‹ Les Césars (volume 4)Chapitre 45 sur 72 · II · texte numérisé non relu

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foi 9 qu'un tel }uxe convenait assez mal à la pbtîl/^sophie. En face de ses ennemis, il s'accusait de cette villa si ornée, de ces pages si bien vêtus, de pes esclaves si nombreux. « Je le confesse, disait-il, je ne suis pas un sage. Que votre Jalousie soit satisfaite, je ne le serai jamais. Je tâche seulement de retrancher chiguciue jour quelque chose de mes vices, de reprendre chaque jour quelqu'une de mes erreurs. Je me sens encore profondément enfoncé dans le mal... Je fais l'éloge de la vertu et non de moi. Quand j'attaque les vices, j'attaque les paiens tous les premiers (1)... »

Mais plus tard, — Burrhus était mort (63) ; Néron commençait à trahir ses libres allures (2) ; la cour devenait dangereuse aux philosophes. Épouvanté par Tincendie de Rome et par l'horrible supplice des chrétiens (an 65), Sénèque cherchait à se tenir en arrière pour ne pas porter le poids de tant de sacrilèges (3). Dans cette retraite dangereuse et menacée, sa philosophie devint plus grave ^ plus mûre , plus sérieuse. Le seul voisinage de Néron et la crainte d'un empoisonnement (4) prescrivaient une vie plus sévère à cet homme qui, dès sa jeunesse , avait abandonné l'usage des bains, des parfums, du vin et des délicatesses de la table (5). Le temps ne lui manquait plus pour se rappeler les leçons des philosophes qui avaient enflammé sa jeunesse d'un ardent amour pour la frugalité et la vertu, affaibli, il en convenait, par les années (6). De celte retraite datent la plupart de ses ouvrages et les plus graves (7) ; ses lettres à Lucilius surtout , dans lesquelles sa philosophie , plus familière , est aussi plus sé-

(1) De Vitâ beatâ. 17. — (2) F. tara. I. pag. 442.

(3) F. Tac, Aim. XIV. 52. 53 ; XV. 45. — (4) Id. XV. 45.

(5) Ëp. 83. 108. " Je juge nécessaire de faire ce que bien des grands hommes ont fait, de prendre quelques Jours pendant ^lesquels nous nous exerçons à la pauvreté véritable par une pauvreté imaginaire. » Ep. 20. — (6) Ëpitre 18.

(7) Voici Tordre chronologique des écrits de Sénèque, selon Fabricius. — Sous Caligula : de Ira. — Peu après la mort de ce prince (an 41) : de Brevitate vits (f . Ihid. oh, 18], — Sous Claude et pendant Fexil de Sénèque (ans 41-50) : ad HelTiaiOi ad

SES PREHIEfiS DÉVELOPPEMENTS. ftl9

rieuse, où sa pensée , plus épurée, s*élëve davantage, et, en même temps plus naïve , sourit parfois , conte avec grâce et nous repose de la monotone emphase des déclamateurs de ce temps.

Sénëqu/e, de plus, a le mérite de n'appartenir à aucune école, de les représenter toutes. Les grandes écoles n'existaient plus que dans les livres. Stoïcisme, platonisme, cynisme, ces mots ne désignaient plus des sectes vivantes encore, mais des systèmes écrits, des livres muets, des hommes morts depuis longtemps. La succession des maîtres avait cessé. Forcéqiient éclectique, le sjtoïclen n'acceptait pas tout Zenon, nijeeypiqiie tout Ântîstiiène. Pour Sénèque surtout, une curiosité ^active, ua certain goût de vérité l'avait promené au pied de toutes les chaires. Il avait écouté le pythagoricien Sotioa ; il avait admiré le stoïcien Attale ; il cite continuellement Épicure(l) que pourtiant il n'aime pas. Dans sa vieillesse, il allait encore à l'école du stoïcien Méti'onacte(3). Il s'arrêtait pour causer avec le cynique demi-nu Démétrius, et revenait le proclamant le plus sage des hommes (3). Ni les Juifs, ni les chrétiens ne purent lui être inconnus.

Il est vrai : sa philosophie ne saurait être une , empruntée à tant de sources. Il n'aura la vérité que par fragments ; il l'aura partielle, mêlée, incomplète. Mais, d'un autre côté, cette philosophie qui marche sans parti pris a quelque chose de plus sincère et de plus désintéressé. Stoïcien, parce qu'il a trouvé dans le Portique un instinct moral qui le touche, Sénèque cependant se sent blessé plus d'une fois par los spé-

Polybium, adMarciam. —Après la mort de Claude (an 55) : TApocoloquintose. — Sous Néron : de Providentià, de Clementià, de Vitâ beatâ. — Vers la fin de sa vie (63-65) : de Animi iranquillitate, de Gonstantiâ sapientis, de Beneûciis, Ëpistolse ad Lucilium, Qaœstiones naturales.

(1) V. surtout Ep. 20. 21. « Je fais avec Epicure, dit-il^ ce que Ton fait au sénat où, quand une opinion émise avant la vôtre ne vous convient qu'en partie, on djBmandela division. » Ep. 21.

(2) Ep, 76. — (3) Ep, 62.

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culations insensées du Portique. Il n'appartient à aucun maître ; il n'obéit pas, il approuve (1).

Et de plus, dans son inconsistance même et ses contradictions, Sénèque est le fidèle miroir de la philosophie de son temps; et c'est d'après ses écrits, éclairés par quelques fragments venus du dehors , que nous allons chercher à la faire connaître.

§ IL — CARACTÈRES DU NÉO-STOÏClSME.

Un des premiers caractères et de Sénèque et de ses contemporains , c'est l'éloignement pour la science et la philosophie spéculative , que les Grecs , il faut en convenir, avaient faite bien puérile.

Le genre humain était malade. Etait-ce aux atomes crochus de Démocrite que le philosophe demanderait le remède? les nombres de Pythagore lui viendraient-ils en secours? s'occuperait-il, avec les stoïciens , à prouver à son siècle que la vertu est un animal, ou bien que, lorsqu'un homme est écrasé sous une pierre , son âme est si gênée qu'elle ne peut sortir? La métaphysique des Grecs, et en général toute la partie dogmatique de leur philosophie , était ou trop incertaine ou trop spéculative : jeu d'école , vaine escrime de la pensée , d'où le monde malade n'avait à espérer aucun remède.

Aussi , à la vue de tant de puérilités , Fabîanus doutait s'il ne valait pas mieux ne rien savoir (2). Démétrius réduisait toute étude à quelques préceptes moraux , simples , faciles , pratiques (3). Sénèque lui-même, Sénèque curieux et savant, jette souvent sur la science le coup d'œil dédaigneux du moraliste. Il juge frivole l'érudition dont lui-même fait étalage (4);

(1) Non sequor, sed assenUor. Ep. 80. V. aussi de Vitâ beatà. 3. Ep. 45.

(2) Sénèq., de Brevit. vltœ. 14. — (3) Jd., de Benef. VII. I. (4) De Brevit. vitœ. 13.14.

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