CHEMINS DE FER
Le cercle dans lequel nous allons entrer est la conséquence indispensable du développement industriel auquel nous assistons, c'est le contre-poids social, presque l'antithèse des fractions de cercles qui protestent contre l'immixtion des grand* noms dans les affaires industrielles.
La barrière est désormais renversée, l'aristocratie anglaise a donné le signal de cette révolution, le préjugé est vaincu, et, à part quelques protestations dont la ténacité s'affaiblit de jour en jour, l'aristocratie française a suivi l'élan. On pourrait tirer de ce fait les. déductions les plus graves, et montrer comment l'aristocratie de l'intelligence a sommé l'aristocratie de la naissance de montrer d'antres parchemins que ceux de ses ancêtres, faisant peu de cas de tout ce qui n'est pas valeur personnelle, efforts aboutissant au bien-être de tous, recherche d'un progrès ou d'une vérité; production, en un mot dans la voie spéculative ou la voie pratique.
La recherche des intérêts généraux, la préoccupation constante des questions économiques, mit cet admirable résultat qu'elles font taire la voix des partis politiques, et que le chemin du progrès est un terrain neutre sur lequel se rencontrent amis et ennemis. Un humanitaire pourrait incriminer ce que j'admire et estimer à son tour que la satisfaction des intérêts matériels, alors même qu'ils sont dépourvus de toute aspiration égoïste, ne doit pas prendre le pas sur les aspirations politiques. Quant à moi, je ne puis m' empêcher d'admirer les concessions faites par l'esprit de parti et la fusion de tant de représentants d'opinions diverses an bénéfice d'une seule et même idée : le progrès.
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Cette immense question du nivellement de là société, sublime utopie qu'ont poursuivie tant de penseurs, dont la plupart ont payé de la raison la foi qui les animait, ne trouvera de solution, s'il en existe une, que dans ces frottements constants d'hommes appartenant aux couches sociales les plus diverses, réunis ensemble par un même intérêt, nivelés pour ainsi dire par le travail et par 1 intelligence.
Une somme d'intérêts communs entre les différentes lignes de chemins de fer existant en France décida la réunion des directeurs de chaque compagnie en un conseil qui prit le nom de Conférence. M. de Morny fut appelé à le présider, et, pour ne pas se laisser influencer en faveur des réseaux à la fondation ou à l'administration desquels il avait participé, il donna sa démission de toutes les fonctions qu'il remplissait dans les différents conseils partiels.
Un jour vint où la Conférence, représentant des intérêts considérables, composée d'hommes éniinents, voulut choisir un terrain neutre comme point de réunion, et le cercle des Chemins de fer fut fondé. Ce n'était pas encore un cercle proprement
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dit, c'était le siège permanent des directeurs decompagnie et des administrateurs délégués, le bat est resté le même, malgré les tolérances successives octroyées par la Conférence ; le règlement définit en ces termes Tidée qui avait présidé à l'institution :
« Le cercle a pour but de réunir tous les hommes qui ont contribué à fonder et à développer l'industrie des chemins de fer, et ceux que cette grande industrie intéresse.
» Il est aussi destiné à créer pour les compagnies et pour la Conférence, qu'elles délèguent, une bibliothèque spéciale, des archives et une collection des meilleurs modèles des machines et appareils, en même temps qu'à offrir un moyen de publicité pour les découvertes et inventions reconnues utiles à l'industrie des chemins de fer. »
Nous verrons plus tard dans quelle mesure on a réalisé le but qu'on s'était proposé.
Nous voyons donc qu'au début, la Conférence était chez elle ; elle étendit la limite en subordonnant l'admission de membres étrange» à la présentation par un administrateur membre du comité qui régit le cercle. Le jour où cette faculté était octroyée, le cercle des Chemins de fer devenait réellement un
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cercle dans l'acception du mot, outre qu'il conservait toujours son but spécial.
C'est en mai 1854 qu'eut lieu la première installation, dans le local occupé par l'administration du Grand-Central, 16, place Vendôme. Le cercle s'y trouva bientôt à l'étroit : moins d'une année après, le 1 er janvier 1855, il s'installait dans le local qu'il occupe aujourd'hui au coin de la rue de la Michodière et du boulevard des Italiens.
La Conférence pourvut à toutes les dépenses nécessitées par l'installation, à la charge par le cercle de rembourser dans un temps plus ou moins long.
En moins de dix ans l'association a remboursé toutes les sommes avancées (moins une somme de 18,000 francs, qui sera liquidée cette année), et l'article suivant du règlement sera forcément modifié : « Le mobilier est la propriété des compagnies de chemins de fer, dans la proportion de la première mise qu'elles auront fournie & cet établissement. »
Le comité du cercle est composé de quinze membres, pris dans le sein de la Conférence, et qui, par conséquent, sont tous administrateurs.
Le comité est tout-puissant, il administre au nom de la Conférence, c'est h lui seul qu'on rend compte
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de la gestion; c'est lui qui procède à l'admission des membres, qu'un administrateur, membre du cercla, doit présenter; une seule boule noire suffit pour le refus du candidat.
I/O comité est composé de la façon suivante:
S. Exe. le duc de Morny, président. M. de Morny se rattache aux chemins de fer par beaucoup de liens ; il était administrateur du Grand-Central et du chemin de l'Ouest avant de présider la Conférence. — M. Dumon, vice-président, ancien ministre des travaux publics ; il apporte à cette conférence le tribut de sa haute expérience et ses connaissances pratiques. Il s'est montré constamment l'adversaire de l'exploitation des chemins de fer par l'État. M. Dumon a aussi occupé le ministère des finances, après M. Lacave Laplagne; il est membre de l'Académie des sciences morales et politiques, où il a remplacé le baron Palet. M. Dumon est grand officier de la Légion d'honneur. — M. Blount, le banquier anglais, de l'ancienne maison Laffitte et Blount; — M. Alfred Dailly, administrateur des chemins de fer de l'Ouest; — M. Henri Davillier, un des représentants les plus autorisés du haut commerce de Paris, président de la chambre de commerce, administrateur des chemins de fer de l'Est; — M. le vicomte N. Duchâtel,