CHAPITRE X
La photographie aérienne au moyen
de cerfs- volants.
Une idée de M. Jobert. — Les premiers résultats de M. A. Batut. — Avantages du cerf- volant pour la photographie aérienne. — Travaux de A. Batut et de £. Wenz. — Suspension de la chambre noire. — Mesure des hauteurs. — Expériences de M. Eddy.
La première application du cerf-volant à la photographie aérienne, pour obtenir des vues topographiques ou de perspective cavalière, est due incontestablement à un Français, M. Arthur Batut, d'Eulaure, par Labruguière (Tarn), qui le premier imagina et exécuta une disposition particulière du cerf-volant permettant de réaliser cette expérience.
Nous devons mentionner cependant que, dès l'année 1880, au mois de juillet, M. Jobert avait soutenu devant la Société française de Navigation aérienne l'idée d'employer les cerfsvolants à la photographie aérienne et avait indiqué un procédé d'opération consistant à faire monter l'appareil photographique le long de la corde de retenue, en postillon orienté par un plan de direction, jusqu'à un arrêt disposé près du cerf- volant. Il indiquait ^électricité comme moyen d'obtenir le déclenchement de l'obturateur. Mais il ne paraît pas qu'il fit aucune expérience.
Au contraire M. A. Batut poursuivit ses recherches jusqu'à la réalisation complète du programme qu'il s'était tracé. M. A. Batut est donc le véritable créateur de la photographie aérienne par cerfs-volants.
lia APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
Ses premiers travaux datent du printemps de 1888, comme il résulte d'une lettre qu'il adressa à La Aa/«r<? au mois d'août 1888.
« Je poursuis depuis six mois environ, écrivait-il, la solution du problème de photographie aérienne par cerfs-volants. Les résultats que j'ai obtenus, bien que très imparfaits encore, me permettent d'espérer une réussite complète. »
A celte lettre étaient jointes deux épreuves 8x 10 obtenues à des hauteurs de 80 et de 100 mètres environ. Quoique flous, ces premiers essais étaient des plus intéressants, et le savant directeur de La Xature, le regretté Gaston Tissandier, écrivit à M. Batut pour Tencou rager à persévérer dans celte voie ; Tannée suivante, La Natiirf publiait la reproduction d'une magnifique épreuve obtenue à 280 mètres de hauteur et représentant la ville de Labruguière à vol d'oiseau.
La photographie aérienne par cerfs-volants était créée.
M. Batut a consigné ses travaux dans une brochure qu'il fit paraître la même année sous le titre de : Photographie aérienne par cerfs-volants.
Les avantages du cerf-volant sur le ballon captif, pour la photographie aérienne, sont incontestables. La construction d'un ballon capable d'enlever un. appareil photographique est délicate et coûteuse ; elle exige des matériaux spéciaux que l'on n'a pas toujours à sa portée et le gonflement n'est p ratique que si l'on dispose d'une canalisation de gaz : préparer soi-même l'hydrogène pour le gonflement rendrait les expériences encore plus difficiles et plus coûteuses. Enfin, point capital lorsqu'il s'agit de faire de la photographie, il est presque impossible d'éviter la rotation du ballon sur lui-même, ce qui empêche absolument d'assurer à l'objectif la direction voulue dans les photographies en perspective cavalière, c'est-à-dire dans celles où l'on vise obliquement le terrain à photographier.
Au contraire, le cerf- volant a une direction invariable : il est donc facile de disposer l'appareil photographique dans 1 a direction désirée et de lui assurer une fixité complète; La construction du cerf- volant, quel que soit le type adopté, est toujours
LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTS 1^3
simple, économique et peut être exécutée par tout le inonde avec des matériaux que Ton trouve partout : quelques morceaux de bois, du papier ou de la toile et de la ficelle, il n'en faut pas d'autres pour improviser un cerf-volant. Reste la question de l'ascension.
Un ballon captif s'élèvera par le temps le plus calme, mais d'autant moins facilement que le vent soufflera davantage. Le cerf-volant, au contraire, exige un vent d'au moins 5 mètres par seconde pour enlever un appareil photographique et est inutilisable les jours de calme. Mais si nous consultons les tables de probabilité établies par le commandant Renard, nous voyons que sur i ooo journées consécutives, il y en a 677 favorables à l'existence d'un vent supérieur à 5 mètres par seconde. En d'autres termes, 7 jours sur 10 le cerf-volant pourra s'élever. A ce point de vue encore, la supériorité appartient donc au cerf-volant.
D'ailleurs, nous avons vu à l'un des chapitres précédents comment, par un temps calme, il était facile d'enlever un cerfvolant au moyen d'un automobile ou d'une bicyclette et M. A. Batut a obtenu de bons résultats en faisant ainsi, par temps calme, remorquer son cerf-volant par un cavalier au trot ou au galop. On peut donc dire que chaque fois que les circonstances sont favorables au point de vue photographique, on peut, quelle que soit la force du vent, obtenir des photographies aériennes au moyen du cerf- volant.
Quant à l'intérêt que présentent les épreuves ainsi obtenues, il est à peine besoin d'y insister et il suffit de regarder les magnifiques résultats auxquels on arrive (fig. 112) pour être convaincu de l'utilité de ces expériences, au point de vue topographique par exemple. Des vues stéréoscopiques ainsi obtenues à vol d'oiseau donnent une impression de relief extraordinaire et peuvent constituer des documents d'une valeur inestimable pour la confection des cartes topographiques.
Un autre expérimentateur d'un incontestable talent, M. Emile Wenz-Chaponnière, de Reims, après avoir eu connaissance des
LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTS l45
FlG. Il3.
travaux de M. A. Batut, reprit ces expériences et exécuta une série d'épreuves des plus réussies par un procédé analogue. Il
a consigné ses travaux dans une note adressée à la Société française de photographie à la séance du 7 août 1891, et dans un article publié dans U Aéronaute d'octobre 1897. Nous puiserons dans ces documents la plupart des renseignements qui vont suivre.
Il y a à considérer tout d'abord, dans les expériences en question, le genre de cerf- volant employé, le mode de suspension de Tappareil photographique et le procédé de déclenchement de l'obturateur.
Le cerf-volant qu'employa M. A. Batut au début de ses travaux (fig. 11 3) avait la forme générale d'un quadrilatère, dont le petit axe (horizontal) serait coupé à ses deux extrémités. Il me-
y-^ surait •i"',5o de hauteur et i™,75
de largeur ; une corde reliait les sona-
mets des montants de la charpente
I et la carcasse était recouverte de
papier renforcé aux angles par de
4\ / ' ! ^^^^^ toile. L'appareil était muni
\ j / i i d'une queue.
\ I / Il M. Batut ne tarda pas d'ailleurs
à modifier son cerf-volant de façon à le rendre démontable et facilement portatif : le papier fut remplacé par de la ponghée, et la carcasse réduite à deux pièces de bois asseniblées par un boulon à oreilles.
Le cerf-volant employé par M. E. Wenz (fig. ii4) est un peu différent. Il présente l'aspect d'un quadrilatère allongé, ayant comme dimensions 2™,5o de
Fig. ii4-
Lecobnu. — Les Cerfs- Volants.
LA FHOTOGtIAFUlE AÉRIEN.NE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTB iff-J
hauteur et i"',70 de largeur: la traverse horizontale est placée à o™,5o du sommet, soît au i/5 de la hauteur totale de l'épine dorsale. Pour le rendre démontable, M. Wenz se sert d'un double T en tube d'acier (tube de cadre de bicyclette) placé au croisillon des deux traverses; ces tubes ont de 8 à lo centimètres de longueur et sont brasés l'un sur l'autre, en croix. Dans chacun d'eux vient se loger une canne en bon bambou, munie, comme les cannes à pêche, d'une virole conique en cuivre qui empt^che le bois de se fendre.
Ces cannes ont respectivement pour dimensions : o",5o, 2 mètres, o'",85 et o"',85. A 2 centimètres de l'extrémité, et perpendiculairement au plan de la charpente, est percé un trou destiné à recevoir les tendeurs de la voile, et pour faciliter leur entrée dans ces trous, ceux-ci sont réunis à l'extrémité du bambou par un trait de scie.
Cet ensemble constitue une carcasse suIGsamment solide, sur
l48 APPLICATIONS DKS CEBFS-VOLANTS
laquelle on tend l'étoffe, constituée j^r de la ponghée de Chine, du taffetas, de la toile, ou mieux de la baudruche en trois épaisseurs collées Tune sur Tau Ire. Les angles sont renforcés par de petits triangles de cuir munis d'œillets à l'angle extérieur. Des cordelettes de 4 à 5 centimètres de longueur et terminées par un fort nœud sont passées dans ces œillets et se terminent par une petite olive en bois qui butte sur l'extrémité du bambou, la cordelette avant été introduite dans la fente. Des cordonnets fixés de place en place au dos de la voilure, se nouent autour des cannes et maintiennent le tout ensemble.
Lors de ses premiers essais, M. A. «Batut reliait de façon invariable la chambre noire de son appareil photographique à l'épine dorsale du cerf-volant au moyen d'un support triangulaire vissé un peu au-dessus du milieu de cette épine dorsale (fig. n6). Mais, pour éviter que le champ de l'objectif ne soit coupé par les cordes de la bride, l'attache du cerf- volant se faisait par l'intermédiaire d'un palonnier en bambou qui maintenait écartés les brins de la bride et laissait un espace libre devant l'objectif. Mais ce mode de suspension présentait l'inconvénient de faire participer l'appareil à tous les mouvements d'oscillation du cerfvolant, inconvénient sérieux, étant donné le genre de cerf-volant employé. Pour empêcher autant que possible les mouvements provenant des tractions brusques de la corde, M. Batut avait eu l'heureuse idée d'interposer entre celle-ci et le point d'attache un fort ressort en caoutchouc qui amortissait en grande partie ces tractions.
L'obturateur de l'appareil photographique était commandé par une mèche d'artificier allumée au départ et d'une longueur calculée d'avance. Le déclenchement de l'obturateur provoquait le déroulement d'une longue banderole en papier qui avertissait l'opérateur de la fin de l'expérience : il ne restait plus qu'à abattre le cerf- volant pour retirer l'appareil photographique. Le premier obturateur employé était un obturateur à guillotine; mais il fut bientôt remplacé par un obturateur rotatif actionné par un fort caoutchouc.
M. E. Wenï, après avoir employé ce mode de suspension, le remplaça bientôt par un système donnant plus d'indépendance et, partant, plus de stabilité à l'appareil photographique, et consistant à placer celui-ci sur le palonnîer lui-même de M. Batut, ou plutôt, à substituer la chambre noire au palonnier
Il obtint le déclenchement de l'objectif au moyen d'une mèche, comme M. Batut, ou à l'aide d'une corde spéciale
venant à terre. M. "Wenz s'est encore servi de rélectricité pour obtenir le déclenchement, en brûlant le fil retenant l'obturateur armé, au moyen d'une amorce de mine allumée par le courant ciigendré par un coup-de-poîng Bréguel placé à terre ; le courant est alors envoyé par deux fils en aluminium recuit de 5/io, et qui partent l'un vers la droite, et l'autre vers la gauche du cerf-volant.
Enfin, M. Batut a encore perfectionné son système de suspension en adoptant, pour maintenir l'appareil photographique,
LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTS
une suspension genre Cardan donnant la rotation autour de deux axes rectangulaires, ce qui permet l'orientation dans une direction quelconque.
« Ma chambre noire, dit-il (i), est munie de deux boulons placés l'un à droite, l'autre à gauche, environ au centre de la figure, permettant de la faire tourner sur ces deux boulons autour de son axe horizontal perpendiculaire à l'axe optique.
S'agit-il d'une vue verticale ? je la dispose, l'objectif tourné vers le sol, dans la bride ci-contre (fig. 119), constituée par deux rondelles de bois R, fixées aux points de jonction des deux cordes de tête AB, des deux cordes de queue CD et des deux cordes EF aboutissant à la corde de manœuvre.
(t De légers palonniers en bambou maintiennent entre ces cordes un écartement suffisant pour que la chambre, suspendue aux rondelles par ses deux boulons, puisse librement tourner. Une fois la position verticale obtenue, le serrage des écrous assure le maintien de cette position.
« Veut-on prendre une perspective sous un angle quelconque, soit dans le plan vertical, soit dans le plan horizontal ? Je suspens la chambre noire par ses deux boulons dans un cadre léger ABCD (fig. 120), fixé lui-même par deux autres boulons E, F, placés Tun en haut, l'autre en bas, dans un second cadre GHIJ auquel viennent se relier les cordes de la bride. Je puis alors tourner l'axe optique de l'appareil à droite ou à gauche de la ligne du vent, vers l'avant ou vers l'arrière de mon cerf-vo-
Fia. 119.
(i) La Nature, 1897, t. I, p 69 et 70.
APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
lant, incliner cet axe vers le sol sous l'angle qui me paraît le plus convenable, ou le diriger sur l'horizon.
« Pour faciliter ces diverses manœuvres, je dispose les cordes de la bride de telle sorte que le cerf-volant étant dans sa position d'équilibre (33* environ sur l'horizontale), le cadre GHIJ occupe une position à peu près verticale. »
Ces modes de suspension ont cependant un inconvénient qui
iG. lao
est d'obliger d'abattre le cerf- volant après chaque opération y tandis qu'il est préférable de laisser le cerf- volant en l'air et de ne faire descendre que l'appareil photographique pour changer de plaque, et, au besoin, modifier l'orientation de l'axe de l'objectif.
Nous avons imaginé un autre mode de suspension (fig. i2i)y qui nous paraît répondre à tous ces desiderata. Le cerf-volant étant lancé et ayant atteint 4o ou 5o mètres, c'est-à-dire une hauteur suffisante pour être bien sur le vent, on fixe sur la
LA PROTOGHAPHIE AÉRIENNE iU UOYEN DE CERFS-VOLANTS l5î
corde de retenue une règle plate en bois de sapin^d'environ I mètre de longueur et de 2 ou 3 centimètres de largeur, sur 4 oii 5 millimètres d'épaisseur, AB, qui porte à ses deux ^extrémttés deux petites planchettes verticales doubles servant à la fois à la suspension sur la corde, au mojen d'un petit écrou de serrage, et d'axe de rotation à deux verges en bois platfpareil à la règle, AG et BD, longues chacune de 1 mètre à i™,5o environ. Ces verges sont jointes au moyen d'une cheville passée
dans deux des trous percés sur elles, tous les 10 cenlimètres à peu près, de façon à pouvoir faire varier à volonlé l'angle qu'elles font avec la règle AB.
C'est sur ces verges de suspension que l'on fixe la chambre noire à l'aide de deux petites tiges ac et bd sur lesquelles la chambre repose par T intermédiaire de deux tourillons a et è ; l'on conçoit que, suivant qu'on la fixe sur AC ou BD, et suivant le point de croisement des deux verges, on puisse braquer l'objectif sous un angle quelconque (fig. 122).
l54 APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
Si l'on veut diriger l'appareil vers un point s'écartant de la direction vers laquelle plane le cerf-volant, on fait pivoter plus ou moins l'appareil autour de ses tourillons a et b. Il est né-
cessaire seulement, pour avoir une bonne direction de l'appareil, que celui-ci soit très exactement équilibré sur ses tourillons. On obtiendra d'ailleurs une bonne stabilité de la chambre
noire en munissant la règle BC, et en arrière de la corde de retenue, d'un gouvernail triangulaire en toile maintenant le tout dans le lit du vent (fig. 123). Cet ensemble étant fixé sur la corde de retenue, on laisse filer celle-ci, qui emmène l'appareil à la hauteur voulue pour l'expérience.
Une fois la vue prise, on ramène la chambre à terre en enroulant la corde sur le dévidoir et l'on change de plaque sans faire pour cela tomber le cerf- volant, qui reste en l'air tout prêt à une seconde expérience. Il est bon de remarquer qu'en opérant ainsi, il n'y a
Fl6. 123.
nar-
m,J»mr^mà
LA PHOTOGRAPHIE AERIENNE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTS
absolument rien à craindre pour l'appareil photographique, qui est ramené à terre aussi doucement que l'on veut.
On peut encore, au lieu d'enrouler la corde sur le treuil pour ramener l'appareil, abattre la corde à l'aide d'une pouUe passant sur celle-ci et tenue à la main par l'opérateur, qui marche dans la direction du cerf-volant jusqu'à ce que l'appareil photographique soit descendu à portée de la main. Au lieu de la pouHe,
on peut employer une ficelle d'abattage fixée à la corde principale en A (fig. 124) et qu'on laisse filer avec l'appareil ; lorsque celui-ci est arrivé à sa hauteur, on laisse la ficelle auxiliaire pendre, en la tenant simplement un peu écartée de la verticale pour qu'elle ne vienne pas dans le champ de l'objectif.
Pour changer de plaque après une expérience, on tire sur cette ficelle jusqu'à ce que l'appareil soit à terre et, dès que la plaque est changée, on laisse filer doucement la corde d'abattage. C'est certainement le système le plus rapide, puisqu'on n'a pas à enrouler la corde principale qui, durant toutes ces opérations, reste entièrement déployée.
Si le poids de la chambre ainsi enlevée est un peu considérable et fait trop fléchir la corde principale, on soulagera celle-ci à l'aide d'un cerf-volant auxiliaire lancé avec 4o ou 5o mètres de corde dont l'extrémité inférieure est fixée sur la corde principale, un peu en avant du point B.
On pourrait enfin, reprenant l'idée émise en 1880 par M. Jobert, combiner un système de va-et-vient enlevant l'appareil photographique en postillon le long de la corde principale, avec un cerf- volant remorqueur, comme nous l'avons décrit précédemment. Il serait alors possible d'obtenir le déclenchement de l'obturateur par le choc de l'appareil contre un butoir
Fig. 124.
APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
fixé sur la corde de retenue ; mais il y aurait des précautions à prendre pour que le déclenchement ne s'opère qu'après arrêt complet de la chambre noire. On ramènerait le tout avec la ficelle de rappel.
Les chambres noires employées dans ces expériences doivent être aussi légères que possible. Elles sont faites en bois blanc et carton, noircies à l'intérieur. M. A. Batut les munit d'abord d'un objectif Steinheil, ii lignes (foyer ^^o"",! 6 6). Il emploie de préférence maintenant un objectif aplané tique de Gorde^ diaphragmé à 5/ 12 et de longueur focale égale à 187 millimètres. L'obturateur est rotatif, placé entre les lentilles de l'objectif et actionné par un caoutchouc ; le temps de pose est
environ de de seconde.
Voici d'autre part quelques détails sur les chambres employées par M. Wenz, d'après sa note publiée dans L'Aéronaute (i) :
« Chambres noires : au nombre de six jusqu'ici, elles sont construites en bois et carton, sont à foyer fixe et munies, pour ces expériences : l'une, n" i (pour 11 X i5 1/2), d'un ancien objectif simple ; — deux, n"^ 2 et 3 (pour 18x24), d'un objectif grand angulaire avec monture en aluminium (marque Hermagis) ; — une chambre n'* 4 (i3xi8) avec objectif aplanétique Hermagis, foyer 21 millimètres ; — une chambre n** 5 (i3xi8) avec deux objectifs aplanétiques Hermagis, foyer 2 1 , pour faire du stéréoscope ; — une chambre n° 6 (i3 X 18) avec téléobjectif Hermagis grossissant cinq fois en instantané ; — une chambre n*" 7 (i3x 18) avec objectif Hermagis, foyer 21 millimètres, avec châssis doubles (à rideau) mobiles, évitant de rentrer au laboratoire pour changer les plaques. Les chambres 4? 5 et 6 sont munies d'un système permettant d'escamoter les plaques en pleine lumière. »
La ficelle de retenue est enroulée sur un dévidoir en bois
(i) Octobre 1897.
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muni de poignées. M. Wenz, pour faciliter les opérations multiples nécessitées par ces expériences, avait fait construire une grande caisse en boîs pouvant servir à la fois de magasin pour tout le matériel (chambres, glaces, tente, dévidoir, toiles du cerfvolant, etc.), sauf les bambous faciles h transporter à la main, — de treuil pour enrouler et dérouler la corde, — et enfin de chambre noire pour changer de plaques et au besoin pour développer.
Chaque bobine porte 2000 mètres de âpelle, marquée tous les 25 mètres, et est munie sur l'extérieur de l'une des joues d'une épaisse rondelle de caoutchouc ; lorsque la bobine est placée sur les tourillons, cette rondelle repose sur une roue en fonte fixée intérieurement sur un des petits côtés de la caisse et actionnée par une manivelle placée extérieurement (fig.
1 25) ; la bobine est donc entraînée par friction du caoutchouc sur la fonte et fait environ 6 tours par tour de manivelle. On arrive ainsi à «ne grande rapidité de manœuvre. Un frein à ruban d'acier agit sur l'autre joue de la bobine pour régler la vitesse du déroulement. Ce système est assurément fort bien conçu et rend les expériences très faciles. Aussi les résultats obtenus sont-ils parliculièremcnt remarquables.
Un dernier point fort intéressant est l'évaluation de la hauteur à laquelle l'épreuve photographique a été obtenue.
On pourrait avoir une première approximation, assez grossière
il est vrai, en estimant la hauteur aux deux tiers de la longueur
de la corde lâchée ; mais cette évaluation est trop peu précise.
Un autre procédé plus exact consiste à viser l'appareil pho-
APPLICATIONS DES CERFS- VOLANTS
tographique du pied de [la ficelle de retenue au moyen d'un secteur gradué ayant une branche horizontale oa et une branche mobile oc que l'on dirige vers l'appareil A. Cette visée donnerait
l'angle a. Connaissant d'autre part la longueur / de la ficelle y on aurait la hauteur par la formule connue : A = / sin a.
L'erreur, on le voit, proviendrait de ce que l'on prendrait pour la distance / la longueur de la ficelle, qui décrit une courbe (une chaînette). On prend, en somme, l'arc pour la corde et l est trop fort.
On arriverait à plus d'exactitude en faisant deux visées simultanées ; un calcul de triangulation donnerait alors la hauteur, mais les variations de hauteur du cerf-volant nécessitent la simultanéité absolue desdeux opérations. En général, on opère tout autrement, et voici les procédés employés par MM. Wenz et Batut.
M. Wenz base le calcul de la hauteur sur la comparaison entre la grandeur réelle d'un objet photographié de dimensions connues et la dimension correspondante de l'image obtenue sur le cliché du même objet. En appelant la grandeur réelle de l'objet et I celle de son image, F la longueur focale connue de l'objectif employé, on a la relation
FiG. 136.
h=Yx
Mais des corrections sont nécessaires pour appliquer celte formule au cas où l'appareil est incliné sur la verticale.
M. A. Batut a fourni une solution très élégante et très ingénieuse du problème en photographiant dans une chambre auxi-
LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTS iB^
liairerindex d'un baromètre anéroïde très sensible convenablement disposé. Cette chambre auxiliaire ne comporte pas d'objectif; le papier sensible est disposé contre et derrière le cadran transparent; l'ouverture est découverte au moment précis du déclenchement de l'obturateur de la chambre principale et l'ombre de l'index est enregistrée exactement dans la position qu'il occupait au moment de l'opération.
Le repère du baromètre ayant été placé en coïncidence avec l'index au moment du départ, l'écart des deux silhouettes permet de calculer, à l'aide des formules connues, la hauteur exacte au moment du déclenchement.
Ces remarquables travaux (i) de nos compatriotes, MM. A. Batut et E. Wenz, leur ont suscité de nombreux imitateurs, et un peu partout maintenant se font des expériences de photographie aérienne à l'aide de cerfs-volants.
L'un de leurs émules les plus habiles est sans contredit M. William A. Eddy, de Bayonne (New-Jersey, États-Unis),
(i) Voici quelques données précises sur les premières expériences de MM. Batut et Wenz.
A. BATUT
E. WENZ
E. WEÎiZ
Cerf. volant \ ]o^«^^^^- ■ ' ■ ( largeur ....
{iiXi5,5)
Poids total de la carcasse. . .
— voilure . . .
ikB,o55
aoi (papier)
'^3 olives) 35o
' ' 3 olives) 35o
— bride. , . .
^ '^*»Ionnier)
— queue.
Poids total du cerf- volant. . .
,^, Uiam.de
i^,5ia
iM,5i2
Poids du support triangulaire. .
— de la chambre chargée.
Poids total de l'appareil photogr.
-^ de ICO mètres de corde.
860 665 (glace) (pellicule)
0^8,695 3io
o''f,86o 0^1,665 3io »
Objectif emplojé
Steinbeil, 1 1 lignes (F = 0,166)
Simple foyer (F = 0,206)
Hermagis grand ang.(F= 0,174)
l6o APPLICATIONS I
dont noua avons déjà rencontré le nom au cours de cette ^tude.
M. Eddy est un amateur passionné, et aucune application de
son instrument favori ne lui est étrangère. Il a construit des ■cerfs- volants pour tous les vents possibles, et on aura une idée ■du nombre de ses appareils quand on sauia qu'^u mois d'août
i8q6, il vint à Boston avec a3 cerfs-volants différents. Un
Fio, "7, — Vue de l'OliMrvaloLre Je Blua-Hill (prise en e«rf-.ol«nl).
pareil cerf-volantiste ne pouvait négliger la photographie ■aérienne, et dès l'année iSgS, le 3o octobre, il entreprit des «xpériences de photographie par cerf-volant dans le New-Jersey.
Au mois d'août 1896, il exécuta sept bonnes photographies à Boston avec un appareil Kodak enlevé à des hauteurs variant de 3oo à i jo mètres.
Le 9 mai 1897, il obtint 2! épreuves réussies, prises & des
LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE AU MOYEN DE CERFS-VOLANTS l6l
hauteurs de 39oà420 mètres. M. Eddy se servit pour cette série d'expériences de trois cerfs-volants en tandem ; celui qui portait la chambre avait 2™, iode longueur, et les baguettes de sa monture 26 millimètres de diamètre; le second cerf-volant avait i™,8o et le troisième i™,5o ; la corde, de lin, est du genre de celles qui servent à étendre le linge. Le cerf-volant principal étant à 3oo mètres de hauteur, trois hommes avaient peine à retenir cette corde (i).
L'obturateur était manœuvré par un petit poids de plomb relié à une cordelette spéciale descendant jusqu'au sol. Mais dans ses premiers essais le déclenchement ébranlait l'appareil et les épreuves manquaient de netteté. Aussi M. Eddy s'est-il attaché à remédier à cet inconvénient en fixant la chambre noire sur un bâti en bois assurant à l'appareil photographique une parfaite horizontalité.
(i) The World Times, de New-York.
Lecorku. — Les Cerfs -Volants. n