque pays les vases qui lui sont propres, et ici tout est à faire (2). On connaît bien les vases dits de Corinthe, les lécythus blancs d’Athènes, les vases à couverte grise et à dessin d’un noir brillant qui se trouvent un peu partout, les amphores panathénaïques, les vases très anciens de ÎVIilo, de Santorin et des Cyelades , les poteries noires d hgine; mais aucun savant n’a une idée quelque peu sérieuse des céramiques du Péloponèse. Les vases de Béotie, recueillis aujourd’hui dans les collections piâvées, se comptent par centaines ; ils ont des caractères originaux reconnaissal)les à première vue; des sujels particuliers les décorent; je ne sache pas cependant que ces vases aient fait l’objet d’un
(1) [Voy. tome I, pl. xxxviii-xxxix.]
(2) [Outre le tome I du présent ouvrage sur les séries archaïques, le classement le plus méthodique qu on ait essayé jusqu'à présent pour l’ensemble des vases est donné par le Catalogue de Berlin, Jiesehreihunfj der Vascnsammlung ini Anliquarium, de M. Furlwaengler, 1885. Voy. aussi le récent volume de MM. Bayet et Collignon, La Céramique qrecque, 1888.]