‹ Les cercles de Paris, 1828-1864Chapitre 13 sur 69 · LH J OC KB Y-CLUB X · texte numérisé non relu

LH J OC KB Y-CLUB X

Je me refuse ce facile élément de succès.

Accompagné de son fidèle Achate, le futur directeur des beaux-arts regardait depuis quelque temps, avec ce regard vague de l'homme ému, les vitrines d'un horloger célèbre. Il entre dans le magasin , et s'adressant avec une parfaite politesse à la personne qui occupait le comptoir, l'interpelle en ces termes :

— A quel usage destine-t-on, monsieur, ces petites boites circulaires, les unes en or, les autres en argent, qui portent sur une surface émaillée, munie d'une aiguille délicate, les douze chiffres en caractères romains.

— Monsieur, répond simplement l'horloger, qui est un homme d'esprit, cette surface émaillée est un^adran; chacun de ces chiffres représente l'heure de la journée. La grande aiguille, mue par unsytèmede ressorts liabilement combinés , parcourt le cadran tout entier en l'espace de soixante minutes, pendant que la petite ne parcourt que l'espace compris entre deux chiffres; c'est un instrument très-commode adopté par tous les gens civilisés, pour se rendre compte de la division du temps. C'était d'ubord un

simple objet d'utilité, nos instincts d'artiste en ont fait un objet de luxe ; nous l'avons enrichi de pierres fines, quelques-uns sont montés sur rubis, et il est rare aujourd'hui qu'un homme comme il faut ne possède pas au moins une ou deux montres. C'est le nom qu'on donne à ces chronomètres.

— Mais alors, monsieur (si je ne suis pas indiscret, toutefois), à quel usage est destiné ce petit trou qui porte à son axe un carré ressemblant à l'essieu d'une voiture microscopique?

— C'est en effet un essieu; notre époque, malgré l'état avancé de son industrie, n'ayant pas trouvé le mouvement perpétuel, on introduit une clef que voici, qui, s'emboltant parfaitement, tend un ressort contenu dans un barillet. Ce ressort, cherchant constamment à se détendre, anime la montre d'une force motrice qu'on arrive à régulariser par un balancier dont les oscillations isochrones règlent la marche des aiguilles. C'est ce que nous appelons remonter sa montre.

— Mais, monsieur, savez-vous que c'est extrême* ment ingénieux, tout ce que vous racontez là. Et à quelle heure un homme comme il faut doit-il remonter sa montre?

— A midi, monsieur.

LE JOCKB\-CLUB 71

— Mois il me semble qu'il serait plus rationnel de la remonter à minuit, en se couchant.

— Non, monsieur Romibu, parce qu'à minuit, il y a des gens comme il faut qui sont saouls comme des grives !

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