CHAPITRE PREMIER
TYTE D’HISSAHLIK
Les fouilles faites à Hissarlik de iSyi à i8y3 par 31. Sclilicniann ont mis an jour un très grand nombre d’objets, en particulier des vases, des armes, des ornements ([ui appartiennent à l’une des plus anciennes civilisations dont nous ayons trouvé jus([u’ici des traces dans les i)ays grecs (i).
La couche de débris fouillée à Hissarlik était en moyenne de i.j à
iG mètres. L’ouvrage Tiunj and its remaijts {‘i)^ ]). lo, reproduit la coupe
du terrain et la divise cji ciiuj sections (pii sont données par l’auteur comme rejjrésentant cin(| civilisations :
V iG mètres, le sol primitif, qui est formé [lar des roches;
IJe iG à I O m êtres, i stratum;
De lo à 7 mètres, a*" stratum, où l’auteur des fouilles reconnait la
Troie d’Homère ;
De y à 4 mètres, 3“ stratum;
De 4 mètres, /L stratum ;
d) La collection, après avoir été à Athènes et à Londres, est aujourd'hui à Berlin. Le niiiséc de Constantinople possède des (d)jets trouves à Hissarlik. Déthier, ht Partie du trésor trojjen au musée de Constantinoide^ Rev. arch., juin 1876.
(2) Tray and its remnins, a narrative of researcites and disenveries niade mi the site o/'l/ium and /Il ike trojan plain, hy Dr. Henry Schliemann, translated, with the author's sanction, edited hy Philip Smith, B. A., London, John Murray, 1875; Anii/juités tro/jennes, rapport sur les fouilles de Troie, par le docteur Henry Schliemann, traduit do rallemand par Ale.xandre Bizos Bangahc, Paris, IMaisonneuve, I87t; Atlas des antiquités troi/ennes, faisant suite an l'apport sur les fouilles de Troie, in-l, 218 planches. (Juand nos citations ne sont ( ccompagncos d'aucune indication spéciale, elles renvoient à Touvrage anglais Trinj and its remains. Dans un second ouvrage, publié en 1880, /lias, fliecit// and cm/ntrij nf the Jrajans, M. Schliemann a fait connaître un assez grand nombre de monuments jusqu’alors inédits. Nous y renvoyons quand il y a lieu.
LES l'LUS ANCIENNES CEliAMlOUES.
De 2 inèti'os à la surface du sol, restes de la colonie grecque d’ilium (i).
Nous nous occupons senleineid des ([uatre eouclies qui ])récèdcnl la colonie grecque. Les éléments nous manquent pour étal)lir entre ees divers strata des différenees é^identes (jui aieni nn caractère scientiliqne. Nous voyons, an contraire, (pu^ les objets du traxail le plus avaneé se trouvent ])arfois à la |)lus grande profondeur, l^ar exemple, dans le stratum le pins ancieii, nous r('mar([uons des moules d’ornejnents et d’armes de cuivre, des libules, des épingles, des bracelets, des moreeaux d’i\ oire travaillés. A (S mèliavs, les fouilles signalent une terre cuite mar- (piée d’une em[)reinle r[ui appartient tout au plus tôt au second siècle a\ant notre ci‘e (.2). Il n’est pas douteux (jn’en tenant compte des accidents de teri-ain et d’nne foule de détails ([ue le progrès des tra\anx doit a^ oIr révélé jour par jour, il n’eùt été possible de reconnaître sur la colline d’IIissarlik les i-estes de cl\ ilisations dilTérentes; mais n’ayant pas suivi les fouilles et réduits à eu pai’ler d’après les objets (j[u’e!les ont produits et d’après des récits cpii ont été l'édigés à nn point de \ ne un peu différent de celui (pic nous aurions choisi, nous ne pourrions tenir compte de la chronologie des divers strata, sans faire à l’hypothèse une jiart trop grande.
Si on examine a\ec soin la collection d’Tîissarlik, on arri\c à cette conviction que le plus grand nombre des objets présentent des caractères communs et [)ar conséquent se ra[)portent à une même civilisation. (Juelqucs-uns de ces caractères peuvent être [iréeisés. Ils snITisent pour ([lie nous puissions nous faire une idée de l’état de l’industrie che/ h' [leuple ({ui habitait cette colline dans la haute antic[uité (3).
( Ij Ees chiffres n’oiiL évidemmeiil, même dans la pciiscc de M. Schliemann, qu’une valeur aiqu'oximalive.
é-’) Truy, p. 21»o, fig.'rlll, tète casquée; ///h.s, n“51(i, poisson de bois trouvé à ;2(i pieds. 11 est vrai (jue, pf)ur l'olqel reproduit sous le n° !2I I par l’ouvrage Tro]f aiifl its veinai l’ouvrage intitulé llins indi(]ue seulement "2 à li pieds de profondeur. Hios, p. (il 9.
(3) Pour la hildiographie générale aussi l)ien des écrits relatifs à la plaine de Troie et à la topograi)hie de ITliade (pi’aux fouilles d’Hissarlik, voir lUos, p. istl. Les études les plus complètes sur ces anti(iintcs sont celles de M. Newton, Dr. Schliemann' s discovevies al Ilium no-
TYPE D’IIISSARI.IK,
La ville occupait un espace Ibct clcoit, h' sommet (rime aci'opole moins étendue r[ue celle d’Athènes (i). Les murs d’enceinte étaient formés de pierres non taillées, jointes à l’aide d’un ciment i^rossicr ou sans (âment, et ne rappelant en rien le liel agencement et les proportions des murailles cyclopéenncs. L’hahilation j)rincipale, probablement eelh* du chef, et une tour étaient aussi en pierre, du moins à la |)arlie inférieure; le reste de la construction était en bois. Pour les aidres maisons, les habitants avaient employé des bri(jues criu's id des planches. Lette grande ipiantité de bois expliipie les monceauv di* cendres (pi’on (rou\c à Hissarlik, surtoul dans le (huixième stralum. La population ne pouvait être ejue très peu considérable, puiscpie l’esjiacc était si peu (‘tendu ; c’élait uni* sorte de grand \illage ]>hd<')t (pi’une ville ipii s’éle- \ait sur le plateau d’ilissarlik.
Le mode de construction se l’apjirochc beaucoup de celui ([ui a été relrou\é à Santorin sous la ])ouz/.olane (‘t (pie nous verrons au cliajiitre suisant. A Sautorin, l’agencement des pieri-es est souvent le même (pi’à Hissarlik ; reinjiloi du bois \ est fréipient bien (pie moins général; mais ce sont surtout certains villages de l’Asie Mineure décrits [>ar Xénophou dans V A/tahase ([ue ra|)pellent les ruines d’Hissarlik. lai capitale des Mossynœ(pies, en particulier, avec ses murailles de pierre et de bois, ses maisons de bois, sa grande tour, demeure du chef, devait ressmnbler assez exactement à la ^ ille (pie M. Schlicmaim a découverte (2).
Les habitants se sers aient à la fois d’ob jels ih* métal cl de pierre, mais les instruments de })icrre étaient de beaucoup les plus nombi’eux. Parmi ces instruments, nous remar(pions uu grand nombre de marteaux, ([uel- (picfois de grandes dimensions, faits d'une i-oclie très dure, des couteaux et des scies de silex. D’autres armes étaient en ciuM e ou en bronze, "i rès peu de jiièces ont été soumises à l’analyse. Deux d’entre elles on( dotiné une prop(jrtion d’étain de sept ou de huit centièmes, près (!('
vum-, Acndennf, 187i, Hec. ('(rr//., no^■cm])^c ISTi; uomhrriisi^'s n‘mai'(|ues dans divei's arlieles, eu pai'Lieulicr dans Y Hdiiiljurijli llev/ctr, janvier IS7!S; eide M. LciKarnianl, snrloul les Aiilt- ([idlcs dp la Tronde, l.S7()-18S0.
(1) Environ 170 inèlrcs do loiifi' sur MO de larg’C. I*lan af Troji, liy Emile Rnrnoul, IS7f*. Hios, ])1. 1. E’Acropole d’Atheues mesure 330 mètres de lony sur 130 de large.
(3j .Xénophou, Aiia/juse, V, 4; ApoUonhts dp Il/iodes, Sidioliasle, 11, 370.
LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES
neuf centièmes (cuivre, 0,90(3- ; étain, o,o8(34) (i)- bronze qu’on a Irouvé à l’Acropole, dans les débris qui proviennent de l’incendie de l’année 480, contenait ii pour 100 d’étain (2). On voit que la différence entre le bronze d’Hissarlik et celui d’Athènes au siècle n’est jms très considérable. Les formes des armes sont celles qu’on est habitué à Irouver dans les pays grecs. Ce meme peuple ])ossédait de l’argent en lingot, des vases et des ornements d’or, il est vrai en petite quantité, des objets en ivoire et en os.
Les objets de terre cuite découverts à Hissarlik se di^isent en trois classes : 1“ les vases, 2” les statuettes ou les essais de statuettes, 3“ les fusaïoles.
Vases. — (Jn peut proposer pour les vases la classification suivante :
Vaisselle ordinaire, jjlats, etc. ;
2" Grands récipients en fornie d’anqjhores;
3'" Cratères primitifs, coupes ])rofondes, etc.;
4" ^ ases de forme sjdiérique; la base est formée d’un rebord circulaire, le col est droit et assez haut;
5" Coupes longues à deux anses ;
(3" A ases reproduisant grossièrement (piel([ues-uns des attributs de la foi'ine humaine, en général à couvercle, quelquefois à pieds;
7° Vases en forme d’animaux;
8“ Quelques formes exceptionnelles ;
9" \'ases décorés au pinceau.
Ces poteries ont, comme caractère commun, de n’avoir reçu aucune couverte. Les différences de couleurs pro^ iennent de l’intensité plus ou moins grande de la cuisson, qui a agi à des degrés différents sur l’ox) de de fer contenu dans l’argile. Ils sont noirs, brun foncé, rouges, jaunâtres, gris de cendre. La teinte noire des plus beaux spécimens a été produite par la fumée dans des fours où on brûlait du bois résineux. Beaucoup de ees vases iioirsont été achevés au [)olissoir. Un certain nombre
(1) A)U/(/nités (royeuiies, p 31(i; l/ius, p. 177. Analyses de M. EhaiUre. Autre proportion,
de enivre contre d’étain. La proportion de l’élain descend .jusqu’à yj^.
(“2) JJullelln de l'Ecule franr/ilse d'Athènes, page ItMi, analyse de M. Gorceix.
Les cotes marquées auprès de chaque vase viJiqucnt le rapport du dessin à lu grandeur de roriginul
LES PLUS ANCIENNES CERAMIQUES
d’entre eux ont été l'aljriqnés lui tour. On remarquera (jue ce sont essenticllcineni là des objets d’usage journalier, de la vaisselle oi-dinaiia* <|ui devait avoir une solidité suffisante.
La ju'cniière classe, (jni se compose priinupalcmenL d’assiettes et de récipients circulaires peu profonds, ne comprend f[ue des objets communs (i).
l>es gi‘andes amphores n’ont pas de caractères originaux. Elles |)Our-
raient apjiartenir à toutes les épocpies ; la tonne est déjà celle (jue nous trou\crons dul'ant toute la eixilisation hellénique.
Nous rangeons dans la troisième classe une série de vases communs, les gobelets à une anse (lig. i), les eoujies profondes à quatre anses, de forme très ordinaire (lig. 2), les récipients à trois pieds et à une anse (lig. 3).
l..a (piatrième série nous offre déjà des vases élégants; le corjis du récipient est formé par une sphère; la sjjhèrc est coupée à la partie siqiérieui-e où s’attache le col,
Fk;. s. — ^ de l’original.
à la partie iuférieure où un rebord circulaire dessine la base. Ces vases portent souvent sur les lianes deux appendices ou attaclies; nous reviendrons sur ces détails. Le type jirésente de nombreuses variétés qui peianettent de suivre le progrès et la transformation tles formes. Le \ase lig. 4 iihi pas à la partie inférieure de rebord circulaire; ce rebord [laraît uu exemplaire reproduit par la lig. 5, mais il est à peine indicpié; déplus le col n’est pas droit. La lig. b au contraire nous montre un ^'ase à panse sphéroïdalc avec deux appendices .symétriques, à col droit et à base cli'eulaire.
Il V a lieu de rattacher à cette classe des sortes d’ampoules sjihéri- (pius, à bec, qui ])ortent aussi une anse près du goulot, mais rpii n’ont pas de base distincte de la panse (lig. 7 et 8).
l^es cornets longs à deux anses ont une forme très particulière (lig. 9).
9) Voyez CM parliciiliei' Troy and 'Us rcnia'ms, p. 111, lig. 73.
TYPE D’HISSARLIK
Ils ne pouvaient èlee plaeés sur le l’ond, (|ui est arrondi, on du moins il était nécessaire de les appuyer contre un soutien. Ces ^ascs se soiil trouvés en grand nombre dans les fouilles (i).
Beanconp des vases d’IIissarlik reproduisent grossièrement (|nel([nes traits de la forme lunnaine. Ils ont fait l’objet de nombreuses discussions (2). 11 est év ident f[ne, dans certains cas, l’ouvrier a ^onln représenter deux seins (lig. 10, II, 12, i'3, etc.), (pie [lai'fols il a mis anlonr (In con nn collier, sur la poitrine nue sorte d’écharpe (lig. i b). Sin* jdnslenrs exemplaires il est impossible même à l’esprit le pins [irévenn de ne jias reconnaître les veux, les sourcils, le nez, la bouche, les oianl-
Kic. •20. — ■.
les, pai‘ exemple lig. 16. Nous sommes doiuî amenés à admettre ([ne les deux ajipendices relevés ([ne [lorlent plnsienrs de ces \ases ne s(jnl antre chose ([ne des bras (fig. i3 et id)-
k)neh[nes vases de foiancs variées sont (jii des dérivés des lormes ([ne lions avons d(‘jà vues on des com[)lications de ces lormes. Vins! on Ironve à llissarlih des \ascs à panse arrondie et à double goulot (fig. 17). Un antre vase est com[)Osé d’nn tnyan de terre enite en couronne, surmonté de (rois larges cylindres et [lorté sur trois pieds. Certains Aases sont [lerforés d’nn grand nombre de petits Irons, semblables
(1) C’osl la l'orme que M. Sehlieiuami cnjil (Mre celle du osTta? àij.'fix'jTïsAÀùv d'Homère, ///os, 1). 2'jy. Voir aussi j). ilia, autre l'orme.
(2) Lou^'périer, Coutiiles rendus de T Académie des inscripltons, ISTi, ]>. Üi; Raraissou, décembre I87i, Jk'v. arrh., 1. XXVI, p. iOi.
Il)
LES PLUS ANCIENNES CER AMIOUES
à ceux crime passoire. Toiilel'ois ce sont là des variétés exceptionnelles.
I^es vases en lorine d’aninianx sont jilns nomlireux. Ils s’explicjiient par celte jiréoceiijiation, cpie nous a\ons déjà signalée, de reproduire la
nature. Dans cette classe, nous remarquons surtout les \ases cpii imitent des jiorcs, une représentation cpii se rapproche beanconp de riu])po]jotame (fig. i8), et un ^ase étrange l'ormé d’une tète où on remarcpie deux yeux et le nez, et de deux sortes d’appendices cpii, destinés à servir de récipient, pourraient être pris pour des ailes (lig. iq (i).
Les fragments de poteries décorées au ])ineeau sont rares. L’un d’enx porte des ondes, des Icjsanges, des points et des lignes (tîg. 'io) ; un antre, une figure imparfaite ipii paraît représenter un sphinx (lig. 2 i) (2).
(àn comprend facilement ([ue le caprice des potiers ait du créer un ccr-
Fig. 2:1. - i.
Fio. 27. — -i.
Fiü. 28. — i Or.
tain nombre de vases cpii ne rentrent exactement clans anciuie de ces classes, mais qui ne s’en explicjiient pas moins très facilement. Il suflira d’en montrer quelques exemples (lig. 22, 28, 24, 20, 26, 27). Quand nous aurons ajoute le dessin d’nn vase de métal du trésor (fîg. 28) et les deux
(1) J/ios, ii“!)(S7, vaso rcprèsenlanl le buste d’une femme qui des deux mains tient un cratère (la pieds, torme exce])li(mnelle) ; I/ios, n° 187, fragment d’nn vase représentant un luiste humain, les deux ])ras sur la poitrine; travail déjà avance (20 pieds).
(2j Jioisième li'apmenl, Utos, n° li3i, sj)lunx. Ces trois IVagmenls ont été découverts à une profondeur de .3 à (i ]ûeds.
LES PLUS ANCIENNES CEHAMKJUES
tyi )0s (fig’. 2t) et 3o) fiii’on verra plusljas ( j), nous aurons donné, je crois, line idée complète de tontes les formes que présente la collection d’Iïiss;n‘lik (2).
Es'iais de phisti<inp . — Ces essais sont toni à fait rudimentaires, si on exee])te qnelcpies vases en forme d’animanx que nous venons de siii,nalei-. On trouve de petits morceaux de teia e enili' très plats ; le contour de la tète est grossièrement indiipié: deux trous et une ligne lignrent les yeux et le nez. iJes moreeanx de marbre reproduisent les mêmes détails. C.el art enfantin est inférieur :'i celui rpii a produit les vases à forme humaine (3).
Fusaioles. — Ce tei'ine de eonNcntion désigne de pidits cônes tronipiés, percés d’un trou, et jjortant sur la face la jilns étendue des dessins an trait. C(‘s sortes d’objets si' sont l'cneontrés par milliers à Hissarlik. Ils soid décorés de lignes droili's et coni’bes, d’étoiles, de croix de diverses formes, et rpiehpiefois d’animanx. De simples traits snfliseni |)onr lignrer h' eorjis, la tète, les cornes et les jambes d’un eei'f. Aucun s^stème, (pie je saelu*, n’a été pro[)Osé ipii rende' eonqite d’une façon salisfaisante de ees objets.
Pi'ïneipes généraux de déeuration . — Ces j)rinci|)es sont très simples ; (•(' sont en général si'iilement des traits cl des lignes, — lignes brisées, lignes ondulées, chevrons, cercles, segmculs de cercles, points, tresses; il n’v a même pas de composition un peu eompli(piée où ces élémeids soient réunis avec art. lèn général, ees dessins sont faits en creux ; ipiekpiefois dans les rainures l’ouvrii'r a mis une teri'c blanche (pii fait ressortir les ligures. Nous a\ons ici roruement géométricpie dans ec' ipi’il a de jiliis rudimentaire; il ne témoigne que d’un sens artistique tout à fait inférieur. Céesl vers l’imitation des formes humaines (pie l’ou-
(l) Voyez p. sni van te.
(:2i Forme tout à fait exceptionnelle, llins, n° i99, tonneau de terre cuite. Petite coupe à pied et à anse surélevée, type l'ré([uent à lalysos parmi les poteries commnnes. llios, lUol.
(3) Hins, terre cuite, iP'' l!M-l!t(i; animal à six pieds, iPSil; chien, bœuf, etc., iV PiOi- P.MIS, etc.; fij^mres de marbre, n® !202-2"20.
TYPE D’HISSARLIK
M-ier semble avoie porté tous ses elTorts. On remai-qnc clans cette partie cl(‘ son (l'iivre une véritable reclierehe, cpielr[nefois assez heureuse, et beaneonp plus clans les N ases (pie clans les essais très maladroits de statuettes.
lufth'et (jue pré.sente 1(1 coUeefio» d' Hissarlik. — Comme on l'a mi, les objets trouvés à llissarlik (^nt des earaetères eommnns (pii permetlent de les considérer coinnu' appartenant à une ménu' ei\ ilisation. ( )n peut dire (pie, saut ([iiehpies cxeeptioiis, dont la jirésenci' s’explicpie facilement dans des touilles aussi \asles, il c'st naturel (pie tous ces objets aient été trcjusés ensemble. Il n’\ a lien de surprenant à c oii* des armes de cui\re et de bronze à C(')té (rinstriiments de pierre; on sait epu' les ustensiles de pierre ont élé longtemps employés en même temps (pie les métaux, et (pi’on les \ ()it encore simul tanéimml mi usage chez certaines peuplades. La présence de l’or et ch' l’argent au milieu d’objets grossiers n’est pas non plus extraordinaire. Sans étuclii'r spécialement le trésor d’IIi ssarlilv, je puis pourtant signaler (pielcpies remarcjiics de détail; clics montrent, croyons-nous, c{ue le traNail de ees objets précieux se rapproche, ]>C)iir h' style, de celui des yases de terre cuite. Un très grand nombri' de ces yases communs portent sur les deux emtés deux ap{)endiecs cpii seryaient à y passer une corch' de suspension. Beaucoup aussi ont un coincrclc à long liorcl, de forme cylindricpie, (jui s’ajiplicpie exactement sur le col. tics deux part ii'ularités se retrou\ent sur des ^ascs d’argent du trésor (lig. ‘nj et 3()). I^a lig-. 3i reproduit un yase de terre cuite cpii a un cou- \ercie du même genre (i). Cour les appendices de suspension, cl. lig. t), lo. Ce sont là des détails minutieux, mais cpii n’en ont pas
(I) Voy. aussi fig. 1 (i.
LES PLUS AxNCIENNES CERAMIQUES.
moins une véritaljle valeur, surtout si on reniar(|ue ([ue les l’orines (les vases de métal, à llissarlik, ou reproduisent celles des poteries ou s’en ra|^proehent bcaueoup (i). Il n’est pas jusqu’aiiv petites ))laques suspendues aux chaînes d’or de certains bijoux qui, })ar la forme et l’ornementation rudimcntaii'es, ne ra[)pellent les galettes de terre |)ar Ics- (pielles l’ouvrier a voulu rcprésentc'r des êtres humains. Les procédés d’interprétation sont les mêmes.
léinlérêt de la collection d’TIissarlik, ([u’il est possible, croyons-nous, de eonsidéi’cr eomim' un eusemblc où l’unité d’épocpie est certaine, du moins pour le plus grand nombre des objets, est, à mon sens, de nous ollVir des types d’une industrie naissante, des objets d’une très ancienne (UN ilisation ; elle est jus([u’icl l’exemple le plus complet de cette industrie; mais autour ch' cette collection il est possible de groupci* d’autres objets, ou semblables ou analogues, découverts dans le reste des l)ays grecs, (d de |)rouvcr (jue cet état, dont llissarlik offre le type le j)lus ])récis, a été autrefois celui de tout l’Orient hclléuicjiu', et se retrouNC dans d’autres parties de riiurope. On remarcjuera toutefois combieji ces étiuh's sont eiicoi'e nouNcllcs, et (jue les anti(piités de cet ordre n’ont ])res(pie jamais fixé l’altentlon d(‘S sa^’ants (pii étudiaient la ( irèce. Je ferai donc seulement un certain nomlire d’observations que (dia([ue jour permettra de suiM*e et de miiltijilier.
Armes de pierre. — Les tonnes d’JIissarlik se retrouvent dans toute la (ii’èee. On sait (|uc ces armes ii’avaient été signalées en ( irèce que par excejitiou, (piand M . J'dulay entreprit d’en former une eolleetion. .le renvoie aux dessins (pie j’ai publiés d’après les armes ipi’il avait réunies, .l’ai donné ces di'ssins sous ce titre : ('oUectio/i prcdiistoriqite de M. luiddij n Athènes (2). Le mot jjréhistoritjue u’est pas exact. Ces olqets ])(Mivent très bien appartenir à une époipie dont nous retrouNerons riiisloire ; tout au moins est-il certain c[ue la plupart d’imtre eux ont
été en usage juscpi’à une date relativement récente.
(1) Ces l'ornies sont p.ivlnis idenlàiues. On remanpiera eu pailiculicr les types i'ei)ri)duits par les ligures iC® 1 et t ; nous les duuiious d'après des vases eu argent du trésur, mais uii les relrouvc uu semblables ou analogues eu terre cuite.
['i) Mnhjrtaux pour servir à Lliislolre jivitnWive de l'Iiomute, mai 187:2.
TYPE D’HISSARLIK
li)
Les inarleauv dessinés sous le nuinéeo a, Tro}i and its remains, son! semblables aux numéros iG, 19, pJ) de nos j)lanclies. tMarteanx avec trou pour emmanehemenl, Trenj..., 11“ 56, 5"; Malêriaux..., 11" 18.
Troy..., n“ 5o, pierre pereée d’un trou; voyez Malêriaux..., pl. citées, iP® 39,
Troy..., n“® 58-Gi, scies de silex, memes rormes, mais d’obsidienne, dans la collection de Santoi in.
Troy..., n"’' 6G-GS, pieri'es rondes, dites pierres de fronde; Matériaux..., n“ , même forme.
Troy..., n“ \ ol\, lineai'ale polie; Matériaux..., iP’ 3.^.
1.1a plupart des formes constatées à Ilissarlik ont déjà été reti'OUN ées dans d’autres j)arties de la Grèce et en Asie Alineure, bien (pie ces sortes de l'echerches datent à peine de (pielques années (1).
Fusaioles. — Ou a trouvé des fusaïoles en Grèce, mais en général sans Y faire grande attention, .l’en ai fait dessiner (piel([ües-unes, d’un style déjà a\ancé, et reconverties de ligures au pineeau. En Italii*, elles se sont rencontrées en grand nombre, (“u particulier dans le Bolonais et dans le Modénais.
Elles rcjiroduisent parfois les dessins mêmes ([ue l’on remar({ue à llissarlik (p).
Armes, ohjeh divers. — .J’ai vu autrefois dans la collection Finla\ uiu'
rap|jroclier de plusieurs types déeoinerts à Ilissarlik.
l.ia libiile d’argent, Troy,\é\)0, le bracelet de cuivre, iB 88, ont des formes qui se sont souvent reiieonlrées dans les pays grecs et en Italie, .l’en dirai autant des épingles d’ivoires, n"" qp-i o i . 1. a pierre à moudre le blé, iP' iop-io3, s’est reti'ouNée toute semblable à Santorin (3).
Vases. — Nous avons à Santorin des morceaux de poteries percées
(1) Pappadopoulo-s Kérameiis, A'.Oivr, h ty, iMcxpa .Gîx. Smyrae, 1875. tnstaul de cor-
resjjondance liellénxine, 1876, fascicule 11, p.8.
(2) Antiquités trmjennes, page 38.
(3j Collection de rEcaào française d’.Plhènes.
Itî
LES PLUS ANCIENNES CERAMIOUES
de trous nonibrciiv dans le même genre que le fragment reproduit sons le n“ i Sy.
Le fragment de poterie n” 21, p. 8, est une exeeption dans la colleelion d’Hissarlik; le sphinx très partieulier ({u’il représente se voit sur les ivoires de Spata (ef. cli. i\ et lîulleûn do corrospondance Jielléniipte, i8y8, pl.XVII).
J^a manière eonqdi(piée dont sont faits eertains \ases bizarres, les imitations de forme d’animaux, se retrouvent |)armi les vases noirs étrusques. La forme Troip n'’ p3i, n’est pas rare non j)Ius en Ltrurie.
Le prineipe (pii eonsiste à donner aux vases une tonne rpii rappelle eelle du corps humain, à indicpicr grossièrement le eoii , un collier et la poitrine, se constate dans la collection de Santorln (1). Le eol des Aases y })orte aussi (piehpiefols un ornenumt (pii n’a aucune utilité et (pii rap|K‘lh‘ (h‘ loin la ligure humaine. C('tl(‘ idée d’imiter ainsi le corps humain a été très répandue en Orient et s’\’ perpétue de nos jours. Des vases de ce genre se fabri(picnt encore aux Dardanelles. Du reste, ce [irincijie est celui ([ue (ihyjire a (lé\elo[)pé avec une singulièi*e ^ariété. On le retroine en lègypte, oii les récipients tètes d’animaux ne sont })as rares, et où certaines momies en donnaient naturellement l’idée.
La colleetlon (h* Santorin contient des poteries (pii |)ortent sur le c<jlé deux petits a[)[Kui(liees de susjjension (9.). Ci's appendices, si fréipients à Hissarlik (3), se remaixpicnt souvent sur les vases (pic représentent des bas-reliefs égyqiticns.
Les ^ases d’argent du trésor (tig. 99 et 3o) se rapprochent [)Our la forme d’un vase de Santorin en terre très tine (/j). Les deux récipients ont une base étroite sur la([uelle s’élèveuL des bords ipii vont en s’élargissant jus(pi’à l’attache du eol ; tous les deux portent sensiblement à la même hauteur des appendices de susjienslon ; les vases d’ilissarlik possèdent de jdus un couvercle (3).
(1) PLI, tig. 3.
(2) PL I, lig. O ; ]»1. 11, lig- 10.
(3) Uutre les cxcinpU^s ('iU's, voyez Uius, lig. "23, 2 i ; 38, janv, sur le bord, aux deux extreluités symétri(iues, trous d(^ suspension; lig. 37, ('‘galenienl ; lig. i(i.
(i) PI. I, lig. 2.
(0) Comparer plusieurs rondelles d'or du tix'sor d'Ilissarlik, //u/s, n'"’ iM)3, ÜOl, avec des l'euilles du même genre trouv('‘es à Mycènes. L’orneuieulaliou de eei laius bijoux, décorés
TYPE D’HISSARLIK
On admettra, je erois, les eoneliisions suivantes, qui montrent le i^rand intéi'êt de la eolleetlon d’Hissarlik, bien ([ue nous ayons laissé de eôté une foule de questions qui ont été dlseutées à propos de ees objets :
i" Ces objets appartiennent à un même état industriel, eneore assez peu avancé, très différent de celui ([uc l’on constate dans les maisons les [>lus anciennes de Santorin, et, croyons-nous, inférieur à celui de Santorin ;
11 n’y a trace évidente, dans la eolleetlon d’ilissarllk, d’aucune inllucnce de la décoration dite orientale (i ) : nous entendons par ees mots aussi bien l’Efi^ypte que Nlnive, Tyr et Sidon. Cependant ces produits \ariés supposent des relations eommercialcs étendues. 11 n’est pas donleux que les progrès de la science ne montrent par la suite des rapports [)récis entre la civilisation d’illssai'lik et celle tics [)lus anciennes industries de l’Asie Alineure (:i).
3" Des objets semblables ou analogues à ceux d’ilissarllk se sont rencontrés en petit nombre dans tout l’Orient grec et dans les pays classiques. On en trouvera eerlalnemcnt beaueoiq) d’autres dès (pi’on sera attentif à les chercher. La sclcnec doit niultij)lier ees rapprochements qui donneront à cette collection son plus grand pi'lx;
(renroulemt'iit, n"“ 873-87i, est conl'omie au type de Mycènes. Un oiseau d'or, lUos, n"*
9':26, doit être cgaleiueiit rajjproché d’ol)jels semblahles provenant de Mycènes. La seiche, (|ni tient une si grande place dans rornenientalion marine d'Ialysos et de Mycènes, paraît avoir été lignrée sur une poterie d'IIissarlik, ///o.s. n“ i8i.
(1) Voir chapitre vi pour les diflérentes ])ériodes de l'inllnence orientale. 11 l’ant cei)endant noter ici la rosace à sept pétales sur un rraginent de vase trouvé flti pieds, lUos, n“ -’30, et quelques rosaces à nombre varié de pétales sur des bijoux du trésor. Rosace sur ivoire, n'^ 539.
p2) Bien que le mémoire de M. Sayee, 7Ve' hiscvipiions fnund al llissnrlik, l/àis, ]>. 691 et suiv., u'arrive pas, selon nous, à des conclusions sul'lisammont démontrées sur les rajjports de l’écriture chypriote et de divers caractères conservés j)ar les objets d’IIissarlik, il montre bien ([ue la comparaison de ces antiquités et des ])lus anciens monuments de 1 Asie occidentale doit être poursuivie aveu; soin. [C'oiileiiipomri/ llev/eir, décembre 1878; Allicnicinii et Aaulemy, ocbdire 1879.) Dans cette voie, on ne peut mam|uer de l'aire d’importantes découvertes. Le trésor d’Hissarlik, (jui représente l’industrie la plus avancée (jui ait été constatée dans les fouilles, indi(jue par quelques exemples assez rares (voii- p. 16, note 5) que cet art a subi nue influence qu’on retrouve beaucoup plus hude à Mycènes et qui, selon toute vraisemblance, est asiaticjue. Voyez encore une petite idole de j)louib, liais, n“226, et une tète d’animal, peut-èdre de lion, taillée dans un morceau de cristal, n“5i7.