‹ Les Césars (volume 4)Chapitre 55 sur 72 · ARMÉE. REVENUS. DÉPENSES · texte numérisé non relu

ARMÉE. REVENUS. DÉPENSES

France (1832) 400,000 hom. 1,160,000,000 fr. 1,087,000,000 fr.

Empire d'Autriche (1). . . 280,000 324,000,000

Hollande (1Ô32) 70,000 85,000,000 105,000,000

Belgique (1832-36). . . . 85,000 84,500,000 84,500,000

Suisse 33,000 11,500,000*

Etats-Sardes 57,500 65.000,000

Royaume de Naples (1833) . 53,000 123,000,000 124,500,000

Autres États italiens . . . 14,680 62,100,000

Portugal (1833) 20,000 54,000,000

Espagne (1833) 93,000 162,000,000 177,000,000

Iles Ioniennes 5,000 3,000,000 2,500,000

Grèce 10,000 11,400,000 14,000,000

Empire turc (2) 220,000 250,000,000

Egypte (1833) 48,000 260,000,000

Etats barbaresques. . . . 27,000 16,310,000

1,416,180 hom. 2,671,810,000 fr.

(1) Je fais entrer en ligne <le coniple l'empire d'Autriche tout entier, qaoiqne plusieari portions de son ierriloire ne lissent pas partie de l'empire romain au temps de Néron. On sent que le budget d'an Etat et son armée sont indivisibles. Mais d'nn autre côlé« je néglige l'Angleterre ainsi que quelques portions de la Bavière et des Etats prussiens.

(2) Il faut compter en moins comme n'appartenant pas à l'empire romain sons Néron, les provinces Asiatiques au delà de l'Euphrate, et en plus la Servie qui n'appartient pas immédiatement à'I'empire turc, et n'entre par conséquent pas dans le chiffre donné ici.

De réiendoe et de la population de Rome.

F&ges 349 etsnir., jasqu'o la p. 357«

J*indiquc dans le texte, autant qu'il se peut, les faits qui nous dénotent l'agrandissement successif de la ville de Rome et l'accroissement de sa population ; mais il est fort difficile en pareille matière d'arriver, sur un point quelconque, «i une cerlilude mathématique. Les auteurs modernes, qui se sont occupés de ces questions, ne diffèrent pas moins entre eux que de 5 ou 6,000,000 à 5 ou 600,000. L'esprit d'exagération de quelques-uns ei leur enthousiasme très-dépourvu de critique; chez presque tous, ce que j'appellerai le défaut originel des érudils, c'est-à-dire la confusion des époques et l'oubli des changements que la succession des temps a dû produire, peuvent expliquer ces énormes différences.

Rome, sous Auguste, n'avait, à vrai dire, plus d'euceinte , le Pomérium, comme je l'ai dit, cette enceinte qui datait de près de 500 ans avait été dépassé de tous côtés, et avait même, comme l'affirme Denys d'Halicarnasse, cessé d'être reconnaissable entre les édifices où il se perdait.

Selon Denys d'Halicarnasse, « il y avait autour de la ville (du Pomérium) un grand nombre de lieux habités (x«>?^a), nus et sans enceinte, exposés à toutes les incursions de l'ennemi. Si, d'après leur aspect, ajoute cet écrivain, on veut mesurer la grandeur de Rome, on tombera nécessairement dans l'erreur, car on n'aura nul signe certain pour reconnaître jusqti'où la ville s'étend et où clic s'arrête. Tant le pays {n w^) se lie et se confond avec la ville, et présente l'aspect d'une cité dont l'étendue est infinie. »

Maintenant, quelle population était contenue, non dans cette enceinte, mais dans ce pays, comme Denys l'appelle ? Il est longtemps demeuré convenu d'après Juste-Lipse et d'autres, que Rome avait au moins 4 ou 5,000,000 d'habitants ; et cela, non pas seulement à l'époque de sa grandeur, mais au uv et au IV siècle, h Tépoque où elle est décrite par les topographes anciens, époque où elle était en pleine décadence.

M. Delamalle établit facilement l'impossibilité qu'une population si nombreuse ait jamais été contenue dans les murs de Rome, et mesurant le périmètre de cette ville sur l'enceinte d'Aurélien, appliquant à la population des proportions tirées de la population actuelle de Paris, il conclut que Rome ne peut avoir jamais eu plus de 560,000 habitants.

Mais une chose ici est contestable, c'est que l'enceinte d'Aurélien puisse nous représenter la plus grande étendue de Rome et de ses faubourgs. Cette enceinte fut construite dans un but de défense, lorsque déjà les barbares commençaient à menacer l'Italie. L'empire était depuis longtemps en décadence ; c'est au déclin des peuples qu'on fortifie les capi-

taies (1). Par suite de cette décadence de Rome et de l'empire, par suile aussi de cet intérêt de défense qui devait porter à rétrécir l'enceinte et à négliger les faubourgs trop diflBciles à garder, Auréiien a dû restreindre plutôt qu'accroître la Rome d'Auguste, bien déchue depuis le temps de cet empereur de sa richesse et de sa puissance. Il me paraît difficile que Rome, sous Auguste et Néron, ne se soit pas beaucoup plus étendue, surtout dans sa longueur et sur la rive gauche du Tibre, au nord vers le pont Milviusque César {V. ci-dessus p. 252) voulait comprendre dans le Pomérium, au midi sur la roule si fréquentée d'Ostie, vers les eaux Sal viennes où saint Paul fut mis à mort (les supplices s'exécutaient en dehors de la ville, mais pas sans doute à une grande distance).

De plus, il n'y a aucune corrélation à établir entre la densité de la population à Paris et dans l'ancienne Rome. L'esclavage permettait d'entasser les hommes bien plus qu'ils ne peuvent l'être dans les sociétés modernes. 1^9 palais des riches, les établissements publics, les temples même contenaient de véritables casernes où les esclaves couchaient par centaines. Le préfet de Rome, Pedanius Secundus en avait quatre cents dans sa maison. Le nombre des étages était parfois si multiplié qu'Auguste fut obligé de le limiter à sept pour prévenir les écroulements. Les pauvres et les prolétaires abondaient à Rome : l'espérance des frumentations les y attirait (Applen, li, 120. Sallust. in Catii. 38, Lettres polit II, /il, 43. Dion, xxxxix, 241. Denys d'Haï., vt, 24), tandis que Toctroî rend le séjour de Paris onéreux pour la classe pauvre.

Au reste, le chiffre de la population a dû beaucoup varier. Elle avait diminué pendant les guerres civiles, elle augmenta rapidement sous Auguste. L'ouverture d'un nouveau Forum, l'établissement de bains, d'aqueducs, de fontaines, par Agrippa et par Auguste en sont la preuve. Nous voyons dans Josôphe (De Bello, II, 16) que l'Afrique et l'Egypte ooarrissaient pendant toute l'année la population de Rome (ro xarâ m^ Vtà^t^ T^Xiipc; et plus bas tf P<du.fi). L'Afrique suflBsait pendant huit mois à cette consommation, l'Egypte pendant les quatre autres. Le langage des autres écrivains nous confirme dans cette pensée, et nous montre que les importations d'Afrique et d'Egypte étaient réservées à la population de Rome, tandis que le reste de l'Italie consommait son propre blé (Tacite, Ann, XI, 43; XV, 18. Suét. in Clan. iS). Or, le chiffre de ces importations nous est connu ; il était sous Auguste de 60,000,000 demodii {V. t i,p. 197), ce qui représente (F. ci-dessus p. 115) la consommation de 1,000,000 d'hommes environ. Je suis donc porté à admettre ce chiffre comme celui de la population de Rome sous Auguste.

Il ne serait pas impossible de décomposer les éléments de cette popn« lation et d'arriver par une autre voie à l'approximation de son chiffre.

(1) « Les Romains jugeaient qu'il fallait conquérir la force et la sécurité, non par deaietti'* parts, mais par lears armes et lear valeur. Ils croyaient que les bonimcs doircnt déiMidrC les mars nn lien d'être défendus par eux. »> Strabon^

Ainsi on trouverait : 1^ les décaries de juges, Faristocratie financière et judiciaire de la Tille. Elles étaient au nonibre de quatre, chacune composée de 1000 citoyens. La première comprenait les sénateurs ou fils de sénateurs , la seconde les chevaliers ; la troisième les tril^uns du trésor, fonctionnaires nommés par le peuple (Varr. , de Linguâ lat. iv. ob. Gellim., yil, 10) ; la quatrième de citoyens dont le cens était au moins de 200, 000 sest. (Sur ces décuries et la cinquième momentanément ajou* tée parCaliguia, V, Pline, xxxiii, 1. Ascon. in Pison. 38. Suét, in Css. Al, in Calig. 16. Dion., XLUI, 25. Cic. , Philipp. i, 9).

2'' Ce qu'on pourrait appeler le tiers-état de Rome : une foule de fonctionnaires inférieurs , la plupart affranchis ou fils d'affranchis, aides des sacrifices , scribes ou greffiers : cette bureaucratie était nombreuse et importante; Ctcéron l'appelle un ordre de la république (Plut., in Catoue, Cic, in Yerr., iir, 8, 78. fieaufort, Rép. Romaine, ly, il\). Ensuite les marchands, banquiers, négociants, fournisseurs (redemptores); (Tito Live, xL, 51. Cic, Off. I, U2. Caton, délie rust. Beaufort y, 2) chaque métier formait une corporation {coUegia, sodaiitates) ; sur l'importance et le nombre de ces collèges, qui furent souvent un objet d'embarras et une occasion d'émeute, V. Ciceron, in Pison. U. Fragm. pro Cornel. actio 1% ad Quint. Il, 3. post reditum, 13., pro.Sexlio, 25. Q, Cicero, de petit, consul., iv. Ascon., in Pisoneet pro Cornel. Tile Live, II, 27; V, 50. Plut. , in Numâ. , 17. Dion, xxxviii. Pline, i. 34,35, 46. Suét, in Aug. 32, in Calig. 42, 43 et les jurisconsultes.

3° Enfin les prolétaires, ou capùe censi, ceux qui ne payaient pas de cens et recevaient le blé public : Auguste en nourrissait habituellement 200,000 ; dans une occasion particulière, il étendit ses distributions à 320,000, tous habitants de Rome {Plebis urbanœ, Lapis Ancyr. F. t. i, p. 174) ; il y comprit, contre l'usage, les enfants au-dessous de onze ans (Suét.^ in Aug. 41).

A ces trois éléments de la population romaine proprement dite, il faut ajouter l"" les étrangers, parmi lesquels beaucoup d'affranchis, dont Témancipation n'avait pas eu lieu dans les formes solennelles et qui par suite n'avaient pas obtenu le droit de cité. La plupart des médecins, grammairiens, astrologues, devins, etc. , étaient étrangers. 2° Les esclaves, dont il est impossible d'apprécier le nombre ; mais qui, h, Rome, devaient être dans une forte proportion. J'ai parlé des 400 esclaves de Pédanius^ des 6,000 urnes trouvées dans le columbarium de la maison d'Auguste; les aqueducs employaient 600 esclaves ; les temples , les thermes , les théâtres, un très-grand nombre ; les esclaves de César, les esclaves de l'État (^servi publici) étaient aussi très-nombreux. L'armée avait les siens {lixa, calories) ; les simples soldats, à plus forte raison les prétoriens pouvaient avoir des esclaves. Il me paraît très-probable , qu'au moins à Rome, le nombre des esclaves ne devait guère être inférieur à celui des hommes libres. La multiplicité des affranchis et leur présence dans tous les rangs de la société suffit pour prouver le grand nombre des es-

chves. La plupart des ouvriers étaient esclaves ; le plus grand nombre des boutiques tenues par des esclaves ou des affranchis «((Me, in Catil. IV, 8. Paul Sent. Ii, 26. § 11).

Il me semble difficile, d'après ces éléments, d'évaluer la population romaine beaucoup au-dessous de 500,000 et de ne pas compter une somme égale pour les étrangers et les esclaves, auxquels il faudrait encore ajouter ia garnison que nous avons comptée au temps de Néron à 16,000 hommes.

Pendant le siècle suivant, au contraire, la population avait beaucoup diminué : car deux passages de Spartien (Septime Sévère. 8. 23) portent à 75,000 modii seulement la consommation journalière delà ville de Rome, par conséquent la consommation annuelle à 27,275,000, ce qui suppose une population de 500,000 hommes seulement. Les désastres de la guerre civile qui suivit la mort de Néron, la tyrannie de Domitien et de Commode, Tesprit anti-romain d'un grand nombre d'empereurs , et enfin la diminution progressive des ressources et de la population de l'empire peuvent expliquer cet abaissement du chiffre de la population de Rome dans un espace de cent ou de cent vingt ans.

Sur la condition des femmes.

Pages 302, 303.

Le joli récit de Tite-Live dont nous donnons ici la traduction, indique bien, ce me semble, quels étaient le rang et l'influence des femmes dans la république romaine :

« Une petite cause (comme il arrive souvent) amena un grave résultat. M. Fabius Ambustus, homme considéré et parmi ceux de son ordre et parmi les plébéiens qu'il n'affectait pas de mépriser, avait marié ses deux filles, Taînéeà Servius Sulpitius, l'autre à G. Licinius Stolo, homme bien né, mais plébéien^ {illustri quidem viro, tamen plebeio) et la plebs avait su gré à Fabius de n'avoir pas dédaigné cette alliance. Les deux sœurs étaient un jour chez Sulpitius, alors tribun des soldats, et, comme il est ordinaire, passaient leur temps à causer : un licteur qui précédait Sulpitius, rentrant chez lui, frappa, selon la coutume, la porte avec son faisceau. Ce bruit inaccoutumé effraya la cadette, et sa sœur étonnée ne put s'empêcher de rire de son ignorance et de son effroi. Mais ce sourire ne laissa pas que d'aiguillonner l'âme d'une femme facilement émue par des impulsions frivoles : voyant sa sœur entourée de gens qui la saluaient et prévenaient ses désirs, elle la trouva bien heureusement mariée, et , comme notre esprit jaloux souffre davantage d'être dépassé par ceux

qui nous tiennent de plus près, cUe eut regret de l'alliance qu'elle-inéme avait formée. Peu après Tint son père ; il leur demanda de leurs nouveles; mais il vit la cadette se détourner, confuse de cette blessure toute vive de son amour-propre, et voulant cacher un chagrin qui n'était ni amical envers sa sœur, ni honorable pour son mari. Son père s'en aperçut la fit sortir, l'interrogea avec douceur, lui fit avouer son chagrin d'être entrée dans une famille à jamais exclue des honneurs et du crédit. Puis il la consola, et lui promit que bientôt elle verrait dans sa maison les mêmes honneurs qu'elle avait vus chez sa sœur. Il commença dès lors à s'entendre avec sou gendre Licinius et avec le jeune Sextius, homme à gui rien ne manquait pour parvenir, si ce n'est le palriciaU L'occasion était favorable pour une telle entreprise : hpiebs, accablée de dettes^ n'espérait en être déchargée que par l'arrivée de quelques-uns des siens aux honneurs suprêmes... Licinius et Scxtius, devenus tribuns..., proposèrent la loi qui ordonnait que l'un des deux consuls serait choisi par la plebs.,.n (Tite-Live, vi, 3^, 35...). Sextiusfut le premier consul plébéien (/Wrf. /j2).

Je traduis ci-dessus Mustris par homme bien né. Ce mot, qui ne peut avoir ici, appliqua à un jeune homme obscur jusque-là, le sens de notre mot fi ançais illustre, est pris sans cesse dans le sens que j'adopte ici. Ainsi : illusiris eques, en parlant d'hommes qui n'avaient aucune célébrité, feminœ illustres.,, « Il était interdit, dit Tacite, aux sénateurs et aux chevaliers romains illustres^ de visiter l'Egypte sans une permission de César,» etc.. Il y avait donc dès le temps dont parle Tite-Live(ande Rome 371} une noblesse parmi les plébéiens : et comment n'y en auraitil pas eu, puisque dans la plebs comptaient toutes les familles, même les plus considérables, qui faisaient partie des peuples admis au droit de cité ? Depuis Brutus, il n'y eut sous la république aucune création de patriciens. Ces familles d'origine étrangère, et par conséquent plébéiennes» étaient néanmoins anciennes, fières de leur nom, entourées de nombreux clients, riches, puissantes. Elles supportaient avec peine l'exclusion des honneurs qui leur était imposée par le patriciat. Ce fut par elles et pour elles qu'eurent lieu en grande partie tous les soulèvements plébéiens, et cette longue lutte du patriciat et de la plebs, dont s'est emparé avec tant de sympathie Tesprit démocratique des modernes, ne fut au fond que la lutte de deux aristocraties.

Ce furent aussi ces familles qui, sous le nom de nobilitas, détrônèrent et absorbèrent le patriciat, et constituèrent, dès la fm du yr siècle» comme un patriciat nouveau. Qu'on ne s'étonne donc pas que ces familles nobles, mais plébéiennes, eussent des généalogies, des traditions antiques, des souvenirs qui les faisaient remonter jusqu'aux dieux. Cela s'explique par l'origine étrangère de la plupart d'entre elles. C'était l'aristocratie des cités étrangères implantée dans Rome, et qui, peu à peu et à force de luttes, avait repris ses privilèges d'aristocratie.

Passages semblables de Sénèqee et ée rÉerilm Sainte.

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