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faire, il nous a pensés (1). Il nous a faits, il est notre père (2) ; il nous aime (3). Toute chose nous vient de lui. Il gouverne ce monde, il le conduit par sa puissance ; il a le genre humain sous sa tutelle ; parfois même, il s'occupe de chacun de nous (4). Il nous aime; il y a plus, il nous sert, et, sans cesse présent à nos côtés, il est prêt à aider chacun de nous dans ses besoins (5). Il ne craint pas d'obliger même les ingrats; son soleil se lève même pour les impies (6). » Et d'où viennent tant de dons, si ce n'est de sa pure et gratuite bonté (7) ? « Quelle cause les dieux peuvent-ils avoir de nous faire du bien, si ce n'est leur nature » bienfaisante et libérale (8)î Le mal ne saurait venir d'eux : « ils ne peuvent le causer plus que le recevoir. S'ils punissent et s'ils éprouvent, c'est pour le bien de l'homme. Ils ne veulent jamais notre malheur (9). »
A cette volonté suprême et bienfaisante qui refusera son obéissance? « Ce qui plaît à Dieu ne plaira-t-il pas à l'homme (10)? Suivre Dieu, est une règle de lasagesse antique (11), »
nait ce inonde, la plus grande et la meilleure de toutes les œuvres, a voulu que toute chose marchât sous la direction d'un chef; et en même temps que son esprit remplissait ce monde, il enfantait, pour le gouverner sous lui, des dieux ministres de sa royauté. •» Et combien de fois, ajoute Lactance, Sénèque n'a-t-il pas parlé de Dieu dans un langage semblable au nôtre? Lact. Div. Inst. 1. 4.
(1) Gogitavit nos antè natura quàm fecit. Benef. VI. 33.
(2) Deus est parens noster. Ep. 1 10.
(3) Carissimos nos babent dei. Benef. II. 29.
(4) Interdùm singulonim curiosi. Ep. 95.
(5) Nonquaerit ministros Deus. Quidni? Ipse humano generi ministrat. Ubique et omnibus prœstè est. Ihid. « Nous ne dépendons point de nous-mêmes ; nos regards sont tournés vers un autre de qui seul nous pouvons tenir ce qu'il y a eu nous de meilleur. Un autre nous a formés ; Dieu seul s'est foit lui-même. » Apud Lact. Div. inst. 1. 7.
(0) IV. Benef. 25. Di multa ingratis tribuunt. Et sceleralis sol oritur...>
(7) Deos gratuites habemus. IV, Benef. 24. Deum... bénéficia gratis dantem. Ep. 95.
(8) Qus dlis causa benefaciendi? natura. Ep. 95.
(9) Errât si quis putat deos nocere velle. Dii nec dant malum nec habent... Ep. 95.
(10) Placeat homini quod Deo placuit. Ep. 75.
(11) Vêtus prsceptum Deum sequere. De Vit. beat. 15. Cette maxime attribuée à
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et d'autres allant plus loin disent encore : « Obéir à Dieiï , c'est la liberté (1). »
L'obéissance suffit-elle ? Non : il faui, « non-seulement Fobéîssance, mais le consentement (2). Quand Dieu m'envoie quel<itie sôuffrancie, je me soumetis à sa volonté, non-seulement parce qu'il le faut, mais parce que j'aime à m'y soumettre... Je' veux payer mon tribut de bon cœur (3). » — «OdîeuXj disait Détoétrius, je ne me plaiùsque d'une chose : que ne m'avez- vous d'avance fait savoir Votre volonté ? Je serais venu de moi-mêtoe au-devant de vos ordres. Vous voulez mes enfants? je les ai mis au monde pour vous. Une portion de mon corps? prenez-la... Ma vie enfin? reprenez ce que Vous m'avez donné (4) ! »
D'où vient cette obéissance Volontaire, ce conseniement plein d'amour? Aristote trouvait absurde de dire qu'on aime Jupiter^ et Platon lui-même avait tout au plus sottpçonné que l'homme doit aimer Dieu (5) ; rtïaîs Sénèqile plus hardi : « Aimez Dieu, dit-il, Dieu veut être aîmé (6). »
Quel culte maintenant ce Dieu réc)ame-t-il de l'homme ? « Lui faut -il des taureaux, de l'or, une superstition inquiète, mimitieuse, effarée (7)? Non : croyez aux dieux, proclamez
Pytbagore par Boèce et Stobée (Pythagotlcntn iUnd, iizou &i^), est citée également par Plutarque (de Auditu) et Dton Chrysosft. II. Ctcéron, deFinîIr. IIÏ. 22Î, la rapporte en la plaçant sur la même Ugne que le nosce te ipsum et ne quid nimis, Profectô antiqua et à capite sapientiœ, idest k Deo Insita, dît Juste Lipse sur Sénèqne.— « Est-il long de dire que la fin de toutes choses est de suivre les dieirx ? » Epict. Ârrian. I. 20. Et Philon : « La fin de toutes choses est, suivant le très-saînt Moïse, de suivre Uîeu iiçiaton &t<ù, » De Migratione Abraham.
(f) Deo parère libertas est. De Vitâ béatâ. 15. Obéir à Dieu, dit le juif Philon, n'est pad seulement préférable à la liberté, mais à la royauté même. De regno.
(2) Non servîo Deo , sed assentior. Ihid. Non pareo Deo, sed assenUor ; ex anime illum, non quia necesse est, sequor. Ep. 106.
(3) Ep. 106. — (4) De Providentiâ. 6. — (5) Saint Aug., de Civ. Deî. VIII. 9.
(6) Deo satis est coU et amari. Ep. 47. Deus amatur. Ep. 42. Superstitîo amandos timet. Ep. 133.
(7) Ep. 1 16. 1. de Benef. 6. Ep. 95. 7. aassî contre la superstition les passages cités par Lactance. Dlv. Inst. If. 2, et par saint Augustin, de Civ. Dei. YI. 10.
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leur existence (1) ; reconnaissez leur majesté sainte, reconnaissez en eut la bonté sans laquelle la majesté n'est pas> reeonnaissez leur providence (2). Laissez là les grasses victimes et les immolations de troupeaux entiers. Adorez par BDe volonté droite et bonne (3). N'ayez si vous voulez que des vases de terre pour votre offrande ; mais si vous prétendez avoir les dieux propices, soyez homme de bien (4). Donnez aux dieux ce qu'avec toute son opulence le fils de Messala ne peut leur donner, une pensée respectueuse pour la justice et pour le ciel (5)... Laissez là ces prières honteuses d'elle&mêtoes qui se retournent pour voir si on les écoute. Ne ebuehotez pas à Foreille des dieux, vivez à vœu découvert (6). » Sénèque dit encore : « Voulez-vous honorer les dieux, imitez-les (7). » — Mais comment l'homme, cet être martel et fragile, imitera- t-il l'Etre immortel et puissant ? — Dieu hii prêtera son aide. « Les dieux ne sont ni dédaigneux, ni jalout ; ils appellent à eux (8) ; ils tendent la main à celui qui veut monter vers eux. Nul sans Dieu n'est homme de bien (9) ; nulle âme n'est droite sans lui (16). Der lai viennent
(1) Primus deorum cultus deos credere. Ep. 95. — (2) Ihid.
(3) In "vicûmis... non est deorum honos, sed pid et rectd voluntaté reneraiitium,,. Boni enim faire et fictilibus religiosi sunt. Benef. I. 6. Golitur Deus non isaris, non auro, non îa thesauros stipe hifusâ, sed piâ et rectd vùluniate... Ep*. 96.
(4) Ep. 95. t. aussi le passage fité par Lactance. De vero cuKn. V!. 25 : !)euiti... non sanguine multo colendum... sed mente purâ, bono honestoqae proposito.
(5) Qain damus id superis, de magnâ quod dare lance Non posset magni Messalae lippa propago ? Gompositum joa fasqne animo, sanctosque recessus Mentis, et incoctum generoso pectas honesto ?
Has cedo admoveant templis, et farre litabo. Perse, II. In fine.
(6) Haud cuivis proraptum est murmurque humilesque susurros Tôlière de tempDs et aperto "vivere voto. Perse. II. 6.
Et Sénèque : Denm rogare quod paiam rogare audeamus.... Sic loquer cum Deo, tanquàm homines audiant. Ep. 10, in fine.
(7) Satis deos eoluit quisqnis imitatus est. Ep. 95. ^ (8) Ep. 74.
(8) Bonimyir sine neo nemo. Ep. 41. — (10) Nulla sine Deo bona meod. Ep. 19,
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les fortes et courageuses résolutions. Quand une âme est élevée, modérée, constante, sereine, c'est qu'une puissance céleste la conduit : tant de vertu ne peut être sans Faide d'un Dieu(l). »
« Par la vertu, en effet, les hommes, qui sont les associés et les membres de Dieu (2), ne font que remonter à leur origine et développer, comme un cultivateur intelligent, les semences divines qui sont en eux (3). Par la 'vertu l'homme
se rend digne d'entrer en société avec son auteur (4)
Entre Dieu et les hommes de bien, il y a amitié, parenté, ressemblance; leurs âmes sont des rayons de sa lumière. L'homme de bien est le disciple, l'imitateur, le véritable enfant de Dieu (5). Vous étonnez-vous que l'homme arrive jusqu'aux dieux? Il y a quelque chose de plus merveilleux: Dieu vient à l'homme ; il y a plus. Dieu vient dans l'homme (6). » Et ailleurs encore : « Dieu est près de nous, avec nous ; il est en nous. Un esprit divin réside en nous-mêmes, à la fois notre surveillant et notre guide. Dans le cœur de tout homme vertueux demeure je ne sais quel dieu; un dieu y demeure (7). »
(1) Neqne enim potest tanta res sine adminiculo numinis stare. Ep. 4i.
(2) Hujas socii sumus et membra. Ep. 93. — (3) Ep. 73.
(4) Virtus bominem dignum efflcit qui in consorlium Dei yeniat.
(5) De ProvidenUà. I. DIscipulus ejus œmulatorque et vera progenles.
(6) Ep. 73.
(7) Sénèq., Ep. 41. 73. In uno quoque nostrûm « Quis Deus incertum e^, habitat Deus, » Tout cela peut se rapporter sans doute à l'origine divine des âmes, telle que l'admettaient les stoïciens , qui supposaient que l'àme est une partie de la divinité. Cependant on peut aussi entendre ces paroles dans le sens de TÉvangile de saint Jean : « Lux... qus illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. » Gb. i. — « Si vous entrez, dit encore Sénèque, dans une forêt consacrée, dont les arbres antiques s' élèvent au-dessus de la hauteur commune , et dont les rameaux, s'étendant les uns au-dessus des autres, nous dérobent la vue du ciel, ces troncs immenses , ce silence et ce mystère, ces ombres si épaisses et qui épouvantent notre âme, nous avertissent de la présence d'un dieu. Si une caverne prolonge ses voâtes souterraines au-dessous des flancs d'une montagne qui semble comme suspendue au-dessus d'elle, votre âme tressaille à cette vue conrnie si elle sentait que ce lien est eoPWCréM. De même, si tous voyez un honune que les périls n'ébranlent pa*t