COMMISSION OE PEINTURE
La commission s'occupe d'établir dans les salons du cercle une exposition permanente d'œuvres artistiques de tout genre, tableaux, sculptures, objets d'art, etc., de désigner les jours et les heures où Ton pourra admettre le public dans certaines conditions; l'organisation de loteries annuelles pour faciliter Tachât du plus grand nombre possible d'ouvrages exposés.
Les expositions du cercle ont été jusqu'ici très* remarquables ; elles ont lieu dans une galerie spéciale admirablement disposée et qui représente certainement, de toutes les galeries connues, le local le plus propice à l'exposition d'œuvres d'art. La salle est restreinte, elle s étend dans toute sa longueur sur
la rue de Choiseul et peut contenir une centaine de toiles; la lumière est douce, tamisée; le nombre d'oeuvres est limité, et ce n'est plus cette invasion de rayons froids qui, comme une justice distributive, pénètrent dans les grandes salles officielles et se répandent, en les éclairant cruellement, sur les myriades d'œuvres écloses pendant une année.
Ces exhibitions restreintes ont été un peu détournées de leur but; le visiteur y a gagné, l'institution y a peut-être perdu. Dans l'esprit des fondateurs, le cercle comptant parmi ses sociétaires des hommes d'un talent consacré, chacun d'eux aurait envoyé une toile, et l'exposition eût donne» la mesure de la valeur des membres peintres; peut-être se fût-il trouvé parmi les amateurs étrangers au cercle (car le public muni de cartes est admis dans la galerie} ou môme parmi les membres, un certain nombre d'acheteurs , et le débouché des «euvres était trouvé.
Hais un cercle n'est pas un bazar, et ces transactions commerciales refroidissent un j>eu les relations. N'est-ce pas quelque chose que de pouvoir chaque •oir se rencontrer entre gens bien élevés, vivre de* la même vie, s'initier les mis les autres au mouvement des idées qui vous sont familières, et faut-il préférer à tout cela une exploitation, volontairement consentie sans doute, mais qui mettra les gens sua-
ceptibles d'acheter en garde contre ceux qui sont susceptibles de vendre?
Néanmoins, si les résultats sont lents, ils n'en seront que plus effectifs; on n'expose pas impunément de bonnes toiles, et les relations sociales étant établies entre l'artiste et l'amateur, soyez sûre qu'elles se continueront et porteront naturellement leurs fruits.
On s'est donc préoccupé, dans les expositions du cercle, de réunir des œuvres hors ligne, sans s'attacher à ce qu'elles fussent signées de membres de l'association; le public y a gagné de voir sortir des galeries particulières des toiles modernes dont quelques-unes sont célèbres, et qui toutes sont un enseignement pour les hommes spéciaux en même temps qu'elles charment les dilettanti.
Nous avons revu là, sortis de cabinets d'amateurs, des Meissonnier exquis, un Isabey (le Mariage d'Henri IV), qui est une œuvre digne du Louvre, des Jules Dupré , des Diaz du beau temps , des ï)ecamps célèbres, un Fromentin (le Matin) trèsremarque au dernier salon, un beau P. Rousseau (0! ma tendre musette 1) de spirituelles aquarelles d'Eugène Lami à côté du Louis XI de Meissonnier te des Tépidarium de Boulanger. Nous citons
au hasard, mais il y a là la base d'une exposition solide.
Peu à peu, cependant, les membres amateurs auront épuisé leurs cabinets ou leurs galeries ; quelquesuns, plus forcenés, ne se prêteront pas, comme M . Paul Demidoff ou comme M. Joseph Fau, à ces déplacements, dont leurs tableaux bénéficient pourtant. D'autre part, les expositions sont annuelles, le temps manque à l'artiste, et s'il disperse ses forces, il ne saurait produire dune année à l'autre une œuvre digne de l'exposition officielle. — Enverra t-il au cercle cette œuvre même qu'il destine au salon? Mais il est reconnu que c'est déflorer un tableau que le montrer au public avant l'exposition, et du reste vous connaissez peu les artistes si vous vous imaginez qu'ils auront fini leurs œuvres avant la limite fixée.
On voit, et je ne fais que les indiquer en passant et sans m'y arrêter, car j'écris pour les gens du monde, contre quelles difficultés les comités ont à lutter ; qu'on ne s'étonne donc point si les résultats se font attendre.
La Fantaisie est là, debout devant ma table, comme la J/hsc de Chémbini de M. Ingres, qui m'invite à prendre une allure moins grave et me
fait des «igaceries ; mais il y a trois ou quatre choses sérieuses ici-b<'is ? et la destinée des arts est une de celles-là. Je continue donc impitoyablement à être
grave.