LES CEKFS-VOLANTS MÉTÉOROLOGIQUES I
On voit avec quelle rigueur scientifique sont conduites ces expériences. Aussi, devant les résultats obtenus, le Weather Bureau des États-Unis a-t-il décidé de créer vingt stations de cerfs-voknts, où des observations simultanées permettront de dresser des tables et des cartes du plus haut intérêt pour la prévision du temps.
Nous* donnons un fac-similé (fig. i3/i) des diagrammes obtenus ainsi, et que nous devons à l'amabilité de M. A. Lawrence Rotch, le savant directeur de Blue-Hill.
L'exploration des hautes régions de l'atmosphère au moyen de cerfs-volants est faite maintenant dans un grand nombre de pays, notamment en Alsace-Lorraine par le D" Hergesell, du Meteorologischen Landesinstitut, et en Autriche par M. Hugo le Nikel, de la Wiener Flugtechnischer Verein, à l'aide d'un •cerf-volant multiple que nous avons étudié précédemment, et qui est formé d'une série de cerfs-volants montés sur une épine dorsale commune.
Mais c'est surtout en France que les cerfs-volants météorologiques ont été employés avec le plus de méthode et de persévérance dans ces' dernières années, grâce aux efforts du savant fondateur et directeur de l'observatoire de Trappes (Seine-et- Oise), M. L. Teisserenc de Bort, qui a fait de cet établissement le rival heureux de l'observatoire de Blue-Hill, et les résultats^ obtenus, ainsi que les procédés et les instruments employés ne le cèdent en rien à ceux des expérimentateurs du Nouveau- Monde.
Le météorographe employé à Trappes a été étudié et construit spécialement par l'habile constructeur français, M. J. Richard, dont le nom est synonyme de précision et de perfection, lorsqu'il s'agit d'appareils scientifiques. Il comprend un baromètre anéroïde, deux thermomètres à dilatation de liquide placés dans deux tubes métalliques genre Bourdon, et un hygromètre dont la partie active est constituée par un faisceau de cheveux agissant sur un système de cames roulantes qui rendent les indications proportionnelles.
APPLICATIONS DES CERFS-VOLANXS
Tous ces instruments sont enregistreurs, c'est-à-dire que leurs indications sont transmises à des styles qui inscrivent les. courbes correspondantes sur un cylindre animé d'un lent mouvement de rotation. Ce cylindre, qui est ajouré, est recouvert d'une mince feuille d'aluminium enduit de noir de fumée ; c'est cette feuille ainsi préparée qui reçoit les diagrammes.
Tout cet ensemble est renfermé dans une boîte de liège trèslégère que Ton suspend sur le fil de retenue des cerfs-volants.
A la fin de décembre 1899, les sondes aériennes de Trappesont atteint l'altitude de 3 5oo mètres, avec 8 cerfs-volants Margrave de 5 mètres carrés de surface chacun, disposés en chapelet sur la ligne à 5oo mètres de distance les uns des autres.
La ligne est du fil d'acier à piano de 70/100 de millimètre de diamètre, provenant des usines de la Compagnie des Forges de- Firminy (Loire).
La longueur de fil en mètres contenue dans i kilogramme s'exprime en fonction du rayon du fil indiqué en millimètrespar la formule
On en déduit les données suivantes :
Diamètres en
mètre.
de milli-
aa 337a
Longueur de fil, par kilogramme.
en mètres,
Diamètres en de milli-
mètre
Longueur de fil, on mètres, par kilogramme
lio
Par les grands vents, les cerfs -volant s de Trappes ont exercé des tractions de 4o à 60 kilogrammes. Aussi, pour éviter des.
ruptures, emploie-t-on le dispositif de sûreté suivant : au point d'attache sur le cerf-volant se trouve un fil un peu plus fin qui reçoit toute la tension et qui, en se rompant sous Teffort d'un vent violent, commande un déclic qui fait passer automatiquement le point d'attache plus haut : le cerf-volant se couche alors sur le vent, et l'effort de traction étant moindre, on peut, soit descendre les appareils, soit continuer les observations dans cette nouvelle position.
L'observatoire de Nantes possède aussi un cerf- volant météorologique, et M. Vallot se propose de créer un observatoire de cerfs-volants sur le MontrBlanc, à l'établissement qu'il possède auprès de celui de M. Janssen.
Enfin, nous signalerons encore l'appareil très remarquable qu'a imaginé et construit spécialement pour les observations en cerf s- volants M. E. Wenz, l'opérateur si habile dont nous avons relaté les intéressants travaux sur la photographie aérienne.
M. Wenz a donné le nom d'' observatoire-sonde à l'appareil en question, dont le seul défaut est de n'être utilisable que le jour, puisqu'il fait appel à la photographie comme moyen d'enregistrement.
« C'est un cadre carré de Sy centimètres de côté, en bois léger, et qui sert de support à différents appareils usuels que l'on peut du reste varier à volonté. Une traverse verticale divise le cadre en deux parties inégales ; la plus petite est à jour, la plus grande remplie par une feuille d'aluminium sur laquelle sont fixés dans le cas présent: deux hygromètres dont un à cheveu, un thermomètre àmaxima et àminima, un baromètre, une montre avec cadran à secondes ; au milieu de la partie à jour est un anémomètre à main de Richard avec boussole et girouette sur la partie supérieure, le cadran du compteur totalisateur se trouvant sur le même plan que les autres instruments ; au-dessus de la boussole est disposée une glace inclinée à ii5°, qui réfléchit le cadran de la boussole ainsi que la petite girouette.
En-dessous de l'anémomètre est une seconde boussole, montée à la Cardan et munie aux axes de deux aiguilles dont la direc-
Legok:«u. — Les Cerfs-Volants. la
lion [lernu'Ura de déduire la posîlion du cadre par rapporta la vcrtii-ale. De* qualre angle* du cadre parlent quatre tringles rigides qui. disposées en croix, vont se fixer à un deuxième oadtf |iaralltli' dans le(|uei est maintenue à une distance de 5o ci-iilimi'lres une chambre noire avec objectif de 55 millimètres de fover et couvrant 55 X 35 millimélres.
La cliambre est munie d'un mouvement d'horlogerie qui : i" Entraîne d'une façon continue une bande pelliculaire à
une vitesse de 35 millimètres par seconde;
a° Opère un déclenchement de l'obturateur également toutes les minutes.
i MÉTÉOROLOGIQUES f^Q
Chaque épreuve obtenue donne la reproduction exacte de l'élat du tableau-observatoire ainsi que de l'heure à la seconde. Il y aurait naturellement heu d'avoir des cadrans et des divisions disposés aussi favorablement que possible pour leur reproduction par la photographie. 11 suffira de relever toutes ces données successives pour former une série de renseignements qui, suivant les différentes altitudes que l'on aura fait occuper k cet ensemble, pourront amener d'intéressantes conclusions.
L'anémomètre devra forcément bien se présenter au vent, puisqu'il sera toujours dans un plan perpendiculaire à la projection de la corde du cerf-volant.
Tout le système (les cadres, les instruments et la chambre noire) pèse 3'^, 750, se décomposant ainsi :
G*drs. . . .
Cbarahre et mi d'horlowrle. .
Hjgromitte ThermoDiètr
Iche.
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B.rom*lre.
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et cela avec des instruments du commerce, les premiers venus, qu'en modifiant on pourrait facilement rendre plus légers, surtout en ayant recours à l'aluminium (3). n
M. Wenz recommande fort judicieusement de suspendre l'appareil entre deux cerfs- volants, en A et B (fig. i36), de façon à parer aux conséquences d'une rupture de la corde de retenue.
Celle-ci, en effet, romprait, soit après A, soit avant B. Dans le premier cas, l'observatoire tombera, n'étant plus tenu, mais il se trouvera bientôt suspendu aux cerfs-volants inférieurs, qui continueront à le soutenir en l'air, ou, si le poids est trop grand,
(1) L'Aéronautc, féTrier igoo, p. 36 el 37.
APPLICATIONS DES CERfS-VOLANTS
qui s'abattront doucement sans danger pour l'appareil. Dans le deuxième cas, la rupture se produisant avant B, tout le système des cerfs-volants deviendra aéroplane libre ; il descendra donc, mais lentement, soutenant toujours l'observatoire, qui aura grandes chances de toucher terre sans avaries sérieuses.
Observatoire-sonde suspendu entre deux cerfs-volants.
Nous ne saurions mieux faire, avant de terminer ce chapitre, que de montrer la valeur des travaux faits dans les postes de cerfs-volants météorologiques, en reproduisant l'article suivant, publié dans La Nature en 1898 sous la signature L. T. B, et relatant les expériences de l'observatoire de Trappes.
« Depuis quelque temps, on procède, à l'observatoire de météorologie dynamique, «à des ascensions .de cerfs-volants por-
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