CHUTE DE MESSALINE. S9S
détourner par un autre, poussa Silius à ambitionner plus que le triste et commun avantage d'être Tamant de Messaline (an 48). « Pourquoi se cacher, lui disait-il, pourquoi laisser « vieillir le prince ? Le temps des précautions était passé. « Aux innocents les innocentes mesures; à ceux dont le tort « est manifeste, nulle ressource que Taudace. Les complices « ne manqueraient pas ; tant d'autres couraient les mêmes « dangers! Seul, sans femme, sans enfants, il était prêt à « épouser Messaline , à adopter Britannicus ; elle garderait le « même pouvoir, mais elle le garderait sans péril ; il fallait u seulement prévenir Claude, facile à surprendre, prompt à « se venger ». Messaline reçut froidement ces paroles, non par amour pour son mari ; mais elle comprenait que Silius , maître de Tempire , mépriserait la femme infâme qui Tavait élevé, et saurait apprécier à sa juste valeur un crime auquel le danger Teût fait consentir. Cependant, le mot de mariage, l'étrangetc d'une telle infamie (dernier rafllnement de plaisir pour ceux qui ont perdu toute honte), tout cela souriait à Messaline.
« Claude était allé faire un sacrifice à Ostie , elle n'attendit pas plus tard pour célébrer en toute solennité cette union. Je ne l'ignore pas , dit Tacite , une telle sécurité paraîtra fabuleuse ; je ne raconte cependant rien que je n'aie lu, que je n'aie entendu de nos vieillards. Dans une ville instruite de tout, parlant de tout, h un jour marqué, un consul désigné et la femme du prince s'unirent en mariage ; il y eut des témoins appelés pour mettre le cachet sur leur contrat, des auspices, des sacrifices , une dot d'un million de sesterces. Il fut écrit dans l'acte que les conjoints se mariaient pour avoir des enfants. » L'impure Messaline porta le voile de safran des fiancées; les conviés s'assirent au festin ; le lit consacré au Génie nuptial , couvert de pourpre de Tyr, fui préparé devant tous les yeux (1). Claude même, dit-on, avait signé le contrat de
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fnafiâge i on lui avait persuadé que c'était quelque talisiman propre à détourner les périls dont le menaçaient les devins de Ghaldée (1). Tout se fit selon les rlts sacrés ^ selon les lois antiques i Messaline oe Voulait quiê d'un bon et légitime mariage (â).
« tout cependant se fût bieii passé pour elle » si elle n'eût hlité les âffrauehis ; mais elle avait fait périr Polybe qui avait été son amant» et tout le corps était révolté contre elle (3). « A la nouvelle de son mariage, la maison du prince fut saisie d'horreur et de surprise; ceui qui étaient eu crédit, qui allaient être en danger si la face des choses changeait, ne se parlaient plus secrètement, ils s^écriaient tout haut : « Quand « un histrion avait souillé la couche du prihce # c'était une « honte, ce n'était point une révolution. Aujourd'hui, un jeune « patricien, audacieux et beau, tout près d'être consul, devait» « après un tel mariage , pousser plus loin ses espérances, n Us pensaient avec crainte à rimbéciUitê de Claude ^ au joug que lui imposait sa fetnme , à tant de meurtres qu'aVait ordonnés Messaline ; mais aussi « avec la faiblesse du prince , (/ si on avait le temps de faire valoir auprès de lui l'énormité « d'un tel crime, elle pouvait étte condamnée , écrasée, avant « d'être accusée seulement. ToUt le danger était qu'elle pût « se défendre ; il fallait que les oreilles de Claude Aissent fer^ « mées, même â ses aveux. wCalllsle, Narcisse et Pallas pensèrent pourtatit à dissimuler tout j à menacer secrètement Messaline, et par ces menaces^ à éloigner SiliuS. Pallas et Calliste renoncèrent même à ce dessein î l'un par lâcheté ; l'autre, qui avait vu la cour de Galigula , parce qu'il savait qu'on retient le pouvoir plutôt par la précaution que parla violence. Narcisse persista seul, et, renonçant à avertir Messaline, attendit l*ocCasion d'instruire César.
« Celui-ci prolongeait son séjour à Oslie. Il avait deux maîtresses, Calpurnie et Cléopâlre, que Narcisse, par des libé-
(1) S^ét. )9. — (2) Non pifii légitimé Tolt nubefO. Jutéfial. X. Ztê. -»- (8) Otob. LX.