‹ Les cercles de Paris, 1828-1864Chapitre 3 sur 69 · A GUSTAVE AROSA · texte numérisé non relu

A GUSTAVE AROSA

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Réunissez dans un même individu, s appelant M. Durand ou M. Legros, la science profonde d'Arago, l'universalité de Goethe, l'humour et la forme exquise de Henri Heine, la grâce de d'Orsay, la fortune du baron Sina et la probité de l'homme aux rubans verts ; que le mortel ainsi doué soit encore d'un cerveau froid et de mœurs douces, qu'il

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n'ait jamais marqué sa place dan? les démonstrations politiques : — Votre Durand est-il assez complet? — encouragez-le dès lors à solliciter son admission au cercle de l'Union : je réponds que non-seulement ses prétentions n'aboutiront pas, mais qu'elles seront même regardées comme audacieuses.

Seulement — comme on dit au Vaudeville — les membres de l'Union sont des gentilshommes accomplis qui ne tissent ni ne filent, mais qui laissent les Durand tisser et filer en paix ; ils auront donc soin de faire insinuer diplomatiquement à ce Pic de la Mirandole réussi qu'il ferait bien de ne pas briguer l'honneur de faire partie du noble cercle, n'ayant pas les conditions requises.

Quelle est donc la ligne idéale qui sépare les élus des inadmissibles?

Dans le faubourg Saint-Germain de la France, l'Union est encore un nouveau Barrio où se retrouve quinte*sencié l'esprit aristocratiquement conservateur du noble faubourg.

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La fortune n'y donne pas accès : — on verra comment MM. de Rothschild, Hottinguer, Mallet et Bhéring y furent admis. — Le talent , le génie même, et cette chose plus radieuse encore qui s'appelle le succès, n'y sont comptés pour rien. Si lord Byron s'y fût présenté, c'est comme siégeant à la chambre haute qu'on l'eût admis, et je ne crains pas de dire que quelques membres — dont je tairai les noms — auraient peut-être objecté qu'un lord d'Angleterre n'eût pas dû se compromettre en écrivant des poèmes et en discutant avec des folliculaires.

M. Thiers, M. Berryer, M. Odilon-Barrot, M. Guixot, ministres, présidents du conseil, ambassadeurs représentant la France auprès des puissances continentales, et portant la Toison d'or, n'auraient jamais brigué l'honneur de Cure le whist dans le salon blanc de lTnion à d'autre titre que celui de membre du corps diplomatique. M. Uolé — le wmU Mole — tous voyez la nuance — n'avait qu'à parrains pour y être admis.

Un parti pris d exoawve retenue m'empftebe de citer les noms de ceux qm ont été démangé* 4*m leurs tentatives : mais cette aUâkm moH, a wmf sûr, un sujet d etmraenaœi ymr emx qm ae **d pas initiés.

L'héritier d'un grand nom historique dont les opinions légitimistes sont connues, est accueilli sans conteste. — Un orléaniste d'aussi bonne souche est reçu avec quelques boules noires. — Les descendants des maréchaux, généraux ou grandes illustrations de l'Empire, quoique vivant civilement et sans charges à la cour, passent avec quelque sourde opposition. — Quand les noms historiques ralliés et prêtant des services effectifs affrontent le scrutin, le faubourg Saint-Germain fait donner la réserve, et la lutte devient ardente entre les patriciens de la veille et ceux du lendemain.

Une particularité curieuse et qu'il importe de noter : — Le descendant direct d'une grande famille de province, ayant château seigneurial, meutes, équipages et train de cour, sera rarement admis. L'exclusivisme est radical, le faubourg Saint-Germain ne veut pas se laisser envahir.

Sans qu'on puisse leur appliquer la remarque de Chamfort : « Au Pérou, il n'était permis qu'aux nobles d'étudier; les nôtres pensent différemment, » il faut constater que ces gentilshommes, qui représentent la haute aristocratie française avec le tact, les manières exquises et toutes les qualités des classes privilégiées par la naissance, ne partagent pas ce sentiment qui porte les illustrations nohi-

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liaires de certains pays de l'Europe à cultiver les arts, les sciences et les lettres. A Madrid, par exemple, le marquis de Molins, le duc de Rivas, le général Bos de Olano, le duc de Frias, don José Guell-y- Rente, le marquis de Miraflores, le marquis Aûnon, et vingt grands d'Espagne aussi illustres, sans compter le roi lui-même, sont des littérateurs distingués ou des artistes de talent.

Ce n'est pas à dire pour cela qu'il n'y ait parmi cette foule titrée des esprits fins et charmants, des savants, des artistes, des littérateurs, des hommes d'État inpartibus; mais ces dons de l'esprit sont à l'état latent, et l'homme intime seul révèle dans les relations sociales la culture de son intelligence et la délicatesse de son jugement. Les de Broglie, les de Noaille8, les Rémusat y sont rares. Il y a bien, parmi les jeunes membres, et même parmi les fondateurs, quelques libéraux qui siègent au milieu des conservateurs, comme Hugo, Musset et Delacroix siégeaient à l'Académie, et qui, un jour, ouvriront la porte à l'esprit qui régit nos sociétés modernes; mais jusqu'ici les avenues sont soigneusement gardées, et cela au péril de voir la solitude se faire dans ces salons aristocratiques qui furent un moment l'un des aimables sanctuaires de l'esprit français : au temps de M. de Feletz et de l'Abbayeau-Bois.

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11 résulte de cet état de choses une société toute particulière, une aristocratie dans l'aristocratie, un cercle de grands seigneurs aimables, polis, riches et puissants, qui pourraient employer leurs forces vives au développement d'une idée et d'un progrès, mais qui regardent cette culture comme dévolue à une autre classe que celle dont ils font partie.

11 reste sous-entendu que l'honorabilité la plus pure est, pour l'admission, le corollaire indispensable d'un grand nom.

Un étranger dont la fortune est proverbiale et qui porte la couronne fermée, s'était rendu coupable d'une indélicatesse à quelques mille lieues de Paris ; le jour où il revint s'asseoir à la table du cercle, les membres qui s'y étaient fait inscrire firent rayer leurs noms et s'abstinrent d'y paraître.

Au cercle de l'Union on croit qu'il en est de l'honorabilité comme de la certitude philosophique : « Elle est an elle n'est pas, et n'admet pas de degrés. »

Malgré l'impatience du lecteur qui sollicite l'anecdote dans un sujet si plein d'indiscrétions et de dangers, nous croyons qu'il était essentiel de dégager l'idée philosophique, idée négative, du reste, qui

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préside à l'institution : on peut aborder Bans crainte ce sujet si difficile quand on apporte en ses études un esprit respectueux qui n'a jamais failli et une sincérité inébranlable.

SOMMAIRE. — La fondation. — Le due da Gaiche. — D'Orsay. Histoire d'une pièce de toile à caneTas. — Un dépôt sacré ! — Une forteresse capitonnée. — Le doc de Mouchy. — Le prince de Telle jrand.— Son séide. — M. de Montrond. — Jusqu'où Ta M. de Montrond. — Le scrutin de l'Union. — Secrétaires et tabatières. — Sampayo. — Les Fin-James. — M. de Bouijaud. — Argent bien placé. — Banquiers et grands seigneurs. — Baron de Mecklembourg. — Le prince Zappia. — Générosité enrers M ,w Georges. — Un descendant des rois d'Irlande. — Éloignesrous, monsieur ! — Cause de nos rerers en Espagne. — La politique au cercle.

C'est le duc de Guiche, ancien menin du Dauphin, qui prend l'initiative et fonde, en 1828, le cercle de l'Union ; il avait longtemps vécu en Angleterre, où il avait pris du service sous le nom de capitaine de Grammont, et en était revenu imbu des idées d'association. Le duc avait été frappé du confort des cercles anglais, de la facilité donnée à chacun

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de jouir, grâce à une participation relativement mi* niine des avantages que peut seule procurer une immense fortune.

L'époque était propice, la noblesse française était dans l'inaction, la vie était sans but ; on rallia quelques grands noms, on fit semblant de prendre pour des ancêtres quelques portraits savamment voilés par une patine artificielle ; on fut, en un mot, assez coulant sur le chapitre des admissions, et en peu de temps on arriva à réaliser une installation convenable dans ce même local occupé pendant trente ans par le cercle, au coin de la rue de Grammont et du boulevard des Italiens.

On sentit le besoin de s'appuyer sur quelques financiers bons administrateurs; il y eut un compromis d'intérêt, on traita de puissance à puissance. Comme on n'avait pas encore d'idéal bien arrêté, il existait une certaine confusion, on ne se comptait pas encore : c'est probablement à ces considérations d'organisation administrative que quelques financiers durent de figurer au livre d'or.

Le duc de Guiche avait épousé la sœur du comte d'Orsay, ce lion légendaire qui fut dix ans la coqueluche des Parisiens et dicta le code de la suprême élégance. Le comte fut, avec son beau-frère, l'une

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des colonnes de l'Union, et travailla de tout son pouvoir à sa constitution.

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