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qui avait coûté vingt-quatre années de guerre aux généraux d'Auguste, forçait Rome à repasser le Rhin, couvrait de cendres les cheveux blancs du vieil empereur, et envoyait à Marbod la tête du Romain Yarus comme un gage d'alliance entre la ligue du Rhin et l'empire du Danube, entre les Hermions et les Suèves (1) (an de J.-C. 9).
Au milieu de tant de périls, Rome se sauva par son unité. Drusus, en plaçant entre ces deux races germaniques des solitudes infinies, avait rompu entre elles toute communication efficace. Grâce à celte séparation, Rome put se défendre. Tibère et Germanicus sillonnèrent encore le sol teutonique (2). Auguste mourut (an de J.-C. 14) sans que l'intégrité de l'empire eût été violée ; mais plus persuadé que jamais des dangers d'une ambition insatiable et recommandant à ses successeurs de ne pas reculer les limites de la puissance romaine (3).
Telle était la pensée d'un politique ferme et intelligent : ne pas accroître l'empire, mais le fortifier et le garder. Comment les successeurs d'Auguste comprirent-ils les craintes, les prévisions, les pressentiments de leur devancier?
§ II. — TEMPS DES SUCCESSEURS d'aUGUSTE.
Malgré le conseil d'Auguste, que Tibère appelait un )rdre (4), Claude envahit la Bretagne (an 43) et légua à ses successeurs une série de guerres inutiles à la grandeur de
(0 Dion. LVI. Suétone, in Aug. 23. Strabon. VH. Velleius. U. 117. 119. Tacite, Annal. I. 55.
(2) Campagnes de Tibère au ddà du Rhin, dans les années 10, U, après J.-C. (Suétone, in Tib. 18. 19. Velleius. II. 120, 121, 122). Campagnes de Germanicus en 14, 15, 16 (Tacite, Annal. 1. 50 et H, 5. 25). Germanicus , selon Tacite, pénétra plus avant qu'aucun de ses devanciers.
(3) Tacite, Annal. 1. 12. U. 61, in Agricola. 13.
(4) Augustus id consilium vocabat, Tiberius prœceptum. Tacite, in Agr. Ibid.
l'empire. Mais, du reste, la tradition d'Auguste fut suivie ; car je n'appelle pas conquête la réunion parfois momentanée de quelques monarchies vassales, dont les rois ne laissaient pas d'héritier, ou que supprimait, par forme de châtiment, la police des Césars (1).
Rome, en effet, aux temps de Claude et de Néron, pouvait se croire en sûreté contre les barbares. Elle était une , instruite, prévoyante, contre des peuples épars, ignorants, divisés. Profiter des querelles, encourager les révoltes, soulever des compétiteurs, se faire donner des otages que l'on ren-. voyait plus tard pour être rois, telle était la constante diplomatie de Rome sur le Rhin, sur le Danube, sur l'Euphrate. « J'ai longtemps guerroyé en Germanie, disait Tibère, et j'ai plus fait par la politique que par les armes (2). »
En effet, par sa seule politique, Rome poussait les barbares à leur ruine. Les Germains, quand leur grande ennemie n'était plus là, tournaient les armes contre eux-mêmes. Armin pour avoir voulu maintenir, par un peu de pouvoir, la ligue qu'il avait formée, Armin passait pour un tyran et était assassiné (an 21). Marbod chez des Suèves plus accoutumés cependant au pouvoir d'un seul, Marbod succombait devant les querelles intestines (an 19), et s'en allait mourir en Italie, prisonnier de Tibère. Les deux grandes ligues teutoniques furent ainsi dissoutes. Les peuples guerroyaient pour leurs incertaines limites, se heurtaient, changeaient de demeure, parfois étaient détruits; parfois venaient demander asile sur la terre romaine. Les belles plaines de la Gaule ne cessaient
(1) Voici ceUes de ces réunions qui paraissent avoir été déûnitives : Sous Auguste, le royaume des Galates (an 728). Dion. LIV. Strabon. XU.— Sous Tibère, celui de Cappadoce. Dion. LVII. Taç., Ann. 0. 42 (an de J.-C. 18). — Sous Caligula, la Mauritanie (an 42). Dion. LX.— Sous Claude, la Judée après la mort d'Agrippa (an 44); l'Ârabie-Itumée (an 49. Josèphe) ; la Thrace (an 46. Tacite. XII. C3) ; la Lycie (43. Dion.LX. Suétone, in Cl. 26.) — Sous Néron, le Pont-Polémoniaque (an 66), le royaume de Cottus dans les Alpes. Dion. LX.
{%) Tacite, Annal. U. 16.
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pourtant pas dfe leur faire envie ; là somnolence de l'aigle romaine les feheourageait ; ils essayaient de craintives et rapides invasions, pillaiit quelques terres et se retirant à la hâte comme le moucheron qiiî s'est posé sur la crinière dû lion endormi. Le lion romain se secouait dans son repos et se soulevait lentetriëtit pour iihe défense qu'il croyait à peine nécessaire. Une sôrie de trêve s'établissait entre le barbare toujours teiité, effrâjré toujours, !et le Romain, sentinelle endormie sut sa vieille lance, qui mettait volontiers son sommeil d'aujourd'hui sotis la protection de sa gloire passée. Les incursions étaient rares, la défense était inoUe. Le Germain laissait sommeiller les vedettes romaines; les clairons romains ne venaient plus éveiller les échos des forêtâ teiitoriiques. Rome qui n'avait plus, pour pressentir ses adversaires d'audelà du Rhin, le côùj) d'œil de César et d'Âiiguste, Rome se reposait sur cette trêve tacite i|u'elie croyait Une paix, et tme paix éternelle.
Sût le Dariubè, sa séblifité pouvait être plus grande encore. L'empiré de Matbod s'était brisé, et, à sa place, des royautés vassales, d'hlimbleâ itionarques qui recevaient leur couronne de César, habituaient là rive gauche du fleuve à l'obéissance
envets Rome (1). Ce ijtii testait de peuples indépendants se consumait en guerres intestine^ ; eil face d'eux , une seule légion, paisible spectatrice de leurs combats, était debout sur le bord du fleùvë, veillant à la sûreté de la rive romaine (2). Là flotte tomainè recueillait les fugitifs ; Rome , afin que la guerre fut éternelle, se faisait la protectrice des vaincus.
Sur l'Euphrate enfin, d'interminables révolutions affaiblissaient l'empire des Parthes. La diplomatie romaine trouvait son compte dans tous les crimes (3). Parmi ces compétiteurs
(1) Tacite, GermaD. 42. Annal. XII. 30.
(2) Ne Yictores successu elati, pacem nostram turbarent. Annal. XII. 56.
(3) « Omne scelns extemum cum gaudio habendum, » dit un. gouverneur romain (Tacite, Ânn.XII}.
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renversés et rétablis d'un jour à l'autre, qui se faisaient la guerre avec îè fer ou le poison, le candidat de Rome était toujours celui qui n'était pas sur le trône. Elle avait toujours en réserve quelque jeune Arsacide qu'elle s'était fait donnei* comme otage et qu'elle avait façonné à la romaine : au jour des révolutions, arrivait sur l'Euphrate ce prétendant oublié, avec ses habitudes civilisées, ses compagnons grecs, sort dédain pour l'ivrognerie et pour la chasse; odieux à la noblesse, aimé du peuple. Par ces luttes perpétuelles, la puissance du roi des rois était abaissée. Rome le traitait en vassal (1) ; ces otages reçuâ et gardés à Rome, ces rois donnés par César, acceptés, demandés quelquefois par les Parthes (2) , c'étaient, aux yeux de Rome, autant d'actes de sa suzeraineté universelle. L'Arménie , celte royauté arsacide , n'était déjà plus qu'un fief romain (3).
Ainsi rassurée contre ces trois grands ennemis, Rome avait eu bon marché de moins redoutables voisins. Par la soumission de la Thrace longtemps inquiète et remuante (an 43), la Macédoine était en sûreté. Depuis la défaite de Tacfarinas (4), Rome n'avait plus à guerroyer en Afrique. La frontière du nord et de l'Orient, cette ligne de plus de inîlle lieues qui commençait au Zuydérzée et finissait aux sables d'Arabie, était gardée habituellement par vingt légions (5) (cent vingt
(1) Glande parle au roi parthe Méherdate : « De Romano fastigto i'arthoninKiue otoèqiâo (Tadte, Ann. XII. 11). Déjà le roi PatUie, Phraate, «cadcta yeDerantlum officia ad Augustum verterat» (Id, IL i ). Strabon en dit autant : ils ont renvoyé leurs trophéesy confié leurs fils à Auguste, soumis aux Romains le choix de leur roi (Vil, in fine).
(2) Tacite. Ibid. 10.
(3) « Armenil semper romansB ditionis aut subjecti régis quem imperator delegifiset,» dit un chef romain, à peu près prisonnier des Parthes ; et tout ce que répond le Parthe yainqueur, c'est : « Imaginem retinendi largiendiye pênes nos , yim apud Parthes. » XV. 13. 14. — F. aussi VHistoire de Tiridale, tome 1, pages 477-480.
(4) Ans n-24. — 7. Tacite, Ann. II. 62. III. n. 74. IV. 23, etc.
(&) Il semble m^me qu'après la mort de Néron , il n'y eut que (rois légions au lieu de quatre aur le Danube.