CHUTE DE HE8SÂLIXE. MS
rftllléâ ^ pai^ Aei promesses ^ par YenpétMW d'tifl plui grand erédit lorsque Messaline serait renversée i décida i prendre 8itf elles les datigefs d'une dénonelation. Galpttrnie^ dés qu'elle pnt Voii" GésAr en seoret^ se jette à ses genoux^ s'écile qtie Messaline a épousé 811itts< Gléopfttre^ interrogée p^ elle^ wnflfine son récit. Elles font appeler Narcisse ; PalSrattcibl demande d'iibord A son mattre pardon pouf le passée pardon d6 Ittl avoir caché la honte d'trne coupable épouse^ « Ce qu'il « vettt aujourd'hui, ajoute-t-il^ ce n'est pas reprocher à Mes- « saline tantd'adultéres^ ce n'est pas redemander A Sllius cette « maison» ces esclaves, toute là pompe de sa fortune nouvelle t k qtill en jouisse i mais qti'il rehde à César une épouse^ qu'il « rompe cet infâme mariage t.... Sais-tu ton divorce? dii-il ft 4< Claude^ Le mariage de Silius s'est fait mx yetut dd peuple^ H du sénat, des soldats ; si tu ne te hâtes, ce nouveau mari « est maître de Rome. ^ Claude appelle ses amis, s'informe^ Blnquiéte. « Qu'il aillé au camp, lui dit-on , qu'il s'assure des « prétoriens, qu'il veille sur sa vie avant de soilger à sa ven- « geance. n Le malheureux n'avait que trop besoin d'être rassuré, il croyait déjà Silius empereur. Frappé de son dangeri bien pltis que de sa honte, il s'en allait au campi demandant sans (iesse ! « Suis-je encore prince? Bilius ne l'est^il pas (1)? n
« G^était en automne. Messaline, plus folle et plus prodigue que jamais, célébrait les vendanges dans ses jardins. Le raisin était sous le pressoir, le vin coulait ^es cuves à grands flots ; les bacchantes en délire , ceintes de peaut de bétes , dansaient à l'entour. Elle, les cheveux en désordre, le thyrse à la main, les cothurnes aux pieds, secouant sa tête comme tine insensée } auprès d'elle, Silius couronné de lierre» entendaient les chants licencieux qui résonnaient ft leurs oreilles. Au milieu de la folie de cette fête, Yectius Valons était monté sur un arbre élevé. — « Que voyez-vous 7 lui demanda-(-on.
(I) soéKiiie. as.
« — Un grand orage du côté d'OsUe. » — Hasard ou vérité, celte parole fut un présage. La rumeur publique ne disait rien encore, mais Messaline recevait des messages ; elle apprenait que Claude était instruit , qu'il arrivait prêt à se venger. Elle se retire dans la villa de LucuUus , » celle qu'elle avait achetée avec le sang de Valerius Asiaticus. « Silius » pour dissimuler ses craintes, va au Forum s'occuper des affaires publiques. Le reste se sépare : mais les centurions arrivent, saisissent tous ceux qu'ils rencontrent. Messaline, au milieu de son trouble , ne manque pas de cœur ; elle sait combien de fois il lui a été utile de voir , d'entretenir son mari , elle se rendra au-devant de lui. Britannicus et Octavie iront embrasser leur père ; Vibidia, la plus ancienne des vestales, s'est décidée à aller demander pour elle la clémence du grand-pontife. Quant à elle-même, suivie de trois personnes seulement (telle était la solitude qui s'était faite soudain autour d'elle), elle traverse la ville à pied , et dans un tombereau où l'on emporte les immondices des jardins , prend la route d'Ostie, ne rencontrant de pitié nulle part ; l'infamie de ses crimes étouffait toute compassion.
« César pourtant tremblait toujours ; il n'avait pas confiance en Géta, le préfet du prétoire, homme léger dans le bien, léger dans le mal. Narcisse et ceux qui s'étaient risqués avec lui ne voient qu'un moyen de sauver la personne de Claude : « que pour un jour seulement il donne à un de ses « affranchis le droit de commandement sur les troupes. » Narcisse s'offre à l'exercer ; Narcisse monte en voiture avec lui , de peur qu'en chemin Vilellius et Cécina, qui l'accompagnent, ne le fassent changer d'avis »... Le voyage se passe en lamentations de César, en paroles équivoques et cauteleuses de Vilellius et de Cécina, en instances de Narcisse, qui cherche en vain à les faire expliquer. « Déjà on apercevait Messaline ; elle criait à Claude d'écouter au moins la mère de Britannicus et d'Octavie : Narcisse étouffe sa voix en parlant de Silius, de son mariage , et pour détourner la
CHUTE DE MESSALINF. M7
vue de César, lui met sous les yeux les preuves écrites des désordres de Messaline. A l'enlrée de Rome, les enfants se présentent : Narcisse les fait écarter. Vibidia vient elle-même, à sa honte , demander que le prince ne condamne pas sa femme sans l'entendre : « Le prince l'entendra, répond Nar- « cisse ; la défense sera libre devant lui. Va reprendre tes « sacrifices. » Claude, au milieu de tout cela, gardait un étrange silence; Vilellius semblait ne rien entendre; tout obéissait à l'affranchi.
« Il ordonne ; il fait ouvrir la maison de l'adultère ; il y fait conduire l'empereur. Dans le vestibule, il lui montre Fimage de Silius le père, que les énat avait ordonné de dé^ tniire ; » la noblesse tenait toujours à ses espérances et à ses regrets. « Il lui montre bien plus encore, les souvcnii's de sa propre famille, les témoignages héréditaires de la gloire des Drusus et des Néron, devenus le prix de l'adultère. Il le conduit au camp , furieux et plein de menaces, appelle les soldats à l'assemblée , et parle le premier. Claude dit ensuite quelques mots; si juste que fût sa colère, sa timidité l'arrêtait. Les cohortes s'écrient , demandent le nom et le châtiment des coupables. » Les soldats n'étaient peut-être pas bien jaloux de la gloire de leur empereur ; mais c'était une vengeance , et toute vengeance leur était profitable. « Silius, amené au tribunal , ne sollicita qu'une chose , une prompte mort.
« D'autres encore, parmi les coupables, ne souhaitèrent que d'en finir vite. » Ce fut une belle occasion de supplices, car tout amant de Messaline était coupable. Titius Proculus, que Silius avait placé auprès d'elle ; Vectius Valens, prêt à avouer, à dénoncer qui on voudrait ; d'autres encore sont menés à la mort. « Seul, le pantomime Mnester, que Messaline avait aussi aimé, se débattit contre le supplice , déchira ses habits, montra la marque des coups qu'il avait reçus, rappela au prince les paroles par lesquelles lui-même l'avait soumis aux ordres de Messaline, « D'autres, disait-il, avaient été
cuura.
« séduits par des présents, d'autres par rambltion ; lui , la « nécessité seule l'avait rendu coupa))le , et 11 eût péri tout « le premier» si le pouvoir fut tombé auK mains de Silius, n César se laisimt toucher , mfius ses affranchis lui représenté* rent « (admirable raison t) qu'il serait bpnteux, ^rés av^ir « mis à mort tous ces hommes considérables, de ménager u un hisbrion ; qu'une si grande fauta fftt volontaire ou non, ¥ peu importait.,. »
« Messaline était dans les jardins de L11011U1W { aile gagOAit du temps, préparait des prières , espérait, s'irritait; en Mte extrémité, tel était encore son orgueil ! jSi Narcisse même ut se fût hâté, les dangers retombaient sur lui* Claude, rentré m palais, apaisé par un bon repas, échauffé par la vin : «^ M\m$ «c dit-il, dites à cette pauvre flemme (c'est le mot dont il w 4< servit) de venir demain se justifier devant moi, » Sa colèi# s'affaissait, son amour lui revenait au eoanr; si on tardait trop , il pouvait appeler son épouse, Narcisse prend tout sur lui, sort de la salle ; des centurions et un tribun étaient de garde : « L'empereur l'ordonne , dit-il , faitas-^a mourir* n L'affranchi Évode les suit, comme garde et comme survatt^ lant. H p^ à la bâte ; il trouve Mmtuim» wwhée par terni» sa mère Lépida aupièa d^^Ie, séparée de sa ftllc lorsque celle<^ ci était pofaisante, dans ce triste et dernier moment ramenée à elle par la pitié. Elle lui conseillait « ( maternellement ) « de ne pas attendre le meurtrier. — Sa vie était finie, lui 4< disait-elle ; elle ne pouvait plus pspér^ qu'une chose, Thon- «c neur dans la mort. » Mais cette &me corrompue par le déa* ordre n'avait p«» même un tel seiitiment d'honneur i elle pleurait, se plaignait, lorsque les portes sont pouspé^ avee fracas : le tribun est là silencieux devant elle; l'affiranchi lui jette des injures de valet. Alors, seulement, elle comprit son sort, prit une épée, voulut en vain, toute tremblante, s'en pe^ cer la gorge et la poitrine. Le tribun la tua; on laissa son corps à sa mère.
« Claude était eftcore à table lorsqu'on lui annon<^ que
DOMINATIOH O'AaRIPPINE. S90
Mescaline était morte ; de ga main ou de la main d'autrui? il ne le demanda pa», ae fit remplir un verre et continua h feih ioytf. Lea joura auivants , il vit !e triomphe des acouiateura, la douleur de aes enfanta » aana donner aîgna ni de baine , ni de Joie, ni de eolère» ni de triateaae» ni enfin d'aucune affection humaine. >» Peu de joura apfto, ae mettant à table : -- Pour* quoi rimpératriee ne f ient^alle paa? — dit^il (1)« « Le aénatt en faiaant effacer partout l'image et le nom de Meaaaline, l'aida à tout oublier* Narcisse reçut les insignes de la questure, faible ornement du triomphe que son orgueil remportait sur Calliate et sur Pallaa.— Juste et légitime vengeance, dit Tacite , en terminant son 'récit ; mais féconde en malheurs , et qui ne servit qu'à nous faire changer de misère I »
De deux fiancées et de trois femmes que Claude avait euet jusque-là , la mort lui avait ôté une de ses fiancées ; il avait renvoyé l'autre pour plaire h Auguste , sa première femmt pour je ne sais quelle faute , la seconde pour des turpitudes pareilles à celles de Messaline* « Le mariage me réussit trop mai, disait-il aux: prétoriens, je jure de vivre sans femme; si je manque à mon serment, tuez-moi (3). « Mais, malheureui en mariage, il ne pouvait se passer du mariage; il lui fallait une femme , comme à tels laquais qui ont vieilli au aerviee il faut un maître ; cette âme insatiable d'assujettissement ne pouvait vivre aans la domination intime , continuelle , domestique d'une femme.
Les affiranchis, noua venons de le dire, étaient divisés. La lutte était, entre eux , à qui marierait le prince (an 49).
Parmi tant de beautés qui liriguèreiit ami ehmi,
Qui de ses affranchis mendièrent les Yoix^
. Galliste , Narcisse et Pallaa en protégeaient chacun une. Narcisse portait Êlia Pelina, que Claude avait déjà une pre-
(t) Suétone. 39. — (2) Jd. 26.
mière fois épousée et répudiée sans trop de motifs : « C'était, disait-il, une figure connue , une femme déjà éprouvée ; rien d'inaccoutumé , rien de nouveau ; » il trouvait excellent ce rajeunissement des vieilles amours. Calliste proposait Lollia Paulina, qui avait été femme de Caligula; pour elle, sans doute , on faisait valoir l'habitude du palais et du trône (1). Mais Pallas fut plus habile et porta Âgrippine. Celle-ci était fille de Germanicus et de la première , de la fière et courageuse Âgrippine ; nièce de Claude, sœur de Caîus, elle n'avait eu encore que deux maris. Elle apportait avec elle, disaient ses partisans, un petit-fils de Germanicus (beau cadeau qu'elle fit à l'empire !) ; elle avait, ajoutaient-ils, toute sa jeunesse, une fécondité déjà éprouvée. Ainsi se calculaient les avantages d'une alliance) (2).
Auprès d'un homme tel que Claude , le triomphe appartenait à qui pouvait le voir, l'entretenir, le caresser de plus près : le jus osculi (expression bien romaine de Suétone) fit la fortune d'Agrippine. Cependant, la morale romaine traitait les unions entre parents avec une religieuse horreur qu'elles ne nous inspirent pas. Mais Vitellius prit tout sur lui (an 50) : ce courtisan de Messaline, devenu bien vite celui d'Agrippine, le plus ignoble flatteur de cet ignoble règne , fit seulement promettre à César d'obéir au sénat, ce que César promit avec une parfaite humilité; se rendit au sénat, débita une harangue, et obtint un décret par acclamation (3). En revenant au palais, il attroupa quelques polissons sur le Forum, leur fit crier vivat ! et s'en vint, au nom du sénat et du peuple, sommer Claude d'épouser Agrippine.
Agrippine, sa nièce, ne valait pas mieux que Messaline, sa
(1) r. Suaone. 2G. et Tacite. XH. 1 et 50.— (2) Tacite. Ihid.
(3) Sur ce 8énatus-consuite qui permettait d'épouser la fille de son frère, mais non celle de sa mère; r. Tacite, Annal. XII. 7. Suétone. 20. Zonaras, Annal. H. Selon Dion ou Xiphilln, LXVllI, ce sénatus-consulte aurait été abrogé par Ncrva. Hais noua le trouvons subsistant à une époque bien xK>8térieure : Gaïos, Instit. 1. 02. Ulp. Reg.V. 0. Paul Sent. H. 10. $ 3.
DOMINATION D'AGRIPPINK. ftOl
cousine. Je voudrais vous bien rendre les belles paroles de Tacite : « La face des choses avait changé, tout obéissait à une femme ; mais ce n'était plus la domination désordonnée de Messaline, qui se faisait un jouet de Tempirc romain. C'était un gouvernement viril , une servitude plus ferme et mieux calculée ; au dehors, de la sévérité , souvent de l'arrogance ; au dedans , point de désordre , à moins que l'ambition n'en profltât ; un insatiable amour de richesses qui avait pour pré* texte les besoins du trône. » C'était encore Messaline, aussi impudique, aussi vindicative, aussi cruelle, mais plus bienséante, d'une plus ferme allure, d'une ambition plus savante, plus sûre de son fait. Âgrippine n'avait de sa mère, ni cette vertu de femme, ni ce courage d'homme, ni la probité de son orgueil; toute fière qu'elle fût, elle savait au besoin « fléchir son orgueil, » comme dit Racine.
Voici donc que recommence , comme sous Messaline, une série de cruautés. Le jour même de ce mariage qui, dans les idées de la religion romaine, passa pour un inceste et une calamité publique , le jeune Silanus , fiancé d'Octavie, la fille de César, depuis longtemps persécuté par Âgrippine qui voulait doiyier Octavie à son propre fils, rayé du sénat, dépouillé de la préture, accusé d'inceste avec sa sœur, se donna la mort, comme s'il eût attendu ce jour pour rendre Agrippine plus odieuse.
Bien d'autres périrent après lui. La magie, les sortilèges, l'emploi des enchantements et des oracles, superstitions universelles alors, étaient une accusation toujours commode et toujours croyable. Un Taurus périt pour avoir possédé une villa qu'Âgrippine trouva à son gré ; elle avait en ce genre les mêmes goûts que Messaline. Une Caipurnie fut exilée, parce que César avait loué sa beauté. Malheur aux femmes qui avaient prétendu à l'hymen de Claude, qui avaient fait des sacrifices , consulte les astres , invoqué les magiciennes de Thrace pour y parvenir 1 Le temps était venu pour elles d'expier leur échec par la mort. Ainsi périt, « pour des raisons de
femme, » muliebribus ex causis , Lépida , parente de tous les Césars , dangereuse pour Agrippine , belle , « jeune , riche comme elle , comme elle impudique , déshonorée , violente ; en un mot, lui disputant tous ses avantages. » Ainsi périt Lollia Paulina, coupable en outre d'une immense fortune ; son aïeul LoUius avait si bien pillé l'Asie , que , dans un souper assez modeste , sa petite-fille parut , ses cheveux, son fronts ses oreilles, son cou, sa gorge, ses bras couverts d'émeraudes et de perles pour 40 millions de sesterces (10,500,000 fr.) (1)» Claude , qui se piquait d'une érudition puissante en fait de généalogies , déduisit fort bien au sénat celle de Lollia , et de là conclut à l'exil ; de toute sa fortune, on ne laissa à la veuve de Caligula que B millions de sesterces (1,600,000 francs), et, au bout de peu de temps, comme c'était la coutume , un tribun vint dans son exil lui commander de mourir.
Ces vengeances n'empêchaient pas le peuple romain d'aimer Agrippine ; l'extérieur sévère de cette femme , son ambition même , lui plaisaient : ce qu'elle n'osait pas demander à Claude, tout le monde, peuple, sénat, affranchis, prétorien^» était prêt à le demander pour elle. Elle n'était pas seulement femme d'empereur, comme ses devancières ; elle était impératrice, chose inconnue aux Romains et sans nom dans leur langue. Elle n'était point femme à jouir du pouvoir en cachette; les pompes et l'appareil de la royauté étaient pour elle là vraie jouissance , comme le libertinage pour Messaline ^ comme la vengeance pour toutes deux. Assise auprès de Claude dans les cérémonies ; recevant avec lui les ambatôà* deurs et les rois ; ayant elle-même un tribunal , insigne des hautes magistratures ; elle écrivait sa royauté sur les registres du sénat, où elle faisait consigner les hommages que le sénat était venu lui rendre; elle l'écrivait sur la terre barbare, aux bords du Rhin, dans le camp fortifié où Germanicus était de-
(1) Pline, IX. M.
DOMINATION D*AGR1PPINE. ftOS
venu son père» et fondait la colonie d'Agrippine, aujourd'hui Cologne. Le peuple lui passait tout; elle était titulaire de cet héréditaire amour qu'il avait reporté de Marcellus sur DrusUs, de Drusus sur Germanicus, de Qermanicus sur toute sa lignée, y compris Galigula. L. Domitius ^ fils d'Agrippine » avait ia survivance de cet amoUr, qui ne porta guère bonheur au peuple romain*
Il faut dire ce qu*était ce Domitius. Tibère » qui » vous le savet > protégeait peu la descendance de Germuiicus » avait marié Agrippine à lin Cn. Domitius» très-noble» mais trèsinfâme personnage qui» du reste, n'échappa qu'à grand'peine aux vengeances de Tibère , et » à la mort de ce prince , se trouvait accusé à ta fois de lèse-majesté » d'adultère » et d'inceste avec sa sœur ï triste échantillon de la noblesse ; s'amusant à écraser Un enfant sous ses chevaux ; tuant un de ses affranchis qui ne buvait pas à son gré ; en plein Forum, crevant Tœll d'un chevalier ; au cirque , où il donnait des jeux comme pféteUr» volant les prix gagnés dans les courses. Ce personnage avait pourtant une certaine franchise ; à la ns^ssanee de son fils, au milieu des félicitations et au grand effroi de Ses superstitieux amis, qui prirent sa parole pour un présage et n'eurent pas tort : ^ Que peut-Il naître de bon, disait- Il , d'Agrippine et de moi (1) î »
Lucius, son fils, malheureux jusque-^là , avait euCaligula pour Cohéritier dans la succession de son père , c'est-à-dire qu'il n'en avait reçu presque rien. Sa mère avait été exilée ; une tante l'avait fait élever par un danseur et un coiffeur. Mais , sa mère une fols rappelée de l'exil et devenue femme de Claude, il était pour le peuple comme une de ces illusions de jeunesse qu'on se plaît à embellir : « Le soleil levant Tavait salué à sa naissance ; des dragons étaient venus garder son berceau contre les embûches de Messaline. » Domitius , qui plus^ tard fut Néron, et qui d'ordinaire ne disait pas de mal de
(0 Soét., in Ner. 5» G. Tacite» Ano. IV. 75. VI. 45. 47. Dion.
kOh CLAUDE.
lui-même, ne parlait que d'un seul petit serpent trouvé dans sa chambre (1).
C'est pour ce fils qu'Agrippine voulait l'empire , sans être effrayée par les astrologues qui lui prédisaient que/s'il devenait prince, il la ferait mourir. Elle était reine ; Pallas la soutenait, Pallas était son amant. Domitius avançait rapidement dans la faveur de l'empereur ; âgé de onze ans, il était fiancé à Octavie ; un peu plus tard (an 51), il devenait par adoption fils de Claude , et s'appelait Claudius Nero : exemple unique, disait Claude lui-même, dans la famille Claudia, où personne 'était entré par adoption , et qui , depuis son cher Atta Clause ne faisait qu'une seule lignée. Peu d'années après, Néron éporzxait Octavie ; et, pour que cette union avec une sœur adoptive ne fût pas regardée comme incestueuse, Octavie sortait par adoption de la famille Claudia , comme Néron y était entré : singulières fictions de la loi romaine !
Deux enfants représentaient aloi*s deux partis dans Rome : Domitius devenu Néron , âgé de quinze ans , et Britannicus , âgé de treize ans; l'un fils adoptif, l'autre fils véritable de Claude. Mais Britannicus était délaissé ; ceux qui l'aimaient, vieux soldats, fidèles affranchis, honnêtes gouverneurs, étaient envoyés en exil ; Agrippine lui donnait des précepteurs, c'està-dire des gardiens ou des espions. Toutes les intrigues qui se tramaient autour de Claude le poussaient à préférer Néron. Néron recevait le proconsulat; on se hâtait de lui faire prendre la robe virile (an 52), et ce jour même, aux yeux du peuple, sur le théâtre, les deux princes se rencontraient, l'un en habit triomphal, l'autre avec la bulle, la robe prétexte, l'habit d'enfant. Néron donnait des jeux au peuple, de l'argent aux soldats; Néron apaisait une émeute. 11 avait pom* gouverneur et pour faiseur de discours , Sénèque , illustre et populaire phrasier de ce temps , rappelé de l'exil par Agrippine ; s'il y
(1) V.f sur tout ce qui précède, Suétone, In Ncrone, 6. Tacite, Annal. XI. 11. Dion. LXI.
DOMINATION D*AGRIPPINE. ft05
avait à présenter quelques demandes brillantes et favorables, Néron 9 arrivait armé de la faconde d'autrui, parlait latin, parlait grec, et, au moyen d'un beau discours, obtenait de Claude ce qui était déjà tout obtenu.
Âgrippine était si sûre de Claude, qu'elle commençait à se croire moins sûre de Néron. Un des crimes de Lépida avait été d'être tante de ce futur empereur, de Tavoir élevé, d'être flatteuse et caressante pour lui , et Néron fut obligé par sa mère de déposer contre Lépida. Âgrippine voulait qu'il fût empereur, elle ne voulait pas qu'il fût maître.
Rome s'attendait à une catastrophe (an 55). Il y avait un redoublement de ces accidents merveilleux dont l'histoire romaine est si prodigue : pluie de sang , enfants à deux têtes, essaim d'abeilles sur le Capitole, toutes ces choses dont Tite- Live est plein. En peu de mois moururent un consul, un préteur, un édile, un questeur, un tribun ; il n'y eut point de magistrature, comme on le remarqua par une superstition bien romaine, qui ne se trouvât funestée par la mort. Une truie naquit avec des griffes d'épervier, véritable emblème de Néron. Un prodige aussi, c'est que Claude commençait à s'é* clairer. Narcisse , qui avait combattu l'hymen d'Àgrippine , qui avait défendu Lépida, qui , pour avoir trop bien servi son maître, était devenu successivement l'ennemi de ses deux femmes ; Narcisse, fidèle au moins à son patron, prenait Britannicus sous sa protection , l'embrassait, invoquait le ciel pour lui, lui souhaitait de grandir, de devenir prince, de punir, disait-il même, les meurtriers de sa mère. Les délateurs, hardis à deviner et à suivre les moindres oscillations du pouvoir, murmuraient quelque chose des désordres et de l'ambition d'Agrippine ; et Claude, après avoir condamné une femme adultère, disait : « Le mariage m'a été funeste à moimême ; mais si le sort m'a destiné à épouser des femmes impudiques, il me destina aussi à les punir. »
Agrippine, effrayée, résolut un coup de hardiesse. Locuste fu appelée en conseil ; un poison trop rapide eût rendu ma-
606 CUUDB*
nîfeste le vpeurtre de Claude; un poison le^t hii eût donné le temps "de se reconnaître et de rétablir les droits de son fils, Le danger était pressant néanmoins , et Foceasion propice : Claude écrivait son testament, faisait prendre la toge virile à Britannicus ; Narcisse, d'un autre côté, le fidèle gardien de César, était en Campanie, prenant les eaux pour la goutte. Locuste trouva « quelque chose de recherché en fait de poison, qui devait troubler la raison et n'éteindre que lentement la vie. » Un de ces eunuques dont la cour commençait à se remplir fit prendre ce poison à Claude dans un champignon qu'il savoura avec délices, et que Néron depuis, faisant allusion à son apothéose, appelait le mets des dieux. Claude pourtant ne succombait pas : le danger enhardit Agrippine contre Finfamie, et le médecin Xénophon , peur qui peu de temps auparavant Claude sollicitait un décret du ^énat , lui donna le dernier coup.
Claude était mort ; le sénat cependant votait des prières pour sa vie , les prêtres étaient au temple , des comédieBS étaient appelés au palais afin de distraire le malade, et» comme pour lui doniier de la chaleur, des couvertures étaient jetées sur ce cadavre. Il fallait préparer les voies pour Néron, il fallait gagner Fheure que les astrologues avaient annoncée comme favorable; tant on était superstitieux dans le crime (l)i En l'embrassant, en pleurant avec lui, Agrippine, devenue tout h coup caressante, retenait Britannicus dans sa chambre; Anlpnia et Octavie ses soeurs étaient aussi confinées ; toutes les issues du palais étaient gardées : Claude allait mieux. A midi , l'heure où il devait officiellement mourir, les portes s'ouvrent. Accompagné du vertueux Burrhus, Néron se pressente à la cohorte qui était de garde, et, sur Tordre de leur chef, les soldats le saluent de Ieui*s acclamations, le mettent en litière. Quelques-uns, il est vrai , hésitèrent , regardèrent autour d'eux , demandèrent : « Où est Britannicus ? » mais ,
(1) Tacite, Annal. XU. 69. Sénèque, in ludo. Suét, In G. 4$. 0km. LXI.
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faute d'entendre parler de lui, ils firent comme les autres. Néron, porté au camp, débite une harangue de Sénèque, promet des largesses, se fait saluer empereur. Après la décision des soldats vint un décret du sénat, et les provinces n'hésitèrent même pas. Il ne s'agissait que d'arriver le premier.
Cet avènement fut populaire. On fit bien mourirun Silanus; cette famille malheureuse , alliée de trop près aux Césars , perdait un de ses membres au début de chaque règne. Narcisse, également poursuivi par l'ordre d'Agrippine et à l'insu de Néron, fut poussé à se tuer (1). Cela n'empêjcha pas le peuple d'aimer Néron , Néron de se montrer doux et respectueux envers le peuple, de parler de sa vénération pour Auguste, comme tout empereur débutant devait le faire. Aux yeux des masses , l'homicide était un droit du pouvoir ; il fallait n'en user que modérément, ne pas le]rendre menaçant pour tous, et le peuple était ravi.
Ceci se passait pendant qu'on pleurait Claude ; Agrippine et Néron lui devaient bien leurs larmes. Néron, en cette occurrence, se fit faire deux discours, tous deux par Sénèque , son fournisseur habituel (3). Le premier était l'oraison funèbre de Claude , qu'il débita en grande pompe du haut des rostres à tous les badauds romains ; le discours était élégant et soigné , écrit dans le style à la mode. Tant que Néron , au lieu de parler de Claude , parla de ses ancêtres et de leur gloire , on l'écouta en grand recueillement ; quand il vint à louer la science de Claude et le bonheur de la république, qui sous son règne n'avait eu que des triomphes au dehors , les badauds eurent grand plaisir à Tentendre ; mais quand il se mil à vanter la raison et la prévoyance de Claude, tout le monde se prit à rire. Dans une autre harangue adressée au sénat, pleine d'onction, de modestie et de belles promesses, il s'engageait « à ne pas être jugeur acharné » comme Claude;
(1) Tacite^ Annal. XHI. Dion* LXI. 1. Sénèque, in ludo. (3) r. Tacite, Annal. XUL 3. Dion. LXI.
2i08 CLAUDE.
« à ne pas entendre, » comme lui , « accusateurs et accusés dans son palais ; » à ne pas livrer , comme lui , « toute la puissance à quelques affranchis ; à sépai er la conduite de sa maison de celle de la république; à ne donner les charges ni aux intrigants ni aux enchérisseurs, » comme Claude Favait fait ; (( à laisser aux consuls leur juridiction, au sénat sa puissance et le libre gouvernement des provinces qu'Auguste lui avait assignées , » et que lui enlevaient les af[i*anchis de Claude; en un mot, à se conduire tout autrement que le prince dont il venait de faire ailleurs un si bel éloge (1). En d'autres termes, il relevait pour un moment ce gouvernement républicain derrière lequel les empereurs à leur début aimaient à se cacher ; et le sénat enchanté ordonna que le
discours serait inscrit sur une colonne d'argent et lu tous les ans par les consuls au Forum.
Le sénat cependant enterrait Claude , lui votait de pompeuses obsèques, des pontifes , et l'apothéose. Comme tous ses prédécesseurs , Claude fut dieu , emploi dont il fut plus tard destitué par Néron, et que Vespasien eut la bonté de lui rendre ; les empereurs morts étaient loin d'être dieux une fois pour toutes , et leur divinité eut souvent bien des revers à subir.
Celle de Claude fit beaucoup rire dans Rome ; on le logea à l'Olympe d'une façon si moqueuse et avec des rires si ignominieux , qu'un plaisant (2) se prit à dire qu'on l'avait traîné au ciel au bout d'un croc, comme les coiidamnés au Tibre ; et Juvénal parle agréablement du « champignon d'Agrippine qui fit descendre au ciel ce vieux bonhomme à la tête tremblante et aux lèvres baveuses (3). »
(0 Tacite. XIH. 4. Xiphliin. — (2) GaUion, frère de Sénèque. Dion. LXl.
('3) Âgrlppinae
Bolcius; 8l quidem iinius pr^ecordia prc&sit lile scnifi, tremulumquc caput dcscciulcrc jii^^il In cœlum et longam manantia labra salivam.
Juvënal. Sat. Y]. 619.
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Celte- apothéose me rappelle une assez bonne plaisanterie de Sénèque. Bientôt j'aurai à parler au long du philosophe, mais il est bon de voir comment il traite Claude. Tant que Claude n'avait été qu'un homme, il l'avait beaucoup respecté, et nous avons deux témoignages assez curieux de sa vénération pour l'homme et de sa raillerie pour le dieu. A la première époque, Sénèque, exilé, habitait la Corse, triste pays, terre barbare, où ses talents de rhéteur ne lui valaient guère de succès, où le philosophe s'ennuyait fort. 11 travaillait donc de tout cœur à se faire rappeler, flattait les puissances du temps ; et Polybe, qui était l'affranchi érudit de César et son homme de lettres domestique (à studiis) , étant venu à perdre son frère, Sénèque lui adressa une consolation. Il faut savoir qu'une consolation chez les anciens se composait d'un certain nombre de phrase^ sonores qu'on adressait à un personnage, et dans lesquelles on déduisait méthodiquement et philosophiquement toutes les raisons qu'il devait avoir pour ne pas pleurer ceux qu'il pleurait. La première raison était toujours cette vieille et peu consolante vérité, que tout homme doit mourir ; puis venait l'histoire de tous les grands personnages qui ont perdu père, frère, femme ou mari, afin de vous apprendre à imiter leur courage ; de tous les grands hommes qui ont été malheureux, afin que leur malheur vous consolât du vôtre. Dans une lettre qu'adresse à Cicéron un de ses amis, il le console de la mort de sa fille par l'exemple de tous les empires qui sont tombés, de toutes les villes qui ont perdu leur gloire : « Je naviguais, dit-il, le long des côtes de Grèce, et je voyais là tous ces glorieux cadavres de villes : Athènes, Corinthe, Argos. Auprès du trépas de toutes ces cités, qu'estce, disais-je, que la mort d'une petite fille ! » Passage fort admiré dans les classes ! étrange façon de consoler !
Sénèque n'omet aucune de ces bonnes raisons, maisJl en a une meilleure encore. Après avoir parlé à son cher Polybe de Scipion l'Africain, de Pompée, d'Auguste, de tous les Césars grands et petits , d'Homère et de Virgile , dont la conversa-
ftiO CLAUDB.
tion le distraira : « J6 vais te montrer» dit-il, un remède, sinon plus sûr, du moins plus facile à ta tristesse. Quand tu es obez toi , tu peux craindre raffUction ; mais quand tu as les yeux sur ta divinité, la douleur ne peut approcher de toi... Tant que César est maître du monde, tu ne peux te livrer ni à la douleur, ni au plaisir : tu appartiens tout entier à César; tant que César vit, tu ne peux te* plaindre de la fortune ; lui sain et sauf, tu n'as rien perdu, tu as tout en lui, il te tient lieu de tout. Tes yeux non -seulement ne doivent pas être pleins de larmes, ils doivent être pleins de joie,. .Non, Polybe, tu ne dois pas pleurer ; trop de malheureux attendent de toi que tu fasses entendre au cœur de César le langage de leurs pleurs ; il faut sécher les tiens. Depuis que César s'est consacré au monde, il s'est ravi à lui-même, et, comme les astres qui suivent sans s'arrêter le cours de leur révolution, il ne peut ni s'arrêter en aucun lieu, ni s'attacher à aucun lien. U en est de même de toi, tu n'es libre de te livrer ni à tes intérêts, ni à tes affections. Comme Atlas, dont les épaules por«* tent le monde, rien ne doit te faire plier.. •• César est toute force et toute consolation pour toi.... Relève-toi, et quand les larmes naissent dans les yeux, dirige tes yeux vers Cés^, l'aspect du dieu séchera tes larmes ; sa splendeur arrêtera tes regards et ne leur laissera voir rien autre que lui-même. Que les dieux et les déesses laissent longtemps à la terre celui qu'ils lui ont prêté ! Tant qu'il sera mortel , que rien dans sa famille ne lui rappelle la nécessité de la mort 1 que seuls nos petits-fils connaissent le jour où sa postérité commencera à l'adorer dans le ciel ! Fortune, n'approche pas de lui , laisse-le porter remède aux longues souffrances du genre humain; que cet astre luise toujours sur le monde, qui, précipité dans un abîme de ténèbres, a été consolé par sa lumière!... » Et maintenant, le retour sur lui-même du rhéteur exilé : « Que je puisse être spectateur de ses triomphes ; oui, sa clémence me le promet. » ( Vous allez le voir remerciant César de l'avoir condamné.) « En me renversant, il n'a pas renoncé à me
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relever ; et même il ne m'a pas renversé , il m'a soutenu contre la fortune qui m'éerasait ; sa main divine a adouci ma chute*... Quelle que soit ma cause, sa justice la reconnaîtra bonne» ou sa clémence la rendra telle ; il saura que je suis innocent, ou il voudra que je le sois. En attendant, ma grande oonsolalion dans mes misères est de voir son pardon parcourir le monde ; de ce recoin même où je suis enterré, il a retiré d'autres exilés depuis longtemps ensevelis. L'heure de sa pitié viendra pour moi »... Et ici, le bonheur des exilés sous Claude: « Bénie soit la clémence de César, les exilés sont plus heureux sous son règne que n'étaient les princes du'sénat sous Caïus ; ils ne tremblent pas , ils n'attendent pas à toute heure le glaive du centurion; chaque vaisseau qui aborde ne les met pas dans l'effi^oi. Us sont bien justes les coups de tonnerre qu'adorent même ceux qui en sont frappés! »
Voici maintenant la palinodie du philosophe. Claude l'a rappelé de l'exil, Claude a été empoisonné, Claude est mort ; mais Sénèque ne lui pardonne pas son exil. Tout en composant, pour ceux qui l'ont tué, son oraison funèbre, il rit de sa mort avec eux ; le sénat l'a fait dieu, il le fait citrouille; en regard de l'apothéose , il place l'apocoloquintose. Vous allez voir quel cas Rome faisait de la divinité de ses empereurs, et même de toutes ses divinités :
oc Je vais dire à la postérité ce qui s'est passé au ciel le troisième jour des ides d'octobre , Asinius Marcellus , Acilius Aviola, étant consuls, la première année de Néron, au commencement de cet heureux siècle. Ma devise sera l'impartialité. Me demandera-t-on d'où je sais les vérilés que je dis? D'abord, s'il ne me plaît pas de répondre, je ne répondrai pas. Qui peut m'y forcer ? ne suis-je pas libre...? S'il me plaît de répondre, je dirai ce qui me viendra en tête ; qui jamais exigea un serment d'un historien ? S'il faut absolument citer un garant^ interrogez ce sénateur qui vit Drusille monter au ciel ; il vous dira qu'il a vu passer Claude à pas inégaux , comme parle le poète. Bon gré mal gré, il faut qu'il voie tout ce qui se fait au
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ciel ; il est inspecteur de la voie Âppia , et c'est par la voie Âppia, vous le savez, que le dieu.Auguste et Tibère César ont pris chemin pour aller chez les dieux. Prenez seulement garde : il répondra bien en confidence , mais ne parlera pas devant plusieurs personnes. Depuis qu'au sénat , ayant vu Drusille en route pour l'Olympe et donnant sous serment cette bonne nouvelle , personne ne le voulut croire , tout témoin oculaire qu'il était, il a juré qu'il ne jurerait de rien, eût-il vu un homme tué en plein Forum
« C'était donc au mois- d'octobre , le troisième des ides : l'heure, je ne la sais pas ; on ne s'accorde pas plus aisément entre horloges qu'entre philosophes Claude se mit à rendre l'âme, mais elle ue trouvait pas à sortir. Mercure, à qui son genre d'esprit avait toujours plu , appelle une des Parques : — « Cruelle que tu es, pourquoi laisses-tu souffrir ce malheureux? « Voilà soixante-quatre ans que son âme l'étouffé. Permets « aux astrologues d'avoir dit une fois la vérité, car depuis le « début de son règne, ils n'ont passé ni un an ni un mois sans « l'enterrer. ... — Ma foi^ dit Clotho, je ne voulais que lui don- « ner quelques jours pour conférer le droit de cité au peu de « gens qui ne l'ont pas encore. Il était résolu à voir habillés « de la toge tous les Grecs, Gaulois, Espagnols et Bretons; « mais tu veux garder quelques étrangers pour en perpétuer « l'espèce ; qu'il soit fait ainsi que tu le demandes. » — Elle ouvre une boîte ; il y avait trois fuseaux, celui de Claude, ceux d'Augurinus et de Baba , deux, imbéciles qu'elle fait mourir avec lui , pour qu'un si grand prince n'aille pas sans cortège
« Claude meurt en regardant jouer les comédiens ; on souhaite bonne santé et bon voyage à son âme, qui sort en grommelant de son corps. Ce qui s'est passé sur terre, vous le savez ; on n'oublie pas son bonheur. » (Le bonheur d'avoir Néron pour souverain ! ) « Mais , écoulez ce qui s'est fait au ciel ; j!ai mon témoin pour garant.
« On annonce à Jupiter qu'il arrive un personnage de liante
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taille , à cheveux blancs. On ne sait ce qu'il regarde avec étonnement, sa tète se balance sans relâche, il traîne la jambe droite. On lui a demandé de quelle nation il est : il a rendu je ne sais quel son confus; on n*entend pas sa langue ; il n'est ni Grec, ni Romain, ni d'aucun peuple quon connaisse. Jupiter dépêche Hercule, qui a parcouru tout le globe et connaît toutes les nations. A l'aspect de cette figure, Hercule est effrayé : à voir cette face d'espèce nouvelle , cette démarche sans pareille; à entendre cette voix qui n'est celle d'aucun animal terrestre , rauque et sourde comme celle des monstres marins , il s'imagine qu'il n'a pas dompté tous les monstres , et que c'est là le treizième de ses travaux. Il regarde mieux, et voit quelque chose comme un homme. « Quel homme estu? quelle est ta patrie? » lui demande-t-il en grec. Claude est réjoui merveilleusement de trouver gens qui parlent grec, ce seront des auditeurs auxquels il pourra lire ses histoires ; aussi répond-il par le vers d'Homère :
D'Ilion jusqu'ici les vents m*ont entraîné.
Il aurait pu ajouter le suivant , qui est tout aussi bien d'Homère, et qui eût été plus vrai :
J'ai massacré le peuple et ruiné la ville.
Hercule, qui n'est pas fin , allait le croire, si la Fièvre n'eût été là ; c'était la seule divinité qui eût assez aimé Claude pour venir avec lui ; toutes les autres étaient restées à Rome. — « Cet homme, reprit-elle , ne dit que mensonges ; il n'est ci- « toyen que parla grâce de Munatius » (Munatius Plancus, qui avait fondé Lyon). « Aussi, en vrai Gaulois, a-t-il boule- « versé Rome. Je te le garantis pour un homme né à Lyon ; « et toi, qui as plus cheminé que ne fit jamais un voiturin avec « ses mules , tu dois s<avoir où est Lyon , et qu'il y a loin du « Rhône au Simoïs. » —
ftia CLAUDE.
« Claude prend feu , et » en guise de réponse , se met à grommeler le plus fort qu'il peut ; il fait signe qu'il faut couper la tête à la Fièvre , c'est le seul geste que sa main puisse faire sans broncher. Mais vous l'eussiez cru au milieu de ses affranchis » tant on prenait peu souci de ce qu'il disait^ — ^ « Écoute» reprend Hercule, et ne barguigne plus ; ici» où toi « es» ce n'est plus comme à Rome. Parle-moi vite et vrfti, ou « je te secoue si bien » qu'enfin il tombera de toi autre chose « que des sottises. »
Là-dessus» Hercule» pour être terrible^ débite une tirade de tragédie. « Cet air de fermeté fit passer à Claude le goût des fadaises ; il comprit que» si à Rome il était sans égal» il n'avait plus ici le même crédit. Le coq (le Gaulois) n'est puissant que sur son fumier. Autant qu'on put le comprendre^ voilà ce qu'il eut l'air de dire î — « Vaillant Hercule > j'ai toujours « compté sur ton appui auptès des autres dieux ; et» si on « m'eût obligé à me recommander de qùelqu*un > je t'^urtis « nommé. Tu dois me connaître; tu m'as vu, si tu prends la « peine de t'en souvenir, aux portes de ton temple, rendant « la justice, dans les mois de juillet et d'août. Tu sais combien « de tribulations j'ai endurées là, à écouter les avocats ; mieux « eût vallu nettoyer les étables d'Auglfts; j'ai balayé plus de « fumier que toi »
« On discute ensuite au ciel sur l'admission de Claude. — « Quel dieu en ferons-nous ? Un dieu d'Épicure ? le dieu qui « ne se môle de rien et n'ordonne rien. — Le dieu des stoî- « ciens plutôt, qui n'est qu'une boule, comme Varron l'a dît; « qui n'a ni cœur, ni tète, ni pieds. — Que ne se recomman- « dait-il de Saturne , lui qui faisait toute Tannée les satur- « nalesî,... »
« Le sénat de l'Olympe crie, clabaude en désordre. Jupiter se fâche : « Pères conscrits, dieu , homme ou bête, que pensera de nous ce personnage ? »
« Claude se retire : on va aux opinions.
« Janus , consul désigné , habile homme qui voit par der-
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rière et par devant, parle le premier, disertement, mais si vite que le sténographe n'a pu le suivre : « La divinité, autrefois, « ne se donnait pas au hasard, c'était une grande affaire que « d'être dieu. Ainsi , pour poser une question de principe et « non de personne, je demande que nul ne soit reçu dieu déu sormais de ceux qui mangent les fruits de la terre. Quel que « soit le dieu qui aura été fabriqué, peint, ciselé, sculpté^ con- « trairement au présent sénatus-consulte, il sera livré aux « farfadets, et, aux premiers jeux de l'amphithéâtre, battu de « la férule par les gladiateurs. »
« Après lui, parle un autre dieu, le second consul désigné, pauvre petit argentier qui faisait la banque sous Claude et gagnait sa vie à vendre la bourgeoisie romaine. Hercule s'approche de lui, lui touche le bout de l'oreille ; aussi, bien averti qu'il est, opine^tril en faveur de Claude : « Comme celui-^-ci « est parent du dieu Auguste, comme il est petitrfils de Livie, H que, lui-même, il a faite déesse ; comme il les surpasse, eut M et tous les mortels, par sa sagesse; je suis d'avis qu'à partir « de ce jour Claude soit dieu sur le pied des dieux les plus « favorisés , et qu'on ajoute sa déification aux Métamorphoses ^ d'Ovide. »
« Les avis se partageaient ; Hercule, battant le fer pendant qu'il était chaud, allait et venait d'un banc à un autre : « Ne « me faites pas de tort, c'est une affaire dont j'ai fait la mienne; « une autre fois je vous rendrai pareil service ; une main lave « l'autre. » On penchait pour Claude. Mais le dieu Auguste prit la parole : — « Pères conscrits, je vous prends à témoin « que, depuis que je suis dieu, je n'ai pas prononcé une pa- « rôle ; mais, je ne puis aujourd'hui taire ma pensée, et con- « tenir une douleur que la honte augmente. Voilà donc pour- « quoi j'ai donné la paix à la terre et à l'océan ! pourquoi j'ai « apaisé les guerres civiles ! pourquoi j'ai affermi Rome par « mes lois ! pourquoi je l'ai embellie de mes monuments ! Les « paroles me manquent , pères conscrits ; il n'en est pas qui « puisse suffire à mon indignation.. ... Cet homme, qui ne
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« semblait pas digae d'éveiller une mouche, tuait les hommes « comme un chien mange les entrailles des victimes. Ce mal- « heureux que vous voyez, caché autrefois sous l'ombre de « ma puissance, a reconnu mes bienfaits en faisant périr mon « petit-fils Silanus, les deux Julie, mes petites -filles. Vois, « Jupiter, cet homme doit-il entrer parmi nous? Dis-moi, dieu « Claudius, quand tu as fait périr tant d'hommes et de femmes, « en as-tu entendu un seul? As-tu débattu une seule cause? « Est-ce ainsi que Ton condamne ? Non pas au ciel du moins : « Jupiter, qui règne depuis tant d'années, n'a jamais fait que « casser la jambe à Vulcain ,
« Qu'il saisît par on pied et lança de i'Olympe ,
« comme dit Homère. Irrité contre sa femme , il l'a pendue, « une enclume aux pieds; il ne l'a pas tuée. N'as-tu pas fait « mourir Messaline, ma petite-nièce ? — Tu n'en sais rien, dis- <i lu? — Les dieux te maudissent; il est plus honteux encore « de ne pas le savoir que de l'avoir fait. Voyez comme il a bien « imité Caligula ! Caligula a tué son beau-père ; Claude a tué « son beau-père et son gendre. Caligula avait ôté à Pompée <( le surnom de grand ; Claude le lui rend et le fait mourir. u Dans la même famille, il a tué Crassus, Pompée, Scribonia, « Trislionia, Assarion, tous nobles gens, et Crassus assez sot « pour pouvoir devenir empereur à son tour. Voyez le mon- « strueux personnage que vous allez admettre parmi les « dieux ! Voyez ce corps pétri de la main d'un mauvais génie I « Qu'il dise seulement trois mots sans bégayer, et je suis son « esclave ! Qui adorera un tel dieu? Qui pourra croire en lui? « Vous croira-t-on dieux encore, si vous faites des dieux pa- « reils ? En un mot , pères conscrits , si je me suis conduit « honnêtement parmi vous, si je n'ai jamais répondu brusque- « ment à personne, vengez les injures de nia race. Et j'opine « ainsi » (il lut sur ses tablettes) : « Attendu que Claudius a tué tt son beau-père Silanus, ses deux gendres Pompée et Silanus,
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« le beau-père de sa fille, Crassus, honnêle personnage et qui (( lui ressemblait comme un œuf à un autre, Scribonia la belle- « mère de sa fille , Messaline sa femme , et d'autres qu*on ne « peut compter ; je propose qu'il soit exclu de l'office de juge, « déporté au plus tôt, et qu'on lui donne trente jours pour « quitter le ciel , trois pour sortir de l'Olympe. » — Le sénat vota pour cet avis.
« Mercure prend Claude à la gorge et le mène aux enfers. En passant à Rome, par la voie sacrée : — Quelle est cette pompe? demanda Mercure. C'étaient les funérailles de Claude. Magnifiques obsèques, en vérité, riches et somptueuses : aussi était-ce un dieu qu'on enterrait. Tant de cors, tant de trompettes, tant de foule, tant de bruit, que Claude même en entendit quelque chose. Tous, la joie au visage; le peuple romain allait et venait comme émancipé d'hier. Âgathon et quelques avocats pleuraient dans un coin , non comme des pleureurs gagés , mais pour tout de bon. Les jurisconsultes sortaient des ténèbres, maigres, pâles, ayant à peine le souffle, véritables ressuscites. « Je vous l'avais toujours prédit, disait l'un d'eux aux avocats qui causaient tête basse et déploraient leur soit, les saturnales devaient tôt ou tard finir. »
« Claude , se voyant enterrer , commença à comprendre qu'il était mort ; car, sur une mélodie lamentable, on chantait à grand renfort de voix :
« Répandez des larmes, poussez des soupirs, jouez la dou-- « leur.
« Que vos tristes plaintes troublent le Forum ; car il est « tombé
« Cet homme au grand cœur, qui n'eut pas au monde son « pareil en gloire
« Pleurez ce grand homme , qui , mieux que tout autre , i< jugea les procès,
« N'entendant jamais qu'un seul des plaideurs, et plus d'une « fois n'entendant personne !
« Quel autre juge, douze mois durant, tiendra l'audience ?
hlS CLAUDE.
« L'antique souverain de la Crète aux cent villes quittera « son siège »
« Et laissera Claude rendre la justice au peuple des ombres.
« A grand coups de poing» frappez vos poitrines, pauvres « avocats,
« Espèce vénale ! Pleurez, ô poètes, et vous plus encore
« De qui la fortune s'est promptement faite au bruit des « cornets. »
« Claude était ravi d'entendre sou éloge, et ne demandait pas mieux que d'en voir davantage. Mais Talthybius, le messager des dieux, le saisit, lui jette un voile sur la tête, et, passant entre le Tibre et la Via Recta , le mène aux enfers. Narcisse , le maître de son maître , qui avait pris un chemin plus court, arrive au-devant de son patron > frais et paré comme un homme qui vient des bains. « Que vient faire un dieu chez les hommes ? — Dépêche-toi , lui dit Mercure , annonce-nous. » La route qui mène aux enfers est une pente douce. Narcisse, tout goutteux qu'il est, est bientôt aux portes de Pluton . Il crie à haute voix : « Voici venir Claudius César t » Aussitôt une foule s'avance en chantant : « Il est retrouvé , réjouissons-nous ! » C'étaient Silius, Trallus, tous les proscrits de Claude; Polybe, Myron, ses affranchis, qu'il avait envoyés en avant pour le dignement recevoir ; ses deux préfets du prétoire , ses amis , ses deux nièces , son gendre , son beaupère, toute sa famille. Claude, en les voyant, s'écrie avec le poète : « Tout est plein d'amis ! Mais, comment ôtes-vous ici? Ki dites-moi. — Malheureux, lui dit Pompée, assassin de tes « amis, qui nous envoya ici-bas, si ce n'est toi? Nous sommes « nombreux comme le sable de la mer. Mais arrête, viens deu vaut le juge. » Claude regarde, cherche un avocat. P. Petronius , son ancien commensal , qui parle avec faconde la langue de Claude , se présente pour le défendre. Ëaque , le juge des enfers, refuse de l'écouter, n'entend que l'accusateur, et condamne Claude en vertu de la loi Cornélia contre les assassins. Ce n'était que justice; mais le procédé parut inouï.
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Claude seul le trouva dur, non pas nouveau. On discute sur la peine : on veut que Claude remplace Sisyphe auprès de son rocher, ou Ixion sur sa roue ; mais ces vétérans de l'enfer n'ont pas encore gagné leur retraite. Éaque condamne Claude à jouer aux dés avec un cornet sans fond. Claude secoue son cornet, les dés lui échappent, les dés lui passent entre les doigts ; le pauvre homme n'y peut rien comprendre. Survient Caligula , qui jure que Claude est son esclave ; des témoins affirment, en effet, que Caligula Ta battu, fouetté, soufReté ; on l'adjuge à Caligula , qui le passe à son affranchi Ménandre ; Ménandre, qui a beaucoup de procès à juger, en fait son assesseur. »
Telle est cette facétie du philosophe. Diderot, qui, je ne sais pourquoi , avait pris Sénèque pour son héros , est fort vexé du rapprochement de cette facétie avec la consolation à Polybe. Cela le trouble beaucoup, et il donne vingt raisons au lieu d'une bonne pour sauver Thonneur de son philosophe. Juste Lipse aussi voudrait bien nier que la consolation f&t de Sénèque, mais il ne peut. Honte! honte! s'écrie-tril, que ces louanges adressées à un valet ! Mais ceci est l'affaire de Sénèque et des admirateurs de Sénèque.
Finissons-en sur Claude. N'est-il pas curieux que l'empire subisse tour à tour un Caligula qui se moque de tout, et un Claude dont tout le monde se moque ? N'est-il pas horrible de penser ce que pouvait être, gaspillé et disputé comme il l'était alors entre femmes , eunuques et valets , ce pouvoir sanguinaire des empereurs; chacun tirant ce qu'il voulait de ce monarque imbécile, qui une grâce , qui un exil , qui de l'argent , qui un supplice ; les homicides vendus sur la place comme tous les autres avantages du pouvoir (1) ; tous
(t) UbertlB nxoiibusqae addictus, non prindpem se» sed mlDlstrum egit, compen* dio cujusque honim vel etlam studio ac libidine, honores, exercitus, Impunltates, sappllcla largttus est, et quidem insciens plenimque ci ignarus. Suétone. 29. et Dion LX : « Mesaaline et les affranchis vendaient sur la place , non-seulement ie droit d^
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ces gens en crédit se passant, à cliargc de revanche, le glaive du centurion ou le poison de Locuste : ces échanges d'hommes à tuer, ce trafic du pouvoir qui n'était prisé que comme le droit de faire mourir? Ce que je remarque, c'est que, sous ce règne, l'exécution légale se confond tout à fait avec l'assassinat : selon les circonstances , on envoie le délateur ou le sicaire ; on invite poliment les gens à se tuer, ou bien on les fait souper de la délicieuse cuisine du prince. Si on est César ou Messaline, on tourne nonchalamment sa tête vers le centurion de garde, et on lui dit : « Allez tuer cet homme. )> Si on est affranchi et affranchi timide, on va trouver la vieille Locuste , qui , pour montrer sa loyauté, essaie devant vous ses drogues sur un esclave. Je ne parle pas des mœurs, je n'en dis pas la moitié de ce que dit l'hislbire, et il me semble que j'en dis trop : mais le désordre des mœurs se laisserait presque oublier auprès de cette facilité , de cette naïveté du meurtre. Pensez seulement quelle devait être, en présence de pareils crimes chez les puissants, la moralité du peuple, et comment cet univers, si soumis et si docile, devait envier et, quand il le pouvait, imiter les vengeances de ses maîtres! L'assassinat commis au nom du pouvoir est plus que le meurtre d'un homme : c'est une invitation publique à tous les crimes.
Ef cependant cette époque, selon l'infaillible loi du progrès, d'après la marche du temps, la diffusion des lumières, l'unité politique des peuples, la communication plus prompte entre les hommes, devait être la plus parfaite de l'antiquité : toute l'antiquité aboutissait là. Qui sépare donc l'antiquité de nous? où fut sa faiblesse ? où est notre force ? Nous sommes gâtés par notre bonheur ; nous ne nous figurons pas qu'il ait man-
ette, non-seulement les charges, les commandemenU d'année, les préfectures» mais tout au monde, jusqu'au point d'éloigner du marché toute autre marchandise que les leurs; Claude fut obligé de rassembler le peuple an Champ-de-Mars et de fixer IK du haut de son tribunal, le prix des marcliandises. »