DE LA FORMATION DES CERCLES AGRICOLES
La première difficulté pour les réunions agricoles est de trouver un noyau ; quand cette difficulté sera levée, il y en aura une autre, celle de faire quelque chose. Il est évident qu'on peut trouver facilement à la campagne les éléments d'un bon comité, c'est-à-dire quatre ou cinq agriculteurs modèles. Dès que vous aurez trouvé ces personnes, vous commencez parles réunir.
Ensuite vous allez trouver d'autres cultivateurs et vous leur dites : vous êtes des travailleurs sérieux, vous avez une quantité de qualités remarquables, et nous venons vous proposer d'en trer dans u ne association. Voilà les premières démarches à faire.
Il y a malheureusement dans les campagnes bien des personnes qui, tout en partageant nos vues, n'ont pas l'habitude des grandes actions ; elles sont plus ou moins éloignées les unes des autres, et alors elles préfèrent faire le bien isolément autour d'elles, plutôt que de s'associer.
Notre conviction est qu'aujourd'hui le mal est tellement grand dans les campagnes comme partout, qu'il faut des forces associées pour y remédier ; les efforts isolés par des personnes qui habitent les villes ne suffisent plus, et il leur faut augmenter leur action en s'associant.
Une fois ces réunions fondées, il faut les faire travailler. Là nous rencontrons une objection très répandue. Si les réunions n'ont pas une tâche déterminée, vous trouverez peu de personnes qui soient disposées à s'occuper d'idées purement spéculatives, et celles qui n'ont pas ce goût ne viendront pas à vous. En effet, il est très important de trouver des points d'application pratique ; mais, au point où nous en sommes actuellement, il serait téméraire à nous de les imposer à priori. L'expérience seule peut nous les fournir d'une manière certaine.
Commençons par former des réunions pour grouper le personnel sur lequel nous avons à agir. L'expérience indiquera quelle est la meilleure manière d'atteindre le but que nous poursuivons.
A ce sujet il serait peut-être téméraire de prétendre tracer, et peut-être indiscret d'exiger un programme rigoureusement défini. D'abord, parce que ce qu'il pourrait y avoir de mieux à faire variera suivant les localités; en second lieu, parce que l'expérience seule pourra nous apprendre si l'application de telle idée est utile ou sans avantages, peut-être même nuisible ; si les procédés que nous y emploierions seront pratiques ou inefficaces.
Enfin, parce que des efforts intelligents et dévoués auxquels nous convions toute une phalange d'individus, jailliront, nous en avons la conviction, une foule d'idées
excellentes que les besoins locaux suggéreront. Ces idées nous les guetterons avec grand soin ; nous les saisirons avec empressement et reconnaissance chaque fois qde les communications entre les cercles agricoles et notre journal les susciteront, nous les formulerons et nous les généraliserons au profit de tous.
On peut donc faire dès à présent deux parts distinctes dans le travail auquel auront à se livrer les cercles agricoles : celle de l'étude, celle de l'action.
Pour celle de l'étude, point de difficultés; le champ en sera déjà très vaste, et l'ensemble des travaux qu'elle permettra de réunir sera assurément d'un très haut intérêt.
Les cercles auront à traiter, au point de vue de leur application pratique dans leur endroit, toutes les questions qui ressortent de la compétence de l'agriculture, à savoir : toutes celles qui touchent aux intérêts professionnels des cultivateurs, à leur situation religieuse, morale, économique, aux conditions spéciales dans lesquelles se trouvent placées les classes agricoles, selon le mode de culture propre à chaque endroit, par suite des liens qui s'y sont établis entre l'agriculture et l'industrie, etc.
Ce programme comprend des questions purement théoriques et dès questions d'ap-
plication. Il pourra s'étendre, s'élargir, et on comprend que, de l'étude qui en sera faite sur un grand nombre de points à la fois, avec une parfaite connaissance des lieux, des cor tûmes et des exigences locales, pourront jaillir de très vives lumières et de très précieux enseignements ; en tout cas, il offrira un incontestable et très haut intérêt.
Mais il est une condition essentielle au succès des associations agricoles, c'est qu'elles soient fondées et qu'elles restent sous !a haute direction du clergé.
•w C'est, à notre avis, et c'est le Journal d'Agriculture qui parle, la seule garantie de stabilité et d'utilité que l'on puisse donner à ces organisations toutes de dévouement et de charité d'un côté, et d'intérêts matériels très prononcés, de l'autre côté."
Il est évident que le concours du clergé est indispensable à la formation des cercles agricoles. De même que la colonisation n'a pu avoir d'efficacité réelle sans que le clergé en ait pris la direction, ainsi le niveau agricole ne pourra jamais être relevé sans la direction intelligente et paternelle du prêtre. 11 n'y a pas de curé qui ne possède quelques bonnes notions d'agriculture, par exemple : sur la nécessité des engrais, de leur conservation et
de leur augmentation ; sur les profits qu'apportent les vaches bien nourries et bien entretenues ; sur les modes les plus économiques d'engraisser les porcs et les bêtes à cornes ; sur l'importance de s<-mer de la graine de mil et de trèfle ; sur la nécessité de l'amélioration des champs, et sur combien d'autres sujets dont les premiers principes sont ou méconnus, ou négligés dans presque toutes les paroisses du pays. Mais, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire dans un article publié récemment dans le Courrier du Canada sur le même sujet, c'est peut-être la crainte de l'insuccès qui détourne notre clergé de prendre l'initiative de semblables fondations. Il n'y aurait pourtant qu'à y mettre de la bonne volonté, du dévouement et un grain de patriotisme Et qui connaît mieux que notre clergé ces trois qualités, et qui a jamais su mieux leur faire produire des fruits !