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tant des enregistreurs météorologiques, d'après des méthodes analogues à celles qui sont employées à Blue-Hill (États-Unis), sous la direction de M. L. Rotch. On a pu consta{er dernièrement une curieuse distribution de la température dans la verticale. En effet, le 2 no^embre, la température, qui était à l'observatoire de Trappes de 7** à 2 heures, baissait progressivement jusqu'à 3° à l'altitude de 45o mètres, pour s'élever ensuite un peu au-dessus de 10° à l'altitude de i 200 mètres. Cette distribution de température s'est maintenue pendant toute la nuit. Une circonstance accidentelle ayant obligé à laisser en Tair les cerfs- volants jusqu'au lendemain matin, c'est-à-dire pendant dix-huit heures consécutives, ils se sont abaissés à plusieurs reprises de plus de 600 mètres : chacun de ces abaissements en hauteur était accompagné d'une baisse de température de plus de i degré par ii5 mètres. Au milieu de la nuit, on a constaté, à quelques minutes d'intervalle, la température de 8° à I 000 mètres et celle de — i® à 120 mètres. Ces inversions de températures s'observent très souvent entre les stations de montagnes et celles des plaines ; mais elles coïncident ordinairement soit avec des directions différentes du vent aux deux hauteurs, soit avec un temps calme dans la station inférieure, ce qui permet à l'air froid de s'accumuler près du sol. Dans le cas qui nous occupe, rien de pareil ne s'est produit. La carte du bulletin international pour le 3 au matin montre en Europe un maximum de pression barométrique très marqué qui donnait lieu, sur toutes nos régions, à des vents d'Est assez forts. La vitesse du vent à Trappes s'est maintenue supérieure à 5 mètres pendant toute la nuit du 2 au 3 novembre. Le vent, dans la couche chaude atteinte par les cerfs- volants, était de l'E. quelques degrés N., différant peu du vent inférieur qui soufflait du N.-N.-E.
Nous reproduisons (fig. 137) une portion de la courbe tracée par Tenregistreur du cerf-volant dans une période où, ayant fait varier rapidement la hauteur du cerf-volant, on a obtenu ainsi deux coupes de la distribution de la température dans la verti-
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cale. Cet exemple montre, une fois de plus, tout le parti que Ton peut tirer des cerfs-volants dans l'exploration de l'atmosphère.
En faisant porter aux cerfs-volants un enregistreur spécial de grande précision permettant d'obtenir la pression à une fraction de millimètre et la température à un tiers de degré environ, et ayant soin de déterminer la position de l'enregistreur par des visées faites de deux stations séparées par une base convenable,
FiG. 187. — Diagrammes obtenus à l'Observa toire de Trappes.
on peut déterminer la différence entre la hauteur de l'enregistreur, déduite de la pression barométrique, et l'altitude absolue déterminée parla triangulation. Cette différence, ramenée à l'unité de hauteur, est ce qu'on nomme le gradient barométrique vertical, dont l'existence, pressentie par la théorie, a été prouvée pour la première fois par les recherches de M. L. Teissèrenc de Bort sur la variation de pression d'abord aux stations de montagnes et, plus tard, à la Tour Eiffel (Voir Annales du Bureau Central météorologique, 1892 et compte rendu AqV Académie des Sciences, 6 avril 1895).
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Pour calculer le gradient barométrique, on compare la différence de pression barométrique observée pour une hauteur donnée avec celle qui devrait exister si Fair était en équilibre, et qui nous est donnée par la formule de Laplace. Cette formule n'exprime pas une loi empirique, mais elle dérive de la loi de Mariotte, et ses coefficients sont connus avec une grande précision.
Bornons-nous à rappeler, au sujet du gradient vertical, les faits principaux qui nous sont révélés par la discussion des observations du Puy-de-Dôme, du Ventoux, etc., et de la tour Eiffel.
I** Il existe presque tous les jours, entre le décroissement de pression dans la verticale qui correspond à l'état d'équilibre et le décroissement observé, une différence tantôt positive, tantôt négative. Ces différences, au moins dans les couches basses, présentent une variation diurne assez marquée. La pression décroît plus vite entre 8 heures du matin et 8 heures du soir, et plus lentement pendant la nuit.
2^ Au moment du passage des dépressions barométriques, la décroissance de pression est plus rapide que ne l'indique la loi de l'équilibre, — particulièrement dans la portion antérieure de la dépression, — la pression décroît au contraire plus lentement dans les aires de hautes pressions.
Le gradient vertical dépend surtout des mouvements horizontaux de l'air et des effets centrifuges qui sont la conséquence des mouvements giratoires, enfin d'une série d'effets dus à la viscosité de Tair et aux mouvements ondulatoires dont l'atmosphère est le siège. C'est donc un phénomène fort complexe, qui demande une analyse minutieuse. Pour calculer exactement le gradient vertical, il est indispensable de connaître la température de l'air et son humidité entre le sol et le point d'observation. C'est pourquoi l'emploi du cerf-volant convient admirablement, parce qu'il permet d'avoir des déterminations de ces éléments, en un même lieu, à diverses hauteurs. Les courbes précédentes en fournissent un exemple. 11 était impossible de prévoir, par
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Fobservation de la température à i loo mètres et au sol, la variation de température qui se produit entre 5oo et i ooo mètres, variation qui abaisse de 2** la moyenne température de la couche totale d'air considéré, ce qui introduirait, si on n'en tenait pas compte, des erreurs considérables dans le calcul du gradient.
Les nombres recueillis par ces coupes de l'atmosphère sont beaucoup plus exacts que ceux que Ton peut déduire des stations étagées le long d'une montagne, où l'influence du sol est très marquée. Pour des recherches qui demandent une grande précision, nous avons donc dans le sondage par cerf-volant une méthode très satisfaisante pour étudier l'état de l'atmosphère quand elle est absolument libre dans ses mouvements (i). »
Les résultats obtenus dans cette voie ont été si féconds que M. Rotch a entrepris une série d'observations météorologiques en plein Océan à l'aide de cerfs-volants sondes. Il a déjà réussi à recueillir une collection de diagrammes au-dessus de l'Atlantique à des hauteurs différentes, en fixant le câble de retenue de ses cerfs-volants à des paquebots transatlantiques-. Une expédition s'organise par ses soins pour exécuter des expériences analogues sous les tropiques, afin d'étudier à leur origine la formation des cyclones.
Nous citerons encore, dans le même ordre d'idées, le projet d'observations par cerfs-volants à exécuter au Nord de la Norwège, organisé par un comité international de savants météorologistes, dans lequel la France est dignement représentée par M. L. Teisserenc de Bort.
Une somme de 100 000 francs sera consacrée à ces études, dont les résultats peuvent être incalculables pour la météorologie et la prévision du temps.
Disons enfin que les cerfs-volants japonais ont reçu aussi une application météorologique dans leur pays d'origine : ils sont, en effet, couramment employés au Japon comme girouettes continues, sondant l'atmosphère à des hauteurs que n'atteignent
(i) La Nature f 1898, t. I, p. 35.
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pas nos girouettes fixes. Dans ce bat, on trouve, dans la plupart des jardins, une attache à demeure pour le ceif-volant girouette qui reste constamment en Tair. Evidemment, cette application scientifique ne peut se comparer à celles que font les observatoires de Blue-Hill et de Trappes : mais il n^en est pas moins curieux de constater que chez les orientaux eux-mêmes, le cerf-volant n'est pas un simple jouet, et qu'il présente par fois un côté sérieux et pratique.