Le style assyrien domine. Deux zones
Première zone. — Nous suivons la remarquable interprétation de M. Clermont-Ganneau qui a reconnu ici la journée d’un chasseur partant le matin, tuant un cerf, puis au retour attaqué j)ar un singe, protégé par une divinité, poursuivant à son tour le singe, le tuant, et revenant le soir à sa demeure. L’Ima-
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cjeric phénicienne, Paris, 1880. — 1“ Le déport. Forteresse composée de deux tours réunies par un mur, cf. n“33; char sortant de la forteresse; dans le char, chasseur coiffé de la tiare assyrienne, sous un parasol, tenant une masse d’arme peut-être aussi un arc; aurige, oiseau volant en sens inverse des chevaux. — 2“ Le tir do cerf. Le même char; le chasseur est descendu et vise un cerf placé sur une montagne; cf. les montagnes des n°® 20 et 21 (1). Deux oiseaux dans le même sens que le précédent et un arhre. — 3“ La mort do cerf. Le chasseur est sur la montagne, le cerf perdant dn sang par une blessure, fuit devant lui. — 4“ La halte. Les deux chevaux sont arrêtés et dételés ; l’aurige leur donne à manger. Le char est près d’un palmier. Deux oiseaux. Le chasseur dépouille le cerf qu’il a tué. — 5“ Le sacrifice. Personnage tout à fait semblable au chasseur, assis sur un trône, sous un parasol, élève de la main droite nn objet de forme ovoïde. Devant lui deux autels, sur le premier, vase et simpulum?, au-dessus, disque s’emboîtant dans un croissant, cf. n° 38; sur le second, autel, llamme rabattue par le vent; au-dessus, disque ailé. Montagne; an bas do la montagne, tête barbue, rappelant les taureaux à tête humaine qui personnifient les fleuves. M. Llermont-Ganneau y reconnaît un singe qui est couché dans une caverne et dont la tête seule est visible. — 6“ L’attaqoe do chasseor par le sinç/e; intervention divine. Suite de la montagne^, cerf et lièvre; de ce côté la caverne paraît être vide; le singe en est sorti; il lance une pierre, liantes herbes foulées, inclinées de droite à gauche. Le char a été enlevé par une divinité ailée qui le tient dans le ciel; ainsi le chasseur a échappé aux attaques du singe. — 7“ La poorsoite do singe. Le chasseur a poursuivi le singe; il vient de l’atteindre; deux oiseaux. — 8° La mort do singe. Le chasseur est descendu du char et tue le singe. Kpervier tourné à droite. — 9“ Le retour. Le chasseur, sur le char, avec l’aurige, entre dans le château.
Deuxième zone. — Unit chevaux; oiseaux passant.
Médaillon central divisé en deux parties inégales par un grand trait qui forme corde. Pour ce mode de division, cf. ch. x, type de Rhodes. Partie supérieure; homme nu attaché à un pieu; deux hommes dont le type est égyptien, l’un d’eux mordu au talon par nn chacal ou un chien. Segment inférieur; homme nageant mordu également par un chacal. Cf. les hommes nageant au centre de la coupe n" 32. Tout autour de la coupe, serpent qui suit la partie supérieure de la zone principale. Les zones sont séparées par des grènetis. Serpent en relief sur un vase d’Athènes, p. 9o. Ilelhig. Monomenti , vol. X, XXXI, i.
(t) Cf. montagnes sur un bas-relief de Kouyouncljik, dessin imbriqué qui rappelle les écailles des vases d’Ialysos, plus haut, pl. III, lig. 13. Layard , Monuments, IP série, pl. XVII, XL. — Procédé du même genre pour représenter le sol sur les portes de bronze de Balawat, x“ siècle, Perrot, Hist. de VArt, t. II, p. 26S.
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Le style égyptien domine.
4o. Une grande zone occupée par huit sujets ; Isis allaitant Horus dans une touffe de lotus, groupe répété quatre fois, alternant chaque fois avec une barque.
1” Osiris tenant les deux fouets, couronné de Yntef; à droite et à gauche, deux Ilorus avec le disque solaire et l’uréus, tenant chacun un bâton d’où tombent des croix ansées ;
2“ Le scarabée solaire soutenant le disque de ses deux mains; adroite et à gauche, deux harpocrates armés du fouet, portant la main droite à la bouche et assis sur une fleur de lotus, cf. n” 32.
3" Harque endommagée, on ne voit plus que le haut d’un double ten entre deux adorants;
4” Le scarabée du 11“ 2 à figure humaine portant le triple atef; deux harpocrates coiffés du pschent.
Médaillon central. Un vainqueur brandissant la masse d’armes et tenant de la main gauche les têtes de ses ennemis accroujês, cf. n”® 34, 35, 39. Devant lui, Ilorus, tenant dans la main le symbole anch, lui présente une fleur. Derrière, un homme armé apporte sur l’épaule un ennemi mort; petit personnage à sa gauche. Au-dessous de cette scène, personnage nageant, cf. n°" 32 et 44. Nombreux signes hiéroglyphiques, cf. n'”* 30 et 39. Attributs égyi)tiens dans le champ. Inscription phénicienne. Monumenti,\Q\. X, XXXII, 1 ; Gazette archéoL, 1877, p. 15, pl. V.
Style de Géré.
46. Coupe très endommagée; collection Darberini. 1" zone, bige, cavaliers, etc.;
2% marche de cavaliers et d’hommes à pied; lion, debout sur un homme couché...; au centre, médaillon en mauvais état, probablement le roi tenant ses victimes, cf. n°* 34, 35, 39, 45. Bulletino, 1855, p. 46 ; Annali, 1866, p. 208; Ilelbig, Mém. cit., p. 9.
47. Cratère d’argent, doré à l’extérieur. Six cols de serpents en relief, argent doré.
zone, oies marchant; 2% cavaliers et hommes k pied; b*" représentation du môme genre; 4% homme tuant un lion; deux lions attaquant un taureau; à coté d’eux, ai’cher à cheval ; laboureur remuant la terre près d’un palmier; femme cueillant des raisins; chevaux paissant; bœufs; au centre, lion debout sur un homme couché, cf. 11° 46 ; montagnes, cf. 11°“ 20, 21, hto. Bulletino, 1876, p. 128; Mommienti, 1876, jil. xxxin; Ilelbig, Mém. cité, p. 9.
48. Coupe de provenance inconnue, aujourd’hui au musée de la Société archéolo¬
gique à Athènes, Varvakeion; coupe décorée au repoussé, trouvée, dit-on, <à Olympie, sans qu’il y ait certitude. Au centre, étoile à huit rayons; entre chaque rayon, petite étoile à huit rayons, formés chacun d’un trait, le tout dans un cercle. Grande zone faisant le tour de la coupe, divisée en huit compartiments ; quatre compartiments se faisant face deux à deux sont occupés : deux par des figures de femmes égyptiennes surmontées du disque solaire
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ailé; deu.\ par des figures d’hommes, de type également égyptien, surmontées du même disque. Au fond de chacun de ces quatre tableaux, quadrillé régulier. Les figures d’hommes ont les bras droits le long du corps; les femmes portent les deux mains à la poitrine. Des deux côtés de chaque tableau, deux colonnes, figurées imparfaitement.
Les quatre autres tableaux représentent les scènes suivantes: i“ Déesse assise (Isis) allaitant un enfant; table surmontée d’un croissant et du disque solaire, cf. n“® 38, 44 ; personnage regardant la déesse et élevant la main droite en signe d’adoration. 2" Joueuse de double llùte; négresse jouant du tympanon; joueuse de lyre. 3° Divinité assise tenant d’une main une coupe, de l’autre une tleur; autel surmonté du croissant lunaire ; homme debout devant l’autel et la divinité, tenant de la main droite élevée un objet recourbé. Les personnages de ces trois tableaux sont traités à la manière égyptienne. 4“ Personnage debout, coiffé d’un casque, revêtu d’une tunique imitée des sculptures assyriennes. De la main droite il lient une épée, de la main gauche un quadrupède debout qui retourne la tête et qu’il va frajiper. En face, personnage debout, barbu, coilfé de la tiare assyrienne, vêtue d’une longue robe, tenant des deux mains une lance qui est dirigée vers le (juadrupède. Entre les deux personnages, et audessus du quadrupède, figure en forme de croissant dont la moitié seule est visible. L’ensemble de la coupe est d’imitation égyptienne. Les figures du quatrième tableau sont imitées des monuments assyriens, mais traitées par un artiste qui a l’habitude de reproduire des modèles égyptiens. — Au revers, inscription en caractères phéniciens. Julius Euting, Punische Sieine, Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg, t. XVII, n" 3, 1871. Athcniensis VU, pl. XL. — Pour le croissant lunaire et le disque du soleil ou figures semblables, cf. Euting, ouvr. cité, pl. III, Earth., 120; pl. XXY, Cartb., 220, 221 ; pl. XXXII, Iladrum., 8; pl. XLIII, G., 234, etc.
.V cette liste j’ajouterai quelques disques de bronze qui ollrent de grands rapports avec les coupes, surtout avec celles de Aiinroiul.
19. Douclier décoré au repoussé et au trait; vingt-deux zones, dont trois décorées de petits quadrupèdes marchant. Mus. etr., pl. IX, fig. 2.
30. Bouclier, seize zones; deux de petits quadrupèdes, quatre de cercles très petits,
une de cercles plus grands, une d’écailles imbriquées. Mus. etr., pl. X, fig. 2.
31. Bouclier; vingt-trois zones; quatre de petits animaux passant. Mus. etr., pl. XI,
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11 est facile de clémontrer que ces objets, bien que d’époques différentes, appartiennent à une inéine industrie. Pour Cliypi'F, Salerne, Géré, Palestrine, les ressemblances sont si nombreuses qu’à peine est-il besoin d’y insister; on remar(|uera les mêmes motifs employés à la même
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place ou à des places différentes, le roi tenant ses ennemis et s’apprêtant à les frapper, à Chypre (34, 35), à Salerne (39), à Palestrinc (45). (^.e roi occupe ordinairement le médaillon central, mais à Curium on le voit sur rime des zones. r.,e personnage placé derrière le roi, portant sur l’épaule un ennemi mort et tenant à la main un objet inexpliqué (masse sphérique au bout d’une tige), est gravé sur plusieiu's coupes de Chypre et d’Ttalie ou dans le médaillon central ou sur les zones (34 Curium, 35 Citium, 39 Salerne, 43 Palestrinc). Scarabée, entre deux adorateurs ou seul, élevant le disque solaire (33 Chypre, 45 Palestrinc). Taureau attaqué par un ou deux lions (37 Chypre, t\i Céré, etc.). A Chypre comme à Palestrinc une zone a pour point central des murailles fortifiées autour desquelles se déroule l’action (33 Amathontc, 44 Palestrine). Ilarpocrates sur une fleur de lotus (Chypi-e, Palestrinc 43). Les animaux, les fleurs, les arbres, les motifs de décoration sont sou- \'ent les mêmes.
Les coupes de Ninive représentent un style particulier; elles offrent cependant de nombreux points de comparaison avec celles de Chypre et d’Italie. Les qjalmettes phéniciennes l'ormant des rangées circulaires qui décorent une zone, l’étoile à six rayons dont les {létales entrent dans hi conqiositlon des étoiles voisines se troinent à Nini\c et à Chypre (/j, 3o); de même le scarabée levant le disque solaire (Layard, pl. LVllï, B et plus haut notre catalogue, 23); le lion sur un homme étendu à terre (Ninive 2.3, Curium 34, etc.); riiommc attaipiant le lion debout, le sphinx, le lotus, etc. Une ressemblance plus digne de remarque est certainement riisage à Ninive et à Céré de rcfirésenter des petits animaux passant tous pareils sur une grande zone. Les coupes de Nimroud et les boucliers que Gritî a publiés sont décorés dans le même système; les tyjics sont aussi les mêmes; les dessins de Ninive, plus pi*écls, peuvent scr\ ir à expliquer ceux de Céré. A Palestrinc et à Céré, les coupes portent des montagnes sur lesquelles courent des animaux; c’est là un sujet (|uc nous avons vu à Ninive ; les montagnes sur les coupes italiennes sont déjà mieux rendues, mais les principes de dessin ne sont jias dilférents; (piantaux animaux, la similitude est entière. Les grandes tiges de lotus juxtaposées se voient à Chypre et à Ninive.
La décoration des coupes à Nini\(‘ n’a rien qui soit nettement assy-
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rien; les motifs sont égyptiens ou n’appartiennent pas à un style déterminé, si on excepte les animaux qui sont souvent asiatiques. Le fait est intéressant puisque tout au contraire sur les coupes de Chypre et d’Italie les personnages portent souvent la tiare et la robe des rois assyriens. On peut considérer les bronzes de Ninive comme représentant plus que tous les autres le style égyptien. La figure humaine y est rare; quand elle apparaît, elle est maladroitement traitée. On remarque de même une grande inexpérience dans les paysages; à tous les égards le style pseudo-égyptien de Ninive représente l’époque la plus ancienne de ces sortes d’objets aujourd’hui connus.
Les autres coupes offrent : un style assez barbare qui n’est nette¬
ment ni égyptien ni asiatique, nous en avons pour exemple la jiatère d’Tdalie n" 38; 2“ un mélange de style égyptien et assyrien, et enlin un style déjà habile, mais plus indépendant, (pii ne subit qu’à un moindre degré ces deux influences. Si quelques coupes, comme les iL® 3i, 3C, pourraient être d’origine égyptienne, on voit que les autres prennent les motifs égyptiens et les motifs assyriens dans un simple but décoratif : l’artiste place l’un à ccjté de l’autre l’arbre sacré adoré par le roi d’Assyrie coiffé de la tiare et le Pharaon vainqueur levant sa masse d’armes sur ses ennemis; liarpocrate, Osiris, Horus, le scarabée alternent avec des personnages coiffés de la tiare; Isis aies ailes des divinités assyriennes (i). Le mélange des sujets empruntés aux deux religions, des costumes et des attributs est complet. De plus, les égyptologues ont remarqué l’incorrection des détails relatifs aux rois et aux dieux, et ([liant aux hiéroglyphes ils paraissent surtout avoir une valeur décorative. Ils ne sont à Palestrine que le développement de l’usage que nous avons vu à Ninive de placer dans les zones et pour l’ornementation seulement des signes empruntés à l’écriture égyptienne (3o'').
Il est aussi aisé de voir, quand on étudie l’ensemble de ces tableaux, qu’en général les artistes n’ont voulu reproduire ni des scènes religieuses, se rapportant à une croyance particulière, ni des scènes historiques; ils ont surtout voulu faire des coupes élégantes où ils ont réuni des motifs
q) Les ailes relevées ou abattues se voienl sur les monuments égyptiens, mais beaucouj moins fréiiuemment qu’en Assyrie.
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divers. 1^’unc d’elles re|)résente une [)ai’tic de plaisir sur l’eau; une autre, la promenade et les divertissements d’un roi, la chasse et les travaux de la campagne; une autre enfin, des actions militaires. Ce sont des scènes de fantaisie, des tableaux juxtaposés empruntés aux grandes œuvres d’art <[ui existaient alors en Egyi)te et en Asie.
Sur des coupes où le travail n’indicpie pas nettement l’infliK'ncc d’une industrie pai’ticidièrc', on doit notei' les pro[)oitions élancées ries |)ersonnages, la manière de séparer ces personnages qui sont ti'ès distincts, et une suite de caractères qui sont un souvenir lointain de l’Egypte; an lien que toute une classe de ligures à Géré et à Ealestrine ont nne lonrdeur (jue nous retrouvons surtout sur les monuments chy[)rioles. Des marches militaires dessinées avec éléganct' sont cei’tainement l’œuvre d’ouvriers habiles qui connaissaient les procédés égy[)tiens.
Tout ce r[ue nous avons vu du caractèi’c mixte de l’art tians la plupart de ces coupes sidTirait à indirpier (ju’elics sont l’œuvre d’un peuple intermédiaire (jui connaissait l’Egvple et l’.Vssyrie et ({ni taisait le commerce en Italie. A cet égard, du reste, la certitude est com|)lète, un certain nombre de ces coujies jiortent des inscri|jtions qui sont {)hénicicnnes. l^a question de savoii* si les Carthaginois ou les Sidoniens ont orné les bronzes ([n on voit en Italie ne jventètre rés(3lne. Il est |)ourlant bien à noter que les ty|)es étant les mêmes (^pi’à Chy|)re, il serait naturel de {penser à une origine |)hénlcienne on chyjiriote: nous ne savons {)res({ne rien de l’art carthaginois, tandis cpie nous connaissons celui de Chy|)re {)ar les objets fjiu' cette île a conservés, et celui de la l’hénieie, au moins en jjartie, par des monuments originaux et |)ar l’As.syrie. hndin il faut tenir grand conqjte de ce fait cpi’entre les objets de métal travaillé de Ninive et ceux de Géré il y a |)arfois similitude entière et v{ue probablement Carthage ne faisait |)as le commerce avec Ninive. Cette difficulté est secondaire; l’art carthaginois serait toujours celui de la Phénicie et tout ce que nous voulons jjrouver, c’est la dis{)ersion dans la Méditerranée des motifs de la décoration orienlale, sans croire qn il soit jmssible |:)Our chaque objet de [iréclser le lien de labrication.
An |)oint de v ue de l’étude des céramiques grec({ucs très anciennes, il faut distinguer, dans h* catalogne que nous avons donné, les motds {vurement décoratifs des scènes figurées. Ces motlls sont ceux mêmes
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([irolTrcnt un très grand nombre de vases grees ; les seènes figurées n’ont le pins souvent anenne ressemblanee avee eelles que eonservent les vases. D’ordinaire, la Grèee a imité ee qui était pur ornement et sans rapport ni avee la religion ni avee la vie soeiale. 11 est probable que le style décoratif des coupes est beaucoup pins ancien que les scènes f[n’il encadre. Sur les coupes que nous rapportons aux origines de cette industrie, cette décoration se voit seule; elle est associée ensuite à des sujets variés et d’épo([ues difféi’entes. Nous limitons exactement les mots d’ornementation orientale à rcnsemble des motifs de ])nre décoration.
f.,’ornementation orientale a eu évidemment une longue durée; elle a été adoptée par des ateliers divers qui, à la même époque, selon les [uivs, l’associaient à des scènes de nature très différente; elle a aussi, selon les temps et qnclcpirfois à plusieurs siècles d’intervalle, été employée ])ar des peuples qui avaient déjà un art personnel. Elle offre un fond commun epti jjrouve une parenté d’origine soin eut lointaine entre les industries f[ui s’en servent, mais ipii n’atteste pas toujours des rapports immédiats. Ainsi l’art de Ninivc et celui de Dersé[)olis, tout en gardant une originalité évidente, présentent sons d’autres rapports une ornementation à bien des égards semblable, et cela à trois et quati'c siècles de distance. Ces motifs de décoi’ation se voient sur les vases grecs à coté de tableaux qui sont jnircment hclléniipies. A Chypre, en biliairie, ils subsistent, exactement respectés, pendant que les ouvriers indigènes créent nn art national. Sur les coupes ipie nous a^ons iléerites, ils sont associés à des scènes tantôt assyriennes, tantôt égy()ticnncs, quelquefois d’un style qui n’est ni as.syrien ni égyjdien.
Il est à peine nécessaire de rechercher commentée style a été répandu dans toute la Méditerranée. Pour les eoiq)Cs, nous a^ons vu qu’il n’y a aucun doute; l’origine jdiénleienne du plus grand nombre d’entre elles est évidente. Nous n’aurions pas ces |)récleux documents (pi’il laudrait arriver aux memes conclusions. Ni les Kgyj)tiens ni les Assyriens n’a\ aient de marine; les Phénieiens seuls faisaient un commerce éteiulu ; ils étaient à la fois fabricants et marchands. Les poèmes homériques confirment ee l'ait par les témoignages les plus précis. Aux époipies antérieures (P*^ partie, chap. m) nous axons déjà admis rintlucnce [ihé-
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nicicnnc on Gi'oce ; elle explique seule plusieurs earactères de ces })reluières civilisations; mais ici nous, nous avons des preuves plus uombrcuscs et indiscutables de cette nouvelle iuflueuec ; les textes et les mouumeuts figurés ne mauqueiit plus et les témoignages (pi’ils nous apj)orteut sont tout à fait d’accord entre eux. C’est par ce transport d’objets de petites dimensions d’armes, de cuirasses, de plaques de métal travaillées, d’ivoires, de tentures brodées, de vases de métal et peut-être de terres cuites, (pic rornementation asiatique et égvptienne a été connue partout ; nous sommes donc en droit d’appeler ce mode de décoration non seulement oriental, mais jiliénicien.
Il est difficile, dans bien des cas, de fixer la durée de ce stvle selon les j>ays. Il est resté en usage en Perse juscpi’à l’époque la plus florissante de la sculpture grecque, très longtemps de même en Etruric et à Chyj)rc et en général dans les pavs où l’art ne s’est pas élevé au-dessus de l’industrie et dans ceux où il a été surtout une imitation, bin (Trèce, ce style a été préq^ondérant jusfpi’au moment où le génie de la race s’est affranchi de l imitation étrangère; il a ensuite lentement disparu devant l’introduction des scènes de jnir caractère hellénicpie et l’ usage* des inscriptions qui aftii-maicnt le caractère national des sujets traités par les potiers. Les plus anciennes inscriptions datées sont du mC siècle, inscriptions du temps de Psamméticjue, vers 65o. Pour le même temps et peut-être pour le viiU siècle, nous connaissons un monumenl, le coffre de Cypselus, qui montre toute l’imagerie greccpic déjà constiluée telle qu’elle sera reproduite à profusion par les vases. A ce moment la décoration orientale n’est plus prépondérante. Nous pouvons donc dès maintenant, bien (pie nous devions revenir sur ce sujet, tixei’ la période où elle domina en Grèce ou seule ou à c(jlé du style géométrique au et au ix® siècle, mais sans oublier (pi’clle s’est continuée avec une importance moindre longtemps encore après cette époque (i).
fl) Nous u’avons pas tenu compte, dans les considérations qui précèdent, des données chrouolofiLpies que peut fournir le style des inscriptions gravées sur j)lusieurs de ces coupes ; il nous a paru plus sûr de nous borner aux seuls renseij’uements (juc donnent l’étude de 1 ornementation et celle des scènes figurées. La date de ces inscriptions est dillicile a déterminer, tant elles sont brèves et le plus souvent tracées rapidement. Voici cei)cndant ce (pi il est permis de dire dans l’état actuel de la science. Je dois la note ipii suit à M. Henan :
« L’épigraphe et la patère de M. Layard, rxii, B pv 18 de notre catalogue) est peu caracté-
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^ous devons inainlcnant aller plus loin, demander auv monunients ee (|u’ils nous apprennent sur les plus loinlaines origines de ce style' phénicien et oriental , rechercher si les objets découverts permetteid de définir avec précision les périodes epic nous avons entrevues dans l’histoire de ce style.
(h'ïijlnes. Infhie/tce — Nous ne connaissons pas les débuts de
l’art phénicien, mais il est très vraiseml)lable epi’il subit riidluenee ele l’industiie égvptienne dès qu’il la connut, et (jue durant une très longue époepie il lut surtout sous cette influ('nc(' : nous le constatons snr les plus anciennes coupes de Nimroud, cju’il faut placer aux einirons du
« risée; elle se rai)])orlerai( copendaiil plutôl an lv|)3 des inseriptions archaï(jues (|ii’aii type « (■lassi(pie. » M. de Yogiié qui a étudié spécialeuieid h's Iruis uouvelles iuscriplioiis déeuuvertes sur les })alères du Rrilish Museuiii, 11°® 3ü'\ 30% 30'', veut ])i('ii m’écrire : « Ces iuscrip- « tiens ai)j)artienueut à raraméen primitif des tablettes luliiiyues découvertes par .M. Layard. « conservées au Britisli Muséum et dont les dates soid comprises entre la tin du viiF siècle « et celle du viC siècle avant .L-C. Ce sont des noms proi)res désignant sans doute les pro- (( priétaires des coujtes. L’un s'appelle JJaalazar [Unat le pnitèfie) et il était scribe; les autres « se nomment Ehelah [El lui pardonne) ui Heliarel {El l'a clun'si). » Sur les autres inscri})tious, voici l’opinion de M. Renan ; « L’épigrai)be de la coupe de Varvakeion (u° iS) est décidé- (( ment araméenne. La langue est araméenne aussi, })uis(|ue le mot « lils » qui sépare les (( deux noms propres est exprimé par ôar. Le caractère est tout à fait celui des monuments « araméens trouvés eu Cgypto. On peut rap])orter cette coiq)e à ré})oque de la domination « pi'i'se, au siècle avant J.-C. La petite inscrii>tion qui se lit sur la patère de Palestriue « (II” 45) est en caractères carthaginois tout à fait classiipies du vi” siècle avant J.-C. à peu « près. IJiioique la dilférence entre les noms phéniciens d’Orient et les noms carthaginois soit <( faible, on peut dire aussi ipie les deux noms contenus dans cette épigraphe sont plutôt « puniipies que lihénicicns. » Cette denuère date n'est donnée par .M. Renan ipi'avec beaucoup de réserves. Comme le remaniue .AI. de A’ogüé, le scltiti est encore ondulé, le Inu' est encore cunéiforme, mais le mini n’est plus ondulé ; ces caractères peuvent iudiijuer une époipie boaucoiqi plus reculée.
Pour ce ([ui est des coupes trouvées eu Italie, il est important de tenir compte des dates a[)i)roximatives que les archéologues ont déterminées. (Juatre coupes proviennent de la tombe Regulini-Calassi fn"'* iO-43), deux di' Palestriue (n“* 44-45). Le mobilier de ces tombes indiipie une même épofpie. Los objets qu’on y a découverts sont jinstérieurs au moment oi'i l'écriture
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[X® siècle; nous avons vu (|ii’elles sont avant tout cgjvptiennes, qu’elles n’offreni pas l’exemple de types neUeinent assyriens. C’est avec raison que plusieurs sa\ants insistent sur les l'appoiTs de l’art grec avec l’art asiali(pie plutôt qu’avec l’art égvplicn ; il est vrai (pic souvent les motifs et les modèles ont été apportés aux Grecs par les Asialiipies et mêlés à des motifs assvriens, mais on ne doit j)as ouhliei’ ce (pie cet art de l’Asie avait du à l’Egvpte. 11 arrive ici ce (pie nous voyons pour l’alphabet : les Phéniciens l’ont donné aux Greexs, mais ils l’avaient tiré eux-mèmes de l’écriture démoticpie. Plusieurs des éléments |)rincipanx qui composent la déc(jrali()n assvi'ienne étaient connus dès longtemps dans la vallée du Ail. Il suflit de rappeler la tieur et le bouton de lotus (pii, sur les bords du Tigre, ne sont ([u’iine imitation. Gans toute cette histoire des origines, il v aurait grande témérité à négliger une civilisation (pii était florissante tant de siècles avant (pie la Phénicie et l’Assyrie eussent la moindre idée de l’art.
Dès le temps des Pvi'amides, les b^gvptiens décoraient les murs de
couinieiKa à êlri' en usa,i(c eu Elnirie, puisijue la Luabo Ue^iiliai-Calnssi reiifeianail (li*s vases décori's d'inscripliuiis étrusques. Les comiueueeiiii'uts de récriture (Ui Etrurie duiveul être ra})i)OiTés à la tiii du vui“ uu au début du vii*^ siècle (750-614, d'après iiu calcul très vraisemblable des siècles étrusques). L(’ style de la décoratiuu pbéuicieuiu' jiaraît indiquer nue date autérieure à celle des obj(‘ts ib» même l'abi’i<iue ([ii’uu a reciuMllis dans les uécropules sardes de Srdeis, Tharros et Cagiiari; or il ue semble i>as ({ue la Sardaigne ait été occu|)ée [lar les Carthaginois avant le dernier tiers du vC siècle' (530). La tombe Reguliui-Calassi serait doue de la lin du viC ou du début du vC siècle. La tombe dite d Isis à Vulci, les deux toudjes Calabresi à Cervetri paraissent être du même temps. Ces loudies renfermaieut des objets eu pâte vernissée égyptienne ornés de signes biérogly[)hit|ues (jiie les égyptologues rapportent à la xxvU dynastie (656?-5!23i. Cette indicatioîi n’est pas eu désa'^cord a\ec les remar(pies qui précèdent. Enfin il y a lieu de remar(iucr que les Carthaginois ont lait le commerce eu Italie longtemps avant l’année 500, date du traité qu'ils conclurent avec les Romains (l*olybc, 111, 2^2). 11 sul'tit de rappeler leur lutte avec les Cuidieus et les Phocéens à Lilybée, leur alliance avec les Etrusques, leur guerre en Corse de concert avec ce }>euple contre les Phocéens. Durant la lin du viP siècle et durant tout le vP siècle, ils eurent avec les Etrusques les rapports les plus suivis, et c’est vraisemblablement à cotte date ([u il tant rapporter plusieurs des tombes où l’inilucnce phénicienne domine exclusivement. Voyez Helbig, Cenni sujjra l arte fenicia, Awiaü, LS76. — Les coupes de Ninive proviennent du palais du N. -O., (jui est du ix' siècle, mais qui fut restauré el habité par Sargon au viiP siècle. Layard, Discor., p. 107.
Un bouclier votif, trouvé à Van, qui rappelle à beaucoup d’égards les coupes les plus récentes de Nimrond, porte une inscription d’un roi contemporain d’Assour-Ban-Habal, viP siècle. Sayee, Journal of the royal asiatic Society, t. XIV, p. 653; Perrot, Histoire de l Art, t. Il, p. 755.
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ligues lirisces et de losanges, voiee même de losanges recoupés tout à fait semblaljles à ceux que nous avons vus en étudiant le style géométrique (ch. Ml et Mil). Les plafonds égvjjtiens conservent des variétés de postes très nombreuses: la décoration simple formée de rubans recourbés en S ipii forment une série, chaque volute rentrant dans celle qui suit, motif fréquent dans le style géométrique (i); les enroulements juxtaposés avec symétrie; deux enroulements portant un fleuron, tels ipi’on les retrouve sur les vases de style corinthien (2). La grecque primitive, le méandre, la gree(|ue ordinaire, ne sont pas rares; la grecque est parfois disposée en losanges alternant avec de simples losanges. Ces losanges rappellent tout à fait certains vases anciens de Rhodes (3). La grecque paraît en particulier sur beaucoup de momies d’animaux où des bandes d’étoffes blanches et noires reproduisent ce dessin. Les ^ases recou- \erts d’un engobe blanc ipii a reçu des dessins de couleurs vives, aussi bien pour la disposition par zones tpie pour les motifs, le losange, le carré, la pyramide, le triangle, le cercle, la rosace et la feuille de lotus, ont une évltlente parenté avec les produits des eéramicjues grectpies. Les étoffes ont les memes caractères (4). La gulilande formée tle fleurs de lotus et de boutons se voit sur les monuments de la XMIL dynastie assez peu différente de ce (pi’clle sera plus tard à Ninive (5).
Nous a\ ons rappelé les vases des })cuples tiâbutalres, mais il y a lieu de remarquer qu’ils ressemblent beaucoup à ceux des Egyptiens tels que nous les connaissons par les ]>einturcs. La coupe profonde en forme de soupière, rœnoclioé à long col, le jjlthos à deux petites anses sur la panse, les jarres longues ligurent tléjà sur les monuments contemporains des Pyiamldes (G); ces formes sont lourdes, mais les principes en sont très nettement marqués. Le cratère est dessiné sur des monuments très
I; Prisse cr.4vennes, Histoire de l'art é[/i/jjticn d'après les namiuiteats. Groupe iconique de Tel et de sa femuie. Les planches n’ayant ])as de numéros, nous en donnons le litre : Ornementation de plafonds, postes et fleurs. .WHP dynastie.
[‘-2) Prisse, Ornementation des plafonds, bucranes, .XYHI" et dynasties; postes fleuronnées, XVIIP et Xl.\“ dynasties.
(:i) Ornementation de plafonds, XXVP dynastie, et plus l)as, ch.x.
(I) .\u niusée égyptien de Turin, les lY'' 11 II et M 15 sont particulièrement remarquables.
(0) Prisse, Couronnements et frises fleuronnées; Perrot, Histoire de l’art, t. Il, p. 319.
(ti) Prisse, Choix de vases contemporains des Hijramides.
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anciens, décocé sur la panse de postes, d’enroulements, de rosaces (quelquefois à huit pétales), de denticules, et à la base d’une étoile (i). L anqjhore à col élevé et large, à panse sphéroïdale, munie de deux petites anses au haut de la panse, fréquente à Hissarlik et à Chypre, se voit sur les peintures de Uamsès III (2). Les exemples d’amphores ou de vases de ce genre à petites anses de suspension sont très nombreux ; les anses, qu’elles occu])ent le haut de la j)anse ou le milieu, sont toujours des appendices destinés surtout à recevoir un cordon. Certains gobelets cylindriques à une anse se rappi'ochent d’une forme (pie nous avons vue a Mycènes, de même une coupe en forme de barque aux deux bords relevés (3).
Les zones d’animaux sur les vases étaient aussi connues des h]gyptiens. Une amph(3re porte sur la |)anse un bœuf et un autre (piadrupcde courant (4). La zone supérieure d’un cratère est décorée d’ime suite de daims courant (3). Ces vases étaient souvent en métal, meme en or. Les Egyptiens savaient y ajqilicpier des reliefs, comme sont les tètes d’aigle, de breuf, de cheval, de bouquetin, les griffons, les daims, cpie l’on voit sur les coinereles, sur les rebords, les animaux (pii servent d’anses, les captifs cpii supportent de vastes récijiients. Ils avaient une grande variété de rhvtons décorés de tètes d’hommes et d’animaux ; beaucoup de ces vases sont certainement d’une très haute anti(piité. Ces grands prog’.’ès de l’industrie chez les Asiati([ues et les ressemblances (ju’offrent avec des vases égyptiens plusieurs de ceux cpi’aj)portent les Kétas engagent à admettre (pie l’Asie Mineure a subi de très bonne heure rinllnence de l’art des Pharaons. Les formes et les motifs de décoration sont souvent tout à fait les mêmes (6).
Pour prendre des exemples d’un autre ordre, la scène qui représente
(U Prisse, Vases cratériformes, XVHU et XX° dynasties.
(“2) Prisse, Vases du lam/jeaii de Ramsès III. Plans cavaliers des édifices de Tell el Amarna. Voyez aussi sur cette dernière planche de nombreux vases sans pied, qui nccessilenl un support. Cf. plus haut, vases dTIissarlik, p. 7 et suivantes.
(3) Prisse, Luses du règne de Tuuthmès III. Hissarlik, lig. 2S.
(i) Prisse, Jarres, auges et autres vases (.XVIIP etXLX° dynasties).
(0) If/ses en ur émaillé, XLX“ et .XX“ dynasties. Rligtuns el autres vases, XX“ dynastie.
(()) Voyez en particulier : Vase à long col, à panse sphéroïdale et a pied. — Itosaces, postes simples, enroulements, ornements en forme d’S (tyi)e fré(iuent à Chypre), anses formées par
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lin sphinx sur iin Iioininc terrassé se trouve en Egypte à une date reculée (i), la ligure du grilTon et celle du bouquetin étaient aussi arrêtées dès la XVI lE dynastie à |)eu près telles (pie nous h'S retrouvei'ons par la suite en Orient et en Grèce. Ees lygvptiens représentaient même des grllTons svmétricpies, se regardant et séparés pai‘ une fleur. Je crois (pi’il faut être attentif à leiii's préférences pour les oiseaux aquatl- (pies, (pi’lls dessinaient avec bcaucouj) de vérité et c[ui tiennent une grande place dans la décoration des industries ultérieures. Ces (juelcpies exemples, cpi’il serait facile de multiplier, suffisent jiour montrer cpi’on ne saurait tenir trop grand compte de l’Egypte, soit pour relrouNer l’origine des {)rinci|)es de décoration (pic l’Asie a donnés à la Grèce (3), soit même parfois jiour expliquer des motifs dont la forme asialiipie n’est pas encore connue et dont nous ne possédons (pie des exemplaires égyptiens, mais surtout pour ne pas dire, à moins de preuve certaine, (pie la première civilisation grecque a du Ignorer ceci, n’a pu connaître cela, a forcément créé d’elle-mème ce ([ui existait en higypte tant de siècles auparavant (4).
On ^oit([u’aux origines du stvle oriental et {diénieien il faut faire une grande part à l’Egypte, et nous pouxons admettre pour ce mode de décoration une première période où l’iniluence égyptienne prédomine, période éxidemment très ancienne, (pii a précédé répo([ue où l’ornc-
(leux ligres? — Eralère poiTant une lète de chèvre. — Tète de lion, lèle d'aigle. — Hhytons. — Grande roupe portant deux hueranes. — IV^se,s du pays de Kafa. — T «ses des irihuUiires de kafa (XVIIU dynastie). — Vases des ti'ibutaires asiatiques.
(1) Sièfjes, XVIIU et XX' dynasties. — Vypes de sphinx, XVltU et X.X' dynasties. — Choix de bijoux de diverses époques.
(tl) Travaux ayricoles, tombeau de Chamati, intendant du domaine (.XYIIU dyn.). — Retour du chasseur en barque. — Basses-cours des domaines de Tei (V' dynastie). — Boites et ustensiles de toilettes. Une femme jouant de la lyre entre deux canards ; marchande de volailles. Les oiseaux aquaticpies tenaient aussi une grande place dans la décoration des murs. Ornementation des plafonds (XVIIU dynastie).
(3) Layard, scarabées de Touthmès 111 trouvés dans le bassin de Khabour, Discoveries..., p. :2.S1. Rapprochez des coupes les ivoires trouvés en Egypte; beaucoup de motifs de décoration sont les mômes, cl aussi la manière de les associer. Castagnette du Louvre portant le scarabée, Furéus ailé, le dieu Bès, etc. Histoire de l'art, t. 1, tig. 577. Les ivoires de Ninive ne sont pas d’un moindre intérêt que les coupes; ils paraissent appartenir à la même industrie. Voyez aussi les |)orcelaines dites égyptiennes, Heuzey, Catalogue, p. 19.
(1) Voy. ch. vu et vm, Style géométrique.
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mentation assyrienne a été constituée telle que nous la voyons au x'" et au IX® siècle.
Influence assyrienne. — Une seconde période olTre des caractères différents et très précis, i® L’arbre sacré et les animaux ailés sont associés aux motifs que nous venons de voir. La Phénicie ne les a pas empruntés à l’Egypte ; ils sont au contraire une des parties essentielles de l’orncmentation assyrienne. 2“ Les motifs du style primitif, (pie nous constations le plus souvent, à l’épocjne antérieure, isolés, quehjuefois même à l’état d’exception, sont désormais coordonnés avec une telle régularité, avec une si abondante richesse, qu’ils forment un style à bien des égards nouveau qu’il est facile de distinguer de tout cecpicnous offre l’Egypte. On reconnaît aussi un goi'd artisticpie tout autre; l’iigypte recherchait les formes fines et élégantes, prêterait les lignes et les plans très simples, l’Asie au contraire prodigue les détails, les ornements surchargés, donne volontiers à ces ornements et aux animaux des proportions lourdes. Le style de cette seconde période est celui des palais de Ninivc, celui-là même cpie nous retrouvons sur les premières poteries grecques décorées dans le système oriental. La rosace, la palmette, la guirlande de fleurs et de boutons de lotus, la manière de disposer les animaux symétriquement ou en face l’un de l’autre ou des deux cijtés d’une fleur : tels sont les motifs communs à la sculpture ninivite et à ces anciennes céramiques. C’est le mode de décoration dont nous avons fixé la période florissante en Asie du x® au mi® siècle.
Style perse. — Reste une troisième époque, pour ne parler ni des styles de décadence ni des transformations qui n’ont rien d’asiatique. A coté des éléments décoratifs des deux premières périodes, il en est d’autres que nous ne trouvons tout à lait arrêtés et tréquents en Asie que plus tard. Les frises d’animaux marchant, l’usage d’alterner ces frises avec des bandes de fleurs, se voient surtout dans l’art des Perses (i ). Il est certain que dans les palais de Pcrséjjolis le sculpteur a repro-
(1) Nous en avons signalé des oxemples en particulier sur les coupes de Nimroud ; mais ils sont peu importants à côté de ceux riu’oflre la sculpture monumentale des Perses.
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(luit des motifs très anciens, mais ces motifs ne se trouvent pas avec la meme netteté à Ninive; nous en ignorons l’origine exacte, .nous en entrcvovons seulement des traces lointaines dans l’art des épocpies précédentes. Le combat dn lion et du taureau a aussi été représenté de très bonne heure à Ninive et dans les anciens empires de Chaldée; cependant il ne se rencontre nulle part plus fréquent et plus complet qu’à Persépolis, où il décore les escaliers des grandes terrasses. Une divinité, un roi ou une femme, tenant deux animaux pour les écraser, se voient à Ninive, et sur des cylindres d’une haute antiquité, mais pour nous la forme la plus Intéressante de la scène est l’Artémis persique, qui passe sans subir de changement sur les vases grecs. Nous ne pouvons pas lixer d’époque; toutefois nous pouvons dire qu’à l’art asiatique dont Ninive offre le modèle le plus complet au viiU siècle en succède un autre que nous connaissons surtout par les palais de Persépolis ; et quelle que soit la date à laquelle il faille rapporter l’origine de cet art que les Perses représentent pour nous, il a eu une grande influence sur l’ornementation grecque, en lui donnant les zones d’animaux encadi'ées de guirlandes de fleurs, et des types variés qui s’écartent sensiblement de ceux que l’Assyrie avait préférés. Nous considérons donc les palais des Achéménides comme nous offrant l’exemple le plus complet du style oriental durant la troisième période, style évidemment beaucoup plus ancien que ces palais.
Nous n’avons parlé jusqu’ici que des Phéniciens, mais on jiense bien (pi’à [)lus folle raison l’Asie Mineure a exereé une influence directe sur les Grecs qui l’habitaient. Tous les historiens ont remarqué que la civilisation grecque commence surtout sur la cote d’Asie. Poésie épique, élégie, ode, musi([ue, histoire, philosophie, tout fleurit d'abord dans ce pays ou dans les îles. 11 n’en est [las autrement de l’industrie et des arts. La plus ancienne école de fondeurs est celle de Rhœcos, de Théodoros (1 (Raucos au mU et au siècle ; ils vivent à Samos et à Chios. Les jiremiers temples qui soient des œuvres d’architecture s’élèvent dans le
à Samos. La grande place que tiennent les Grecs d’Asie dans le développement de la civilisation hellénique s’explique en partie par les facilités
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({u’ils trouvùrent pour s’instruire dans les royaumes memes qui les avoisinaient on dont ils dépendaient, et surtout en Lydie. Depuis un temps reeulé, qu’il faut peut-être faire remonter jusqu’au w i® siècle, des chefs de race sémitique, les Atyades, régnaient à Sardes. Les IJéraclides les remplacèrent au xiiU siècle et eurent encore des rapports pins fréquents avec l’Assyrie. M. Oppert a cm pouvoir démontrer qn’Agron, chef d(‘ cette dynastie était fils du roi de Ninivc Adar-Pal-Assar, au \uP siècle.
\ ingt-deux rois de cette race régnèrent à Sardes jusqu’à Gygès, chef de la famille des Mermnades, à la fin du viu‘= siècle et au début du mU. Ses richesses et celles de Candaule étaient devenues légendaires. Celles d’AIyatte et de Crésus ne l’étaient pas moins, f.es derniers de ees rois étaient en relations suivies avec les Grecs, s’entonraient de j)oètes et de philosophes, envoyaient consulter l’oracle de Delphes, lui faisaient des offrandes, contribuaient an temple de Diane à Ephèse, an temple de Cybèle à Sardes. Ainsi le royaume de Crésus était lydo-grec, et la première industrie grecque en ces Jjays dut beaucoup s’inspirer des procédés orientaux, rpii étaient alors très perfectionnés; tics Dai’danellcs jusqu’à Chypre s’étendait un vaste empire, tantôt diminué, tantôt augmenté, gouverné par des Asiati(pies, habité jjar des Grecs, et on la race hellénique se formait naturellement à l’industrie et aux arts. Plus tard, an mllien du m'' siècle, cette action de l’Orient fut encore plus directe quand Gyrus soumit les villes grecques ('344-53q) et au temps de Darius (522).
Ce qu’était l’art lydien, nous le savons mal, mais le peu que nous savons démontre, ce cpii du reste se comprend aisément, qu’il avait les j)lus grands rapports avec eelnl de la'vallée de l’Euphrate. Les j)rinces de Sardes étaient des feudataircs de Ninive; ils en dc\ inrent les sujets à diverses époques et finirent par perdre toute indépendance après leur soumission par Gyrus. Nous commençons à entrevoir, grâce snrtont aux découvertes de ÏM. Perrot, l’existeuce en Asie Alineure d’un art à la lois oi'iginal et d’imitation, cjui empruntait des exemples à l’Assyrie, même à l’f^gypte, et cpii y ajoutait des éléments (jni jusqu’ici paraissent Ini être personnels. Nous connaissons de cet art le bas-relicl de Nvnq)hl, la tombe phrygienne appelée Delikli-tach, le tombeau de Midas, la forteresse de Ghiaonr-Kalési, le lion de Kalaba, les monuments de la l’térie, Boghaz-Keui, Euiuk et Aladja. Les bas-reliels de Boghaz-Keni,
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(l’Iasili-Kaïa, la pierre couverte d’imaj'cs, surtout, sont d’un grand Intérêt; les restes du palais d’Euiuk, bien que d’un art moins avancé, ont aussi une grande valeur pour les études d’archéologie figurée (i).
M. Perrot a très bien exposé tout ce que la Cappadoce avait emprunté à Ninive et surtout aux bas-reliers de ÎMallaï, cpd sont très importants, parce qu’ils montrent dans la vallée de l’Euphrate des scènes et des attributs qui sont beaucoup plus nombreux dans les palais de Darius ([ue dans ceux de Sargon et d’Assour-Nazir-IIabal. Il a aussi remarqué des dilfércnces, la forme de la tiare, fpii est pointue, le lituus, l’aigle à deux tètes, les souliers recourbés en pointe à la j)Oulainc. Ces caractères sont loin d’ètre indilTéi'cnts ; le lituus se retrouve en Etrurie, de même les chaussures dont nous avons un exemple bien connu sur le sarcophage de Géré au Louvre. L’aigle à deux tètes, le hauca, est un vieil emblème aslati(jue et probablement sémiticpie, cpii se constate à Bab3’lone sur des c\ lindres, et qui reparaît ensuite au xnk siècle de notre ère sur les monnaies des princes turcomans de Diarbékir et de la Palestine. L’avenii’ nous dira avec précision ce qu’était l’aiT lydien, mais nous le devinons en partie cpiand nous en voyons l’origine, quand nous constatons rintluence de Ninive dans des pays beaucoup moins riches, en Cappadoce, par exem- |)le. Nous n’avons plus de peine à nous figurer ce qu’étalent les cratères à tètes de serpent décrits })ar Hérodote, grâce à ceux du^ atican, découverts à Géré. Le ^'ieux temple d’Assos nous ajjprend que le sculpteur avait certainement vu les animaux des palais d’Orlent, la lutte du lion et du taureau, les animaux accostés ; Assos est une imitation de l’art de l’Assyrie et de la Perse au jnème titre que les frises de Boghaz-Keui, mais en Mysie l’artiste est d’une autre race et plus habile. Les plus anciens monuments des Etrusques, qui, malgré la diversité des traditions, paraissent avoir subi rintluence de la Lydie ou plutôt, d’une façon générale, de la civilisation gréco-orientale telle qu’elle se développa
(1) Perrot, IWrt de VAsie Mineure, dans les Mémoires d'archénlofjie, Paris, 1S75, et V Exploration de la Galatie. Voyez aussi les tombes phrygiennes datées dans une certaine mesure par la présence d’un alphabet dérivé du phénicien : croix, vases, animaux affrontés, décoration géométricjue mêlée d’éléments orientaux. Ramsay, Studies inAsia Minor, dans \e Journal of hellenic studies, 1. 111. april 1882 ; J. Robert Steuart, Description of some ancient monuments of Lydia and Phrygia, London, 1842 ; Texier, Asie Mineure, t. 1, pl. 56, 58, 59.
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d’aliorcl sur les cotes de l’Asie Mineure, répondent en partie à l’idée que nous pouvons nous l'aire d’un art Ivdien.
Les objets décorés trouvés en Lydie même sont encore très rares; je puis ce[)endant en citer un qu’un habitant d’Aidin in’a récemment apporté (i). C’est une ceinture d’or découverte à quelcpies lieues de cette ville. Le morceau principal est une plaque demi-elliptique découpée à jour; à la partie supérieure, le long de la bande droite qui ferme la demi-cllijjsc, sont six ronds d’or; cpiatre d’entre eux portent deux tètes de bélier creuses, formées d’une mince lame d’or, deux autres, deux têtes de bœuf de travail oriental. Le cou des animaux entre dans un trou j)ereé au milieu d’un cercle et se rabat au-dessous de ce cercle, manière toute primitive d’assurer la solidité de l’applique. Au-dessous de cette zone de cercles est un demi-cylindre cpii occupe toute la longueur. Le milieu est occupé [)ar deux tètes de griffons (?) et une auti’e tète endommagée, fixées comme les premières. Deux entailles portent une rosace découpée. Un relief représentant une femme complète la composition; la poitrine paraît être nue; un jupon décoré de losange s’attache à la taille; l’ajustement des cheveux rappelle la coiffure d’étoffe égyptienne. Dans les jiarties vides de la [ilaquc, losanges et lignes brisées de grènetis; sur les rebords, petits anneaux pour pendre des ornements. Cet objet provient de la Lydie; il aurait aussi bien pu être découvert dans une tombe étrusque.
Ainsi de tous les côtés, en Phrygic et en Lydie, sous faction des grandes monarchies orientales, au sud par l’industrie chypriote si fortement enqjrcinte de l’influence asiatl(jue, sur les côtes, dans les ports où venaient les vaisseaux phéniciens, partout enfin la Grèce, encore naissante à la sculpture, à la peinture, au travail des métaux, avait sous les yeux les modèles que l’Asie lui offrait. Depuis cinquante ans, les archéologues ont compris le rôle de l’Orient dans la première industrie grecque; ils ont cherché l’origine de cette industrie en Phénicie, à Chypre, en Asie Mineure et surtout en Lydie ; ils ont montré l’imitation évidente par les Grecs des procédés qu’avaient découverts
(t) Depuis que ce chapitre est composé, j’ai publié ce précieux objet dans te Bulletin de correspondance hellénique, 1880.
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de plus anciennes civilisations. En réalité, toutes ces influences ont contribué à la naissance de l’industrie grecque ; elles ont même une part dans les premiers essais de l’art proprement dit.
Pour ramener à des conclusions précises les faits qui préeèdent :
i" L’influence asiatique explique en grande partie les origines de l’industrie et de la déeoration en Grèce ;
a'’ Elle s’est exercée principalement par les Phéniciens qui faisaient le commerce, mais il importe de ne pas méconnaître l’importance qu’ont eue les exemples que les Grecs voyaient en Asie Mineure;
3“ L’histoire de la décoration asiatique, pour nous, présente surtout trois caractères successifs : nous trouvons d’abord la période égyptienne; 2® la période assyrienne; ]:)uis en troisième lieu, un style dont l’expression la plus complète mais tardive se voit à Persépolis. Nous entrevoyons, mais sans pouvoir les préciser, d’autres caractères d’une haute antiquité et distincts de ceux-là. Nous sommes obligés provisoirement de nous en tenir à ces divisions incomplètes;
4” L’industrie phénicienne, aussi bien (pie l’art de la Lydie et des cotes de l’Asie Mineure, a subi l’influence de ces trois périodes;
5" Le x" et le ix*" sièelc, c’est-à-dire l’époque des poèmes homériques, répondent à la période assyrienne ;
6’ Durant la troisième jjériode, les Grecs d’Asie Mineure, ceux des îles et de la Grèee eontinentale commencent à produire librement des œuvres dont les caractères originaux sont incontestables.
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Nous avons juscjLi’iei étudié l’histoire générale de la décoration asiatique et phénicienne. Nous verrons dans les chapitres suivants comment les faits cj|ue nous avons cru pouvoir démontrer cxplicpient les anciennes céramic|ues de style oriental; mais, comme on peut déjà le prévoir, ces vases n’appartiennent pas à une antiquité très reculée. Le viiU et le mU siècle sont les dates les plus lointaines où nous puissions remonter avec une suflisante rigueur scientifique. La période assyrienne du style
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asiatique n’est pas représentée dans nos musées par des monuments grecs d’une date certaine; à défaut des monuments, nous avons les poèmes homériques; ils montrent très bien l’état de l’industrie, les relations des Grecs avec les étrangers, le genre d’influence que ces étrangers avalent sur les Hellènes. Nous devons examiner rapidement s’ils contredisent les conclusions auxquelles nous sommes arrivés pour le x® et le ix** siècle, on si au contraire non seulement ils les confirment, mais les éclairent et les complètent .
Les Grecs de ce temps avalent des notions géographi([ues peu étendues. Ils connaissaient Rhodes, la Crète, les cotes de l’Asie Mineure; beaucoiq) moins la Phénicie et Chypre (i); pour eux, l’h^gypte était un nom. L’Iliade ne parle pas nettement de l’Italie, tandis ([u’IIésiode, un [)en peu plus tard, mentionne la Sicile.
Dans les descriptions des poèmes homérl(pies, il faut distinguer les œuvres de l’industrie locale des objets ([ul sont importés par le commerce; il faut aussi faire la part de la réalité et celle de rimaglnation poétique, qui est plus ou moins libre selon les circonstances. Quand Homère décrit le palais d’Alcinoüs ou celui de Ménélas, il y prodigue les métaux précieux; il veut en donner une haute idée; mais il est vague, et ce (jLie nous voyons de plus net, c’est que ces magnifiques édifices brillent comme le soleil et la lune. Il y ajoute des créations merveilleuses, des chiens d’or et d’ai'gent doués d’une jeunesse éternelle; il est vrai qu’ils sont l’œuvre d’IIéphaistos ; de jeunes esclaves d’or portent des torches enflammées. Ces s|)lendcurs font contraste avec les descriptions des temples d’Athèna et d’Apollon à Tro4c et à Athènes, d’Apollon à Delphes. Il les appelle vxô;, va6; -èov, riche; il leur accorde un vaste âV^yTov, sanctuaire, une porte, Oypa; ils sont remplis de présents, -/apuvTy. àva>.;y.xTa. Le seul détail tout à fait précis et faisant image qu’il indique est un seuil de pierre, >;zi:vo; La haute maison d’Alcinoiis cependant a
un seuil de bronze sur lequel s’élèvent des montants d’argent; les portes sont d’or. C’est qu’Homère ne pouvait pas décrire les temples du tem[)s d’Agamemnon différents de ceux f[ue voyaient ses contemporains; ceux d’Athènes et de Delphes existaient encore; il était obligé
(I) Voyez plus loin, p. lUi el p. liS, la cuicasse chypriote d'Aganienmon.
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de se conformer à la réalité, et ces sanctuaires étaient très modestes, tout à fait différents des fictions que le poète se permettait pour des édifices imaginaires. Homère place près d’Héphaistos vingt merveilleux trépieds qui se rendent d’eiix-mêmes au conseil des dieux; il imagine des statues animées et les décrit longuement; cependant, quand il parle de celles de ces statues que tout te monde pouvait voir, il ne leur donne meme pas une épithète qui puisse nous renseigner. Les femmes troycnnes vont déposer le plus riche péplos sur les genoux d’Athèna; nous ne savons en rien ce qu’est cette statue. Tci encore dépeindre une beauté qui n’existe pas, embellir ce que tous ses auditeurs ont sous les yeux lui est interdit.
Ün certain nombre d’épithètes sont instructives ; le jialais des fils de Priam est fait en pierres bien polies, "XWoc le détail est digne d’ètrc
noté, parce que l’habitude de tailler la pierre n’est j^as encore ancienne et qu’une maison royale peut tirer honneur du soin avec lequel on a égalisé les j)arois; c’est là une chose merveilleuse, un OxOïxa qui ne frappe j)as moins dans la réalité (]uc l’or dans les constructions imaginaires. Le grand mérite des tables, c’est aussi d’ètre çeaTyA, elles ont de plus des pieds peints en couleur, y.’jy.vÔT:£‘Ca, quelquefois tournés. Quand Ulysse prenait la peine de faire lui-même son lit, il était naturel (pi’unc bonne menuiserie brillante méritât des éloges. IjCS meubles sont surtout en bois, comme l’indiquent les épithètes du poète. L’art de travailler le bois est très bien connu d’Homère, qui le décrit avec précision; on se rappelle le TÉpexpov, la tarière d’Ulysse. L’Iliade et l’Odyssée sont aussi très nettes pour tout ce qui regarde le potier. En ce qui touche la fabrication des objets de bron/e, les poèmes se bornent à quelques indications; ou ces objets sont des œuvres d’imagination ou ils viennent de l’étranger. La cuirasse d’Agamemnon est un présent du Chypriote Kinyras. Achille, aux jeux en l’honneur de Patrocle, j)ropose pour prix un magnifique cratère d’argent, ouvrage des Phéniciens; ce vase a toute une histoire. «H n’en est pas de plus beau par toute la terre, y.'jTxp y.ocllei èvuy. -à-77.v stt’ 7.!av. » Dès qu’une arme ou une coupe est précieuse, on sait qui l’a sue- ('essivement possédée (i). L’admiration même que le poète exprime pour
(1) Le oÉTtx; àiJ.cfixOzeAAov de Bellérophon, II. ,VI, 220.
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certains objets prouve c[u’lls étaient rares. Tel est le passaj^e sur la merveilleuse eoupe CjLie Nestor avait apportée de l*vlos. On peut se faire une idée de la valeur des métaux travaillés à cette époque : un lébès qui ne va pas au l’eu et qui est tout brillant, peut-être d’argent, de la
eontenance de quatre mesures, est d’nn prix supérieur à deux talents d’or; une çtaVr,, également à'-’jpo', vaut un |)eu moins. Un tréjued,
€y)Tr,ç, allant an l’en, est estimé douze bœufs; une captive habile en tontes sortes d’ouvrages, seulement quatre bœufs; aussi le premier des ciiK[ prix pour la course de chars, aux funérailles de Ualrocle, se eompose-t-il d’un trépied et d’niu! esclave (i). Le bonif est runité monétaire qn’on trouve le j)lus souvent dans l’Iliade. Un bœuf grand et gras vaut pins d’un demi-talent d’or (2). L’Iliade mentionne plusieurs vases du [>rix d’un bœuf. (Juand le poète veut donnei- l’idée d’un objet magnilitpie, il l’estime un très grand nombre de bœufs. L’égide d’ Atlièna porte des tresses d’or qui xalent chaeune cent bœid’s, et toute la IVange est du prix de dix mille bœufs. On reconnaît un jjeuplc pour cpii les métaux travaillés ont une ti'ès grande valeur; un homme riche était celui qui avait beaucoup de bronze, -oVjyxl-Mç, 7:0»/ ; et on peut dire que les belles armures de métal étaient alors aussi rares que les ti’éqjieds et les lébès de bronze. Homère parle des chefs et des héros auxquels il prèle tons les avantages, il faut tenir grand compte de ce fait (3).
Sidon a dans les poèmes d’Homère une épithète qui indique d’on venait la plus gi'ande partie de ces objets de bronze; elle est appelée ttoaj'yaV/.o;. Le nom des Lhéniciens on des Sidoniens ne parait guère dans l’Iliade sans qu’Homère loue leur habileté ; ce sont des oin riers excellents. Pour un peuple presrpie sans industrie, (pii vivait surtout du travail de la terre et de l’élève du bétail, le Phénicien était célcl)re par ses
(1) Agamemnon dit à Teucer :« Tu recevras apres moi, si les dieux nous permettent de . iivcrser les murailles de Troie, le prix le plus honorable, soit un trépied, soit deux chevaux avec leur char...» IL, YIII, 287.