‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 7 sur 48 · DE LA GKKCE P H OP HE · texte numérisé non relu

DE LA GKKCE P H OP HE

mémoire de quelques pages (i). Les coupes de Mégare ont à peine été signalées (a) ; il en est de même de la eéramitpie commune de Phalère (3). 11 serait l'acile d’étendre cette liste, si nous j)arlions des vases de commerce, de Rhodes, de Tliasos, de Guide, du Pont-Euxin. T.,a définition jiréeise des céramiques est la base de toutes les études de ce genre, et, ici, il est évident qu’à l’exemple de M. le duc de Lynes l’analyse chimique doit être appelée à notre secours, qu’elle doit s’aider de l’étude faite au microscope (4). Ce qu’il faut ensuite, c’est arriver à bien connaître les monuments qui se trouvent juxtaposés dans les mêmes fouilles. Il est déplorable que les découvertes en Grèce soient depuis si longtemps livrées au hasard, qu’on ne sache rien d’exact sur chaque trouvaille. Par eux-mêmes, les trois quarts des vases n’ont aucune valeur; presque tous sont précieux quand ori sait à (pielle place ils ont été découverts. La distinction des époques, pour les céramiques de la Grèce propi’e — si l’on excepte quelques grandes divisions, — est, à bien des égards, une suite d’hypothèses. Des observations bien faites, des journaux de fouilles aussi nombreux qu’il sera possible, lui jjermettront seuls de sortir de l’incertitude à laquelle elle est jusqu’ici restée condamnée.

Une fois ces préoccupations toutes matérielles devenues inutiles par le progrès de la science, aucune j)artie des études archéologif[ues n’offrira à l’histoire plus de sujets intéressants que la céramographie de la Grèce propre. 11 suffit, pour s’en convaincre, d’ouvrir les recueils de MM. Benndorf et Heydemann. Sans parler de la mythologie, des idées des anciens sur la mort, les vases sont V i//((Siraùo?f de la vie privée et publique de la Grèce ancienne. De riches séries de monuments rejirésentent des intérieurs, des Athéniennes avec leurs tilles et tout le personnel du gynécée, des scènes de toilette où un luxe tout oriental se trouve ennobli par l’atticisme, le travail en commun, des assemblées de femmes moins imaginaires et non moins attachantes que celles d’Aristophane, la causerie, le travail, le sommeil, les soins du ménage, le bain, le gymnase, l’éducation de l’enfant depuis le nouveau-né rpie

(I [Voy. tome I, pp. 371-377; Ravel et Gollignon, op. /., p. ;29“2. 2) [Voy. tome I, pp. 392-391.]

(3j [lôid., pp. 101, 102.]

(■1) [Ibid., pp. 10-12.]

PEINTURES CERAMIQUES

porte sa nourrice, depuis le cavalier de quatre ans qui galope sur une amphore, jusqu’à l’éphèbe dont nous suivons les jeux, les peines et les triomphes. On a vu plus haut que seuls les lécythus athéniens peuvent nous donner l’idée des habitudes des peintres grecs dans le choix et dans l’harmonie des couleurs. A ce point de vue, les céramiques de la Grèce propre ont un avantage important sur celles de l’Italie. Elles conservent tout ce qui nous reste encore, avec les belles plaques de marbre et les quelques fresques du musée de Naples, de la peinture de la grande époque.

lhar la variété des sujets, par la netteté de l’expression, les vases commentent souvent mieux que les bas-reliefs et les statues la poésie et l’histoire de la Grèce. C’est un des principaux mérites de àl. Bcnndorf d’avoir montré une fois de plus cette vérité, en comparant les peintures des céramistes et celles des poètes, surtout à propos des vases blancs. Les idées et les sentiments exprimés par les poètes, bien que nous les admirions presejue toujours, nous apparaissent rarement tels qu’ils sont. Nous les devinons à travers une langue que nous ne connaissons que par les livres. Ceux-là memes d’entre nous qui possèdent bien le grec doivent toujours craindre de transformer la pensée antique à l’image de leur pro[)re pensée. Il y a ainsi à chaque instant une foule de trahisons et de contre-sens aussi involontaires qu’inconscients. Les scènes figurées ont cet avantage que l’œil les voit telles qu’elles sont, que nulle préparation n’est nécessaire, qu’il est impossible de les transformer.

On ne peut vivre au milieu de ces peintures sans se rapprocher de la société qui les a produites, sans entrer dans rintimité des personnages. On arrive, sinon toujours à bien comprendre, du moins, ce qui est plus important, à mieux sentir ce qui est dans le caractère d’une époque, ce qui lui est contraire. En étudiant ce qui est particulier, on se pénètre peu à peu des idées générales. Il y a ainsi un travail incessant qui va du détail à l’ensemble, de l’ensemble au détail, pour donner a l historien la pins grande des (Qualités à laquelle il puisse prétendre, l intelligenee de la vérité vivante, où tout est nuance, mais où tout aussi ne saurait être qu’harmonie.

DE LA GREGE PROPRE

VASKS d’aXCIEX STYLE. ESSAI DE CLASSI FIC.ATIOX .

On a vu, dans le précédent cliapilre, quelles sont les questions d’un intérêt général que reprennent, pour les éclairer jiar des documents nouveaux, MM. Benndorf et Ileydeniann. Nous devons maintenant examiner les principales représentations inédites f[uc ces deux savants ont lait connaître, et tout d’abord essayer, ce qu’ils n’ont pas tenté, de les ranger selon l’ordre des temps. La classification suivante, qui admet d’importantes subdivisions, est consaerée j)ar la science. Elle permettra d’étudier, en respectant presque toujours la succession des époques, cette riche collection de inonunients, et aussi, pour ehaque jiériode, de rappeler ou de définir des séries de vases que ces recueils ont négligées :

i" Poteries d’ancien style; 2® peintures noires sur fond rouge; 3" peintures rouges sur fond noir; 4” lécythus blancs d’Athènes.

Les vases de la plus ancienne époque reproduits dans les deux recueils sont }jeu nombreux. M. Benndorf donne un plat votif ( L dans lequel les figures noires, relevées de rouge, se détachent sur un fond terreux (2). Le centre de la décoration est occupé par une rosace formée de sept fleurs ou boutons à peine éclos; une seconde bande circulaire contient quatorze personnages (3). Le premier éditeur intitule cette scène une bacchanale et n’entre dans aucune autre explication.

Un personnage, vêtu d’une longue robe (4), est à demi couché sur un lit devant lequel on remarque une table chargée d’offrandes. Il tient

(1) PL vu, Ministère des cuUes à Athènes.

(2) Je ne comprends pas celte indication de l’antenr, p. 21 : « Die lij,mren sind schwarz

auf rolhem geinaU. » J’ai sous les yen.x un dessin de ce monument dû à M. Ghaplain;

il indique un fond gris; ce qui est, du reste, d’accord avec mes souvenirs. G’est auf (jelbem firumi qu’il faut lire.

(3) Le nombre des personnages est le double de celui des Heurs, rencontre peut-être fortuite.

(l) Il semble que la tète soit couronnée de feuillages.

r E 1 N T U H E s GERA M 1 Ü U E S

un vase, une j)atère ou une coupe, symbole de la libation qui lui est offerte par un des assistants. Un joueur de flûte complète cette partie du tableau. Nous reconnaissons ici l’image tout à fait grossière d’une scène souvent traitée sur marbre à la belle éjjoque. Le potier a représenté un sacrifice à une divinité assise devant la tahJe da hanqnet. Les ex-voto àc ce genre ont été étudiés par plusieurs savants, en particulier par Welcker et par M. Stepliani; ils se reneontrent dans tous les musées. l^a table y est toujours, comme sur notre peinture, reetan<julaire ^ au lieu que la niensa tripes est réservée à la scène connue sous le nom iSe relias farad) re;\e. cratère s’y trouve placé près de la table; le dieu fait le geste que nous remarquons sur notre plat. J^es ex-voto aux divinités à table nous montrent d’ordinaire lüsculape ou Sérapis, aceompagnés d’Hygie ou d’isis. Sur un marbre inédit, encastré dans la forteresse d’Lnos, en Thraee, Hercule est assis près de Jupiter à demi couché (i). Quehpies-uns de ces ex-voto représentent une divinité jeune qui me paraît ôti'C Apollon. L’usage en Grèce, à partir du IV*^ siècle, j’éserva, semble-t-il, ce genre de représentation pour ces divinités peu nombreuses ; il n'en était pas de même aux anciennes époques où Dionysos et Hercule, par exemple, comme nous le savons par les vases peints, étaient souvent figurés à table (2). L’Italie conserva aussi longtemps l’usage des lectisternes . Le plat publié par M. Benndorf nous offre une des plus anciennes re[)résentations grecques aujourd’hui connues d’une divinité à demi couchée et prenant part à un banquet, le type premier d’une scène figurée qui a si souvent exercé la sagacité des antiquaires; là est, selon nous, l’intérêt de ce monument.

Le tableau comporte encore deux parties ; dans la première, les fidèles offrent un rhyton à un personnage vêtu d’une longue robe flottante; dans la seconde ils entourent un cratère (3). On sait le rôle que

(Ij (ie marbre, que j’ai vu en 1867, a été dessiné par M. Coquart, lors du séjour (lu’il fit à Énos avec M. Deville.

{‘i) On connaît en particulier l’amphore de la Pinacothèque de Munich, sur laquelle un tableau à figures noires et un autre tableau à figures rouges montrent sous deux aspects identiijiies Hercule et Dionysos à table (Otto Jahn, Vasmsaiiunl. zu München, p. lxxiii, note i94, et p. l'itt, n® 388.

(3) 11 peut y avoir ici quelque doute, tant la représentation est grossière; mais, si l’on com-

DE LA r.UÈCE PROPRE.

jouait le cratère dans les tètes bachiques; il avait donné son nom à plusieurs poèmes consacrés aux doctrines de l’orphisme. Je crois avec M. Benndorf que le plat se rapporte au culte de Dionysos. Toutefois le monument est très imparfait, et l’usaj^e de représenter les divinités à table parait avoir été trop général pour que, sur ce point, il y ait cer¬

titude.

iM. Benndorf ne se prononce pas sur l’origine de ce plat; nous pouvons ne pas imiter cette réserve. Les collections privées à Corinthe conservent des produits céramiques qui offrent tous les caractères de ce monument. J’ai fait dessiner le plus remarcpiable, qui appartient à AI. Tripos; c’est une cylix profonde représentant d’un coté une danse autour d’un ci’atère (i ), de l’antre trois cavaliers. Un dauphin, altribut de Neptune, indique (pie la fête est célébrée en l’honneur de ce dieu. La peinture reproduite par la planche vu de l’ouvrage de Al. Benndorf est certainement corinthienne. Les anti([uaires peuvent la considérer comme nn spécimen précieux d’un genre de fabrication propre à cette ville et peu remarqué jusqu’ici, bien que les exemples n’en soient pas rares.

Ce style particulier comporte, du reste, des œuvres qui a[>partiennent à des époques très différentes. La cylix de la collection Tripos est d’un dessin moins imparfait que le plat votif du ministère des cultes. AL Benndorf reproduit lui-mème (pl. vi) une assiette où la ligure est traitée par le même procédé, mais avec plus de fermeté. Cette [leinture représente nn lion tourné à droite. On remarquera fpie les pattes paraissent être terminées par des llammes. On rencontre à Corinthe de nombreuses preuves de l’usage conservé longtemps dans cette ville de [leindre les vases d’après les procédés anciens. Je signalerai une pyxis sur la({uelle se voient trois cygnes, accompagnés d’imitations de lettres (a), une cylix (3) où les animaux du plus ancien style se trouvent

paro cet objet à celui qui se trouve près du lit, on reconnaîtra, je crois, ([ue l’artiste a voulu représenter un vase et non un autel.

(E [Ce vase est actuellement au Louvre; il a été reproduit dans le tonie I, p. 239, îig. 50.]

(2) Collection Pbilémon à Athènes; hauteur, 6 centimètres. Triple pied. Fond terreux, tirant sur le jaune; peinture de couleur bistre.

(3) Collection Tripos à Corinthe. Ce vase et tous ceu.x qui sont cités ici comme inédits ont été dessinés par M. Chaplain.

PEINTURES CERAMIQUES

ù coté d’une tète de femme, de profd, de lo centimètres de hauteur, traitée déjà avee une préoceupation visible de la nature (i).

L’alabastron d’ancien style corinthien, dessiné par M. Heydemann, pl. Ml, lig. 3, était déjà connu par plusieurs publieations (2), mais n’avait pas encore été reproduit exactement. Ce vase, qui paraît provenir de Carysto, est aujourd’hui au Varvakeion. Il porte un cavalier qui eonduit deux ehevaux et dont la chevelure, ceinte d’une bandelette, tombe en tresses sur les épaules (3). Derrière lui un soldat nu, coiffé du casque qu’on retrouve encore dans les sépultures helléniques, les jambes protégées par des cnémides, tient un bouclier rond et une lance; à droite un oiseau se précipite sur un lièvre. Deux inscriptions se lisent dans le champ. Nous en avons enfin le texte exact, grâce à M. II eydemann (4) • B^HOMTPO't’OM, B^PPOlTATAM, t';c7rocTpo(prji;, iTCTroêaTaç. J^e tableau représente un départ pour la guerre sous d’heureux auspices, qu’indiquent l’oiseau de proie et le lièvre (5). ] d’inscription nous prouve cju’il ne faut chercher ici aucun sens particulier, aucune explication mystérieuse tirée de l’histoire ou de la mythologie, que la scène est toute simple et n’a besoin d’aucun commentaire : c’est ce cpii arrive pour un si grand nombre de peintures céramiipies. Le serviteur, l’écuyer, t77ïro<7Tpo<poç, 0; oi l'(7Tp£^pe p/.wvu^i^a; itîtuou; (6], conduit les deux cour¬

siers de son maître; celui-ci, t-TCoéara;, le cavalier, reconnaissable à ses armes, suit par derrière, eu attendant cju’il arrive sur le lieu du com-

(1) Ije pial votif reproduit par la ligure 2 de la planche viii, et dont M. Benndorf dit siinpleiiicnt qu’il représente un Centaure peint en noir, est à fond couleur de terre. Ce document appartient à M. Costi à Athènes. Il doit être rapproché, pour le procédé d’exécution, de ceux que nous venons de rappeler, bien qu’il soit d’une époque très postérieure. Un quatrième plat, Pégase regardant à droite, est à figure rouge sur fond noir ipl. viii, fig. I). Le caractère votif de ce dernier monument n’est pas certain.

(2) Corpus inscript., 7380 b; Raoul-Rochette, Lettre à M. Schorn, p. 0; Letronne, Revue archroL, t. lit, p. 380; Rullet. de rinst., 18ôl, p. 17; Otto Jahn, Beschreibumj der Vasensummlung p. XXYI.

(3) Les tresses ne sont jilus distinctes, mais il est facile de reconnaître la coiffure que l’artiste a voulu représenter.

(4) M. Benndorf a aussi dessiné ce monument, pl. xxx, fig. 10. Se reporter aux idanches pour la complète exactitude paléographique. [Voy. tome I, p. 234, 11“ o.]

v5) Il Aves movet deus », dit Sénèque, Quæst. nutur., II, xxxii.

(0) Iliade, xvii, 699.

DE LA G UE CE DROP RE

bat (i). Ce vase est de ceux qu’il faut toujours citer pour mettre les archéologues en garde contre les Interprétations trop ingénieuses.

Un plat déjà publié par M. Rliangabé (2) et un lécythus complètent, dans les deux recueils, cette première série. Le plat qui représente Achille s’armant en présence de Thétis, de Péléc et de Néoptolème (3), a, dit-on, été trouvé à Phalère. Sur le lécythus on voit la scène connue d’IIercule et de Cycnos (4). Ces deux monuments méritent, à tous égards, de figurer dans une collection de vases grecs. Ils comptent parmi les plus beaux spécimens de l’ancien style que la Grèce propre nous ait laissés, spécimens encore si rares. Ils montrent que, sous ce rapport, les œuvres céramiques trouvées à Corinthe ou en Attique ne le cèdent en rien à celles que l’Italie nous a conservées, que les jjrocédés sont les mêmes dans les deux pays (5).

En tenant compte des monuments publiés par Màl. Ilevdcmann et Benndorf, de ceux qui ont été décrits par d’autres savants ou qui restent encore inédits dans les collections privées et publiques, on peut, je crois, proposer pour tes céramiques de la Grèce propre, durant la période primitive, l'essai de classification suivante. Il montrera combien sont variés les produits de cette époque, quelle nouveauté d’études ils offrent à l’antiquaire.

I. Poteries trouvées à Santorin sous ta pouzzolane. Ce sont des vases grossiers, décorés d’ornements très simples. Il est évident que les artistes, à moitié barbares, ont voulu plusieurs fois reproduire les formes humaines, qu’ils ont cherché, par exemple, à imiter la gorge d’une

(1) 'iTTTTocTpôtfo; et 'iTiTToêita; soiit donoés par l’ape-Benseler comme des noms propres ( Würterbuch (1er Eigennamem ; mais les auteurs ne citent pas d’autres exemples (jue ceux que fournit le vase du Varvakeion. Ces mots ne sont-ils pas beaucoup plutôt des noms communs dont le sens est facile à comprendre?

("2) PI. VI, fig. i et p. (). Cf. Rliangabé, Aux amis de l'auliijuitr, tiammage du comité des anliguaires d'Al/iénes, Varis, ISlül; lJullet. de VInstit., 1870, p. 10.

(3) Nïov:ôa£[j.o:, d’après l’orthograpbe adoptée par le céramiste; [voy. tome I, p. 335.]

(ii 1*1. I, fig. i et p. 2.

(5) 11 faut encore rapporter cette période une bydrie, de couleur jaunâtre, découverte à Phalère, aujourd’hui dans la possession de M. AVilberg â .\tbènes qieydemann, p. 1 i). On y voit trois dauphins nageant à droite et les inscriptions suivantes, en caractères d’ancien style: BPY^ONO^^IM |-.), KEPBEN, ^PO^^V.

;U PEINTUHES CÉRAMIQUES

lemme. Les premiers de ces vases ont été clécouverls par M. Fouqiié, lors du séjour qu’il fit dans l’île pour y étudier l’éruption du volcan; ils sont dessinés dans les At'chives des inissions (i). Depuis cette époque M. G orceix, qui s’était associé M. Mamet, a repris les louilles et recueilli un grand nombre de nouvelles poteries; réunies à l’École française d’Athènes, elles y forment un musée qui mériterait d’étre connu. Le travail que M. Gorceix a consacré à ces découvertes est resté jusqu’à ce jour inédit; il est à souhaiter qu’il soit publié au plus tôt et que la science puisse enfin profiter de monuments aussi précieux. Ces vases sont les produits céramiques les plus anciens que la civilisation grecque nous ait laissés; ils remontent à une époque où le cratère de l’île de Santorin s’élevait encore entier (2) au-dessus de la mer.

2. Vases phéniciens des Cyclades, beaucoup plus récents que les précédents, et (pi’il faut attribuer cependant, comme le remarque AL de Witte, au xii" ou au xiiC siècle avant notre ère. Ces poteries, formées d’une terre grise, sont souvent de grandes jarres à deux et trois anses; la décoration consiste en bandes, en zones, en zigzags, en lignes courbes, de couleur bistre sur fond gris. La Bibliothèque nationale à Paris, xAIAI. de Cigala et Délenda à Santorin, possèdent de beaux spécimens de ces vases, l^e plus remarquable, rapporté de Grèce par AL Fr. Lenormant, en i8f)6, est aujourd’hui dans la collection de AL le baron de AVitte, à Paris (3).

3. Poteries également sans figures; la terre est décorée d’ornements gris, noirs, bistres, jaunâtres, s:uis éclat, mais plus réguliers que sur les vases des Cyclades. Formes du reste plus variées et parfois élégantes, vases de petites et de grandes dimensions. Il faut reconnaître ici les produits d’un art national qui a créé sans imitation ces poteries

(1) T. 1\ , I8C7, p. :223. [Voy. noire tome 1, pp. 19 et suiv., pl. 1 et ii.J

(2) Les louilles de IvIM. Uorceix et Mamet ont été interrompues; elles pourraient être reprises avec la certitude d’un complet succès, ün voit partout, sur les côtes de l’île, des traces de maisons semblables ii, celles que les explorateurs ont déblayées et qui ont donné une si riche suite de vases. 11 y a là une véritable Pompéi enfouie sous la pouzzolane; mais de combien de siècles est-elle antérieure à celle que le Vésuve a recouverte!

i3) De Witte, Étude sur les vases peints, 1895, p. 35; I)e (/uelques antiquités rapportées de (rrèce, I8ti(), p. 16. Voy. aussi Bronjrniart et Riocreux, Description méthodique du musée céramique de Sèvres, 1813, pl. xiit. [Cf. notre tome 1, pp. 81 et suiv., pl. v.]

DI* LA GRLCE PROI'RE.

i'ti)

très simples. On les rencontre dans toute la Orèce (i). Dodwell en signale des s|)éciincns intéressants à Mycènes et à l^gine, Bnrgon aux environs de Smyrne, Stackcibcrg en Attiqne, M. Salzmann à Rhodes. Les voyageurs en recueillent tons les jours des fragments sur les mines de Mycènes, où l’on trouve aussi des vases du même temps en forme de navettes (2). On pourrait donner provisoirement aux poteries de cette classe le nom de tifpe de Mijcènes, pour les distinguer des vases des Gyclades dont elles se rapprochent, mais avec lesquels il est utile, pour le progrès des études, de ne pas les confondre.

4. Tifpe de Les spécimens les plus remarquables de cette classe

appartiennent au ministère des cultes, à Athènes. Ils ont été publiés par M. Conze (3). Nous arrivons à la période historique, au viii'’ et au vu' siècle. Les dieux sont déjà représentés sous leur forme grecque. Bien que l’intluence de l’Asie soit encore très sensible, la civilisation hellénique est entrée dans la voie originale où son développement va s’accomplir. Des ornements anciens, des bandes d’animaux, encadrent des processions, des personnages traînés sur des chars, des divinités parmi lesquelles on reconnaît Apollon et Artémis. Le fond de ces vases est de couleur claire ; mais les figures offrent des teintes plus riches et plus vives que les poteries des classes précédentes.

5. Tjjpe d’Athènes. Ces vases, aujourd’hui nombreux, présentent des proportions très variées, depuis la grande amphore jusqu’à l’alabastron d’un décimîdre de hauteur et meme plus petit. Le fond est jaunâtre; les iigures sont de couleur brune tirant sur le rouge; la décoration disposée par bandes témoigne d’un^goùt et d’une habileté médiocres. Les contours des personnages manquent de précision; le potier s’est borné à indiquer les membres par des traits, le cor[)s [)ar un trait jdus tort. Des lignes, des chevrons, des rosaces complètent la décoration ; on ti'ouvc

(1) De Witte, Etude sur tes vases peints, p. 35.

{'•2) Athènes, coUnction Philéinon, navettes à anse de S centimètres de longueur, i\ lond jaune pile : (piatre bandes de couleur bistre dans le sens de la longueur. Autre type i)lus long, 15 centimètres, couleur grise : huit rangées d'ondes dans le sens de la longueur, séparées par une bande en deux groupes, l’un de cinq, rautro de trois ondes. [Voy. tome I, pp. il et suiv., pl. IV.]

(3) Mefisrlte l'Itongefæsse, gr. in-folio, Leipzig, IStli. |Voy. tome I, pp. “213 et suiv.]

PEINTURES CÉRAMIQUES

vUi

aussi parfois des ornements en relief, par exemple sur un vase conservé au musée de l’Acropole, des serpents modelés avec soin. T^es peintures principales de ces poteries représentent d’ordinaire des cavaliers, des processions, des seènes funèbres, surtout l’exposition du mort (i). Les personnages y sont parfois très nombreux. Un grand vase de ce genre, sorte de jarre, acquis récemment par le Varvakeion, ne compte pas moins de quatre-vingt-dix à eent figures. Cette classe de monuments est encore à peu près inconnue des antiquaires; elle mérite d’autant plus d’ètre étudiée qu’elle conserve les plus anciennes représentations que nous possédions des rites funèbres helléniques. On a remarqué (pi’en général ces sortes de représentations ne paraissent sur les vases que dans la dernière période de l’art. L’observation est juste, si l’oii se borne à considérer les céramiques italiotes, les seules que les areliéologues aient étudiées en détail jusqu’ici; elle cesse d’ètre vraie, si l’on passe à celles de la Grèce proj^re. En effet, le caractère funèbre et la haute antiquité des monuments que nous rangeons dans cette classe sont également incontestables. Un examen un peu attentif des céramiques de Grèce montrera combien il faut modifier d’opinions émises avee une complète vraisemblanee sur les peintures de vases par les érudits qui font, à juste tifre, autorité en ces matières.

6. Poteries de Phalère. Ces vases ne se sont rencontrés, jusqu’iei, que dans les nécropoles de Phalère, où l’on a commencé à les recueillir depuis quelques années seulement. Ils offrent des caractères c[u’il est faeile d e reconnaître. Ce sont, en général, des poteries de petites dimensions, des bouteilles à long col munies d’une anse, des tasses, des eoupes profondes. La terre est épaisse, de couleur jaune clair. Des bandes, des traits haehés ou en zig/.ags, auxcpiels se trouvent mêlés des cavaliers et des animaux, en composent la décoration. Ces ornements ont une teinte jaunâtre sans éelat. Ces produits céramiques se rapjjrochent de ceux de la classe préeédente, dont ils diffèrent surtout par l’aspect de la terre et par les proportions. Le Varvakeion possède une suite assez riche de vases de ce genre; le Pritish Muséum vient d’en

(I) [Vuy. tome I, pp. 98 et suiv.]

DE LA GHECE PROPRE

HT

acquérir quelques s|)éeinîens remarquables. Ils n’ont fait encore l’objet d’aucune étude spéciale (i).

J. Vases corinthiens. Bien que cette dénomination puisse donner lieu à des objections sérieuses, elle désigne des monuments si bien connus sous ce nom, qu’il y a peut-être avantage à la conserver jusqu’au moment où l’on pourra la remplacer par une autre plus exacte et moins contestable (2). Il est certain aussi que ces sortes de vases se trouvent en abondance dans tout le territoire de Corinthe. Ces poteries, qu’on voit depuis longtemps dans tous les musées, sont trop familièies aux archéologues pour qu’il soit utile de s’y arrêter. On a remarqué depuis longtemps qu’elles présentent des variétés importantes; mais il n’est pas encore facile d’y établir des divisions suffisamment j^récises. Si l’on considère la couleur de la terre et des peintures, on y reconnaîtra des poteries grises à figures noires relevées de rouge, comme est le plat publié par IM. Benndorf, des poteries jaunâtres à figures sombres, relevées de violet et de blanc, et nombre d’autres différences d’exécution (3).

Une classification plus simple consisterait à placer dans un premier groupe les vases décorés d’animaux, de figures bizarres et monstrueuses, d’oiseaux à têtes de femmes, etc.; dans un second groupe, les poteries

où paraît la figure humaine, en rangeant les monuments selon le plus ou

moins de mérite de l’exécution, d’abord incertaine, par la suite plus ferme et plus précise; dans un troisième groupe les peintures accompagnées d’inserlptlons (4). ^lais on ne doit pas se dissimuler que ces styles se confondent souvent, et que, dans un même groupe, on rencontre des produits qui appartiennent certainement à des fabriques différentes. Il faudrait enfin réserver une dernière elasse pour les vases qui, tout en

(1) [Voy. le tome I, p. 101, et Bcehlau, JahrhucJi des Jnst., I8<S7, pp. ti et suiv.]

(“2) On les a appelés aussi vases phéniciens, psen do-phéniciens, fjréco-phéniaens, vases de sti/te asiatif/ue ou oriental. [11 y en a dans le nombre qui sont certainement attniues ; voy. le tome 1, p. ;-{2‘J.]

(3) M. de Witte {Études sur les vases peints, p. 39) propose la classification suivante : t" aspect terne, ornements d’un ton orangé et d'un noir l'au.x, sans reflet; 2” dessin d’un noir terne mais plus franc, sans mélange avec une autre couleur; 3® ligures noires relevées de teintes violacées et de couleurs blanches.

(i) [Cette classification a été suivie dans le tome I, chap. xi, xvi, xvii.]

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élant traités d’après l’ancienne manière, sont des œuvres relativement l'écentes. Ti est certain, par exemple, f[nc le plat du VarvakpAon publié j)ar M. Rhan^abé, si l’on considère les inscriptions et le caractère des figures, est d’iine époque on les peintures noires sur fond ronge étaient déjà en usage et avalent atteint une remarquable perfection.

8. Vases béotiens d’ancien style. Ges vases doivent être classés à la fin de cette période et an commencement de la période suivante. Ils représentent des animaux évidemment imités de ceux qui sont figurés sur les poteries corinthiennes; mais ces peintures se détachent sur nn fond jaune vif, qui n’est pas la couleur naturelle de la terre; elles sont souvent d’un noir brillant; enfin la forme principale de ces vases, qui est celle du lécythus à forte panse, appartient surtout à l’époque suivante (i).

On doit encore ])lacer ici des poteries d’une époque postérieure, qui se rapprochent, pour le procédé de fabrication, de celles (|ue nous venons d’énumérer. Tel est le plat à fond terreux ([ue M. Benndorf a dessiné, pl. VIII, (ig. î>., et qui représente un Centaure. On trouve en Grèce de petits vases d’une terre très fine qui ne portent pas de couleurs, mais des dessins à la pointe. Le style de ces figures indique une é])oque déjà avancée. Je signalerai, dans ce genre, un alabastron conservé à Athènes (2), sur lequel on volt deux bandes d’animaux, un lièvre poursuivi par deux chiens, et au-dessous un lion, nn taureau et un sanglier. Ges sortes de vases ne rentrent dans aucune classe bien définie : ils sont des -exceptions auxquelles il est difficile d’assigner une place qui soit complètement justifiée (3).

(1) [Sur la classe béotienne archaïque, voy. le tome I, p. ;2.S7. M. Lœscheke se refuse, avec raison suivant moi, à admettre une catc-gorie béotienne des lécythes à ])anse renllée et à figures noires (Arch. Zeitimij, 1881, p. 82). On les trouve aussi bien en Attiipie et en Italie, et il est plus probable qu’ils appartiennent à la fabrique attique du vG et du v“ siècle.]

(2) Collection particulière. [Ce petit vase a été publié et étudié par .M. Furtwaengler, Ai'cfi. Zeitunçj, 1888, p. 161. Il le rapporte à la catégorie proto-corintbienne.]

(8) Les archéologues se sont souvent préoccupés de savoir si l’on trouve en Grèce des poteries noires à l’intérieur et à l’extérieur, décorées de reliefs très anciens ou de figures à la pointe. On sait combien ce style est fréquent en Étrurie, où il admet plusieurs subdivisions. Je ne sache pas que, jusqu ici, il se soit rencontré ni dans la Grèce continentale ni dans les îles. Il serait important de pouvoir montrer qu’il a été connu dans les pays bellé-

DE LA OHÈCE PROPRE

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