CHAPITRE YI
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES CÉRAMIQUES I41IMIT1VES RAPPORTS AVEC L'HISTOIRE
Considérons maintenant ce que nous apprennent sur les civilisations auxquelles elles appartiennent les céramiques primitives. Il est nécessaire tout d'abord de résumer et de rapprocher les observations de détail que nous avons faites précédemment, alors que nous cherchions seulement à constater des faits sans en tirer aucune conclusion.
Il est évident que ces vases supposent une longue civilisation. La suite des céramiques, qui ont toutes des rapports entre elles et qui perfectionnent un certain nombre de principes communs, suffirait à le démontrer. Il est facile de voir que les ornements végétaux, s'ils manquent de goût, témoignent d'une grande habileté de main : telle fleur est traitée avec une sûreté qui indique l'habitude de répéter un même type. Ce n'est point l'incertitude d'un art naissant que j'y remarque, mais la routine et la convention, résultat d'une longue pratique. Les caractères de ce genre sont même si sensibles, que les objets où nous les voyons nous paraissent tout d'abord appartenir plutôt à une époque de décadence qu'à une période primitive. On a vu aussi combien l'ornement géométrique avait été compliqué ; la variété des compositions qu'il sert à former, la symétrie des parties semblables, et, à Mycènes surtout, la régularité des lignes et des contours, sont des faits qui méritent d'être notés.
LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES
Il faut donc admettre que nous nous trouvons en présence d'une industrie qui a eu une longue durée. Elle suppose une navigation déjà active ; tant de rapports de formes et de styles attestent des communications fréquentes dans tout l'Orient de la Méditerranée : ce que suffirait du reste à indiquer la variété des métaux et des matières premières. Enfin cette civilisation, qui avait un commerce étendu et qui comptait de nombreuses années, avait dû arriver à produire sur certains points des centres de richesses importants : nous le constatons pour Mycènes.
Nous savons, par des exemples certains, que beaucoiqj de ces objets étaient de fabrication locale. Nous sommes donc amenés à penser que cette industrie, importée ou non au début par des étrangers, était du moins exercée dans les pays où nous en trouvons les restes, et nous sommes obligés de nous figurer une population ancienne, commerçante et industrieuse.
Nous devons aussi reconnaître que cette civilisation a été répandue sur un très grand espace, et nous pouvons la considérer comme ayant été générale dans toute la partie orientale du bassin de la Méditerranée. Les produits en ont été découverts sur des points très éloignés. Ces découvertes ne datent que de dix années. Il est certain qu'elles deviendront de jour en jour plus nombreuses.
Les principes de décoration, si nous laissons de côté les détails, se ramènent à trois :
i" Le style géométrique ; 2" Les végétaux ; 3" Le 7'ègne animal.
Le style géométrique, à cette époque, est très différent de ce qu'il sera par la suite dans l'art grec. Il admet beaucoup moins de variétés ; il combine des types toujours semblables et il les réunit avec peu de bonheur; il est élémentaire, uniforme et souvent disgracieux.
La décoration, formée de longues feuilles droites, ou de plantes naturelles qu'on essaye de reproduire telles qu'elles sont, avec des bouquets cl des enroulements, ne se retrouvera pas toute semblable dans