CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES CÉRAMIQUES PRIMITIVES
la céramique grecque des époques suivantes. L'ouvrier imite directement la nature ; la poterie grecque d'un Age ultérieur reproduit les types que l'industrie orientale lui a fournis.
Dans les sujets empruntés au règne animal, les figures choisies sont aussi, de toute évidence, celles qui frappaient le plus les contemporains ; les ouvriers imitent les types qu'ils ont sous les yeux. Leurs préférences leur sont inspirées par les haljitudes de la vie journalière. La pieuvre ouoctapode prédomine : c'est un motif de décoration que nous ne trouvons dans aucune autre civilisation connue. A côté de la pieuvre, nous voyons des coquillages. Il est naturel de penser que cette civilisation est celle d'un peuple marin.
Plusieurs formes ne sont pas différentes de celles qui prédomineront en Grèce à l'époque classique ; les autres procèdent des mêmes principes. De telle sorte que cette industrie, si originale qu'elle soit, n'est pas de tous points l'opposé de celle qui se développera plus tard dans les mêmes pays et que, bien au contraire, entre ces temps reculés et l'âge du développement artistique qui est vraiment grec, nous saisissons un rapport évident.
La date relative de ces civilisations n'est pas discutable ; elles se succèdent dans l'ordre que nous avons indiqué : Hissarlik, Santorin, lalysos, Mycènes, Spata. Hissarlik marque une période toute primitive ; Santorin, un état déjà beaucoup plus avancé; lalysos, la perfection de l'ornementation végétale et géométrique telle que ce style la comprend ; Mycènes, l'abus de ces principes de décoration ; Spata touche au moment où l'influence asiatique va devenir prépondérante.
Avant même de chercher s'il est possible de trouver des dates vraisemblables dans cette période, nous sommes forcés d'admettre qu'elle a été très étendue, et qu'elle comprend une grande partie de l'époque que nous sommes habitués à considérer comme légendaire, parce que les documents précis qui nous permettraient de nous en faire une idée scientifique ont manqué jusqu'ici. Il est bien peu de savants qui aient consenti à commencer l'histoire régulière de la Grèce avant le viii" ou le ix" siècle ; l'étude de l'art le plus ancien ne remonte pas au-delà de ces
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époques. Les nouvelles découvertes mettent sous nos yeux toute une suite d'objets qui appartiennent aux. temps de la légende et des mythes; elles nous apportent un élément positif et tout matériel pour des âges où nous avions surtout des traditions religieuses et poétiques. N'eussentelles que ce mérite, elles nous rendraient déjà d'importants services.
L'histoire des pays grecs, — nous les appelons de ce nom faute d'en trouver un autre plus court, — avant le vni" et le ix'' siècle peut dès maintenant être étudiée avec une précision scientifique qui était inespérée autrefois. Les documents sont de trois sortes : les restes des anciennes civilisations, poteries, bijoux, etc., les témoignages que fournissent l'Egypte et l'Orient asiatique, les légendes et les traditions des Grecs. Il serait facile de se borner ici à quelques rapprochements isolés qui donneraient une idée de ce que l'érudition peut espérer par la suite. Je crois que la prudence la plus scrupuleuse peut aller beaucoup plus loin, et que multiplier ces comparaisons en en montrant les conséquences générales est une œuvre utile. Je n'expose pas une théorie satisfaisante de tous points, je ne prétends pas tout expliquer; je voudrais seulement marquer ce qui, pour l'esprit le plus réservé, doit être admis avec une vraisemblance voisine de la certitude ; on verra aussi combien la part de l'inconnu reste grande.
Peut-on fixer des dates approximatives aux civilisations que représentent ces cinq céramiques? Elles sont toutes contemporaines de la connaissance du bronze, mais nous ne savons pas à quelle époque ce métal a commencé à être en usage en Orient, et cette époque est probablement très reculée. En même temps, elles connaissaient toutes aussi les instruments et les armes de pierre, et elles s'en servaient d'autant plus qu'elles étaient pins nnciennes. On le voit pour Hissarlik et pour Santorin. Il est très vraisemblable qiu^ l'usage des métaux a prédominé de bonne heure dans des pays qui ont été civilisés les premiers en Europe. Vers le X'^ siècle, au temps de l'Iliade, les armes de métal sont
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seules employées (i), et sans doute il serait permis de remonter beaucoup plus haut. Mycènes et Spata voient linir' l'usage de la pierre poiii' les armes. Ces remarques permettent de constater une antiquité reculée, mais sans nous fournir les éléments précis d'une discussion chronologique.
Les poteries de Santorin sont antérieures au cataclysme qui a donné à l'île la forme de croissant qu'elle a aujourd'hui, f/'s géologues ne fixent pas l'époque de l'enfoncement du cratère d'éruption; ils pensent cependant que cet événement a dû se produire environ vingt siècles avant notre ère. Il est notable qu'une catastrophe aussi considérable n'ait laissé aucune trace dans les traditions des Grecs; je ne puis citer aucune allusion qui paraisse s'y rapporter. Hérodote nous permet de retrouver l'histoire de Santorin jusqu'au XV" ou au XVP siècle. Il place la colonie de Membliarc huit générations avant celle de Théras (2). On verra plus loin comment certaines données des traditions grecques, quand elles sont foui'uies par des autorités graves et d'accord avec d'autres faits, ne peuvent pas être négligées. Il y aurait autant d'inconvénient à les admettre absolument qu'à les dédaigner sans examen. Huit générations font à peu près trois cents années : la colonie de Théras étant du XII" ou du XIH" siècle, on voit la date à laquelle nous arrivons. Il est permis de croire que le cataclysme ne s'est pas produit pendant l'époque que résume Hérodote. Ces conclusions sont d'accord avec celles des géologues : nous avons donc une date minima qui paraît être le X\ P siècle.
Les fouilles d'Ialysos ont donné, avec les vases, un scarabée d'Aménophis III, qui semble prouver que ces poteries ne sont pas antérieures au XVP siècle (3) ; qu'elles soient de cette date précise, c'est ce qu'il est impossible d'admettre avec certitude.
A iMycènes, les objets ou les principes d'ornementation asiatique dont l'origine est certaine paraissent être antérieurs à la civilisation de Ninive, telle que nous la connaissons par les monuments du X^ et du IX*" siècles. Nous n'y remarquons rien qui rappelle les types adoptés
(1) Sauf quelques exceptions qui n'infirment pas cette vérité générale.
(2) Hérodote, iv, i47.
(3) Newton, Edinburgh Review, janv. 1878, p. 2ol.
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dans les palais de cette époque. Nous y trouvons un élément asiatique qui n'est pas égyptien, qui n'est pas ninivite ; toutefois, à côté de cet élément, il est possible de constater des objets dont le caractère plutôt égyptien est probable. Un cratère d'albâtre est semblable à ceux qu'on a découverts en Egypte; deux ascos de Mycènes ont leurs analogues au British Muséum, dans une série de vases égyptiens d'une grande antiquité. Nous sommes amenés à admettre, par hypothèse, pour le moment, que la collection de Mycènes est antérieure à l'époque où les principes de décoration que nous voyons à Ninive au X" siècle, mais qui remontent à une époque beaucoup plus reculée, ont commencé à exercer une influence prédominante dans l'orient de la Méditerranée.
L'applique de Spata qui représente un homme coiffé d'une tiare, sans être exactement assyrienne, se rapproche des types de ce pays et peut en être une imitation. Les combats d'animaux rappellent ceux que nous voyons à Ninive au X"" siècle ; si peu nombreux que soient les documents, l'influence assyrienne est évidente.
Ainsi, me scmble-t-il, l'étude archéologicjue permet d'arriver aux seules conclusions suivantes : les poteries de Santorin sont antérieures au XVP siècle et plus récentes que celles d'Hissarlik. La date de celles d'Ialysos est incertaine, mais elles précèdent l'industrie de Mycènes ; les objets de Mycènes précèdent d'assez longtemps l'époque où la décoration phénicienne telle que nous la connaissons pour les environs du X*" siècle, associe des éléments empruntés à l'Egypte et à l'Assyrie, et sert de modèle principal aux ouvriers des pays grecs.
Les documents orientaux, dans une certaine mesure, peuvent compléter et préciser ces conclusions (i). Pour ne prendre que les résultats f(ui ne donnent pas Heu à discussion, les Egyptiens de la XVIIL dynastie, au XVII' siècle avant notre ère, firent la conquête de la Syrie et
(1) Do Rougé, les A/tcif/ues dirifjées contre l'Êfjijple par les peuples de la MédUerranée, liev. arch., 1867; Chabas, Étude sur l'anttquilé lihlorique d'après les sources é(jypliennes, 1873.
CARACTÈRES ci';nI':raux des céhamiques primitives.
de [)lu.sieurs îles de la Méditerranée ; ils allèrent aussi jiisf|u'à \inive. A partir de eette époque, ils dominèrent sur la Pliénicie ; c'est |>robablenient la date la plus reculée à la([uellc on puisse rappoi'tei- les objets phéniciens (jui témoignent d'une; lorte influence égyptienne. Au XIV'' siècle, liamsès II Méïamoun eut à lutter non seulement contre les Khétas et les habitants de la Syrie, mais contre une ligue de peuples qui venaient des côtes de l'Asie Mineure et que l'on croit pouvoir reconnaître. C'étaient des Mysiens, des Lyciens, des Pisidicns, des Dardaniens. Un peu plus tard, sous Ménephtah, une invasion par mer menaça l'Egypte ; elle avait le caractère d'une véritable migration ; les envahisseurs attaquaient le pays pour s'y établir; ils amenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants.
Les textes nomment les Robous (Libyens), les Lekas (Lyciens), les Tourshas (Tyrrhéniens), des Saikalas (Sicules), les Shardanas (Sardes), les Akaïvasas (peut-être les Achécns) ; nous n'avons pas de peine à comprendre pourquoi nous retrouvons une civilisation qui suppose une marine, à une époque reculée, dans les Cyclades et en Grèce. Il est clair aussi que, depuis le XVIP siècle, il y eut, dans eette partie de la Méditerranée, de grands mouvements de peuples qui abandonnaient leur pays et en cherchaient d'autres, des migrations comparables à celles que nous voyons à la fin de l'empire romain ; enfin, de quelque race que fussent ces peuples, ils étaient alliés des Phéniciens ou Rhétas, et il est impossible que ces relations continues n'aient pas eu d'influence sur les progrès de l'industrie.
La Phénicie fut conquise par les Assyriens au XIP siècle au temps de Touklat-Habal-Asar. C'est à cette époque que les motifs religieux des Assyriens durent commencer à devenir prépondérants dans l'ornementation phénicienne. Il est peu probable que les relations établies entre les Khétas et Ninive au temps de la XVIIP dynastie aient eu à cet égard une grande influence; et même je ne crois pas que cette influence se soit manifestée, d'une façon notable, avant l'époque où Assour-Nazir- Habal soumit à nouveau la Phénicie. Le XIP siècle ne serait donc, d'après une conjecture qui est au moins très vraisemblable, qu'une date extrême. Ainsi les objets de Mycènes qui ne portent pas trace de la décoration ninivite peuvent être du XIP siècle.
LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES
L'époque principale des colonies phéniciennes est comprise entre le XVir et le XIIÏ'" siècle. Le commerce des Phéniciens dura pendant toute l'antiquité. Presque tous les objets asiatiques que nous trouvons dans les pays méditerranéens y ont été apportés par leurs marchands. ÏNous pouvons fixer des dates extrêmes à toute décoration qui n'est ni égyptienne ni assyrienne, mais ici il y a lieu de tenir grand compte d'une difficulté : nous savons ce que les Phéniciens ont emprunté aux Egyptiens, nous ignorons ce qu'ils ont donné aux Assyriens. Depuis quelques années, la science a fait un grand progrès : elle a diminué la part d'influence qu'il faut reconnaître à l'Egypte sur l'art et l'industrie des pays grecs; elle a précisé celle de l'Assyrie; cependant il faudrait pouvoir distinguer, dans l'art assyrien, ce qui est propre à cet art, ce qui est dû aux Phéniciens, bien que ce dernier peuple passe, probablement avec raison, pour avoir plus imité qu'inventé. Nous ignorons ensuite si les Phéniciens n'avaient pas de modèles en Asie Mineure avant les Assyriens ou plutôt nous pouvons affirmer « prio/'i qu'ils en avaient; les nouvelles découvertes montrent chaque jour l'importance plus grande des industries asiatiques antérieures au XII' siècle (i). Nous savons de plus, et très bien, que les Phéniciens possédaient un art très avancé longtemps avant le XII' siècle, ce qui n'est que naturel pour un peuple dont l'histoire remonte au XX' siècle. Sur les bas-reliefs de ïhoutmèslll, de la XYIIP dynastie (2), les Khétas, fraction de la population phénicienne de la Syrie, apportent au pharaon des vases qui témoignent d'une industrie très développée. Ce sont les formes mêmes que la Grèce adoptera : l'olpé, l'œnochoé, le cratère, la coupe, l'amphore. Bien plus, dès le xvi'' siècle, la rosace décore ces vases ; elle paraît sur des coupes profondes à long pied et à anses. Sur ces mêmes bas-reliefs, des habitants du Nord offrent au roi des vases coniques qui reproduisent une forme fréquente à Santorin comme à lalysos, Pl. 1, f. 4; pl- III^ f- i3 (3). On remarque aussi une bouteille à long
(1) Voir ch. VII et viii, Sfi/la (immélrlque ; ch. ix, Influence orientale.
(2) Hoskins, Tram;k in It^t/iiopia, Londres, IH3o. p. 228 et suiv.
(3j Sur hi forme des vases égyptiens et sur rorncmentalion qui les'décorc, voir chapitre ix, section IM. .
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col renversé (i) et des lùles de vache (jiii i'a[)[)ellcnl celle (jiii a été découverte à Mycènes (2).
l^e temple de Salomon, an déhui dn \' siècle, suffit poui- montrer chez les Phéniciens une industrie déjà florissante et qui peut donner à l'Assyrie autant qu'elle lui emprunte : boutons de fleurs épanouis, fleurs de lis, palmes ou ieuilles, bordures de j^renades, chérubins aux grandes ailes, bœufs, taureaux, colonnes de bron/.e avec chapiteau en forme de fleur de lis, chandeliers d'or, or appliqué sur les sculptures, mer de bronze, coupes, tasses, bassins. La fabrication de ces objets ci ces motifs de décoration étaient familiers aux ouvriers d'Hiram. Cet art phénicien, arrivé à une assez grande perfection, peut expliquer quelques objets surprenants de la collection de Mycènes, comme est la tête de vache en argent; mais qu'il ait plus ou moins prêté ou emprunté à L'Assyrie, comme nous n'avons pas dans la collection de motifs nettement assyriens, les conclusions que nous sommes amenés à proposer pour une date approximative n'en sont pas changées.
Comme l'industrie phénicienne avait été de bonne heure très habile, et que les produits que nous pourrions lui attribuer dans cette collection sont peu nombreux, il est aussi vraisemblable que nous sommes à une époque où les relations de ce pays n'étaient pas encore fréquentes avec le Péloponnèse, et assez loin du moment où l'Iliade a été composée : ce qui s'accorde avec la date qui nous paraît être la plus probable. Les céramiques de Santorin, lalysos, Mycènes et Spata s'espaceraient donc sur cinq siècles environ, en commençant vers le x\f siècle, et, pour donner à notre théorie une précision qui rende la suite du raisonnement plus facile, mais dont le caractère encore hypothétique n'échappera pas à ceux qui nous ont lu avec attention, nous aurions, avant le xvi' siècle, Hissarlik; au xvi% Santorin; au xi\% lalvsos; au xni'' ou au xn', Mycènes, et au xi% Spata (3).
(1) Nous voyons dans cet art des tributaires quelques tj^pes que nous ne trouvons pas en Egypte, mais les éléments communs à ce pays et aux peuples vaincus sont aussi très nombreux (voy. ch. ix), et il y aurait grande erreur à considérer comme exclusivement nationaux les vases qu'apportent les Khétas.
(2) Voy. p. 00.
(3) Voyez plus loin, ch. vu, vin et ix.
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Si on ramène à quelques conclusions très simples les données compliquées et contradictoires qui résultent des traditions légendaires des Grecs, on est, je crois, forcé d'admettre un certain nombre de faits qui sont vrais d'une façon générale, sans que nous en puissions bien connaître ni le détail ni la date précise.
Aussi loin que nous remontions, nous voyons aux origines de l'histoire grecque, telle que les Grecs la racontaient, une population dominante qui est connue sous le nom de Pélasges et à laquelle sont mêlées des races très différentes. Ces Pélasges ont l'habitude de la mer, puisqu'ils vont s'établir dans les îles et qu'ils passent plusieurs fois d'Europe en Asie. Leur marine est positivement citée comme la plus ancienne qui ait dominé sur ces mers. Ils sont étroitement unis aux Tyrsènes, qui étaient bons marins, et qui vinrent s'établir en Etrurie. La suprématie des Pélasges est successivement combattue par les Thraces, qui ont aussi une marine, par les Phéniciens et par la race hellénique (i). Les auteurs grecs donnent un certain nombre de dates. Nous suivons celles de Callimaquc et d'Ératosthène, en ne tenant pas compte des différences quand elles sont légères. La première apparition des Phéniciens en Grèce, dont nous sachions l'époque, est du xv" siècle, avecDanaiis; Cadmus est phicé à la fin du xiv'' siècle ou au début du xni". Ils personnifient les relations de commerce que la Phénicie eut alors avec la Grèce, mais non une occupation du pays. L'arrivée des Hellènes vers le même temps substitue une race nouvelle aux Pélasges. Ce fait est du xv' ou du xiv'' siècle. A cette époque domine dans l'Archipel luic marine carienne et phénicienne, à coup sûr asiatique. Elle est remplacée par la tlialassocratie crétoise (ju'instituc Minos, ou du
(1) Voir les Icxlcs principaux, réunis par M. d'ArI)ois do Jubainvillc : Les prcviicrs habitanls de l'Euriqie, liv. I, cli. iv; liv. II, ch. vin.
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moins clic parlaj^c la mer avec clic (i). Pendant ce temps, la Grèce continentale s'organise et s'agite.
L'expédition (pii est connue sous le nom de gtiei re de Ti oie appartient au \n'' siè(;le. Elle est suivie dans la Grèce propre du reloiir d'iui certain nombre de peuples qui en avaient été chassés : c'est la dernière époque de changements profonds; après ces agitations, les diverscs^ tribus de la race grecque sont désormais définitivement fixées dans les pays qu'elles occuperont durant toute la période classique. La grande expansion des colonies, qui a commencé après le retour des Héraclides, va couvrir de villes nouvelles toutes les cotes de la xMéditerranée. Nous arrivons à l'histoire positive; le cycle des légendes est terminé.
Ce récit est d'accord avec ce que nous savons par les témoignages égyptiens. Il est évident que toute l'époque qui s'étend du xm' au xiv" siècle fut remplie par de grandes migrations de peuples que nous retrouvons mentionnées sur les monuments de Thoutmès III et de Ménephtah. On voit dans ces récits le nom des Tyrsènes ; il ne serait pas surprenant qu'on y reconnût celui des Pélasges, bien que sur ce point il y ait encore doute. Les inscriptions de l'Egypte racontent, au point de vue d'une histoire nationale, des faits dont les traditions grecques ont conservé le souvenir sous d'autres rapports; mais les faits sont les mêmes et s'expliquent par l'état de la Grèce et des côtes d'Asie. C'est aussi après le xvu" siècle, à la suite de l'expulsion des Hyksos et de la conquête de la Phénicie par l'Egypte, que la marine phénicienne dut prendre une plus grande importance. Ici encore la tradition n'est pas •contredite par les témoignages positifs. Le caractère maritime de ces premières populations, telles que les peignent les légendes, est celui-là même que permettrait de deviner une ornementation qui reproduit de préférence des coquillages et des poissons.
11 est remarquable que Thucydide ramène toute l'histoire de la Grèce primitive à celle des marines qui ont dominé sur les Cyclades. Quand Diodore, dans un catalogue que nous connaissons par i'^usèbe, énumère les puissances maritimes qui se sont succédé dans les pays grecs, il se fait sans doute l'écho de témoignages anciens et autorisés. Il cite d'abord
(1) Thucydide, I, 3 et suiv.
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les Pélasges et les Lydiens, puis les Thraees et les Phrygiens, enfin les Rhodiens, les Cypriens, les Phéniciens et les Egyptiens, quatre noms qui désignent surtout la marine phénicienne, et il montre bien que les plus anciennes populations de la Grèce étaient maritimes (i).
Si nous n'avions que les textes des historiens, nous devrions placer les objets de Mycènes avant l'époque où l'industrie grecque commence à montrer les qualités que les siècles suivants porteront à la perfection, alors que les populations sont encore dans un perpétuel mouvement, et certainement avant le retour des Héraclides. Nous devrions chercher une date aussi rapprochée qu'il est possible de l'époque où la civilisation grecque va être si profondément modifiée, et il nous serait difficile d'en trouver avec vraisemblance une autre que le xiif ou le xif siècle.
A ce moment, la race grecque est affranchie et sûre d'elle-même ; elle est maîtresse de l'avenir. L'efflorescence de la poésie ionienne va se produire et nous donner l'Iliade. Avant le retour des Héraclides, au temps de Pélops et de Minos, une race active, déjà puissante, enrichie par le commerce, instruite par ses rapports avec les étrangers, occupe le Péloponnèse. Pour Thucydide, que nous suivons de préférence, la royauté d'Argos est alors prépondérante et sa force vient principalement de ce qu'elle règne sur un grand nombre d'îles. Pélops avait fondé cette monarchie ; il était \eim de Lydie en Grèce au xni" siècle apportant de grandes richesses au milieu de populations indigentes. Ses successeurs augmentèrent cette puissance qui, au temps d'Agamemnon, exerçait une suj)rématie incontestable sur la Grèce continentale.
Il serait tout à fait téméraire de ramener à des formules trop précises les conclusions que nous pourrions proposer ; les découvertes datent seulement d'hier, la part de rincounu reste encore considérable; mais, des six chapitres qui précèdent, il résulte, croyons-nous, que sur les points généraux l'étude même des monuments, les témoignages orientaux et les traditions grecques sont d'accord. Nous avons essayé de démontrer que ces siècles longtemps légendaires enlrcnt désormais dans l'histoire positive, et de marquer sinon les caractères pi iiu ipauv de chacun d'eux,
(1) CleHÏiii fragmetiln, (•.(]. \)u\ol, \). 17!t. Eusnh'i'i l'aiiipliil'i chr()iiicu)-uni caiiunuin libri
fliu,, p. ifis-Kiit, t>!>!t, ;J03, ;mi, ;no.Ui()(i<ii-c, M. uidoi, 1. 1, p. au;.
CAHACTKRES GKNKHAUX DES CKRAMIQUKS PRIMITIVES. !'■)
tout au moins quelques-uns de ces caractères. Si nous sommes Nrcilablement dans la bonne voie, il faudra peu de temps pour (pie cette partie de la science archéologique s'enrichisse, se complète et arrive à des résultats de jour en jour plus importanis.
On voit facilement quels sont les pays où il faut espérer faire les plus importantes découvertes. La Crète n'est encore représentée dans nos musées que par quelques rares exemplaires. Cette île n'a jamais fait l'objet de fouilles importantes. Comme Rhodes et Chypre, elle doit cependant nous fournir un jour les plus précieux documents pour l'histoire des premières industries grecques. Les faits légendaires réunis autour des noms de Minos et de Dédale sont acceptés par un esprit aussi judicieux que Thucydide ; cette puissance maritime à la fois asiatique et grecque, cet essai d'une organisation régulière où l'esprit hellénique domine beaucoup plus qu'à Chypre, seront certainement commentés tôt ou tard à l'aide de documents positifs. On peut croire qu'il en sera de même de la Lycie, de la Phrygie de iVIidas, de la Lydie de Tantale et des Pélopides, surtout des villes occupées par les Minyens dans la Grèce du Nord. Leur trésor à Orchomène indique, comme celui d'Atrée à Mycènes, un lieu où les louilles seront fructueuses. Tous ces pays doivent donner des objets semblables; tous ont eu à bien des égards une civilisation commune; mais il est d'un grand intérêt de le prouver par l'identité des systèmes décoratifs, de compléter la liste des centres où se rencontrent les types que nous venons d'étudier, de montrer que ces styles ont été plus nombreux encore et plus variés et par suite d'en mieux marquer l'origine et la succession.
Dans cette complexité infinie des légendes grecques, rien n'est compréhensible si nous n'admettons pas une sorte d'unité générale de l'histoire primitive, que les héros vivent dans la Grèce propre et dans les Cyclades, ou que les côtes de l'Asie Mineure soient le théâtre de leurs exploits. Séparer l'Asie maritime de la Grèce est impossible, si loin que nous remontions dans le passé. Que l'émigration des Ioniens, postérieure à la guerre de Troie, soit ou non un retour d'une fraction de la race dans une patrie primitive, que les Pélasges ne soient que des Hellènes plus anciens que les autres, ou qu'ils diffèrent des Grecs comme
LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES
ceux-ci différaient des Latins, et même beaucoup davantage, la partie orientale de la Méditerranée n'est qu'un lac, un peu plus grand que la Propontidc, traversé dès le début de l'histoire dans tous les sens par •des peuples qui les uns sont frères, les autres dans des rapports aussi étroits que variés et qui subissent tous plus ou moins l'action àës grands empires asiatiques et des Phéniciens. Ce que la légende nous fait entrevoir, l'archéologie le démontre et permettra de le préciser.
Nous attachant aux grandes lignes, aux faits principaux, nous n'avons pas vouki insister sur des indices très remarquables qui ne sont indiqués que par des documents rares ; nous n'avons pas cru que le catalogue des faits fût assez complet, l'analyse des détails assez sûre, pour autoriser dès maintenant des conclusions précises sur des questions particulières. L'avenir aura plus de liberté. Les principes de décoration ont, <?n archéologie, la même valeur c|ue les racines primitives dans l'étude ■comparée des langues; ils permettent de suivre les rapports, les filiations, de remonter aux origines; à certains jours, ils rétablissent une partie effacée de l'histoire. Ceux qui ont lu avec soin les catalogues qui précèdent ont reconnu à ces époques légendaires des motifs qui ont vécu jusqu'au iv'' et m'' siècle dans l'art le plus achevé ; ils en ont vu d'autres qui, associés à des décorations originales chez différents peuples, prouvent que des civilisations considérées à bon droit comme tout à fait distinctes à l'époque de leur complet développement ont cependant subi au début une influence commune. C'est dans cette voie que l'archéologie arrivera aux résultats les plus importants, à mesure que les documents deviendront plus nombreux, et telle est aussi la raison pour lacpielle les catalogues les plus détaillés et les plus précis, si minutieux qu'ils puissent paraître, sont la base nécessaire sans laquelle toutes les études de cet ordre ne pourraient que nous égarer.
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