‹ Les Césars du troisième siècleChapitre 16 sur 32 · CARACALLA A ROME · texte numérisé non relu

CARACALLA A ROME

il ne Tinsère pas dans son Code où figurent des milliers d'autres, mars il attribue à Antonin le Pieux l'acte d' Antonin Caracalla *. Saint Jean Chrysostome veut le faire remonter à Hadrien. Saint Augustin n'en nomme pas l'auteur; mais, vivant deux siècles après la mesure accomplie et ne connaissant pas les conditions où elle s'est produite, il s'extasie comme les modernes et prête à l'auteur de l'éditle sentiment libéral dont lui-même est animé ^. Voilà tout ce qui nous reste sur ce grand fait social. Si Caracalla avait été véritablement libéral, le monde romain aurait été bien ingrat.

Ne l'accusons pas d'ingratitude. Si on lui donnait l'égalité, c'était l'égalité sous l'oppression. Ces distinctions de nationalité, chères aux peuples auxquels elles rappelaient les souvenirs de leurs aïeux, se liaient à ce qui leur restait de liberté municipale et personnelle. Bien des cités étaient libres, dans une mesure sans doute fort restreinte, mais un peu libres encore, en vertu des traités que leurs aïeux avaient conclus avec Rome ; car Rome avait gagné le monde plus qu'elle ne l'avait conquis. Sous le joug impérial, on les appelait encore cités libres, cités confédérées, peuples alliés, par opposition aux peuples et aux cités tributaires. Mais, quand elles furent toutes romaines, toutes uniformément dépouillées de leur gloire passée et de leur liberté présente, uniformément transformées en municipes romains avec décurions et duumvirs, uniformément soumises au proconsul et aupublicain;

1 Novelle LXXVIII, 5.

2 Quod postea gravissime et humanissime factum est. De civitate Dei, V. 17.

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payant uniformément le tribut au fisc de Tempereur et le droit de succession au trésor de Tempire, Timpôldes peuples vaincus et l'impôt du peuple vainqueur ; uniformément privées, ou peu s'en fallait, de leur juridiction locale * et de leur droit civil héréditaire ; uniformément sujettes à la prison, aux verges, à la peine de mort, à la torture, avec ou sans appel à César ; uniformément sujettes par dessus tout à cette prépondérance du soldat, arrogante et rapace, qui était la raison suprême de l'empire : croyez-moi, elles ne remercièrent en rien et elles n'eurent aucune raison de remercier Marc-Antonin Caracalla.

Quant à celui-ci, ne s'inquiétant guère plus des murmures de ses contemporains que de l'enthousiasme futur de la postérité démocratique, il fut ravi de ces quatre lignes d'édit si ingénieusement imaginées pour décupler (et probablement plus que décupler) l'impôt peut-être le plus fructueux, mais en même temps le plus détesté de sonempire.il avait besoin d'argent plus que Néron et Caligula ; car, outre ses caprices personnels, il avait à payer une .armée plus nombreuse, plus gâtée, plus exigeante que la leur. Mais aussi cette armée, rendue fidèle à force d'argent, devait lui tenir lieu de tout; elle lui permettait de mépriser et de dépouiller les sénateurs, de se jouer du vénérable conseil de l'empire, de gaspiller les trésors et les approvisionnements de son père, de traiter cavalièrement le peuple-roi au cirque et ailleurs, de se rendre même ridicule aux yeux de celui-ci sans se

1 Sur TassimUation à cet égard des viUes de provinces aux viUes d*Italie> voyez le Digeste, 4, g 3 et 4 de dc^mno infecto ( XXXIX )t

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rendre pour cela moins redoutable. Les soldats veillaient pour lui, régnaient pour lui, rançonnaient les peuples pour lui. Les soldats, en un mot« lui permettaient de se passer de tout le monde et de se moquer de tout.

Maintenant, ces soldats, seuls êtres dans l'empire dont il ne lui fut pas permis de se moquer, comment se les assurait-il ? Qu'en faisait-il ? Comment accomplissait-il en un mot la première partie du précepte paternel dont il accomplissait si bien la seconde? C'est ce qui nous reste à dire.

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