M DCCC LVI
INTRODOCTION
I..es temps nouveaux expliquent les temps anciens ; à leur tour les temps anciens éclairent les temps nouveaux. Au caractère qu'ont eu ceux-là, on juge du caractère qu'auront ceux-ci.
Ainsi l'Empire Français fait comprendre l'Empire Romain; de son côté, l'Empire Romain fait deviner l'Empire Français : le rôle et la destinée de l'un prédisent le rôle et la destinée de l'autre.
Les Napoléons, en effet, sont le vivant commentaire des Césars, de même que les Césars sont l'histoire anticipée des Napoléons : la mission des premiers indique la mission des seconds.
Telle est la pensée de cette étude que je fais pour qu'elle serve d'enseignement : aux hommes
du Présent , en leur signalant le but où ils doivent tendre ; aux hommes du Passé , en leur apprenant à remercier la Providence de leur avoir donné un Pouvoir qui les protège ; aux hommes de r Avenir, en leur inspirant la patience et le courage, avec Tespoir et la foi.
Ce livre , je l'écris librement et spontanéaieut, face à face avec ma conscience; et je le publie librement et spontanément, n'ayant envisagé que mon devoir, n'ayant consulté que ma conviction, sans même me demander s'il doit plaire ou déplaire.
Je vois les uns rêver la restauration de la Monarchie ; je vois les autres poursuivre le fantôme de la République. Ma raison me dit que les uns et les autres se laissent prendre à de trompeuses perspectives, funestes mirages de l'esprit de parti, les poussant vers des abîmes qui de loin leur apparaissent comme des oasis ; je répète ce que me dit ma raison.
A ceux enfin qui, croyant à la durée de PEmpire Français , sans l'aimer, faute de le comprendre, n'entrevoient cjue la tyrannie, le matérialisme et la corruption de l'Empire Romain, je viens rappeler qiie tout ce qui fut grand dans l'ère des Césars tenait à l'œuvre providentielle dont ils n'étaient que les ouvriers; tandis que tout ce qui
fut odieux dans la vie , dans la politique et dans le caractère de ces maîtres du Monde, vint de leur époque.
Dans l'état actuel de la Civilisation, la Dynastie des Napoléons pourrait nous rendre plusieurs Augustes; elle ne pourrait pas nous donner un seul Néron.
Les Napoléons seront meilleurs que les Césars ^ parce que les chrétiens sont meilleurs que les païens; l'Empire Français vaudra mieux que l'Empire Romain , parce que les hommes d'aujourd'hui valent mieux que les hommes d'autrefois : car il n'est pas vrai que l'Humanité tourne éternellement dans le même cercle.
Aveugles ceux qui prétendent que, dans ses évolutions diverses et ses transformations successives , la Civilisation , oscillant sans cesse dans ce cercle de fer, va perpétuellement de son point de départ à son point d'arrivée , pour revenir de son point d'arrivée à son point de départ, à travers des phases alternatives d'ombre el
f) LES CÉSARS ET LES NAPOLÉONS.
de lumière , de grandeur et de décadence, qui se reproduisent, identiquement pareilles, à des époques et dans des contrées différentes^.
Le Progrès est la loi de THumanité, qui du jour où elle a existé sur la terre pour penser et sentir, pour aimer et pour croire , n*a pas cessé , une seule seconde, de marcher quelque part, vers la Perfection , par le travail et par la douleur , par la prière et par la foi : il n'est pas une Religion nouvelle, enfantant une nouvelle Société, qui n'ait été , dans le temps et dans l'espace , un pas de plus vers cette Perfection , clef future du triple mystère de la Création , de Dieu et de l'Éternité.
Sans doute on voit naître, briller et mourir, dans l'histoire du Monde, les Religions et les Sociétés; car de même que les individus ont une enfance, une maturité, une vieillesse, elles ont un commencement , un apogée , une fin : c'est la commune destinée de tout ce qui est humain, de tout ce qui est terrestre.
Si vaste que soit la place qu^on occupe dans rimmensité , si longue que soit la durée qu'on ait dans rËtemité ; grand ou petit, humble ou superbe, faible ou fort, être ou%chose , un peu plus tôt y un peu plus tard , il faut retourner de la lumière à l'ombre, de la vie au néant : la mort couche tout dans la nuit de la tombe, et il en est des empires et des cèdres ce qu'il en est de la fleur qui ne s*épanouit, à peine éclose, que pour s'étioler.
Mais , de ce que toutes les Religions et toutes les Sociétés subissant le sort universel de ce qui est périssable et borné , traversent, de leur origine à leur déclin , des phases analogues qui sont comme les grandes étapes de leur existence, il ne s'ensuit pas que toutes refassent sur la Terre la même route et la même oeuvre. Chacune d'elles , rayon plus lumineux et plus agrandi de la Civilisation, dont elle étend les limites, rapproche d'un degré de plus l'Humanité de la Perfection. C'est l'arc-en-ciel, avec ses cercles éblouissants, dont le nombre augmente, de minute en minute : ce sont toujours des cercles ; mais plus ils se multiplient, et plus vivement ils se colorent , plus rapidement ils s'élargissent.
Ainsi sont les races prédestinées dont la Providence fait ^ à chacune des grandes phases de la vie de THumanité, les visibles instruments du Progrès : il existe à la fois entre elles une merveilleuse ressemblance matérielle, qui est Teffet de la similitude de leur mission, et une profonde dissemblance morale, qui est le fait de la différence de leur époque. Ainsi sont les Césars et les Napoléons que Dieu a suscités pour l'accomplissement de ses desseins , à dix-huit siècles d'intervalle, en leur assignant, dans des temps analogues, le même rôle au sein du même Monde.
Il y a, entre l'Empire Romain et l'Empire Français, une telle identité de faits, qu'on croira un jour, en lisant leurs annales, à une erreur ou à un mensonge de l'histoire , se répétant à son insu ou se copiant à dessein. Mais de l'œuvre des Césars à l'œuvre des Napoléons , il y a toute la distance qui existe entre la Société antique et la Société moderne , entre le Paganisme et le
Christianisme^ entre la Civilisation Romaine et la Civilisation Française : Tabime qui sépare ces deux Sociétés, ces deux Civilisations, sépare également l'ère Césarienne et l'ère Napoléonienne.
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