‹ Les Césars (volume 3)Chapitre 23 sur 30 · I. is · texte numérisé non relu

I. is

UU NKRON.

lui trouvât un délateur. Ses esclaves, mis à la torture, ne faisaient que protester de son innocence ; on l'accusait d'adultère, il s'agissait de lui choisir un complice ; Néron retrouva cet Anicet qui avait été l'instrument du meurtre d'Agrippine : par promesses et par menaces, il le décida à s'avouer l'amant d'Octavie ; il mêla dans tout cela , selon le vieux principe de Tibère, quelque soupçon de lèse-majesté; Octavie fut condamnée par un « conseil d'amis » (tout tribunal était bon). Pour iVnicet, il fut envoyé en Sardaigne, dans un commode exil où il vécut riche et mourut dans son lit. Il y a eu des siècles plus barbares; mais en nul siècle la théorie du crime ne fut plus savante , ni la pratique mieux raisonnnée que dans celui-ci,

Quand on sut Octavie reléguée dans l'île Pandataria (laissezmoi copier Tacite) , « jamais exilée n'arracha plus de larmes à ceux qui furent témoins de son exil. On se souvenait d'Agrippine bannie par Tibère , de Julie reléguée par Claude. Elles, du moins, étaient dans la force de l'âge ; elles avaient

vu quelques beaux jours Pour Octavie, le jour même de

son mariage avait été un jour funèbre , et la maison où elle entra ne lui présenta jamais que des objets de deuil : — son père empoisonné ; — son frère, aussitôt après, enlevé par uq crime pareil ; — elle , maîtresse humiliée devant une esclave ; — Poppée épousée dans le seul but de la perdre ; — une accusation enfin plus cruelle que la plus cruelle mort; — et cette enfant, dans la vingtième année de son âge, environnée de centurions et de soldats , voyant venir son dernier malheur, sentait sa vie comme finie sans avoir encore le repos de la mort. » Au bout de peu de jours, « on lui fait dire de mourir. » Tandis qu'implorant Néron , « non plus comme sa femme , mais comme sa sœur, elle invoque les souvenirs communs de Germanicus et jusqu'au nom d'Agrippine , on ouvre ses veines; et comme le sang, arrêté par la peur, coulait trop lentement, on la jette dans un bain chaud dont la vapeur l'étouffe. Par une recherche de barbarie, sa tête coupée, portée

SA FAMILLE. Zi35

à Rome, passa sous les yeux de Poppée. On fit, en action de grâces , des offrandes aux temples. Nous rappelons ce fait pom' que ceux qui voudront connaître, soit dans ce livre, soit dans tout autre, les malheurs de cette époque, sachent bien d'avance qu'à chaque exil et à chaque supplice ordonné par le prince, des actions de grâces ne manquaient pas d'être rendues aux dieux; signe autrefois de prospérité publique , devenu alors un signe de malheur (1). »

Octavie et la première Agrippine, l'une plus douce et plus humble, l'autre plus forte et plus fière, sont, je crois, les deux seules femmes dignes d'intérêt que j'aie rencontrées dans cette histoire. — En même temps, dans Octavie et dans la mère de Néron, nous avons un triste exemple du sort qui attendait les femmes placées près du trône des Césars , soit qu'elles restassent , comme l'une , dans la limite de leur devoir ; soit qu'elles s'emportassent, comme l'autre, à toutes les ambitions et à tous les crimes.

La famille impériale était dès longtemps réduite à des femmes. Vers le temps de la mort d'Agrippine (an 59), Néron visitant Domitia sa tante qui était malade, cette femme, selon une coutume familière aux vieillards, lui dit en caressant sa barbe naissante : « Quand je l'aurai vue coupée, je veux mourir. » Néron se tournant vers ses voisins : « Je la couperai sur l'heure, » dit-il en la raillant, et il ordonna aux médecins de la purger fortement. Elle n'était pas morte encore , qu'il s'empara de ses biens et supprima son testament (2).

Restait encore Antonia, fille de Claude. Longtemps persécutée par Agrippine, mariée d'abord à un Pompée, puis à im Sylla dont je parlerai bientôt, deux fois elle était devenue veuve par le fait de la justice impériale. Tel était le sort des princesses du sang : tro]) honorées pour qu'on ne leur

(I) Tacite, Annal. XIV. G3. G4.

"^'1 (2) Suét., in Xer. 43. Xiphilin. LXl. La coupe de la première, barbe était à Rome piî| une cérémonie religieuse et une solennité de famille.

fit pas épouser de grands noms, les grands noms étaient trop redoutés pour qu elles tardassent à devenir veuves. Quant à Antonia, comme elle était la dernière du sang des Césars, comme dans le complot de Pison on avait paru compter sur elle pour donner au nouvel empereur, en l'épousant, une sorte de légitimité; Néron à son tour voulut l'épouser. Elle refusa et fut punie de son refus par la mort. Néron qui avait aussi fait périr le dernier descendant d'Auguste et le dernier descendant de Tibère (1) put se vanter alors (an 67) d'être le seul en droit de prétendre au nom de César.

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