ORIGINE DU CERCLE — LES FONDATEURS
Deux hommes d'esprit, entraîneurs de première force, qui ne rêvent pas sur une idée et l'exécutent avec un enthousiasme auquel rien ne résiste, M. ie comte d'Osmond et M. Sampayo le neveu de cet
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encyclopédique Sampayo que nous avons renoontré au Grand-Cercle) ont beaucoup fait pour la fondation de PUnion artistique. Avec eux MM. de Vogué, le prince Poniatowski, Mario Uchard et Élie Cabrol en ont jeté les bases, préparant un manifeste qui disait ce qu'on espérait fonder, le but auquel on voulait arriver, et les moyens pratiques à mettre en œuvre.
MM. de Vogué, d'Osmond, Sampayo et Élie Cabrol représentaient l'élément hommes du monde; le prince, auteur de Pierre de Médicis, était le lien naturel entre les premiers et les musiciens ; M. Mario Uchard devait rallier les littérateurs.
Le manifeste, envoyé à tout ce qui portait un nom dans la peinture, entraîna un certain nombre d'artistes qui envoyèrent leur adhésion. Parmi eux, MM. P. Baudry, de Balleroy, Bida, Gustave Boulanger, A. Cabanel, Chérénieteff, E. Dubufle, Durand Brager, Eugène Fromentin, Gendron, Gérôme, Gide, Gudin, E. Guillaume, Hamon, Isabey, de Jaubert, Lambert, Eugène Lami, Lecointe, Le Poittevin, Meissonnier, Palizzi, Penguilly-Lharidon, Pérignon, Protais, Ravel, Rodakowski, P. Rousseau, Schutzenberger, Toulinouche, Troyon, Chevandier de Valdrôme, Vidal.
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Les sculpteurs étaient rares : MM. Bartholdy. Dantan jeune, Jouffroy, Frêuiiet.
Parmi les musiciens : MM. Auber, J. Cohen, Félicien David, Gounod, Halévy, Lefébure-Wély , Lizst, Membrée, Mohr, Pasdeloup, Léon Pillault, prince Poniatowski, prince de Polignac.
Architectes : MM. A. Berthelin, G. Davioud , Hittorf, Lefuel, Vioilet-le-Duc.
Littérateurs : X. Aubryet, Emile Augier, H. Baigneras, Armand Baschet, Camille Doucet, Octave Feuillet, Albert Friès, Ernest Gênais, Théophile Gautier, Léon Laya, Mérimée, N. Roqueplan, Aipfapnse Royer, de Saulcy. Turban.
En outre de ces noms d artistes, que j'ai cités d'abord pour bien faire ressortir ridée artistique qui domine dans l'institution, la liste des premiers adhérents (qui furent presque tous membres fondateurs, puisqu'on s'était assuré le concours d'un certain nombre avant de songer au local) s'élevait à quatre cent treize noms, parmi lesquels : les Aguado, le prince d'Hennin, le marquis d'Auditînet, Pasquier, les de Béhague, le prince Bibesco, J. N. Bonaparte, marquis de Cavour, comte S. de Cleraiont-Tonnerre, comte de Coesé-Brissac, marquis de Grimaldi, uiar-
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quis de Galiffet, les La valet te, duc de Lesparre, duc de Maillé, duc de Massa, duc de Morny, prince de Mettemich, prince de la Moskowa, les deux princes Murât, vicomte O'Donnel, duc de Plaisance, trois princes de Polignac, deux princes Poniatowski, trois comtes de Pourtalès, duc de Praslin, prince de Reuss, prince San-Severo, duc de Valombroea, prince de Wagram, prince Ypsilanti, etc., etc.
Ces quatre cent treize adhésions réunies, on pouvait compter ses forces et réaliser l'association. MM. Élie Cabrol et de Polignac s'occupèrent du local. L'hôtel occupé par la maison Delisle, rue de Choiseul, était vacant; il était propice à Tinstallalion ; on y fit les travaux d'aménagement nécessaires, et on construisit la galerie d'exposition. *
Les membres de l'Union artistique gardent le meilleur souvenir de ces premiers moments passés au cercle : l'intimité était plus absolue qu'aujourd'hui, le public était jeune, vivant ; on venait régulièrement et avec un certain enthousiasme ; les soirées s'écoulaient rapides, le jeu n'avait pas encore pris les proportions auxquelles il s'éleva plus tard ; les bouts* rimes, les charades étaient à l'ordre du jour: c'était un éclat de rire sans lin. On se trouvait là, entre
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gens de bonne compagnie, former le cercle le meilleur enfant du monde; on s'y livrait à des charges de toute sorte.
Les quatuor furent organisés tout de suite, et la vie qu'on menait rue de Choiseul eut un retentissement favorable dans les grands cercles du boulevard ; les adhésions arrivèrent en foule (soixante membres du Jockey-Club avaient adhéré déjà) ; la première liste de candidats proposés au comité portait soixante-dixhuit noms, sur lesquels soixante furent reçus. La première représentation organisée obtint plein succès et ébheva l'entraînement ; il y eut un moment de pleine prospérité, de 18G0 à, 18G1. Une tentative malheureuse, un concert organisa au Théfttre- Italien, soirée pour laquelle chaque membre avait sa stalle à l'orchestre, laissant à la location, au profit de l'association, toutes les loges de la salle, et qui causa un déficit de dix mille francs, fut le signal dune déb&cle que doit enregistrer l'historique du cercle, quoiqu'elle ait été victorieusement réparée depuis.
Parmi les gens du monde, beaucoup cédèrent au découragement et n'eurent pas la foi nécessaire dans l'œuvre qu'ils avaient résolu do fonder; les cotisations périclitaient; on enregistra en un court espace de tempe cent trente démissions.
On s'ingénia de diverses manières, et chacun chercha le moyen pratique d'arriver à réaliser de superbes bénéfices : un musicien distingué trouva un expédient qui sent son gentilhomme et qui prouve que le talent artistique n'a rien à voir avec les arides spéculations de l'économie sociale. Il proposa de monter un équipage de chasse qu'on louerait à ceux des membres du cercle qui n'ont pas de meute. Balzac, qui voulait traiter les scories du Vésuve pour en extraire les parcelles de cuivre, et qui- escomptait devant Monnier les millions hypothétiques qu'on en devait retirer, ce qui faisait dire à M. Prudhomme : « Avance-moi cent sous sur l'affaire, et je te tiens quitte du reste ! » n'eût rien trouvé de plus fantaisiste.
Gendron, le peintre des Willis, eut aussi son idée pratique. Il proposa de faire du jardin du cercle un joli petit cimetière, lieu de repos où les membres du cercle décédés dans l'année viendraient dormir en paix. L'idée était touchante, elle n'obtint pas le moindre succès. Il faut dire en passant que le jardin, encaissé entre des constructions élevées, a servi souvent de texte aux quolibets des sociétaires. Les ingrats oublient vite, l'hiver, les bonnes parties de ballon que des partenaires qui portent la couronne fermée y font Tété; lorsque...
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• ... les Tcnts sont a l'amour... l'horizon vA en feu. Toute femme ce soir doit désirer qu'on loime. »
ce qui rend rêveuses les jolies marchandes de modes de la rue de Choiseul, qui plongent leurs regards indiscrets sur ce sérail d'hommes comme il faut. Quand les généraux commandant la garde veulent bien accorder au cercle la musique militaire, qui exécute ses brillantes aubades, le petit cimetière et son platane ne sont pas ù dédaigner.
En ce péril extrftme, M. Maurice Cottier, dont le nom est classé parmi les amateurs les plus intelligents, proposa d'avancer de ses deniers personnels une somme de quarante mille francs, qu'on lui a remboursée depuis. Le comité proposa, à son tour, mn emprunt intérieur de cent mille francs, en émettant des obligations de cinq cents francs remboursables en vingt ans. Ces mesures énergiques sauvé* rent le cercle, qui, à la fin de 1862, avait retrouvé sa moyenne et réparé les cent trente démissions données. C'est le moment des innovations destinées a donner à la réunion un plus grand attrait.
On essaye les conférences avec Philoxène Bojer, qui parle de la littérature américaine. Ces séances,
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malgré leur intérêt, ne réussissent point et ne pourvoient réussir avec un public aussi vivant, aussi mobile que celui de la rue de Choiseul, qui demande des attractions moins sérieuses et sait, s'il désire y prendre part, le chemin du collège de France, de la Sorbonne et du quai Malaquais.
Une institution spéciale à l'Union artistique constitue une originalité : les membres du premier cercle de la rue Royale avaîfent, à une certaine époque, au moment du succès de Triât, installé une gymnastique dans un de leurs salons;, les membres du Cercle artistique, amis des plaisirs hygiéniques et du mois sana in corpore sa?w, fondèrent une salle d'armes.