‹ Les Césars (volume 2)Chapitre 3 sur 37 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

lies essais qui vont suivre et dont quelques-uns avaient déjà paru à différentes époques, embrassent toute la période pendant laquelle régna la famille des Césars. Un tableau de la société et des mœurs terminera ce travail, et achèvera la peinture de ce siècle, qui commence avec Jules César et finit avec Néron.

Ce travail, fait à des temps divers, peut manquer d^unité quant à la forme. Au moins a-t-il été fait sous Tinfluence d'une même pensée. C'est le moment d'en dire un mot.

La science de l'histoire a fait de nos jours d'incontestables progrès. Un don particulier à notre siècle, c'est de savoir, au besoin, s'oublier et faire abstraction de luimême pour s'identifier à autrui. Il s'est épris à la fois de tous les siècles qui l'ont précédé; il a imité leurs arts; il a relevé leurs monuments; il s'est fait le traducteur universel de tous les souvenirs, l'éditeur de toutes les grandes œuvres. Sous cette influence, Thistoire a été autrement comprise qu'elle ne l'avait été jusque-là. Au lieu de l'enchaînement de quelques faits, la plupart recommandés

à notre souvenir par leiu* rapport avec le présent, nous

tUI PRÉFÂGB DE LA PREMIÈRE ÉDITIOIf.

avons appris à y trouver, sous la plume de quelques écrivains supérieurs , une entière résurrection du passé. Ils ont évoqué de leurs tombes couvertes de mousse les anciens chevaliers nos pères ; ils nous ont appris leur langue ; ils nous ont fait vivre de leur vie ; ils nous ont fait voyager par les siècles , plus loin de notre patrie et de nous-mêmes que lorsque nous voyageons par le monde. Les noms propres ne viennent pas aisément sous ma plume : l'éloge est suspect, la critique ne me regarde pas. Ici d'ailleurs est-il besoin de nommer? Depuis vingt- cinq ans, la science de Thistoire s'est renouvelée. L'Allemagne, avec sa hardiesse aventureuse, s'est embarquée de prime abord , comme ses aïeux les Scandinaves , dur le vaste océan de l'antiquité et des origines ; elle a mené sa nef toucher à toutes les plages ; elle a abordé et la Grèce mythologique, et la Rome conjecturale, et llnde mystérieuse^ et s'il y a quelque chose au monde de plus caché et de plus inconnu. £n France, avec la promptitude de notre coup d'oril et la ténacité de notre logique , nous avons jeté à bas notre histoire, comme nous avons jeté à bas notre société; nous sommes occupés à refaire l'une et l'autre : puisse notre société se reconstruire aussi vite et aussi bien que notre histoire ! L'Angleterre est venue en aide à cette œuvre par le roman, gracieux engagement à la science, séduisant exemple dont l'imitation est trop commode, et dont les banales copies allaient pervertissant l'intelligence historique, si la lassitude ne fût venue. En un mot, jamais chaque époque, chaque pays n^avait été, dans sa vie propre, plus étudié et plus compris; et si, comme le dit Fénelon, en fait d'histoire, nous ne pouvons

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. li

tenir la vérité que par fragments, jamais du moins nous n'avions tenu autant de fragments de vérité.

Mais il y a dans notre nature un besoin d'unité, un désir de l'absolu, qui nous empêchera toujours de nous contenter de tels résultats ; nous voulons avoir le dernier mot de Ténigme, connaître la philosophie de toute cette science et Tunité de tous ces fragments. Ici, depuis longtemps, une double question avait éveillé la pensée humaine. Bossuet, d'un côté, a cherché dans les événements leur but et leur fin ; il les montre tous conduits par la Providence vers l'éternel objet de ses desseins ; il assigne au monde la grande fin de son être, et il le fait voir mené vers cette fin par une pensée qui sait tout y faire concourir. D'un autre côté, Vico le premier, je crois, chercha, non sans génie et sans hardiesse, si quelque loi constante, nécessaire, mathématique, réglait la marche des choses ; si le retour de certaines phases, en différents temps et en pays différents, n'était pas obligé et prévu comme les révolutions des astres ; il voulut découvir la règle qui gou* Verne la vie des peuples. Il cherchait la loi de l'histoire ; fiossuet en avait cherché le but. L'un considérait les nations en elles-mêmes et les événements comme les phases de leur vie ; Tautre ne les voyait que comme instruments, et s'inquiétait peu de leur caractère et de leur sort, quand il avait touché le point important et fait voir leur utilité dans les vues de Dieu : diversité de point de vue qui n'entraîne pas, du reste, la contrariété des doctrines; ce sont deux aspects divers d'une même chose, deux questions posées sur le même sujet, deux études compatibles l'une avec l'autre.

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