LE DINER — LE SERVICE — LA CAVE
I^s salles à manger contiennent une table de huit couverts et un grand nombre de petites tables dune, deux, trois et quatre places.
Le dîner est coté à six francs sans les vins. Les dîneurs sont à peu près au nombre de quarante. Les diplomates étrangers dînent au club les jours où ils ne sont pas invités aux Affaires étrangi s re* ou à quelque autre ambassade. La table du cercle est aussi un refuge contre la dévotion des duchesses du faubourg Saint- Germain, qui veulent conduire leurs maris dans la voie du salut en leur imposant le maigre deux fois la semaine.
Un regwtre, constamment à la disposition des membres, est destiné h recevoir les observations et les plaintes des membres du cercle. Cet album d'autographes est trto-curietix : on se fait difficilement une idée des exigences de chuoua et de tous.
J'ai dit que la table commune contenait juste le nombre des convives qu'exige Brillât-Savarin pour une dégustation convenable. Il est nécessaire de s'inscrire dans la journée pour en faire partie. Aux petites tables viennent se grouper, suivant leurs sympathies ou leur caprice, tous les autres convives. Le dîner se compose de trois plats; celui des petites tables est composé des mêmes éléments choisis sur une carte du jour.
La cave de l'Union est célèbre, et on y consomme à des prix relativement modérés des vins qu'on ne saurait trouver ailleurs. Les gastronomes parlent avec vénération d'un léoville et d'un clos-vougeot transcendants.
Le service est admirablement fait, et le chef du cercle est un maître'célèbre. Quant au reste du personnel du service, il se compose de vieux serviteurs qu^ont connu M. de Talleyrand et lui ont servi du johannisberg de M. de Metternich. Beaucoup de valets sont morts au cercle et leurs enfants leut ont succédé. C'est la tradition des familles nobles d'avoir les plus grands égards pour ceux qui les servent et de les considérer comme faisant partie, de père en fils, du fief héréditaire.
L'UNION n
Les rafraîchissements consommés pendant la soirée se payent à part, l'eau sucrée seule cst;\ discrétion, comme à l'Institut et au Corps législatif. Le thé, qui forme la partie sérieuse de la consommation pendant la soirée , se paye cinquante centimes la tasse. '
On soupe quelquefois au Cercle , mais le cas est assez rare; néanmoins, le service est toujours prêt, et s'il plaît à quelque membre d'improviser un ambigu, à quelque heure que ce soit, il est toujours sûr de trouver à sa disposition tout ce qu'il lui plaît de demander.
La vie privée doit être murée, j'excéderais mon droit en dévoilant les petits secrets de salle à manger et les différentes manies de chaque membre, qui auraient pourtant quelque piquant pour le lecteur, puisqu'ils s'appliquent à des personnages aussi en évidence. Constatons seulement, en passant, les efforts que fait un membre de la Chambre haute pour résister au violent désir de pratiquer h Paris ce qui lui réussissait si bien à Londres, c'est-à-dire faire son marché et sacrifier le dîner de son cercle à celui qu'il achète lui-niAme. La haute société le reconnaîtra facilement, quand je dirai qu'il s'était Ait faire on
bel in-quarto en deux volumes, magnifiquement relié, creusé à l'intérieur et doublé en argent, réceptacle des langoustes, des pâtés et des mauviettes qu'il allait acheter chaque jour à New- Markett.
Ses voisins les boutiquiers de Begent-Street rappelaient le vieux savant, tandis que les marchandes, qui connaissaient le dénoûment de cette constante étude, rappelaient le vieux gourmet.