CONCLUSION
L'Humanité n'a pad changé ; ses passions et ses vices d'autrefois sont encore ses vices et ses pas* sions d'aujourd'hui.
Mais entre l'ère des Césars et l'ère des Napoléons, il y a eu la propagation et le développement de l'Ëvangite : Code universel donné au Monde par le Christ.
Semée par toute la terre, par des hommes de dévouement et de foi, la morale de ce livre du Ciel a fructifié : elle a pénétré la Société de l'idée de Dieu, de l'âme et de l'Éternité; du sentiment du devoir, du droit et de la justice; de l'esprit de famille, d'ordre et de propriété; elle a élevé, en l'émancipant, la femme au niveau de l'homme; elle a restitué à TEsclave, en l'affranchissant, sa dignité; elle a réhabilité le travail ; elle a créé du même coup la liberté et la responsabilité individuelles; elle a fondé la suprématie de l'esprit sur la matière;
elle a fait enfin une Civilisation qui progresse avec la pensée.
L'Empire Français recueillera les fruits de cette transformation du Monde et de cette amélioration de l'Humanité ; rien n'y sera livré , comme dans l'Empire Romain, à la violence et au hasard; l'esprit de discipline y maintiendra tout; l'esprit d'Égalité y réglera tout; le spiritualisme y contiendra le sensualisme ; l'influence des idées y dominera l'influence des intérêts ; le respect de soi et d'autrui y agira enfin sur les mœurs publiques^ assez puissamment pour refouler, dans le mépris du Monde 9 le flot toujours plus fangeux des corruptions privées.
Quelle sera la durée de cet Empire qui se fonde avec la popularité des Napoléons ? C'est le secret de Dieu. On peut dire cependant qu'il naît dans des conditions d'ordre moral , d'utilité publique et de stabilité matérielle, qui semblent lui prédire un brillant et long avenir de prospérités et de gloires que ne viendront attrister ni les crimes,
ni les désordres, ni les déportements , que le matérialisme des croyances et la férocité des mœurs ont enfantés sous le sceptre des Césars.
Déjà tout Tindique : l'Empire Français est destiné par la Providence à remplir, aujourd'hui, sous une autre forme, dans la vie de l'Humanité, le rôle que l'Empire Romain a joué naguère dans l'histoire du Monde.
N'est-ce pas l'esprit de la France qui, pénétrant toutes les contrées et toutes les nations que la marche des événements fait successivement entrer dans la sphère de la Civilisation , les transforme , en les conquérant à la Démocratie et à l'Égalité , ces deux filles jumelles de la pensée du Catholicisme?
On aura beau dire et beau faire, rien n^arrétera cette pensée dans son vol d'aigle ; et ce qui fait que je crois à la suprématie de l'Empire des Napoléons, c'est que l'esprit de la France est le produit le plus pur, le plus élevé, le plus direct et le plus complet du Catholicisme.
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En effet, le principe du Catholicisme n'est-il pas le principe d'autorité dans toute sa force et dans toute sa plénitude , le principe d'autorité dont le Pape est la personnification la plus haute? Le principe d'autorité n'est-il pas, à son tour, le plus éclatant et le plus glorieux symbole de l'Unité, dont l'Église est l'incarnation visible, se manifestant, à la fois, par sa puissante hiérarchie et soû inflexible discipline ?
Or, suprême perfection du Monde, but final du Progrès, dernière aspiration de l'Humanité, l'esprit d'Unité, n'est-ce pas l'esprit de la France ?
Je ne fais ici ni de la théologie , ni du dogme , ni de la foi , mais de la raison , de la politique et de la philosophie.
Ce n'est pas ma croyance qui pourrait être aveugle , c'est mon intelligence , qui est clairvoyante, que j'écoute, quand je dis que, dans l'avenir, le Monde sera la conquête du Cathbli*
cîsme, dont runiverselle dominalion peut seule constituer F Unité humaine.
Voyez plutôt : ne sent-on pas qu'en se heur* tant au monde latin , le monde grec va se trans* former en se civilisant i el se dissoudre en se transformant?
Oui , le sohisme oriental , révolte de Tindivi* dualisme contre la pensée d'unité du Catholi* cisme, va mourir dans sou impuissance, comme le schisme occidental , révolte de Torgueil contre le principe d'autorité de l'Église, va mourir dans sa désunion.
Quand ces deux grands schismes de l'Orient et do l'Occident auront passée comme ont passé, tous les autres schismes, que restera«t-il de vivace eu dehors de l'Église de Rome , en dehors de la pensée du Catholicisme ?
Catholique par ses mœurs et ses idées, par ses croyances et ses sentiments, l'Empire Français est admirablement préparé pour devenir Tinstru-
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meut providentiel de cette œuvre de fusion. On dirait que les siècles Tont lentement formé pour celle deslinée , tellement son caractère l'y porte , tellement son génie Ty dispose; car dans la sphère temporelle il est exactement , par son esprit d'ordre et d'harmonie, de discipline et de hiérarchie 9 ce qu'est l'Église romaine dans la sphère spirituelle.
N'y a-t-il pas là comme une sorte de prédesti^ nation ? Dieu n'a-t-il pas fait la France ce qu'elle est aujourd'hui , pour qu'elle serve à l'accomplissement de ses vues sur THumanité? N'est-ce pas dans ce but qu'il lui a donné cette suprématie «intellectuelle, et morale qui étendra peut-être l'influence des Napoléons plus loin que les armées et les flottes de Rome n'ont porté la domination des Césars ?