CONCLUSION
L'avenir des cerfs-volants. — Les aéroplanes.
Nous avons terminé l'étude que nous avions entreprise, sur un appareil méconnu et décrié, et nous espérons avoir montré qu'à de multiples points de vue l'utilité des cerfs-volants est incontestable, et qu'il y a grand intérêt à en propager le goût.
Comme nous l'avons fait voir, les lancers de cerfs-volants constituent un sport des plus attachants et des plus instructifs, que nous voudrions voir se développer comme il le mérite, car, à l'heure actuelle, c'est par le côté sportif que l'on peut espérer le plus de progrès.
Le jour où des Sociétés de cerfs-volants se formeront comme les sociétés cyclistes ou photographiques, nous verrons les perfectionnements éclore tous les jours, parce que chaque cerf- Yolantiste se doublera d'un chercheur et d'un inventeur et nous aurons alors des appareils de plus en plus parfaits, et appropriés aux buts spéciaux auxquels ils seront destinés. Si le goût du cerf-volant se propage, ainsi que nous le désirons, nous verrons les progrès rapides que feront la photographie aérienne, avec ses multiples applications à la topographie, au cadastre, au lever de plans, à la figuration en relief du terrain, aux arts militaires, etc.; — la météorologie, par la connaissance de plus en plus exacte des conditions de répartition de la température, de l'humidité et de la direction du vent suivant la hauteur des différentes couches d'air en un même lieu, toutes notions du plus haut intérêt pour la connaissance des lois générales de la physique du globe et la prévision du temps ; — nous
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"verrons se créer sur les côtes et à bord de tous les bâtiments un matériel complet de cerf-volant porte-amarre, et ce résultat .seul mérite l'effort de tous, quand on songe combien de vies humaines pouixaient ôlre sauvées par un appareil si simple, si facile à construire et à si peu de frais; mais, en cas de danger, on ne peut l'improviser. Il faut donc que partout le cerf-volant sauveteur existe tout gréé, prêt au lancement en cas de besoin, dans tous les postes de sauvetage desservis avec tant de dévouement par les populations maritimes et les douaniers du littoral.
Enlin nous assisterons à des tentatives de plus en plus précises et étudiées d'ascensions en cerf-volant. Et qu'on ne voie pas là une simple acrobatie digne tout au plus de tenter des industriels forains. Les noms du Capitaine lîaden-Powell, du lieutenant Wise, de Hargrave et de tant d'autres sont là pour indiquer qu'il s'agît au contraire de rechercbes de l'ordre scientifique le plus élevé. C'est qu'en effet, comme nous l'avons dit au début de cette étude, le cerf-volant constitue une branche spéciale de l'aéronautique, et la navigation aérienne ne se créera délinitivemcnt que par la combinaison de tous les résultats obtenus dans chaque spécialité, et le cerf-volant peut contribuer pour beaucoup à faire avancer le grand œuvre de la navigation aérienne.
La sustention, ainsi que la progression dans l'atmosphère peut s'obtenir par quatre procèdes tout à fait distincts : le ballon, plus léger que l'air, s'élevant par simple dilTérence de densité, mais nécessitant des volumes énormes, offrant au vent ^es surfaces inertes considérables, — l'hélice aérienne, la sainte -^élice, comme on disait au temps du grand mouvement créé par Nadar, Babinet, Ponton d'Amécourt, de la Landelle, etc., qui, par l'effet de sa rotation rapide, presse fortement l'air et s'élève par le seul fait de la puissance mécanique, — l'aile artificielle qui, copiant les procédés employés par la nature dans les oiseaux et les insectes, frappe l'air d'un mouvement alternatif et soutient en même temps qu'elle fait progresser ; c'est le moyen
préconisé par Huroau de Villeneuve, CL. du Hauvel, Marey, Penaud, Jobert, et tant d'autres savants qui en ont poussé l'étude très loin et ont obtenu des résultats fort intéressants ; — enfin l'aéroplane, c'est-à-dire le plan, la surface qui, convena- Element orientée et poussée en avant donne lieu , par réaction do l'air, à l'ascension. C'est le système qu'emploient les grands oiseaux planeurs qui s'enlèvent face au vent et louvoyent avec la plus grande facilité dans tous les sens, sans donner de battements d'ailes.
Le cerf-volant n'est autre chose qu'un aéroplane captif, prenant son point d'appui d'une part sur l'air qui en presse la surface, d'autre part sur terre, par la ficelle de retenue. On conçoit alors quel intérêt présentent les ascensions en cerfs-volants qui permettent à l'observateur d'étudier les conditions de stabilité des surfaces, les manœuvres d'orientation de la voilure, la résistance du vent, etc. Le cerf-volant permet l'étude expérimentale de l'aéroplane, et les services qu'il peut rendre à ce point de vue sont incalculables. Que faut-il, en somme, pour transformer le cerf-volant en aéroplane libre? Couper la ficelle et remplacer la traction qu'elle exerce par une force équivalente maintenant l'orientation de la voilure et, la faisant avancer contre l'air qui presse sa surface. Nous sommes loin, évidemment, d'un pareil résultat, mais la voie est féconde et il ne faut pas craindre de s'y engager, car la solution du problème de la navigation aérienne ne sera pas le fait d'un seul, mais le résultat des efforts, des études, des observations de tous.
D'importants travaux ont été faits dans celte voie, et le vol plané a déjà donné lieu à d'intéressants résultats. L'oiseau de Lebris, dont nous avons parlé, était un appareil de ce genre, et il a eu de nombreux imitateurs. Tout récemment, les travaux d'Otto Lilienlhal ont démontré la possibilité de s'élever à l'aide de plans de sustention convenablement orientés, sans le secou*s d'aucun moteur, ni de point d'appui à terre et de parcom-ir en planant un espace considérable, uniquement en - modifiant^ pendant' le vol, l'inclinaison des plans de l'appareil.