M PAIX ROMAINE
trois journées se passent à attendre les absents... Les prêtres ordonnent le silence ; le roi... parle sur le ton du conseil, non du commandement. Si la harangue leur déplaît, ils la réprouvent par des murmures; si elle leur plaît, ils agitent les framées... Devant ces conseils, on accuse son juge... on élit ceux qui doivent rendre la justice dans les bourgades (1).**» A ces hommes si jaloux de se gouverner, toute autorité pesait comme un joug, toute force d'unité semblait une tyran^ nie. L'indépendance de Thomme brisait l'unité de la tribu, l'indépendance de la tribu l'unité de la nation. Tant que Tesprit germanique a été le même, il n'y a pas eu de nation germanique : nulle communauté politique n'a rallié les peuples teutons; la similitude des mœurs, de la religion, du langage, la tradition de l'origine commune a été insuffisante pour créer entre ces peuplades diverses quelque chose comme une patrie.
De là, comme dans un moment nous pourrons le dire avec détail, la longue faiblesse des peuples germains, indépendants et discords, contre l'unité romaine, tant que l'unité romaine eut un peu de vie. 11 fallut des siècles de décadence , il fallut Fextinction de la vie intérieure de l'empire pour livrer Rome, décrépite et désarmée, à la merci, je ne dirai pas des barbares, mais du premier barbare qui voulut la prendre.
En face de cette diversité et de cette indépendance germanique, l'Orient nous présente un tout autre spectacle. Les Parthes comme les Germains sont des barbares aux yeux 'de Rome; mais ces barbares ont fondé un vaste empire, puissant d'organisation et d'unité, rival de celui de Rome (2) et plus étendu peut-être. Les Arsacides, Scythes ou Daces, apparus vers le v siècle de Rome, se sont saisis du plus beau débris de la monarchie d'Alexandre, et ont mis sur leur tête
(1) Tacite, German. 11, 12.
(2) Parthi Romani iniperii aemuli. Tacite, Annal. XV. 13.
TEMPS D'AUQUSTE. »7
la tiare de roi des rois, cette couronne de TOrient qu'avaient porlée l'un après l'autre l'Assyrien , le Mède , le Perse ^ le Macédonien.
La royauté parthique^ par ses mœurs^ ressemble à tous les empires de l'Asie ; par sa constitution elle rappelle l'empire germanique du moyen âge* D'un côté, la polygamie, chei les Parthes comme dans tout l'Orient, fait du souverain l'en'* nemi obligé de sa famille : ce ne sont que parricides, em^ poisonnements, révolutions de palais. Un prince qui a tué son père pour monter sur le trône, fait mourir, pour y rester, trente de ses frères» D'un autre côté, le système féodal, dont la Germanie, peinte par Tacite, recèle un germe obscur encore, nous apparaît ici dans son entier développement. Comme dans l'empire d'Allemagne, le roi est élu, mais par une loi conforme à celle des anciens peuples teutoniques (1), toujours élu dans la même famille. Gomme dans l'empire, les électeurs sont les grands feudataires. Des rois vassaux, nés du sang des Arsacides, occupent, sous la suzeraineté du roi des rois , les trônes d'Arménie , de Médie , dé Perse; puis viennent les dix-huit rois ou satrapes du premier ordre, puis d'autres dynastes ou rois ; on compte jusqu'à quatre-vingt-dix de ces royautés subalternes- Les trois grandes préfectures héréditaires rappellent les grandes char^ ges du saint empire. Le connétable {surena\ \e second de Tempire après le roi, commande les armées; mille chevaux portent ses bagages ; dix mille cavaliers, ses vassaux^ marchent avec lui. Des marquis gardent les frontières* Des Kbreê (c'est encore un mol dé notre langue féodale, frey herrn en ail.), barons ou chevaliers, combattent à cheval : eux et leurs destriers sont bardés de fer.
Les grands festins, l'ivresse* les querelles violentes, teâ diètes souvent ensanglantées par le glaive, la passion de la chasse acceptée comme signe distinctif de nationalité et de
(1) Tacite : « Regeâ ex nobUltate... sumunt, » Et \m éodes des ^uplëa barbares.