‹ Les Césars (volume 4)Chapitre 48 sur 72 · SES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

SES CARACTÈRES

Ainsi « l!âine céleste de Tlioinme de bien, vivant avec les hommes, reste attachée à son origine, comme le rayon qui nous éclaire n'est pourtant pas séparé de son soleil. Elle tient à Dieu (1), le regarde, reçoit de lui sa force ; son Dieu est son père (2) ; comme lui, elle vit dans une joie que rien ne peut interrompre (3) ; comme lui elle est heureuse sans les biens de la terre. La richesse , le plaisir , sont-ils des biens , puisque Dieu n'en jouit pas (4) ? »

Que l'homme accomplisse donc sa noble destinée.

« Qu'il crée en lui l'image de Dieu. L'image de Dieu n'est pas d'argent ou d'or; de ces métaux grossiers on ne fera jamais rien qui ressemble à Dieu (5). Le bien suprême n'est autre chose que la possession d'une âme droite et d'une claire intelligence. Que l'homme souffre avec patience ; car Dieu n'est pas pour lui une mère tendre et aveugle. Dieu l'aime fortement. Dieu l'aime en père. Nous regardons avec un certain plaisir d'admiration un brave jeune homme qui lutte avec courage contre une béte féroce. Spectacle d'enfant! voici un spectacle digne de Dieu, un duel dont la contemplation mérite de le distraire de son œuvre : l'homme de cœur aux prises avec l'adversité (6). »

que les passions ne peuvent émouvoir, heureux au milieu des adversités, paisible au milieu des orages, une vénération religieuse n'entrera-t-elle pas dans votre âme ? ne direz-vous pas : « Cette vertu est trop grande et trop haute pour pouvoir ressembler « en quelque chose au corps dans lequel elle habile ; une puissance divhie y est « descendue? » Ep. 41.

(1) Animus... hœret origini suœ... — Hœremus cuncti superis, dit Lucaln. Pharsale. XVIII. — (2) Deus et parens noster (Ep. 110). — (3) Ep. 60. — (4) Ep. 31.

(6) « Te qiLoque dignum finge Deo, » Finges autem non auro nec argento. Non potest ex hâc materiâ exprimi imago Del similis (Ep. 12). — « Nous ne devons pas estUner, dit pareillement TApôtre, la chose divine semblable à Tor, à l'argent, à la pierre, à la matière façonnée par l'art. » (Âct. XVU. 29).

(6) De Providentià. 2. Un auteur chrétien copie ici Sénèque : « Quel noble spectacle pour Dieu, lorsqu'il voit un chrétien combattre contre la douleur, mépriser les menaces et les supplices, et assurer sa liberté contre les princes et les rois! » Minutius Félix in Octavio. — Et Epictète : « Quand le péril te menace , songe que Dieu, comme un intendant de Tarène ou des jeux, vient de t'appareiller avec un redoutable adversaire. » Epict. apud Arrian. 1. 24.

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Au moins cette philosophie ne râbaisse-t-elle pas l'homme ; au moins a-t-elle le mérite que tant de philosophies n'ont pas eu, de se placer dans le côté de la balance vere lequel noire nature ne penche pas, et de faire contrepoids à nos faiblesses, auxquelles d'autres ont trouvé plus commode d'ajouter le poids de leurs doctrines. « Non, Épicure, ne confondez pas la vertu et la volupté : la vertu est quelque chose d'élevé, de supérieur, de royal, d'infatigable, d'invaincu; h volupté est basse, servile, fragile, misérable ; elle a pris domicile aux tavernes et aux lieux de débauche. La vertu est au temple, au forum, à la curie, devant les remparts, couverte de poussière, le visage enflammé, les maiiis calleuses ; la volupté se cache, elle recherche les ténèbres ; elle habite les bains, les étuves, lieux qui redoutent la sui^veillance de l'édile ; elle est efféminée , sans nerf , toute détrempée de parfum et de vin, pâle de ses excès, couverte de fard, plâtrée de couleurs étrangères (1). »

Mais pour atteindre cette vertu , une condition est nécessaire : « Soyons bien persuadés que personne de nous n'est sans une faute. Ne disons pas : Je n'ai point péché (2). » Au contraire, « connaître son péché, dit Épicure, est le commencement du salut. Celui qui ne se croit point pécheur ne se corrige pas. Chaque soir, dans le repos et les ténèbres, exarninoos notre conduite , rendons-nous compte de nos actions. Ne redoutons le souvenir d'aucune de nos fautes. Soyons nous-mêmes notre accusateur ; soyons notre juge. Sachons nous irriter contre nous mêmes, et ne nous accordons, qu'après de justes reproches, le pardon de notre conscience. Notre sommeil sera plus paisible quand notre âme aura pu , ou se féliciter de son innocence, ou s'avertir elle-même de ses chutes (3). Soumettons notre conscience aux dieux ; sachons la leur ouvrir tout entière. Les dieux connaissent nos fautes les plus secrètes. Vivons avec les hommes comme

(t) De Vita beatà, 27% — (2) De M. II. 27. — (3) Ep. 28. De Ira. ïïï. 2C.

SES GÂRÂGTËaES. hZl

si Dieu noas voyait, et parlons à Dieu comme si les homm^ pouvaient nous entendre (1), »

Enfin un dernier caractère » qui appartient à la morale du stoïcisme réformé , est une notion plus élevée des rapports de l'homme avec ses semblables.

La morale philosophique de l'antiquité est presque toujours égoïste. Elle rapporte à oous-mémes tous nos devoirs. C'est pour lui-même , c'est pour sa propre dignité , c'est pour son orgueilleuse satisfaction qu'elle forme et qu'elle cou* seille le sage. Tous les devoirs , ou à peu près, sont des d6«voirs de respect envers soi-même. Le sage sans doute doit être juste envers autrui, parce que l'injustiee troublerait Téquilibre de son âme et l'enlaidirait à ses propres yeux. Le sage doit être juste, mais il n'a pas besoin d'aller au delà. L'amour de son semblable , la bienfaisance , ou , pour mieux dire, la libéralité, sont des vertus surérogatoires, des vertus de luxe, de généreux penchants que la sagesse ne commande pas , qu'elle cherche plutôt à restreindre , et auxquels il ne faut se livrer, dit-elle, qu'avec beaucoup de précaution (2). Ces vertus peuvent manquer sans qu'aueune loi essentielle en soit atteinte, sans que l'équilibre de l'âme en soit blessé.

Aussi dans l'antiquité le devoir envers autrui sortaiMl de la politique plus que de la morale. Ce n'est pas envers l'homme, envers nos semblables , envers notre prochain , que l'homme avait d'autres devoirs que celui de la stricte justice. Les grands devoirs de l'homme, aux yeux de l'antiquité , étaient envers l'association dont il fait partie, envers la famille comme

(1) Ep. 10. De Benef. VII. i, et Sénèque, le père. Contr. I. 2. — Saint Pierre dit de même: In interrogatione bonœ conscientiœ, I. Petr. m. 21. — Ailleurs, Sénèque, cité par Lactance, Div. Just. XX! V. 6 : « Ton surveillant te suit partout... à quoi bon chercher un lieu secret, éviter les témoins ? crois-tu échapper à tous les yeux? insensé , que t'importe de n'aymr pas de conâdeol , quand tu as ta conscience? »

(2) Beneûcentia ac liberalitas... quâ quidem nihil est naturae hominis accommo-* daUùs; sed habet multas cautiones. V, aussi tout le chapitre. Gic, de Oif, I. 14.

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portion de la cité, envers la cité qui comprend et domine toutes les associations humaines. L'homme n'était rien comme homme; comme parent , comme citoyen il devenait quelque chose : mais surtout la famille et la cité étaient beaucoup. On ne devait à son semblable que la justice ; on devait à la famille l'obéissance et le respect ; à la patrie , non-seulement le respect et l'obéissance , mais l'amour et le dévouement.

Cette morale philosophique, qui rapporte tous les devoirs au culte de soi-même, cette morale politique qui les ramène tous au culte de la patrie, forment encore la morale de Cicéron , quoique Cicéron vienne tard, qu'il ait recueilli tous les travaux de l'esprit grec, que Posidonius lui ait transmis les notions morales du stoïcisme. Les devoirs sont tous renfermés , pour Cicéron , dans la justice et dans l'honnêteté. L'honnêteté est justement ce culte de soi-même, ce maintien de sa dignité propre, auquel l'antiquité attachait une importance si singulière quelquefois. La justice comprend deux choses : ne nuire à personne, devoir purement négatif, devoir de stricte équité; servir à l utilité commune (1), c'est-à-dire aux intérêts communs de ceux que « des liens plus étroits rapprochent de nous, de ceux qui nous appartiennent ou par le sang, ou par le mariage, ou enfin par l'unité de langue, de cité, de nation, » aux intérêts (2) surtout de la patrie, « cette société la plus chère de toutes, et qui embrasse toutes les autres (3). » Jusque-là, en effet, et jusque-là seulement pouvaient aller le dévouement et le tiésintéressement du païen (4).

(I) Ut ne cui noceatur... Ut communi utilitati servlatur. De Off. I. 10. (3) Arctor societas propinquorum... societas in ipso conjugio... gens, natio , lingua, civilas. V. Ibid, 17.— (3) Ainsi Lucilius ^lib. incerto. v. IGà :

Virtas, Albioe, est. . . .

Commoda prœtereà patrise sU)i prima putare

Detndè parentûm, tertia jàm postremaque nostra.

'4) « Parcourez toutes les sociétés humaines, nulie n'est plus sacrée, nulle ne sau-

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Sénèque parle autrement que Cicéron. Je ne prétends pas qu'il comprenne , dans son entière et véritable étendue , le devoir envers les semblables; mais au moins reconnaît-il, de l'homme à l'homme, plus que des obligations purement négatives. On s'aperçoit, en le lisant , que l'esprit de l'antiquité touche à sa fin ; que ses idées semblent étroites et pauvres , parce qu'une idée plus grande commence à se lever sur le monde; qu'en un mot, le genre humain, comme un aveugle, se sent échauffé par un soleil qu'il ne voit pas encore. Sous le règne immiséricordieux de Néron , Sénèque arrive à la notion de l'unité et de la consanguinité entre les hommes : « Tous les devoirs humains, dit-il , sont renfermés dans cette pensée (1) : Nous sommes les membres d'un grand corps ; » non-seulement parce que « la société humaine se forme par notre union, comme une voûte par l'union de ses pierres, dont chacune tomberait si elle n'était soutenue par les autres (2) , » mais aussi parce que « la nature , » c'est-à-dire Dieu (3), « nous a fait naître du même sang, nous a fait sortir du même principe, nous a destinés à la même fin (4), nous a inspiré un mutuel amour. » Ainsi comprend-il, et la notion de la solidarité des hommes dans l'ordre social, et surtout la notion supérieure de la fraternité humaine, qui, obscurcie dans le paganisme , restait pourtant au fond des âmes, et fai-

rait nous être plus chère que celle qui nous unit à la chose publique. Nous aimons sans doute nos pères et nos mères, nos enfants» nos proches, nos amis ; mais l'amour de la patrie renferme en lui seul tous ces amours. Quel homme de bien hésitera à lui donner sa vie, si sa vie peut lui être utile? » Ibid,

Ailleurs /il est vrai, Cicéron semble étendre davantage la sphère des devoirs: « Ceux qui nous imposent des devoirs envers nos concitoyens et non envers les étrangers, ceux-là détruisent la société humaine hors de laquelle il n'y a ni bienfaisance, ni libéralité, ni bonté, ni justice, etc.... » Liv. Ul. Mais ici même, il parle des devoirs de stricte justice et non des obligations de charité.

(1) Membra sumus corporis magni. Ep. 95.

(2) Societas magna lapidum fomicationi similis. Ibid.

(3) F. ci-dessus, p. 423 et 426, note 1.

(4) Natura nos cognatos edidit, cùm ex iisdcm et in eadem glgnerct. Ep. 95.

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sait explosion dans les théâtres , lorsqu'on entendait ce vers du poëte :

Je suis homme : rien de ce qui est homme ne me semble étranger.

Mais, une fois cette notion prise au sérieux, comme nous allons voir tomber la morale traditionnelle du monde romain S comme elles pâliront, ces idées étroites et jalouses de l'esprit de nation et de l'esprit de famille ! Comme vont diminuer ces devoirs de la famille , de la tribu , de la cité que l'antiquité faisait passer avant tout I La patrie elle-même ne sera pas le souverain bien du sage ; « Une grande âme ne veut pas d'une' étroite patrie; ma patrie, c'est le monde (1). » Ou, comme disait Musonius, « L'exil n'est pas un grand mal ; on peut vivre partout, puisque partout on peut être homme de bien (2). » Que dirons-nous de l'orgueil des castes, de la haine pour l'étranger, du mépris pour l'esclave? A ces sentiments, fondés sur le principe de l'inégalité native des races humaines, Sénèque oppose l'égalité native de tous les hommes : « L'esprit divin peut appartenir à l'esclave comme au chevalier romain^ Qu'est-ce que ces mots: esclave, affranchi, chevalier? Des noms créés par la vanité et par le mépris. Du fond d'une cabane^ l'âme peut s'élever jusqu'au ciel (3). La vertu n'exclut personne : ni esclave, ni affranchi , ni roi. Tout homme est noble, parce qu'il descend de Dieu : s'il y a dans ta généalogie quelque échelon obscur, passe-le, monte plus haut ; tu trouveras au sommet la plus illustre noblesse. Remonte à notre origine première ; nous sommes tous fils de Dieu (4). »

« 11 faut être juste, disait sèchement Cicéron, même envers les g >ns de la condition la plus vile. La plus vile condition est celle des esclaves ; il faut les traiter en salariés , exiger leurs services , leur donner le nécessaire (5). » Et Cicéron

(1) Ep. 28. 102. — (2) Apud Stobaeura.

(3) Ep. 81.— (4) De Benef. HI. 18. 29. Ep. 47. — (6) De Omc.

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rougit ailleurs du regret qu'il éprouve de la mort d'un de ses esclaves* Sénèque parle bien autrement : « Ce sont des esclaves ? Dites des hommes , dites des commensaux , dites de moins nobles amis ; dites plus, des compagnons d'esclavage ; car la fortune a sur nous les mêmes droits que sur eux. Celui que tu appelles ton esclave est né de la même souche que toi ; il respire le même air, il mourra de la même mort. Consulte-le ; admets-le à tes entretiens , admets-le à tes repas. Vis avec ton inférieur comme tu voudrais que ton supérieur vécût avec toi. Ne cherclie pas à te faire craindre ; qu'il te suffise ce qu'il suffit à Dieu, le respect et l'amour (1). »

Sur un autre point encore comparons à Sénèque Cicéron ^ cet esprit incontestablement plus élevé, cette ânte plus désintéressée et plus pure. « Quelques-uns pensent, dit-il, que les combats de gladiateurs ne laissent pas que d'être inhumains ; et je ne sais s'ils n'ont pas raison , en parlant de ces jeux tels qti'ils sont aujourd'hui. Mais quand on n'y voyait combattre que des coupables..., nul spectacle ne pouvait être plus propre à nous fortifier contre la douleur et contre la mort (2). » Et ailleurs : « Tu n'as pas à regretter, écrit-il à son ami , les citasses dont Pompée nous a donné le spectacle. Il y en a eu, pendant cinq jours , deux dans chaque journée , et magnifiques ; personne ne le nie. Mais quel plaisir peut éprouver Un homme bien élevé , à voir un malheureux faible et tremblant^ déchiré par quelque bête vigoureuse, ou, au contraire^ quelque bel animal percé d'un coup d'épieu ? Si cela est à voir» tu l'as déjà vu ; et pour moi , qui viens d'en être spectateur, ce n'est rien de nouveau (3). »

Sénèque ne parle pas avec cette indifférence. Ces mêmêâ jeux , qui n'inspirent à Cicéron que l'ennui et la satiété, Sénèque les reproche à Pompée comme un crime (4). « Par hasard , dit-il encore, je suis tombé au milieu d'un spectacle

(1) Ep. 47. ~ (5) Tuàcui. U. it. - (3) Farti. Vltl. 1. (4) De Brevit. vît. 13. 14.

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de midi (1) ; j'y cherchais des jeux et quelque joyeux délassement : j'ai trouvé des combats auprès desquels ceux du matin

sont quelque chose d'humain et de miséricordieux

L'homme, cette chose sacrée, l'homme est livré à la mort par forme de récréation et de jeu , et celui auquel on ne devrait pas même apprendre à recevoir et à donner des blessures , est jeté sur l'arène nu et désarmé. Sans colère, sans crainte, par pur passe -temps , l'homme donne la mort à l'homme, et l'agonie d'un mourant fait la joie du spectacle (2). » Et Sénèque n'est pas touché de cette excuse que Cicéron admet volontiers: ce sont des coupables. « Ils ont mérité la mort, je le veux bien ; mais vous, quel crime avez-vous commis, pour mériter d'être spectateur de leur supplice (3)? »

Mais, « dirons-nous seulement qu'il faut épargner le sang humain ? Rare vertu , quand on est homme, de vivre en paix avec les hommes ! Belle gloire d'épargner ceux qu'on doit servir ! » Allons plus loin ; « disons qu'il faut tendre la main au naufragé , montrer la route au voyageur qui s'égare , partager son pain avec celui qui a faim.... La nature a fait nos

mains pour que nous nous aidions les uns les autres Et,

selon sa loi, il est plus malheureux de donner la mort que de la souffrir (4). »

Voilà comme parlait Sénèque en ce siècle infâme et cruel qui avait accumulé sur sa tête toute corruption. Ce n'était, certes, pas autour de lui, à la cour de Messaline ou de Néron, qu'il avait puisé des pensées aussi hautes. Ce n'était même pas dans l'antiquité : chez les plus grands philosophes de la Grèce , ces mêmes pensées sur l'essence divine, sur les rapports de l'homme avec Dieu, sur les rapports de l'homme avec l'homme , ne se retrouvent qu'éparses, incomplètes, indis-

(1) V, ci-dessus, p. 375. 376.

(2) Homo res sacra... satis spectaculi in homine mors est.... Homohominem, non timens, non iratus, tanquam spectaturus, occideret. Ep. 7. 90 95.

(3) Ep. 7.— (4)Ep.95.

linctes. Pour qu'elles se dessinassent avec une netteté et avec un ensemble jusque-là inconnus, il fallait donc le rhéteur Sénèque , cel homme élevé parmi les arguties de l'école , ce courtisan parfois si infâme de Néron. A partir de Sénèque, ou , si l'on veut, de son époque , à partir de ce règne odieux de Néron , ces nobles idées se popularisent , entrent dans le domaine commun de la philosophie, sont confirmées et développées après Sénèque par Épictète, après Épictète par Marc- Aurèle.

Comment de si nobles pensées ontrclles une date si étrange? Comment ces hommes, la plupart inférieurs, pour le génie, aux grands maîtres de la Grèce , ont-ils entrevu plus nettement la vérité ? Comment Sénèque, ce déclamateur, qui paraît souvent ne penser qu'à arrondir sa phrase , rencontre-t-il , pour remplir sa période , tel ou tel rayon de vérité qui a échappé à la haute vue d'un Platon , à la sagacité d'un Arislole, à la sagesse d'un Socrate ? Il ne pense, il ne croit, il ne pratique rien de ce qu'il dit, je le veux bien ; il est rhéteur et non philosophe. Mais comment le rhéteur a-t-il eu des éclairs de vérité que n'avait eus nul philosophe?

Voilà le problème qui ne sera résolu qu'après le complet examen du néo-stoïcisme. Aussi bien, est-il temps de montrer ses faiblesses, et de faire voir par quel côté il tenait aux misères de l'humanité, aux misères des siècles païens , aux misères de son propre temps.

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